L’ABC des Styles

-

Livres
256 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Vous vous êtes déjà demandé pourquoi votre plafond ressemble aux voûtes d'une cathédrale gothique ? Ou bien pourquoi le bâtiment où vous travaillez est si différent des autres ? L' ABC des Styles vous invite à explorer les différents styles de l'architecture et de la décoration intérieures, depuis l'Antiquité jusqu'aux années quarante. Des châteaux et palaces de l'aristocratie française aux églises monastiques dominicaines du Moyen Âge, partez en voyage à travers l'Histoire ! Souvent, les bouleversements politiques impliquent des transformations dans les styles artistiques. En Europe, plusieurs styles ont tiré leur nom d'un souverain ou d'une période historique ("style Louis XIV", "style Régence"). Jusqu'à la fin du xixe siècle, c'est généralement la royauté qui dictait la mode en matière de styles, ce qui constituait alors un signe de pouvoir.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 08 mai 2012
Nombre de lectures 2
EAN13 9781781603062
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0025€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème

L’ABC desStyles
É
M
I
L
E
B
A
Y
connaître et reconnaître A
Rl’architecture et le mobilier
DTS ABC of Style 4C.qxp 11/4/2011 5:07 PM Page 2
Auteur :
Émile Bayard
Mise en page :
Baseline Co. Ltd
61A-63A Vo Van Tan Street
e4 étage
District 3, Hô-Chi-Minh-Ville
Vietnam
© Confidential Concepts, worldwide, USA
© Parkstone Press International, New York, USA
Tous droits d’adaptation et de reproduction, réservés pour tous pays.
Sauf mentions contraires, le copyright des œuvres reproduites appartient
aux photographes, aux artistes qui en sont les auteurs ou à leurs ayants
droit. En dépit de nos recherches, il nous a été impossible d’établir les
droits d’auteur dans certains cas. En cas de réclamation, nous vous prions
de bien vouloir vous adresser à la maison d’édition.
ISBN : 978-1-78160-306-2TS ABC of Style 4C.qxp 11/4/2011 5:07 PM Page 3
Émile Bayard
L’ABC desStylesTS ABC of Style 4C.qxp 11/4/2011 5:07 PM Page 4TS ABC of Style 4C.qxp 11/4/2011 5:07 PM Page 5
Sommaire
Introduction 7
L’Antiquité 19
Le Moyen Âge 41
Du Style Renaissance au Baroque 83
Entre Rocaille et néo-classicisme 133
ndDu Directoire au 2 Empire 173
L’Art nouveau ou « Modern Style » 209
Conclusion 227
Notes 250
Liste des illustrations 251
5TS ABC of Style 4C.qxp 11/4/2011 5:08 PM Page 6
6TS ABC of Style 4C.qxp 11/4/2011 5:08 PM Page 7
Introduction
es styles sont le souvenir esthétique des époques à travers excellence. La peinture et la sculpture trouvent partout, autour
les cultes divers de la Beauté. La pensée des siècles dort d’elles, en dehors d’elles, des motifs d’inspiration, des sujetsL dans ces pierres, dans ces meubles, en un mot, dans ces d’interprétation ; mais l’architecture, en dehors de l’homme,
choses qui survivent aux générations, comme autant de ne trouve que la matière brute, l’argile de sa sculpture, la
témoins de leurs mœurs et de leurs aspirations idéales. Si les palette de sa peinture, mais pas un « motif ». Elle emprunte
caprices de la mode sont éphémères, l’immuable Beau, qui ne à la nature lorsqu’elle se fait sculpteur ou peintre, lorsqu’elle
peut s’improviser, est éternel, et c’est la marque d’une éternité décore, lorsqu’elle revêt d’une robe attrayante et significative
que nous saluons dans les styles, l’essor d’une épuration et ses membres de pierre, de bois ou de métal. L’architecture,
d’une synthèse né de l’effort humain. Et cette découverte, pour naître et se développer, veut le concours d’un peuple,
véritable écriture des peuples, ne varie pas ses formes à d’une race, d’une civilisation, et des efforts persistants
chaque civilisation d’autant que les idées de chacune renou- pendant des siècles : à ce prix, l’architecture conquiert un
vellent leur originalité. style. D’où il résulte que ce suc mémorable déterminé par les
De plus, la recherche originale des styles fut inconsciente styles ne peut être goûté que dans le recul des années, seules
chez ceux qui s’y employèrent, tout comme elle émane d’une susceptibles de mettre au point et d’envisager la
caractérissuccession de personnalités et non d’une seule initiative, tique d’une manifestation générale. Lorsque le roi Soleil prit
s’aiguisant d’âge en âge jusqu’au chef-d’œuvre anonyme. Les place dans un fauteuil de son époque, il ignorait
certaistyles se créent, en architecture, comme les espèces nouvelles nement qu’il s’asseyait dans un fauteuil Louis XIV et,
dans la nature végétale et animale. Dans le monde végétal et cependant, notre heure ne craint pas d’inaugurer un « art
animal, c’est par l’hérédité et l’adaptation que les espèces nouveau » que la postérité trouvera probablement fort
nouvelles viennent à naître. Par l’hérédité, ce qui était habituel présomptueux. Voilà toute la différence entre un « style » et la
chez les parents devient un caractère permanent chez les « prétention au style », entre une beauté à la mode et la
descendants ; et, par l’adaptation, accord qui s’établit entre beauté véritable, sans préjuger néanmoins d’efforts
intéresl’individu et le milieu où il était placé et qui est une condition sants qui portent, peut-être, en eux le germe de la
manifesnécessaire de son existence, l’organisme se modifie, de sorte tation typique de nos jours.
qu’une nouvelle espèce ou une nouvelle variété de l’espèce, L’étude des styles donc réclame une attention progressive,
selon le cas, est créée. Ainsi, la théorie animale de Darwin car elle porte sur une succession d’intelligences dont les
s’étend-elle, d’une manière imprévue autant que rationnelle, étapes de pureté sont autant de nuances délicates à
déterà la vie idéale et animée, si l’on peut dire, des styles, qui miner. La moindre pierre, la moindre moulure de jadis a son
naissent de la tradition historique, de l’adaptation aux éloquence, son parfum ; le toucher même, chez les
connaisbesoins, aux sentiments, aux connaissances caractéristiques seurs, éprouve la caresse de certains reliefs élimés par l’âge
d’une société nouvelle. et que le subterfuge du faux ne saurait égaler. De telle sorte
Parmi ces éléments divers, la tradition historique, que nous que l’éducation des styles, qui se débat parmi un passé
avons citée tout d’abord, n’est pas la moins importante. éloquent de lignes, de courbes, de rinceaux, de colonnes, de
L’architecture, en effet (et nous ne perdons jamais de vue le mascarons, etc., est d’une complexité passionnante et d’une
mobilier, d’architecture connexe), est l’art traditionnel par troublante interrogation.
Grand Autel de Pergame, vers 180-150 avant J.-C.
Pergamonmuseum, Berlin.
7TS ABC of Style 4C.qxp 11/9/2011 9:49 AM Page 8
Panthéon, Rome, 118-128 après J.-C. Colonne Trajane, Rome, 113 après J.-C.
Or, l’intelligence des styles commence à l’architecture, Et, si le pittoresque en art a son attrait, son caractère, le luxe a
référence la plus éternelle, témoignage le plus évident que les plutôt aidé à l’essor de l’art, qui est bien l’expression la plus
siècles ont laissé ; la pierre a tenu tête davantage à la fin des inutile chez les êtres incultes et la plus indispensable à la
choses en résistant, de toute la force de sa matière, au caprice pensée cultivée. D’autre part, souvent incommode et insalubre,
des temps, de telle sorte que la Beauté antique, malgré ses le pittoresque ne peut être embelli que par l’art ; son caractère
ruines, ne veut pas mourir dans le souvenir des hommes ; et ce d’ailleurs réside dans sa grossièreté séduisante, en son âpreté
sont des débris que nous interrogerons tout d’abord, non à la où l’on chercherait vainement un objet esthétique, tandis que,
façon scientifique des archéologues, mais en artistes. Car ces dans un salon de bon goût, luxueux, le geste n’a que
débris parlent d’une civilisation, évoquent des manières d’être et l’embarras du choix pour saisir un bibelot rare et l’œil,
pareilde penser, toute la formule enfin de leur temps. lement, se grise de beauté artistique. Et cet objet esthétique et
La démarche de l’homme primitif était massive, ses mœurs cette beauté sont la flatterie évidente d’une époque, car, malgré
n’étant point policées, et ses muscles d’acier s’accommodaient leur foi et leur idéal, les artistes sont obligés sinon pour vivre,
exactement d’un confortable provisoire et rustique, tandis que la du moins pour plaire, de répondre aux goûts et à l’esprit de leur
tranquillité, l’oisiveté et la douceur de vivre, à la remorque de époque, de telle sorte que leurs œuvres suivent au lieu de
la richesse, dictaient à la demeure des raffinements de luxe. conduire et épousent finalement les idées, les caprices et les
8TS ABC of Style 4C.qxp 11/4/2011 5:08 PM Page 9
habitudes qui les encensent sur l’heure. Le peintre David ne
continua pas l’art de son délicieux cousin Boucher, parce que
l’esprit politique avait changé et que les amours « nourris de
roses et de lait », chers au traducteur de la grâce par
excellence, venaient de s’évanouir soudain, leur nuage de poudre
de riz étant crevé par le glaive gréco-romain brandi par le
farouche classique. Toujours est-il que si les « amours » avaient
été encore en faveur sous David, et que les courtisanes royales
eussent continué leurs sourires au peintre de Brutus, David se fût
sans doute contenté de poursuivre la gloire de Boucher. Aussi
bien, si David se montra cruel vis-à-vis de Louis XVI, dont il
refusa de terminer le portrait et dont il vota la mort comme
membre de la Convention, son républicanisme exalté sous la
Révolution, s’inclina singulièrement devant la couronne de
Napoléon empereur, qui le nomma son premier peintre.
Toutes ces anomalies nous prouvent que le courant des idées
mène seul les hommes de I’art et leur Œuvre, interrompu par les
uns, repris par les autres, tour à tour. Il s’ensuit que nous nous
trouvons souvent en présence de styles baroques, devant des
styles de fin de siècle, de transition, etc. Ce sont là les marques
d’un élan réprimé, détourné, au caprice de la politique, du goût,
de la flatterie artistique et commerciale. On détermine une date
pratiquement à l’aspect d’une moulure interrompue, à
l’observation d’une torsade inachevée. C’est la pensée d’un geste
qui s’abrège, échouant ou changeant d’intention, que nous
indiquent ces riens endormis dans les styles ; et ces riens sont
tantôt le fruit d’un retour au passé que l’on éprouve subitement le
besoin de célébrer, parce que ce passé est héroïque, alors que
l’on est veule, tantôt, au contraire, ils sont en concordance
d’idées avec un présent. Nous verrons le casque grec, le glaive
romain, exhumés sous le Premier Empire par ce même David,
dictateur des arts, suggestionnant Percier et Fontaine,
architectes. Et au Second Empire, nous assisterons à une banalité
dans les styles, peu attractive, parce que l’originalité, l’esprit
erd’adaptation même, triomphants en somme, sous Napoléon 1 ,
avaient sombré dans l’impersonnalité bourgeoise. Les époques
plates et sans intérêt ont eu les styles qu’elles méritaient. Les
événements, les grands bouleversements, les nobles luttes, les
hautes aspirations de la foi et de l’idéal ont laissé seuls leurs
traces dans le passé qui est le témoin des moindres
tressaillements du monde. Et ces témoins, répétons-le, sont les styles,
uniques survivants de l’effort des hommes et des hommes
euxmêmes. Les écrivains sont reconnaissables à leur facture, à la
formule de leur pensée ou style. Autant d’écrivains, autant de
styles, à moins qu’ils ne manquent d’originalité, auquel cas ils
9TS ABC of Style 4C.qxp 11/4/2011 5:08 PM Page 10
copient la manière des autres, ou bien ils l’adaptent, et les styles, Qu’est-ce donc que la « stylisation » ? L’art de dénaturer avec
dans leur longue évolution, n’ont pas fait autre chose. goût un modèle de la nature ; l’art de profiter spirituellement des
Nous en arrivons à l’étymologie du mot style : du grec stylos éléments naturels et d’augmenter leur sens décoratif. Voyez la
et du latin stylus, qui désignaient le poinçon usité jadis pour feuille d’acanthe, clé des styles à travers les âges ! Voyez quelle
écrire sur les tablettes de cire. Or, d’aucuns ont employé souvent stylisation extraordinaire elle a inspirée ! La feuille d’acanthe du
le mot « caractère » comme synonyme du mot « style ». C’est une chapiteau corinthien des Grecs, stylisée d’après l’acanthe
confusion à éviter pour les raisons suivantes. Nous venons de épineuse naturelle ; l’acanthe molle chère aux Romains qui en
voir que les anciens écrivaient sur des tablettes, ou abaques, usèrent et même en abusèrent ; l’acanthe large de la Renaissance
chargées de cire ou même simplement de poussière, et que, de après l’acanthe profondément simplifiée et modifiée du style
là, était dérivé le mot style et même stylet. Le stylet ou style, c’était roman. Cette acanthe que bannit le style ogival et qui s’atrophie
donc la plume des anciens, et les figures tracées par le stylos sur sous Louis XIII et devient lourde et massive à l’exemple de ce style
l’abaque ou la tablette s’appelaient en grec kharaktêr. Ces lui-même. De même que, sous Louis XIV, nous verrons ce motif
étymologies vont nous permettre d’établir la distinction capitale décoratif prendre de la solennité dans la raideur et, sous Louis
qui sépare les deux mots « style » et « caractère ». Le style formait XV, devenir tordu et enroulé, mais moins excessivement que
comme un prolongement de la main obéissant à la volonté de sous la Régence précédente. L’acanthe, enfin, simplifiée sous
l’écrivain ou dessinateur ; c’était l’homme lui-même se Louis XVI, s’avéra moins élégante et moins hardie. Voyez les
manifestant dans sa pensée ou sa sensibilité. Si le style c’est métamorphoses de la palmette, voyez toutes les fleurs,
reconl’homme, suivant Buffon, le caractère était, au contraire, la naissables sous leur masque, sous leur divine altération ! Les
manifestation visible. Le style c’était donc la cause, le caractère palmettes assyriennes, égyptiennes, grecques, romaines, si
c’était l’effet ; le style signifiait la pensée, tandis que le caractère différentes les unes des autres ! La demi-palmette pour orner les
reflétait l’expression physique de cette pensée. Cette explication encoignures, la palmette dorique réservée aux corniches de cet
du mot style, contrasté avec le mot caractère, peut contribuer à ordre et que nous retrouverons sous le Premier Empire et même
faire comprendre la double signification du mot style, suivant sous le Second !
qu’on l’emploie avec ou sans adjectif, c’est-à-dire dans son sens C’est là le style, cette métamorphose d’après le modèle
inspirelatif ou dans son sens absolu. rateur ; et notre originalité présente, qui revient à la
représen« Une œuvre de style », c’est-à-dire la manifestation de l’idéal, tation florale telle qu’elle embaume, c’est-à-dire telle qu’elle est,
contient donc essentiellement dans son expression, la généralité retourne simplement en arrière, puisque les Anciens débutèrent
et la durée. Une œuvre d’un style familier ou gracieux revêt par où nous finissons. N’oublions pas que le style est une
au contraire forcément un caractère d’individualité et une essence, le fruit de toute une expérience, et que ce n’est pas le
durée limitée. La simplicité seule peut exprimer la généralité et moindre mérite d’un parfum que celui de nous laisser deviner le
l’éternité, qui sont aussi la grande morale. Sans simplicité dans calice d’où il émane. Point d’art sans style et point de style
la pensée et l’exécution, « pas d’œuvre de style ». Voilà donc le quand on le cherche. Le style, c’est l’esprit que l’on ne peut
sort singulier qui guettait ce mot de style ; il en arriva à donner acquérir, c’est le don, c’est le parfum naturel, tandis que la
stylison nom à la fois à la qualité la plus spirituelle de la pensée et sation est une recherche matérielle, l’acheminement vers une
de la littérature et au stylet (ou porte-plume), c’est-à-dire qu’il subit découverte, à travers les péripéties d’un rébus. Qu’importe-t-il
le sort du style lui-même, s’épurant de déduction en déduction, donc de connaître au préalable pour dévoiler un à un le mystère
se filtrant à travers les époques au point de devenir l’idéal d’une des styles ? Les types d’architecture sont la trace des pas dans
chose matérielle. les neiges d’antan. Le botaniste reconnaît un arbre à sa feuille ;
Et, de fait, nous verrons au cours de notre travail, sinon l’archéologue distingue la nature d’un sol à sa matière, l’artiste
toujours une épuration, car l’inspiration fut généralement découvre un style en analysant les caractères de sa beauté.
issue de la Nature admirable, du moins toujours une interpré- Mais quel retour en arrière, il faut effectuer, lorsque I’on veut
tation, jusqu’à même une dénaturation, d’une grande qualité interroger des ruines, des débris ! Ils savent tant de choses ces
artistique. Car le but de l’art n’est pas la photographie, ruines et ces débris, et leur silence est si obstiné ! Puis tout à
expression de la vérité quelconque, mais bien la traduction coup, les voici trahis ! On sait leur âge ! On connaît leurs
de cette vérité. auteurs ! Pourtant, il ne faudrait point exagérer cette science des
10TS ABC of Style 4C.qxp 11/4/2011 5:13 PM Page 11
e eAbbaye Saint-Pierre, Moissac, XI -XV siècle.
11TS ABC of Style 4C.qxp 11/4/2011 5:13 PM Page 12
Stonehenge, Wiltshire, vers 2900-1400 avant J.-C.
styles, au point de s’imaginer qu’ils sont tous divers. Non, les Le plan de notre travail, dès lors, se précise. Pour atteindre le
branches des arbres s’appellent toutes des branches et tous les but pratique que nous poursuivons, il importe de remonter aux
styles ont une base, en réalité, tangible. Ils appartiennent sources mêmes de la personnalité. Au fur et à mesure de notre
seulement à une grande famille dont la paternité n’est point excursion dans le passé jusqu’à nos jours, nous noterons des
toujours aisée à découvrir, à travers des croisements, des mésal- formes, des formules, des ornementations, etc., caractéristiques,
liances et tant de morts. qui établiront notre jugement en le gardant, autant que possible,
Bref, lorsque nous aurons examiné les types d’architecture, des lacunes préjudiciables. Ainsi, de déduction en déduction,
nous franchirons seulement le seuil des temples, des abbayes, aucun maillon de la chaîne n’ayant été sauté, arriverons-nous à
des cathédrales et des maisons, pour y étudier les meubles, qui saisir la communion des styles, leur contagion, leur échange, leur
sont, en somme, des petits monuments d’architecture. Car, en fusion, tout en veillant à chaque nuance d’originalité.
matière de décor, toutes les manifestations d’une époque sont Révisons maintenant le principe esthétique général des styles
solidaires ; elles ont le même esprit, le même air de famille ; au et leur rapport avec les formes géométriques constructives. Les
surplus, ne fallait-il pas que les meubles s’harmonisassent avec Grecs ont montré une grande prédilection pour la combinaison
leur décor ? Ne séparons donc point l’architecture du mobilier, de la ligne droite, et I’ont adoptée comme type de l’architecture,
et aussi bien nous aurons souvent recours également à ces deux d’une simplicité, d’une unité et d’une noblesse parfaites. Les
bases pour reconnaître jusqu’aux moindres objets. Égyptiens ne connaissaient guère, dans leurs masses, que le
12TS ABC of Style 4C.qxp 11/4/2011 5:13 PM Page 13
triangle et le quadrilatère de leurs façades principales, par le de Saint-Jean de Florence : « Elles sont si belles qu’elles
triangle des frontons limitant et fermant les combles. De même devraient servir de portes au Paradis. » Dès les temps les plus
que les Grecs, les Égyptiens emploient la plate-bande comme reculés, l’homme éprouva le besoin d’instituer une règle de
forme constructive fondamentale, à l’exclusion de tout autre beauté. C’est ainsi que les Égyptiens et les Grecs eurent des
système, pour franchir les baies ou ouvertures dans les murs et canons plastiques, et les Grecs encore régirent l’ordonnance
couvrir les espaces superficiels. Rome, moins délicate de goût, architecturale par des types esthétiques dits : ordres. Le style
plus sensible à I’utilité et à la richesse matérielle qu’à l’harmonie égyptien fut hiératique et symbolique, plutôt une formule après
calme précédente, plutôt encline à l’imitation des Étrusques, mais avoir connu l’indépendance, tandis que le style grec libéré de
avec de plus grands développements, ajoute I’arc de cercle aux toute contrainte, malgré les canons d’ailleurs singulièrement
diverses combinaisons rectilignes des arts païen, égyptien et différents à chaque génie, se mesurait superbement avec la
grec. Le système constructif romain est d’un genre mixte, un nature. Sans nous arrêter aux canons de la plastique, qui
mélange de plates-bandes et d’arcs de cercles. Aussi, dans les sortent de notre cadre, nous aborderons les ordres
d’archistyles byzantin et romain, avec le byzantin surtout, I’arc de cercle tecture, frères aînés des styles.
domine-t-il dans les baies, dans le couronnement, dans le dôme Les ordres parlent en effet la même langue muette que les
des édifices. Leur élément constructif est le plein cintre qui se styles, et leur fascination séculaire les associe encore
étroitransforme plus tard en ogive dans les styles qui leur succèdent, tement ; au surplus, tel ordre perce souvent sous tel style d’où la
tant en Occident qu’en Orient, où on recherche ensuite, tant en nécessité d’examiner tout d’abord soigneusement les ordres. Les
Occident qu’en Orient, les arcs ogivaux et les formes aiguës ; on ordres, au nombre de cinq, s’intitulent dorique, ionique, et
corinsemble se délecter dans les aspérités et les pointes et l’on thien (ordres grecs), puis toscan (dérivé du dorique grec) et
multiplie le détail jusqu’à la surabondance. composite (ordre romain), sans compter qu’il existe un ordre
Quant au style de la Renaissance, il adopte avec une faveur dorique et un ordre ionique particuliers aux Romains assez
difféexceptionnelle une des dernières formes créées par le style rents de ceux des Grecs.
gothique, celle de I’ellipse, qui apparaît d’abord comme la N’oublions pas qu’aucun point de détail n’est négligeable
forme constructive permettant d’exécuter de larges baies, comme dans notre étude, pour ne point perdre le fil de l’utilité que nous
les portes d’églises, par exemple, en les surmontant d’une ogive cherchons. Voici pourquoi nous cheminerons dans le lointain
en accolade, ogive non plus de forme constructive, mais passé, à perte de vue même, non sans errer complaisamment
simplement décorative. La Renaissance, bien qu’elle ait accepté dans l’hypothèse et la poésie, à défaut de démêler une certitude
I’arc plein cintre, préfère d’abord l’arc sous-baissé et même qui, d’ailleurs, au-delà de I’art, nous indiffère présentement.
surhaussé dont l’ellipse est le type récent géométrique, Aussi bien devons-nous nous imprégner de la pensée générale
repoussant ainsi l’arc ogive et pointu. La forme elliptique, aussi de l’édification humaine par respect pour les styles qui sont son
calme que le plein cintre, plus douce et plus riche encore que parfum. Nous laisserons ensuite à la légende le soin de nous
l’ogive, plus variée et plus nuancée que tous deux, semble être, initier à la vénération miraculeuse de l’art.
enfin, l’un des traits significatifs de l’architecture moderne. Aux époques les plus reculées, des menhirs ou pierres
De cet accord entre les besoins de l’âme et les sentiments debout (alignées ou non), des dolmens (ou pierres supportant
de l’esprit, entre les facultés rationnelles et la sensibilité esthé- en manière de table une autre pierre), des cromlec’hs (ou
tique, naquit le style d’architecture, solidaire, répétons-le, de menhirs rangés en cercles), des lichavens (ou trilithes affectant
celui du mobilier. Et cette communion, impulsivement, arrache la forme d’une porte, sorte de dolmens privés de leurs parois
un cri du cœur. Ainsi, en apercevant la merveilleuse dentelle latérales et dépouillés du tumulus de terre qui les recouvrait
de pierre qui orne la façade de la cathédrale de Tours, Henri primitivement) chantent une sorte de style primaire ressortant
IV s’écria-t-il : « Ventre Saint-Gris ! Les beaux joyaux que voilà ! plutôt de l’intérêt archéologique qu’artistique. Nous passerons
Il n’y manque plus que des écrins ! » Et Vauban, frappé d’admi- donc rapidement sur ces manifestations rudimentaires, non
ration en présence de l’énorme tour octogonale qui domine la sans avoir noté leur signification et leur aspiration probables.
cathédrale de Coutances, s’exclama : « Quel est le sublime fou Ces significations viennent compléter le principe général
qui a osé lancer dans les airs un pareil monument ? » C’est esthétique des styles précédemment envisagés. Le geste
Michel-Ange encore qui dit, en parlant des portes de l’église primaire du sublime, de la grandeur et du calme semble
13TS ABC of Style 4C.qxp 11/4/2011 5:13 PM Page 14
Georges Jacob, Fauteuil à la reine, vers 1780.
Hêtre sculpté et peint.
Musée Nissim de Camondo, Paris.
14TS ABC of Style 4C.qxp 11/4/2011 5:13 PM Page 15
Panneaux peints, vers 1780.
Huile sur toile.
Musée des Arts décoratifs, Paris.
15TS ABC of Style 4C.qxp 11/4/2011 5:13 PM Page 16
Nicolas Pineau, Projet pour une console, vers 1735. Germain Boffrand et Charles Joseph Natoire, Hôtel de Soubise, chambre de
Plume et encre noire, lavis gris. parade de la princesse, Paris, 1735-1739.
Musée des Arts décoratifs, Paris.
indiqué par le monolithe géant et se poursuivre dans les d’équilibre dans les trois dimensions (largeur double de la
assemblages de pierres simples jusqu’à l’impression hauteur et longueur double de la largeur). » Aussi bien
étaientd’immensité que donnent les pyramides d’Égypte, par ce ces derniers qui devaient donner à I’art son équilibre et sa
exemple, à l’égal des hautes montagnes. « Dans l’imagination base, fixer supérieurement le geste sublime de la Beauté,
des Athéniens, l’Acropole était aussi haut placée que tracer enfin la voie des styles. Pourtant il serait injuste de
l’Olympe, et le séjour des dieux mêmes était une montagne méconnaître l’influence évidente des arts de l’Orient et de l’art
de la Thessalie » D’autre part, si les temples grecs sont égyptien sur l’art grec ; d’ailleurs, répétons-le, l’art est issu au
toujours élevés sans être jamais hauts, « si leur fronton début de tous les idéaux à la fois ; d’abord chef-d’œuvre
doucement abaissé domine la falaise ou la mer, c’est que les anonyme et indirect, au hasard du chaos des civilisations,
Grecs estimaient que les divinités de la fable avaient consenti ensuite recueilli, déduit, filtré, perfectionné, mis au point par
à descendre parmi les hommes, de sorte que ceux-ci le génie des Grecs, qui lui donnèrent enfin une ordonnance
n’avaient point à s’élever jusqu’à elles ». Mais là ne s’arrête dont on s’accorde à déclarer l’originalité exemplaire.
point le rapport de la pensée expansive avec la soif et l’élan Originalité non d’improvisation, mais, au contraire, d’un
d’édification humains. raisonnement magnifique, au point qu’elle reste un modèle
Après le délire des surfaces, nous voyons en effet, dans les éternel, si tant est qu’une harmonie demeure essentiellement
temples de l’Inde, celui de la profondeur ; dans les églises harmonieuse dans le rythme invariable de la nature. Mais
1chrétiennes celui de la hauteur , et celui de la longueur dans n’anticipons pas et, au prochain chapitre, nous poursuivrons
les temples égyptiens. « Les Grecs seuls ont gardé une sorte notre voyage à travers l’Antiquité.
16TS ABC of Style 4C.qxp 11/7/2011 4:07 PM Page 17
17TS ABC of Style 4C.qxp 11/4/2011 5:13 PM Page 18
18TS ABC of Style 4C.qxp 11/4/2011 5:13 PM Page 19
L’Antiquité
L’Inspiration initiale et les styles favorablement à l’art. Puis, il examine la Nature et se conforme à
elle. C’est ainsi que « l’arbre inspire la colonne dont les cannelures,
On s’accorde pour trouver en Égypte les traces de la civilisation la séparées par un listel, semblent exprimer l’idée d’un faisceau, et
plus lointaine et, par là même, la marque d’un premier style carac- l’astragale, simplification de l’image des liens, figure l’énergique
téristique. Nous passerons les initiales constructions attribuées aux linéament des tiges ». Ce sont les Égyptiens qui adoptent pour leurs
Pélasges, dites cyclopéennes, que les ruines de Tirynthe, de chapiteaux le bouton ou la fleur épanouie du lotus, la feuille du
Mycènes, de Platée, nous montrent sans intérêt esthétique. palmier; et les Grecs le chapiteau corinthien dans une feuille
Auparavant, les peuples sont nomades et vivent à l’état sauvage ; d’acanthe. Tandis que les Égyptiens s’inspiraient, pour leurs
chapi2leur maison est une grotte , une caverne, une hutte au hasard des teaux, du bouton ou de la fleur épanouie du lotus, de la feuille du
ressources du terrain ; on campe. Selon la nature du sol et la palmier, nous devons donc, à la feuille d’acanthe, la genèse du
configuration des lieux, on s’adonne à l’agriculture, on chasse, on chapiteau corinthien. Écoutons à ce propos la gracieuse légende
pêche. Les cités lacustres naissent chez les sédentaires, comme contée par l’architecte romain Vitruve :
l’idée de la tente chez les pasteurs, contraints de voyager sans « Une jeune fille de Corinthe étant morte au moment
cesse, suivant les saisons, pour trouver les pâturages nécessaires à de se marier, sa nourrice posa sur son tombeau, dans
leurs troupeaux. Point de meubles à vrai dire : le premier lit est une une corbeille, quelques petits vases que cette jeune
litière, on couche sur des peaux de bêles ou sur des feuilles sèches ; fille avait aimés pendant sa vie et, pour les mettre à
la première table est une pierre plate posée horizontalement sur l’abri, elle recouvrit la corbeille d’une tuile. La racine
d’autres pierres verticales ; le premier siège est un billot. Comment d’une acanthe se trouvant par hasard en cet endroit,
l’art pouvait-il présider à tant d’incommodité et de provisoire ! les feuilles et les tiges commencèrent à pousser au
Cependant, le pittoresque du premier « home », si rudimentaire soit- printemps, entourèrent la corbeille, et, rencontrant les
il, pourrait tenir lieu d’un style. Entrons dans la caverne de l’homme angles de la tuile, elles furent contraintes de se
primitif, examinons son caractère. Rudesse, naïveté, saveur recourber à leur extrémité en forme de volutes.
farouche, ténèbres impressionnantes. Aux parois, des peaux de Callimaque, passant près de là, vit cette corbeille,
bêtes barrées de haches en silex, sont accrochées : ce sont les remarqua la grâce et la nouveauté de ces formes, et
premières panoplies. Ici, assise sur un crâne d’auroch, une femme, y puisa le modèle des chapiteaux qu’il fît exécuter à
parée de colliers faits de coquillages et de dents d’animaux, écrase Corinthe. Il fixa ensuite les règles et les proportions de
du grain entre deux pierres. Sa nudité se cache en partie sous des l’ordre corinthien. »
fourrures et sous des plumes. Là, un ours éventré, à demi dépecé, Et sans quitter la légende, voici quelle serait l’origine du
gît à terre. Des branchages, encore, se tordent dans des coins qu’ils chapiteau ionique. Un architecte aurait un jour déposé son plan sur
égaient un peu de leur claire feuillée, tandis qu’au plafond bas de une colonne encore dépourvue de son chapiteau. Ce plan tracé sur
la caverne pendent des guirlandes d’oiseaux fraîchement tués. peau ou sur papyrus, sous l’action de la pesanteur ou de l’humidité,
Ce caractère et ce pittoresque équivalent, en vérité, à un style si se serait enroulé ou gondolé de chaque côté de la colonne,
toutefois l’œil n’y retient que l’effet avantageux d’un beau désordre. formant les volutes, et une dalle placée dessus pour que le vent ne
Mais revenons à l’art égyptien, né d’une civilisation sereine dans l’emportât point donna le tailloir. Malgré la légende, la copie
un peuple de foi et d’idéal. Lorsque l’homme a satisfait aux strictes des cornes du bélier n’apparaît point douteuse pour la suggestion
nécessités, se repose et pense, et son imagination vagabonde alors de cet ordre, ainsi que la coiffure des femmes à cette époque.
Arc de Constantin, Rome, 312-315 après J.-C.
19TS ABC of Style 4C.qxp 11/4/2011 5:13 PM Page 20
Temple d’Amon, Louxor, Thèbes, vers 1408-1300 avant J.-C.
Égypte.
Origine à rapprocher de celle que nous contons plus loin à propos leurs parures, et, pour éterniser la mémoire d’un tel
du meuble. C’est « l’Indien asseyant la plate-bande de ses édifices châtiment, les architectes imaginèrent de les
représur des éléphants ; c’est le Persan remplaçant le chapiteau de ses senter dans les édifices publics, faisant l’office de
colonnes par une double tête de taureau; c’est le Grec, encore, colonnes et condamnés à gémir en effigie sous le
faisant servir des mufles de lion à vomir l’eau de pluie. » poids des architraves. Les Lacédémoniens en usèrent
Puis c’est au tour de la figure humaine : des corps souples de de même lorsque, sous la conduite de Pausanias, fils
jeunes filles suggéreront les cariatides qui supporteront des de Cléombrote, ils eurent défait les Grecs à la bataille
linteaux de marbre comme des corps d’hommes robustes de Platée. Ils élevèrent une galerie qu’ils appelèrent
varieront les colonnes sous forme d’atlantes. Voici l’origine des Persique, dans laquelle l’entablement était soutenu par
cariatides, toujours selon Vitruve : les statues des captifs vêtus de leurs habits barbares.
« Les citoyens de Garyae, ville du Péloponnèse, C’est de là que vient l’usage suivi par plusieurs
archis’étant ligués avec les Perses contre les Grecs, en tectes, de substituer aux colonnes des statues
furent punis par la prise de leur ville dont tous les grecques, et d’ajouter ainsi aux richesses de l’art un
habitants furent passés au fil de l’épée, tandis que les nouveau motif de décoration. »
femmes étaient traînées en esclavage. Non content de Les atlantes eux, emblèmes des Carthaginois vaincus,
les forcer à suivre la marche du triomphe, le vainqueur portaient la corniche en s’aidant de leurs bras et semblaient faire
prolongea le spectacle de leur humiliation en les un effort pour ne pas plier sous le fardeau, mais « avec un sourire
obligeant à garder leurs longues robes de matrones et bestial. » Et même, si l’on en croit Henry Havard (Histoire et
20TS ABC of Style 4C.qxp 11/9/2011 9:48 AM Page 21
Temple de Ramsès II, Abou Simbel, commencé vers 1280 avant J.-C.
Égypte.
Physionomie des styles), la suggestion du physique humain eut les principaux meubles à bâtis avec ceux du corps
encore de plus singuliers retentissements : humain. On disait les pieds, le dos, le siège d’une
«... Avec les bottes (nécessaires sous Louis XIV par l’état chaise, les pieds et l’entre-jambe d’une table, etc. Ce
de malpropreté des rues remplies de fange) la jambe nom de mollet fut même appliqué au balustre : « petit
se présentait tout d’une venue, assez semblable — pilastre renflé vers son milieu et composé de quatre
qu’on me pardonne l’expression, écrit l’auteur — à un parties : le piédouche, qui sert de base ; la poire,
fût de colonne (…) Avec les carrosses, cette mode nom qu’on donne à la partie renflée ; le col, qui va
tyrannique prit fin. Les hommes se montrèrent « en en s’amincissant; et le chapiteau, qui couronne le
jarretier », comme dit Brienne. La jambe apparut alors tout », si bien que balustre et mollet étant quasiment
avec ses rondeurs suggestives, ses fines attaches, ses devenus synonymes, on appela les meubles à pieds
renflements harmonieux, et il est à croire que cette vue renflés « des meubles à balustres »...»
impressionna très fort les regards, car, partout dans le D’autre part, écrit Edmond de Goncourt : « En regardant dans
mobilier, la colonne droite et rigide, mise en vogue le petit parc de Saint-Gratien un cèdre déodora, ses étages de
par l’architecture classique, fut remplacée par des branches déchiquetées allant en diminuant jusqu’à son sommet,
formes « à mollet ». Les piétements des chaises, des j’ai comme une révélation que la pagode, dans la construction
tables, les quenouilles des lits furent gratifiées de chinoise, a été inspirée par l’architecture de cet arbre, ainsi que
renflements significatifs, applications d’autant plus l’ogive, dit-on, le fut aussi par le rapprochement, en haut, d’une
naturelles qu’on avait déjà pris l’habitude d’identifier allée de grands arbres. »
21TS ABC of Style 4C.qxp 11/7/2011 9:05 AM Page 22
22TS ABC of Style 4C.qxp 11/7/2011 9:05 AM Page 23
23TS ABC of Style 4C.qxp 11/7/2011 9:05 AM Page 24
Après l’influence esthétique, voici l’influence morale. Au Moyen Des variétés d’habitations primitives dérivèrent les principaux
Âge, surtout dans nos contrées du Nord, l’architecte gothique systèmes de construction.
adoptait les formes élancées ; il aimait les aspérités, une certaine « Les fabriques chinoises et japonaises étaient une imitation
agitation âpre et aiguë, et ce goût était partagé par les peuples. exacte de la tente ; les temples souterrains de I‘Hindoustan et de
Au contraire, à l’époque de Périclès, l’architecte grec recherchait la Nubie auraient les plus grands rapports avec les antres des
en tout et partout le calme et la simplicité, l’ordre et la mesure, et peuples troglodytes ; enfin la cabane serait le prototype des
telles étaient aussi les aspirations du peuple grec. D’où une forme beaux édifices de l’antiquité grecque et romaine. »
historique d’art symbolisant un système d’idées, puisque l’archi- Et puis, la conception élémentaire des dolmens, aux pierres
tecture n’est que le reflet du caractère d’une époque. Le temple de brutes plantées en terre sur deux rangs parallèles, a pu suggérer
Karnak, le Parthénon, l’arc de Titus, Sainte-Sophie, l’abbaye aux les colonnes et les murs — suivant que ces pierres étaient plus
hommes, de Caen, Notre-Dame de Paris, Chambord, Versailles, ou moins espacées entre elles — du vieux sanctuaire égyptien ;
le Palais législatif sur les bords de la Seine, sont tous symboles, en comme les pyramides et les pagodes de l’Inde, les vastes
effet, tous expressions de systèmes d’idées, tous manifestations tombeaux égyptiens tirèrent sans doute leur origine des tumulus
visibles d’un monde physique, intellectuel et moral. D’ailleurs, ou amas de terre factice recouverts de maçonnerie.
Cuvier note encore l’action du sol sur la variété des styles : « Pourtant, si les anciens Égyptiens ou les Arabes d’Égypte ont
« La Lombardie n’élève que des maisons de briques, adopté, avec les mêmes ressources de matériaux, les premiers un
à côté de la Ligurie qui se couvre de palais de système rectiligne sévère, et les seconds le système des arcs en
marbre. Les carrières de travertin ont fait de Rome la ogive et des dômes plus ou moins pointus, c’est bien à une
difféplus belle ville du monde ancien ; celles de calcaire rence de goût et d’esthétique qu’il faut attribuer ces variations
grossier et de gypse font de Paris une des plus constructives. L’esprit énergiquement conservateur, qui parle dans
agréables du monde moderne. Michel-Ange et les monuments de l’ancienne Égypte, traduit ce même esprit
Bramante enfin n’auraient pu bâtir à Paris dans le d’immobilité presque inorganique qui caractérise le système
même style qu’à Rome, parce qu’ils n’auraient pas social de ce peuple. L’arc et la voûte, par leur poussée constante,
trouvé la même pierre. » auraient mal exprimé cette impassibilité si chère aux âmes
Une connaissance plus approfondie de la nature, de la fabri- égyptiennes, et il n’est pas d’autre explication à donner de la
cation et de la résistance des matériaux a conduit les nations préférence esthétique en question, pour la plate-bande d’abord et
modernes, presque à leur insu, à un nouveau genre de construction. les masses énormes, difficiles à remuer. Tant les Égyptiens que les
« Après le mélange du bois, de la pierre et des métaux aux Grecs qui connaissaient le système des arcs et des voûtes ont, par
effets inattendus, les combles hourdés en fonte et en fer, qui, raison esthétique et non seulement parce qu’ils possédaient de
soutenant de légères feuilles métalliques, recouvraient d’abord de magnifiques carrières, construit les uns des salles hypostyles à
grands édifices, donnèrent le modèle d’arches immenses en fer. colonnes et à plates-bandes, les autres des temples hypèthres,
Les cordages, les lianes à la force desquels l’Indien se confie pour ouverts comme des cours. Y eut-il jamais salle d’assemblée plus
traverser des torrents à bords escarpés, inspirèrent les ponts incommode que la salle hypostyle encombrée de colonnes, qui
suspendus. Une combinaison de fer, de fonte et de verre permit gênaient à la fois la vue et la circulation ? Fut-il jamais statue
d’établir des magnifiques galeries de plantes exotiques. On précieuse moins protégée que celle figurant dans un temple
remplaça les portes cochères massives de nos maisons par d’élé- hypèthre ou à ciel ouvert ? »
gants panneaux de fonte à jour. Aux lourds piliers sous lesquels Cela est, d’après M. Félix Monmory, à qui nous empruntons
étaient établis autrefois nos marchands, ont succédé les cages cette thèse intéressante, une des preuves de l’impulsion
esthétransparentes de glaces maintenues par de légères baguettes tique dominant les motifs d’utilité et de raison à opposer à la
métalliques, et même ces glaces se maintiennent d’elles-mêmes... » précédente constatation de Cuvier. D’ailleurs, après le sentiment
Sphinx, Gizeh, vers 2530 avant J.-C. Égypte.
(p. 22)
Temple d’Amon, Karnak, vers 1550 avant J.-C. Égypte.
(p. 23)
24TS ABC of Style 4C.qxp 11/11/2011 9:38 AM Page 25
Grammaire ornementale : les palmettes, les masques, les chimères ailées, le sphinx, le mufle de lion, les pattes de lion.
25