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La ville en mouvement : habitat et habitants

360 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296269583
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LA VILLE EN MOUVEMENT HABITAT ET HABITANTS

Dans la Collection « Villes et Entreprises» Sous la direction d'Alain Bourdin et de Jean Rémy
Michèle Odéyé-Finzi, Les Associations en villes africaines, Dakar-Brazzaville, 1985. Martine Camacho, Les Poubelles de la survie. La décharge municipale de Tananarive, 1986. Alain Maharaux. L'Industrie au Mali, 1986. Collectif, Nourrir les villes en Afrique sub-saharienne, 1986. Guy Mainet, Douala. Croissance et servitudes, 1986. J.-c. Willame, Zaïre. L'Epopée d'Inga. Chronique d'une prédation industrielle, 1986. P. van Dujk, Burkina Faso. Les secteurs informels de Ouagadougou, 1986. P. van Dujk, Sénégal. Le secteur informel de Dakar, 1986. A. Durand-Lasserve, L'Exclusion des pauvres dans les villes du Tiers-Monde. Accès au sol et au logement, 1986. Collectif, Droit de cité. A la rencontre des habitants des banlieues délaissées, 1986. Marc Nolhier, Construire en plâtre, 1986. Collectif, Economie de la construction au Maroc, 1987. Collectif, Métropoles de l'Asie du Sud-Est, stratégies urbaines et politiques du logement, 1987. Collectif, Economie de la construction à Lomé, 1987. Sous la direction de Sid Boubekeur, Economie de la construction à Tunis, 1987. Collectif, Economie de la construction au Caire, 1987. Collectif, Economie de la construction à Nouakchott, 1987. Collectif, Economie de la construction à Kinshasa, 1987. Collectif, Production de l'habitat à Antananarivo, 1987. M. Colombart-Prout, 0. Rolland, M. Titecat, Economie de la construction à Abidjan, 1987. Economie et Humanisme, Economie de la construction à Hyberabad, 1987. G. Spencer Hull, La petite entreprise à l'ordre du jour, 1987. C. Coquery-Vidrovitch (collectif), Processus d'urbanisation en Afrique, tomes I et 2, 1988. A. Fourcaut (collectif), Un siècle de banlieue parisienne (1859-1964),1988. M. Cahen, Bourgs et villes en Afrique lusophone, 1989. Collectif, Etat, ville et mouvements sociaux au Maghreb et au Moyen-Orient, 1989. S. Bredeloup, Négociants au long cours. Rôle moteur du commerce dans une région de Côted'Ivoire en déclin, 1989. S. Dulucq et O. Gœrg (collectif), Les investissements publics dans les villes africaines (19301985), 1989. S. Magri et C. Topalof (collectif), Villes ouvrières, 1989. . E. Gapyisi, Le défi urbain en Afrique, 1989. Jacques Dreyfus, La soCiété du confort, 1990. Collectif, Sites urbains en mutation, 1990. N. Brejon de Lavergnée, Politique d'aménagements du territoire au Maroc, 1990. J.-P. Gaudin, Desseins de villes. Art urbain et urbanisme, 1991. R. Prost, Conception architecturale, une investigation méthodologique, 1992.

@

L'Harmattan, 1992 ISBN: 2-7384-1443-5

Collection Villes et Entreprises

LA VILLE EN MOUVEMENT HABITAT et HABITANTS

Actes de l'atelier D : « Mobilités résidentielles et mutations urbaines », 4e Conférence Internationale de Recherche sur le logement, «Les Enjeux Urbains de l'Habitat », Paris, 3-6 Juillet 1990.

Présenté par Eva Lelièvre et Claire Lévy-Vroelant
Avec les contributions de M. Alisch (Hambourg, Allemagne); P. Antoine (Paris, France); B. Baccaini (Paris, France); P. Bocquier (Paris, France); L.E. Borgegard (Stockholm, Suède); G. Boudimbou (Amiens, France); M. Cantwell (Baton Rouge, Etats-Unis); S. Condon (Paris, France); A Coveney (Colombus, États-Unis); F Cribier (Paris, France); J.S. Dangschat (Hambourg, Allemagne); FM. Dieleman (Utrecht, Pays-Bas); AS. Fall (Dakar, Sénégal); J. Fagnani (Paris, France); W.zum Felde (Hambourg, Allemagne); Fe. Filius (Utrecht, Pays-Bas); J.P. Frey (Paris, France); Y. Guisse (Dakar, Sénégal); P. Hooimeijer (Utrecht, Pays-Bas); A Hoogvliet (Utrecht, PaysBas); R.B. Jobse (Utrecht, Pays-Bas); R. van Kempen (Utrecht, Pays-Bas); H. Kruythoff (Delft, Pays-Bas); E. Lelièvre (Paris, France); J.P. Lévy (Nantes, France); e. Lévy-Vroelant (Paris, France); L. Lundin (Gavle, Suède); M. Lyons (Londres, Grande-Bretagne); S. Musterd (Amsterdam, Pays-Bas); L. van Noortwijk (Utrecht, Pays-Bas); P. Petsimeris (Caen, France); G. Sands (Détroit, États-Unis); 0. Siksio (Gavle, Suède); P. Strasmann (EastLansing, Etats-Unis); M. Vervaeke (Paris, France); A Warnes (Londres, Grande-Bretagne); J. van Weesep (Utrecht, Pays-Bas).

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 PARIS

SOMMAIRE

Préface.

...........................................................

9 9 10 10 Il Il 15

- Le CI LOG à Paris. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................................ - Quelle valorisation? - Ambitions et limites du présent ouvrage. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Introduction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Logiquesdes habitants,systèmede l'habitat. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Mobilité résidentielle et changements urbains. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

PREMIÈRE PARTIE: INTENSITÉ ET CARACTÉRISTIQUES DE LA MOBILITÉ RÉSIDENTIELLE DES MÉNAGES: VARIATIONS DANS LE TEMPS ET L'ES.
PACE

...

19 21 21 31 41 57 69 69 5

1. Nature et intensitéde la mobilitérésidentielle.. . . . . . . . . . . . . . . . . .
Mobilité résidentielle en France: observation et analyse, le point de vue du démographe par E. Lelièvre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Contribution à l'étude de la mobilité résidentielle: l'exemple de Versailles
au XIXe siècle par C. Lévy- Vroelant

...............................

en Francepar B.Baccaini

Mobilité géographique, distances de migration et mobilité professionnelle

....................

L'accès au logement sur un marché locatif privé contrôlé: l'exemple du centre-villede Stockholm par O. Siksio & L.E. Borgegard ...........
2. La mobilité résidentielle comme résultante de variables socio-démographiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Influence du divorce sur la trajectoire résidentielle aux Pays-Bas par L. van Noortwijk, P. Hooimeijer & F. Dieleman . . . . . .. . . . . . . . . . . . . .

Période postparentale : déménager ou pas? par L Lundin. . . . . . . . . . . . La migration de retraite des Parisiens vers la province et ses transformations récentes par R Cribier

83
91 101 117

..................................

A. Warnes

Les stratégies résidentielles des Londoniens retraités par S. Condon &

......................................

La mobilité des personnes âgées: modélisation des décisions selon un système de gestion personnelle par M. Cantwell & A. Coveney. . . . . . . . 3. La mobilité résidentielle, fonction du « capital» des ménages: ressources économiques, culturelles, sociales. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Mobilité des ménages et conditions économiques à Detroit par G. Sands Embourgeoisement: la ségrégation résidentielle par les capitaux économiques, sociaux et culturels par J.S. Dangschat & W zum Felde. . . . . . L'habitat social dans la trajectoire résidentielle des immigrés congolais en France par G. Boudimbou ................................... Les logiques familiales d'accès au logement par M. Vervaeke . . . . . . . . . Interactions conjugales et choix résidentiels des couples bi-actifs en Région Ile-de-France: Négotiations, arbitrages et compromis par J. Fagnani ...................................................

129 129 141 155 163
175

DEUXIÈME PARTIE: LES EFFETS DE LA MOBILITÉ RÉSIDENTIELLE SUR LES DYNAMIQUES URBAINES. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

187 189

1. Mobilité résidentielle: qu'y peuvent les politiques?

...............

Mobilité résidentielle et marchés du logement: une comparaison internationale par P. Strasmann ..................................... Faibles revenus, mobilité résidentielle et politique du logement dans les 4 principales villes néerlandaises par R. van Kempen & J. van Weesep . La concurrence face au logement: le cas des quartiers construits au début du xxe siècle dans les grandes villes néerlandaises par A. Hoogvliet . . . . Morphogénèse d'un parc immobilier et évolution de la répartition des groupes sociaux par J. P. Frey. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Etude de l'insertion urbaine des migrants à Dakar: présentation de la méthodologie d'enquête par P. Antoine, P. Bocquier, A.S. Fall & y. Guisse .................................................... 2. La mobilité, produit de l'interaction entre l'offre et la demande. ...

189 201
215 225 247

259

Influence des mouvements migratoires sur la structure socio-economique des quatre grandes villes de la Randstat et leur conurbation par H. KruythofJ, R. Jobse & S. Musterd. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Changements de population et mobilité résidentielle à Amsterdam, Rotterdam et La Haye: points communs et différences par S. Musterd, R. Jobse & H. Kruythoff. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Sortie du marché du logement, offre primaire et chaînes de vacances des logements par Re. Filius, R Dieleman & P. Hooimeyer. . . . . . . . . . . . . . La mobilité résidentielle dans le contexte local de l'habitat: une approche comparative en France par J. P. I..évy .......................... '"

259 273 287 299

6

3. Divers phénomènes Embourgeoisement

de « ségrégation » spatiale.

..................

317

et restructuration

des statuts d'occupation

quartiers de Londres par M. Lyons..

.. . . . . ... . . . . . .

.

dans deux

. . . . . . . 317 331
341

Rénovation et embourgeoisement du centre ville de Hambourg détresse et réactions des résidents par M. Alisch & W zum Felde. . . . . Mobilité intra-urbaine et ségrégation résidentielle à Turin 1951-1986 par P. Petsimeris. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Références bibliographiques

récentes des auteurs.

........................

353

7

PRÉFACE
Le CILOG à Paris
Du 3 au 6 juillet 1990, s'est tenue à Paris la quatrième Conférence Internationale de Recherche sur le Logement (CILOG), organisée sous les auspices de l'Association Internationale de Sociologie (AIS) -groupe de travail « Habitat et Environnement construit », par le Ministère de l'Equipement, du Logement, des Transports et de la Mer (Plan Construction et Architecture, Plan Urbain, Délégation à la Recherche et à l'Innovation, Service Technique de l'Urbanisme), avec le concours de l'Unesco, du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), de l'Institut National d'Etudes Démographiques (INED), de l'ORSTOM, du Réseau Européen pour la Recherche sur le Logement, du « Journal of Architectural and Planning Research », de l'American Association of Housing Educators, de « Women and Environments », des revues « Annales de la Recherche Urbaine », « Urbanismes» et « Futuribles », de « Cités Unies Développement (FMCU-FMVJ»). Nous tenons ici à rendre hommage à la mémoire de Christian Arnaud, disparu prématurément. Par son travail, il a rendu possible la tenue de la Conférence et a largement contribué à son succès en collaboration avec François Ascher et Anne-Marie Fribourg. De très nombreux participants, des thèmes variés donnant lieu à des échanges multiformes, des horizons géographiques et professionnels très diversifiés, tels ont été les points forts de ces journées de rencontre et d'étude. Des participants très nombreux: 835 communications y ont été présentées, discutées dans les 8 ateliers. Des thèmes variés: 8 ateliers dont les travaux se sont déroulés chaque matinée, ont abordés les thèmes suivants. Habitat et politiques publiques (75 communications). . Le statut d'occupation du logement (38 communications). . Evolution des modes de vie et transformations de l'habitat (58 communications). . Mobilités résidentielles et mutations urbaines (40 communications). . Les systèmes et les acteurs de la production de l'habitat (44 communications). . Grandes villes: fragmentation et polarisation (43 communications). . Habitat, espace urbain, sécurité/insécurité (11 communications). . Réhabilitation, construction neuve et restructuration des villes (36 communications).

.

Des horizons géographiques et professionnels très diversifiés: ces journées ont été d'une part l'occasion de rencontres entre professionnels des nombreux métiers de l'habitat et du logement et les chercheurs de toutes disciplines. D'autre part, les 9

échanges internationaux, dont la nécessité a été souvent réaffirmée dans les débats, ont été possibles du fait de la présence de participants des 5 continents. Quelle valorisation? Une telle richesse témoigne de l'importance des enjeux stratégiques, scientifiques et humains abordés dans les différents ateliers de la Conférence. Cependant une telle abondance a de quoi donner le vertige. La question s'est en effet rapidement posée de trouver des formes adaptées pour la diffusion de ces nombreuses contributions. Quelles formes choisir? Ce n'était pas chose simple à décider d'autant plus que leur extraordinaire variété quant à l'approche, la méthode, la problématique et l'échelle retenue se doublait d'une grande inégalité dans leur longueur ou leur rigueur. L'idée d'une publication exhaustive fut de ce fait rapidement repoussée par les responsables des journées et ceux-ci se sont mis d'accord sur la publication d'ouvrages collectifs sur des thèmes précis, ainsi que de numéros spéciaux de revue reprenant des communications à la Conférence. Deux ouvrages à paraître chez l'Harmattan (Paris) : sous la direction de E. Campagnac, Analyse comparée de l'évolution des grands groupes de la construction dans les pays d'économie développée, et sous la direction de P. Cuturello, Le statut d'occupation du logement. Un numéro spécial de la revue « Déviance et Sociétés », L'insécurité urbaine et les politiques locales, Septembre I99 I, vol. 15, n °3. Le présent ouvrage propose les Actes de l'Atelier D «Mobilités résidentielles et mutations urbaines», présidé par M. Murphy (London School of Economies) et M. Roncayolo (Université de Paris X et Maison des Sciences de l'Homme), et coordonné par A. Faure (Université de Paris X).

Ambitions et limites de cette publication
L'idée de départ qui préside à cette entreprise est d'illustrer et de rendre compte à travers une série de travaux présentés au CILOG, de l'avancement de la recherche sur la mobilité et la ville. Bien entendu, cette option comportait deux limites que les éditeurs ont assumées comme telles: d'une part, la publication se privait de contributions importantes hors CI LOG, et d'autre part la politique d'édition adoptée devait nécessairement être peu sélective afin de rendre compte fidèlement de l'avancement de la recherche à un moment précis. Ce faisant nous avons donc convenu de ne pas écarter des textes faisant état, par exemple; de recherche peu avancées quant à leurs résultats mais dont la problématique ou l'approche nous ont semblées novatrices et stimulantes. D'autres, moins novateurs mais plus riches en informations, ont été retenus comme témoins des recherches menées dans leur pays respectif. Ce parti pris était également dicté par les délais relativement courts qui nous étaient impartis: la publication devait nécessairement être terminée avant la prochaine Conférence Internationale sur l'Habitat qui se tiendra à Montréal en juillet 1992, une périodicité de 2 ans ayant été retenue pour ces rencontres. Enfin, il faut signaler que la majorité des textes de cet atelier étaient rédigés en anglais. Ils ont donc dû être traduits et nous tenons à remercier MÉDIANE pour sa précieuse collaboration. Nous avons opté pour une traduction la plus fidèle possible au détriment parfois du style mais en accord avec les auteurs et nous espèrons que les lecteurs nous pardonnerons certaines pesanteurs.

10

INTRODUCTION
On l'aura compris, l'intérêt majeur de cette publication réside dans la possibilité offerte de comparaisons internationales, et dans la présentation de quelques jalons dans un champ de recherche encore largement en friche. Ce champ se définit par les rapports qu'entretiennent entre eux deux phénomènes observables séparément, d'une part la mobilité des individus et des ménages, d'autre part, les mutations urbaines liées plus particulièrement au logement. Or, si la mobilité résidentielle stricto sensu fait l'objet d'études nombreuses, tant sur le plan quantitatif que qualitatif, elle a rarement été étudiée dans ses implications sur la sphère sur logement et plus généralement des dynamiques urbaines (état de l'offre, politiques publiques, marché de l'emploi). Inversement, l'état du marché du logement, pensé ordinairement en termes de stock et de construction neuve, est rarement analysé comme dépendant des mobilités intra et extra-urbaines, alors que celles-ci ont un impact considérable sur l'offre. La question n'est donc simple qu'en apparence: il s'agit en fait de saisir ensemble les deux bouts de la chaîne, ménages d'une part et logements de l'autre. Le plan adopté pour cet ouvrage, et qui sépare les deux aspects, témoigne en effet de la difficulté de l'exercice. N'en concluons pas pour autant que la tâche est impossible et que les mutations urbaines d'hier et d'aujourd'hui ne font l'objet que d'études les appréhendant « par un seul bout» à l'exclusion de l'autre. Certains textes montrent le contraire. Ainsi nous semble t-il, l'approche de la mobilité résidentielle peut être considérablement enrichie si elle est saisie en liaison avec les changements urbains. Des questions essentielles telles que « qui bouge, en provenance et en direction de quel type d'habitat, dans quel espace?» ou encore « comment un quartier mute-t-il?» peuvent dès à présent recevoir un début de réponse. On le voit, le sens ultime de tous ces questionnements autour de la mobilité -stratégique ou non- est bien d'éclairer les dynamiques urbaines. Qu'il s'agisse de comprendre la génèse ou les mutations d'un centre ville ou d'une commune périphérique; d'éclairer les processus aboutissant à la dévalorisation de certains quartiers - voire d'orienter telle ou telle politique du logement -l'observateur ne peut faire l'économie de l'étude des mobilités résidentielles au sens plein que nous venons de lui donner.

Logiques des habitants, système de l'habitat
Le jeu de deux entités est à la source de la mobilité résidentielle et façonne les changements urbains. Il s'agit des interactions entre le contenu et le contenant: ménages et logements. Ces deux ensembles présentent des caractéristiques précises. 11

Les ménages sont définis par les caractéristiques de la personne de référence ou celles de l'ensemble des membres du ménage. Ainsi les variables peuvent être d'ordre démographiques telles que l'âge, le sexe, le statut matrimonial de la personne de référence, la taille et la composition du ménage ;elles peuvent également être d'ordre économique (profession, revenus...) ou encore social ou culturel comme la nationalité des membres du ménages, le capital culturel des habitants. Les logements peuvent également être regroupés dans des catégories diverses selon que l'attention se porte sur le statut juridique, la date de construction, le type d'habitat, sa localisation etc. De la sorte, le parc de logement - à quelque échelle qu'on l'observe - peut être désagrégé en fractions aux caractéristiques homogènes. Lorsque l'on cherche à rapprocher les ménages des logements, l'objectif est d'identifier les liens qui à certains types de ménages font correspondre des catégories spécifiques de logements et vice versa. Plus largement, l'identification de modèles d'attribution préférentielle des logements aux ménages et des habitants à leur habitat est à la base de la réflexion de nombreux auteurs. Dans le monde développé et plus particulièrement en Europe occidentale, le cursus résidentiel des ménages, par exemple, semble devoir obéir à une logique « ascendante », avec un passage du statut de locataire à celui de propriétaire et une adaptation progressive de la taille et des caractéristiques du logement aux besoins du ménage. Selon la même logique, il est alors intéressant d'isoler des ménages aux caractéristiques homogènes (nationalité, occupation professionnelle), ou spécifiques en termes de cycle de vie (divorcés, personnes âgées) afin de tenter d'identifier des régularités dans leur comportement résidentiel. Il n'est d'ailleurs pas indifférent de noter que les catégories, de ménages comme de logements, qui sont le plus communément ciblées par de telles études sont celles qui se situent au cœur de « problèmes de sociétés» plus ou moins correctement identifiés. Ainsi on peut citer la dégradation des cités de logements sociaux (HLM en France) et la crainte engendrée par la formation des « guettos». Une approche qui renvoie, selon une logique plus apparente que réelle, au problème de l'intégration des immigrés en France alors qu'il s'agit en fait d'un processus beaucoup plus global de dégradation du tissu social. Un problème identique peut d'ailleurs s'exprimer dans des termes différents ailleurs. Que l'on pense à la Grande Bretagne, à l'Allemagne ou aux Pays Bas, c'est bien la marginalisation de couches entières de la population qui est en cause. De la même manière, la fragilité des unions dans les sociétés occidentales conduit à s'interroger sur le parcours résidentiel des familles monoparentales ou de ménages composés d'une personne. Enfin, le poids grandissant des personnes âgées et la transformation des conditions de vie, a fait des retraités une catégorie aux besoins spécifiques dont il importe de connaître les aspirations résidentielles. Une première série de textes vise donc à comprendre la mobilité des ménages en cherchant les variables explicatives les plus pertinentes. Dans une démarche inverse mais parallèle, certains auteurs présélectionnent une catégorie de population et s'interrogent sur la spécificité de leur comportement résidentiel. Comprendre la mobilité des ménages: il est désormais classique de séparer la mobilité de longue distance, liée à l'activité professionnelle, et la mobilité de courte distance d'avantage liée à l'habitat. Brigitte Baccaini présente une approche statistique de l'évolution récente des mobilités selon leur distance et selon les motifs qui les ont impulsées, tandis que Claire Lévy-Vroelant, dans une approche plus qualitative,

propose à la fois une mesure de la mobilité intra-urbaine au XIXe siècle moyenne de séjour dans le logement inférieure à 3 ans
12
-

-

très

importante puisque 45 % des ménages comprenant un noyau conjugal ont une durée

et met en avant certaines

variables discriminantes, telles que l'encadrement familial et le rapport à l'environne-

ment. Le suivi en longitudinal, de trajectoires. résidentielles dans la ville de Versailles montre que même à mobilité d'intensité comparable, les ménages bourgeois semblent à l'aise partout tandis que les pauvres ont des itinéraires heurtés, sans logique résidentielle apparente. Mais le comportement résidentiel est aussi affaire de génération. Françoise Cribier montre que dans la « nouvelle» génération de retraités de 1984, les raisons de départ sont positives. Deux ménages de retraités sur trois sont aujourd'hui propriétaires! On choisit de se rapprocher de la famille, et le logement occupé est souvent plus agréable et confortable, voire plus grand que le précédent. De même, Stéphanie Condon et Anthony Warnes montrent que les Londoniens, arrivés à l'âge de la retraite, n'ont pas forcément les stratégies résidentielles escomptées: l'amélioration des conditions de logement et la progression de la propriété ont modifié par rapport aux périodes antérieures, les raisons mêmes de migrer. L'enquête de 1989 fait ressortir les motivations liées à la recherche d'un meilleur environnement, alors que celles liées à la qualité du logement sont devenues moins importantes. Marilyn Cantwell et Anne Coveney présentent une modélisation des décisions des personnes âgées en matière résidentielle sur un échantillon longitudinal de 5 ans aux États-Unis. Les divorcés, qui représentent 12,5 % des ménages aux Pays-Bas, ont-ils une demande spécifique en matière de logement Les résultats de l'analyse multivariée proposée par Peter Hooirneijer et Lily van Noortwijk montrent que les divorcés sont dans une position de faiblesse sur le marché du logement. Enfin, portant lui aussi son attention sur le cycle de vie Lars Lundin s'interroge sur le comportement résidentiel des parents après le départ des enfants. Face au « nid vide », les parents vont-ils quitter leur logement Il est intéressant de rapprocher les résultats de Lundin pour la Suède avec les travaux anglais, français et américains présentés ici. En effet, si les ménages sont supposés adapter leur logement au fur et à mesure des changements familiaux, ils ont aussi tendance à rester lorsque le logement et l'environnement leur conviennent. Ainsi, la plus grande mobilité caractérise-t-elle les plus vieux, les plus pauvres, les locataires mais aussi les occupants de grands logements (6 pièces et plus). Cependant, au delà de ces catégories qui permettent d'observer des comportements plus ou moins homogènes, la réflexion peut être rapidement piégée dans un détermisme réducteur. Ainsi une critique méthodologique est-elle nécessaire et la multiplication de plusieurs types d'approche semble souhaitable. Dans une contribution portant sur les méthodes Eva Lelièvre montrent que les données d'enquête contrairement aux recensements et autres grandes sources nationales, dans la mesure où elles informent sur l'ensemble des transformations survenues au cours de la vie d'un individu, permettent d'analyser les interactions à l'œuvre dans les décisions de mobilité. Toute la richesse de l'information biographique peut ainsi être mise à profit dans une perspective longitudinale et comparative. Une série de textes propose, à partir du traitement, statistique ou non, d'enquêtes ad hoc, de questionnaires et d'entretiens, l'examen des comportements résidentiels; Jens Dangschat et Wolfgang zurn Felde proposent une analyse critique de « l'inégalité face au logement ». D'après eux les critères économiques seuls ne permettent pas de rendre compte des processus de ségrégation dans les villes européennes. Hans OIa Siksio et Lars Erik Borgegard étudient le rôle des ressources matérielles mais aussi culturelles et sociales des ménages dans l'accès au logement à Stockholm: les résultats montrent que la meilleure garantie réside dans ...la possession antérieure d'un logement par un bail, et l'intégration dans un « réseau social ». Monique Vervaeke parvient à des conclusions similaires. L'auteur postule une territorialisation du rapport des ménages au logement. Les familles en effet se déplacent dans certains secteurs urbains, souvent à l'intérieur de l'une des fractions du parc, notamment le parc social. On 13

retrouve là le rôle des réseaux familiaux et professionnels dans l'accès au logement, réseaux qui agissent de manière suffisamment significative pour constituer un facteur non négligeable dans la structuration des marchés locaux de l'habitat. Le rôle des réseaux et les composantes de l'insertion sont étudiés par Philippe Antoine, Philippe Bocquier, Youssouf Guisse et Abdou Salam Fall, qui s'interrogent sur le devenir des migrants arrivés à Dakar. L'analyse des trois composantes essentielles de l'insertion - accès au travail, accès au logement, rôle de la parenté - permet de mettre à jour des phénomènes de densification au sein des logements, de pluri-résidence, de changements de comportement matrimoniaux, familiaux et résidentiels qui peuvent contribuer à éclairer les itinéraires des migrants en Europe et leur impact sur la ville. Guy Boudimbou à travers l'étude des comportements résidentiels d'une quarantaine d'immigrés congolais logés en HLM dans trois communes de la Région parisienne, montre que la perception de l'habitat social n'est pas le même pour cette population particulière abusivement considérée comme homogène: en effet, la perception de l'habitat social n'est pas la même pour tous les immmigrés congolais qui y vivent, elle est fonction de leur projet de vie, de leurs aspirations qui se modifient au fil du temps. En retour cette perception marque l'habitat et contribue à le définir socialement. Ce renversement de perspective est riche d'enseignements. Attentive également aux éléments à l'œuvre dans les processus de choix - ici les choix résidentiels des couples bi-actifs dans les couches moyennes intellectuelles-, Jeanne Fagnani montre qu'ils ne sont pas fonction uniquement de motivations relevant du rationnel mais relèvent également des rapports sociaux séxués. En particulier, on remarque que le rapprochement du domicile s'effectue vers le lieu de travail de la femme, le temps gagné étant ainsi « restitué» aux enfants. Ces différentes approches complémentaires sont assez largement illustrées par les textes qui composent cet ouvrage et elles apportent une contribution décisive dans deux domaines en particulier. D'une part, elles mettent en évidence le rôle de variables difficilement identifiables au terme d'une analyse quantitative et pourtant surdéterminantes, d'autre part elles interrogent le rapport des occupants à l'habitat en restituant à la fois la dimension spatiale et temporelle. Ainsi, s'il est désormais acquis, grâce aux travaux en particulier des démographes, des sociologues et des géographes, que la mobilité résidentielle des individus et des familles s'inscrit dans une trajectoire plus ou moins « stratégique» qui varie selon les groupes sociaux et les étapes du cycle de vie, l'approche de la mobilité résidentielle

s'enrichit de la prise en compte des particuliarités - mouvantes dans le temps et l'espace - du parc des logements, des politiques urbaines ainsi que des représentations
que les acteurs se font de l'habitat et de l'espace social et physique environnant. Il s'agit donc ici non seulement de retrouver le lien entre le quantitatif et le qualitatif, mais également entre l'individuel et la structure et entre le rationnel et la variabilité des décisions individuelles. Les comportements résidentiels ainsi que la structuration sociale de l'espace urbain deviennent alors plus intelligibles, replacés dans leur temps et leur lieu propre. Forts de régularités statistiques observées, on est dès lors en mesure de restituer à la mobilité résidentielle sa dimension urbaine, en ce qu'elle contribue à la transformation des espaces urbains, voire à la modification des fonctions initialement attribuées aux différents types d'habitat. Ainsi la mobilité résidentielle se définit d'une manière plus globale comme le produit de l'interaction entre deux systèmes: celui des habitants et celui de l'habitat. La question du choix et des besoins des ménages en matière de logement n'apparaît plus comme résultant uniquement d'une évaluation faite par les acteurs, des avantages et des inconvénients, à chaque étape de leur cycle de vie, mais incorpore également 14

la part des contraintes structurelles ou individuelles et des incohérences volontaires ou non qui oblitèrent toute action. La décision de changer de logement, qui appartient en principe aux ménages, met donc en jeu une multiplicité de facteurs entre hasard et nécessité, libertés et contraintes, et demeure assez mystérieuse dans son déclenchement comme dans les relations entre ses objectifs de départ et la nature de ses réalisations. La mobilité résidentielle ou la

sédentarité implique pour l'acteur une prise de position - au sens propre

-

que l'on

peut revêtir de toutes les logiques. Mais si la recherche du « combien », du « pourquoi» et du « comment» doivent nécessairement se mener ensemble, c'est parce que les mobilités conjuguées des ménages dans les différentes fractions du parc de logement contribuent dans une large mesure à la transformation des espaces urbains, voire à la modification des fonctions de ces différents espaces. Autour de ces questions se nouent des interrogations majeures concernant l'avenir de la ville. Aucune politique locale, voire nationale ne peut ignorer le rôle de la mobilité des ménages dans les dynamiques urbaines. Les textes présentés ici ne font certes pas le tour de la question mais ils constituent un jalon important de la recherche dans ce vaste domaine: celui des transformations urbaines liées aux comportements résidentiels.

Mobilité résidentielle et changements urbains
Les thèmes de cet ouvrage, reflets des communications présentées aux séances de l'Atelier D, constituent donc un échantillon des recherches récentes dans le domaine de la mobilité résidentielle et des changements urbains. Les caractéristiques de l'habitat ne sont abordées ici que dans la mesure où elles conditionnent la mobilité des individus et des ménages. La transformation du parc de logement peut en effet s'effectuer sans qu'il y ait mobilité résidentielle et vice-versa. Bien entendu, les changements de résidence et surtout les décisions qui conduisent à la mobilité ou l'immobilité sont conditionnées par les caractéristiques du logement. L'existence d'un choix de mobilité ou d'immobilité dépend lui aussi de l'offre comme le soulignent certains auteurs discutant de la mobilité forcée des résidents des zones urbaines en réhabilitation, ou encore de l'immobilité forcée des ménages lorsque l'accès à un nouveau logement est impossible qu'il soit inexistant ou inabordable. Un aspect essentiel réside en effet dans l'importance accordée aux divers systèmes exogènes influençant la mobilité résidentielle et réciproquement, que ce soit l'effet de la structure démographique, du marché de l'emploi, de l'offre de logements ou des politiques locales ou nationales qui exercent leur pression sur les individus ou les groupes. Les changements démographiques en terme de structure ont également des effets non négligeables sur la qualité, la quantité et la nature du parc de logements: l'évolution de la mortalité - plus tardive -, de la vie conjugale et familiale - ruptures d'union

plus fréquentes, décohabitation

-

ont des effets en chaîne sur l'offre de logements.

A partir de l'outil que constitue l'analyse des chaînes de vacances, divers auteurs ont analysé, aux Pays-Bas et en France, les effets de la mobilité des ménages sur l'offre de logement en relation parfois avec les politiques locales ou nationales. Friedel Filius, Frans Dieleman et Peter Hooimeijer montrent que la mortalité des personnes vivant seules est la cause la plus importante de l'offre primaire de logements aux Pays-Bas 15

et représente un parc plus vaste que celui qui est créé par la construction neuve. On voit clairement ici l'intérêt d'observer les effets des libérations de logement en considérant l'habitat comme un système: ne pas prendre en compte tous les effets sur ce système de la mobilité des ménages équivaudrait à ne saisir qu'une partie du fonctionnement de l'offre. Il est d'ailleurs intéressant de constater que la plupart des auteurs néerlandais, quel que soit leur angle d'observation, considèrent le parc de logement des grandes villes comme un tout. Les travaux de Adriaan Hoogvliet, Eva van Kempen et Jan van Weesep montrent qu'une des façons d'agir sur la mobilité d'une catégorie de ménages consiste ...à agir sur une fraction du parc qui ne leur est a priori pas destinée, en escomptant des effets en retour. La structure différentielle du parc de logements des grandes villes néerlandaises constitue un puissant facteur explicatif des évolutions divergentes de ces mêmes villes. Helen Kruythoff, Reine Jobse et Sako Musterd, en étudiant d'une part les caractéristiques du parc, d'autre part les caractéristiques des ménages entrants et sortants des quatre grandes villes de la Randstat montrent clairement pourquoi Amsterdam attire les pauvres tandis qu'Utrecht attire les riches et que La Haye garde son caractère résidentiel, dans un même contexte de reprise de la croissance urbaine. Ces textes analysent de manière critique les effets d'une politique de logement qui ignorerait les répercussions, à tous les niveaux du parc, d'une orientation trop partielle des mobilités (politique dite des « pôles de développement »), qu'il s'agisse d'attirer les ménages à revenus élevés pour revaloriser certains quartiers, ou au contraire de créer des pôles de développement extra-urbains pour favoriser la déconcentration, dans les deux cas les politiques doivent prêter une attention suffisante aux effets pervers en matière de construction et d'urbanisme. L'analyse des chaînes de vacance à l'échelle locale est présente également en France à travers les travaux de Jean Pierre Lévy qui montre comment, en caractérisant les types d'habitat, à la fois par leur place dans le cursus résidentiel des ménages et leur statut social, on peut définir un système de l'habitat. C'est précisément la mobilité des ménages qui dynamise ce système car ils circulent entre les différents types d'habitat. Les deux sites présentés ici par l'auteur, Roubaix (Nord) et Aubervilliers (RP), vieilles cités ouvrières, ne sont semblables qu'en apparence. L'analyse de la totalité des flux entre les différents types d'habitat montre qu'à Aubervilliers, l'absence d'une offre adaptée en accession favorise les départs et/ ou enferme les ménages dans le parc social. A Roubaix l'accession ne stabilise pas les populations mais fonctionne comme un parc de transit, tandis que les ménages pauvres « tournent» dans un habitat dégradé, véritable « cul de sac» résidentiel. On voit donc que la fonction du type d'habitat dans le système local non seulement diffère d'u,?- site à l'autre mais encore évolue au gré des mobilités et de la gestion locale. Jean-Pierre Frey montre aussi, en observant la transformation de l'occupation et des caractéristiques d'un parc de logement particulier - les logements patronaux construits par la Société Schneider à Champagne-sur-Seine - que la fonction du type d'habitat varie dans le temps et finit par ne plus correspondre aux prévisions des promoteurs. Il s'opère, par le biais de la mobilité des ménages - d'autant plus mobiles que le logement est petit -, un glissement dans la correspondance entre destinataire et occupant réel. Ces modifications des affectations sont favorisées également par une standardisation croissante de la conception des logements. Là encore l'accent est mis sur l'importance de la nature de l'offre de logements sur la composition socio-démographique d'un quartier et son évolution: la mobilité des ménages semble bien fonction, dans le parc patronal, du degré de satisfaction dès l'arrivée dans le premier logement. Les forces du marché de l'emploi, la nature des cycles de l'économie sont également structurantes. Ces forces s'exercent au niveau global, encourageant ou 16

décourageant les mobilités. Le problème se pose alors des différentes politiques possibles, à la fois par le biais de la construction et par celui des subventions. La question de savoir si une forte mobilité résidentielle est souhaitable ou non est soulevée, et relève d'une prise de décision politique. Ainsi l'appréciation implicite ou explicite de son intensité est sous-jacente en particulier dans les textes démontrant que les parcs de logements où l'intervention publique est faible sont ceux où la mobilité résidentielle est la plus importante. Considèrer les coûts et les bénéfices de la mobilité est une entreprise délicate. Aux États-Unis, Paul Strassman a mis au point un indice de mobilité permettant des comparaisons internationales. Ses travaux montrent que d'autres marchés que celui du logement jouent sur la mobilité. Si d'une manière générale, la « libre mobilité» est à encourager, c'est parce que « les jeunes, les pauvres, les migrants, les parents isolés, qui sont souvent les cibles des interventions des politiques publiques, sont en fait les principales victimes du blocage de la mobilité ». Le débat est ouvert... Hier comme aujourd'hui les forces du marché de l'emploi s'exercent aussi au niveau local, structurant la population de résidents par le biais des recrutements. Aujourd'hui des études comme celles de Petros Petsirneris à Turin ou de Gary Sands à Detroit montrent que les immigrants viennent chercher du travail dans les grandes villes industrielles, mais que les mobilités intra-communales sont motivées par des raisons liées au logement et à la familk. A Turin, on constate que les quartiers périphériques, qui ont avec l'ensemble de la ville de très faibles échanges migratoires, connaissent des taux de mobilité très élevés à l'intérieur du quartier. A Detroit, l'auteur montre une forte correspondance cyclique entre la baisse de la mobilité résidentielle et la recession économique. Cependant l'effet d'un contexte économique dépressif ne touche pas de la même manière les différentes catégories de ménage: les célibataires âgés par exemple changeraient davantage de résidence pendant les périodes de recession tandis que pour les jeunes couples mariés, l'effet du cycle économique joue à plein. Enfin, un bon nombre de contributions s'intéresse également aux implications structurelles dans les zones de départ et de destination de la mobilité. C'est le cas des études sur la réhabilitation des centres-villes dont le terme anglais « gentrification» n'a pas d'équivalent dans la langue française. Les changements sont identifiés dans leurs aspects spatiaux, sociaux mais également psychologiques. Les caractéristiques des migrants, qui diffèrent de celles des sédentaires, constituent une composante primordiale déterminant la nature des changements urbains qui conduisent soit à un rapprochement entre les différents secteurs de la zone urbaine, soit à une plus grande ségrégation. Les équilibres doivent ainsi être l'objet d'une gestion prudente. La nécesssité d'identifier la nature des flux de migration, promoteurs soit d'une plus grande ségrégation entre les zones urbaines" soit au contraire générateurs d'harmonie sociale apparaît primordiale si l'on entend intervenir pour maintenir les équilibres sociaux en ville. Monika Alisch et Wolfgang zurn Felde, traitant de l'embourgeoisement des centrevilles étudient les réactions des habitants d'origine encore en place, et le sentiment d'insécurité ressenti par ceux qui sont ménacés par le processus de « gentrification» en cours à Hambourg. Ils décrivent un climat urbain particulier, né de ce processus irréversible, fait d'anonymat, de tensions, d'insatisfaction. Michael Lyons compare les processus de « gentrification» dans quatre quartiers de Londres. D'une manière générale, c'est le contexte inflationniste qui permet la ((gentrification» à grande échelle en sélectionnant les ménages. L'existence ou l'absence d'une politique du logement à l'echelle municipale aura donc une influence sur le processus, notamment par le biais du logement social. Rappelons que les travaux néerlandais parvenaient à des conclusions comparables pour les villes de la Randstat. Enfin Lyons montre que les sortants 17

ont des caractéristiques plus homogènes que les entrants, et que la mobilité est particulièrement intense dans les phases tardives de la « gentrification ». Enfin, il faut noter que certains thèmes font défaut à cet ensemble pourtant varié. Par exemple, bien que les problèmes de migration se posent de façon plus cruciale encore dans les pays en dévelopement, une seule contribution s'y interesse. Un second thème, celui de la péri-urbanisation ou plus précisement de la rurbanisation n'est pas non plus abordé dans tous ses aspects, en particulier les projections pour l'avenir urbain européen. En guise de conclusion: ce recueil, dont la seule ambition est de proposer un état - fort partiel - des recherches, nous semble témoigner à la fois de la richesse et de la diversité des travaux, de l'intérêt de collaborations internationales et d'études comparatives, et du chemin qui reste à parcourir pour parvenir à mettre au point des modèles globaux aptes à prendre en compte tous les aspects de la mobilité résidentielle en liaison avec les mutations urbaines. A suivre donc...

Eva Lelièvre et Claire Lévy-Vroelant

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PREMIÈRE

PARTIE

INTENSITÉ ET CARACTÉRISTIQUES DE LA MOBILITÉ RÉSIDENTIELLE DES MÉNAGES: VARIATIONS DANS LE TEMPS ET L'ESPACE

1.
NATURE ET INTENSITÉ DE LA MOBILITÉ RÉSIDENTIELLE

MOBILITÉ RÉSIDENTIELLE EN FRANCE: OBSERVATION ET ANALYSE, LE POINT DE VUE DU DÉMOGRAPHE
Eva Lelièvre Institut National d'Etudes Démographiques

L'observation de la mobilité spatiale d'une population, l'étude des migrations et parmi celles-ci l'analyse de la mobilité résidentielle sont assujetties à des impératifs théoriques et des contraintes empiriques qu'il est important de rappeler. En effet, les avancées dans ce domaine d'analyse résultent à la fois de l'amélioration de l'observation des événements et des travaux théoriques développant de nouveaux outils d'analyse et de nouveaux concepts. Contrairement aux autres phénomènes traditionnels de l'analyse démographique, la mobilité n'est pas définie simplement et de façon univoque, mais selon deux critères de temps et d'espace dont la combinaison détermine différents types de mobilité [Courgeau, 1988]. Cependant si en théorie tout intervalle de temps et toute distance peuvent être sélectionnés, en pratique la mobilité locale reste difficile à observer.

Définition de la mobilité résidentielle confrontée aux données disponibles
Des découpages spatiaux

De la Révolution française est issu le découpage du territoire national en communes (37000) et départements (90 à l'origine) dont la dernière modification fut celle de 1968 qui porta à 95 le nombre des départements en partageant la Région parisienne. De la seconde guerre mondiale date le découpage de la France en 22 régions de programme. 21

En 1954 était concrètement formalisée la distinction entre les zones rurales et urbaines, les unités urbaines étant classées selon leur taille et définies selon un critère de continuité du tissu urbain, les zones rurales comprenant les espaces dont les agglomérations ne dépassent pas 2000 habitants. Les zones métropolitaines constituent l'échelon supérieur de cette hierarchie et sont définies selon des critères plus fonctionnels (Zone de Peuplement Industriel et Urbain). Puis le Commissariat Général au Plan et la DATAR' créèrent lors de la préparation du Vie plan en 1971 les 9 zones d'étude et d'aménagement du territoire (ZEAT).

Différentes

sources de données

Pour la période récente, on dispose essentiellement des données fournies par les recensements successifs mais effectués à intervalle irrégulier (1954-1962-1968-19751982). Avant 1962, seule la question posée sur le lieu de naissance des individus permettait, en la comparant au lieu de résidence au recensement, de mesurer la mobilité de durée de vie. De facto le critère de temps, donc le type de mobilité mesurée, était imposé par l'observation. A partir de 1962 apparaît dans le recensement non seulement le lieu de naissance mais également le lieu de résidence de l'individu au 1erJanvier de l'année du recensement précédent, on peut dès lors estimer la mobilité intercensitaire et à l'aide d'une modélisation minutieuse extrapoler les taux annuels moyens de mobilité. Selon le découpage spatial choisi on évaluera ainsi les taux de mobilité annuels moyens correspondants à des changements de région, de département, de commune et de logement. Si par mobilité résidentielle des Français, on entend parler d'un changement de lieu de résidence, on peut néanmoins rester éloigné du concept de mobilité résidentielle au sens de la mesure de tous les changements de logement pendant une période donnée. Effectivement on fait ici les estimations en comparant deux lieux de résidence à deux dates, sans tenir compte d'éventuels changements intervenus durant l'intervalle intercensitaire. Une deuxième source de données collectées annuellement et qui comporte une question sur le lieu de résidence un an auparavant est disponible: les enquêtes sur l'emploi. Les estimations faites à partir des données de recensement présentent de nombreux inconvénients: pendant la période intercensitaire seul un changement de résidence est comptabilisé, on ignore ainsi les migrations multiples et si les individus sont retournés à leur lieu initial de résidence ils ne sont alors même pas considérés comme migrants. L'idée d'exploiter l'information recueillie annuellement par les enquêtes sur l'emploi semblait donc prometteuse. Néanmoins, la comparaison minutieuse des résultats des enquêtes sur l'emploi s'étendant de mars 1976 à mars 1982 aux données du recensement de 1982 révèla des différences qui invalident en partie l'utilisation simultanée des deux sources de données [Courgeau, 1986]. La source de ces divergences semble devoir être principalement imputée à la déclaration différente du lieu de résidence au recensement et à l'enquête sur l'emploi. La question du recensement se réfère à la résidence principale, quand l'enquête sur l'emploi fait plutôt appel à la notion de logement occupé lors de l'enquête. La mise en évidence du rôle déterminant de la collecte souligne les précautions nécessaires dans la formulation des questions sur la mobilité. Les enquêtés doivent pouvoir répondre sans ambiguité à des questions précises. La nécessité de précision et de rigueur à la saisie même de l'observation illustre clairement ici la complexité de l'étude de la
I. Délégation à l'Aménagement du Territoire et à l'Action Régionale.

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mobilité résidentielle à la phase de la collecte et avant même de mettre en œuvre l'analyse elle-même. Pour palier à ces imperfections de l'information classique peu destinée en fait à l'étude de la mobilité, des enquêtes spécifiques ont été conduites ayant, entre autres, pour but de collecter l'entière histoire migratoire des enquêtés. En effet, la mobilité résidentielle est avant tout une donnée individuelle voire familiale et il a semblé intéressant à côté des analyses migratoires tirées des recensements de dresser le bilan résidentiel d'une génération à travers les trajectoires logement des individus. Or l'INED dispose de deux enquêtes rétrospectives, l'une nationale, effectuée en 1981 sur l'histoire migratoire, professionnelle et familiale des générations 1911-1935 (enquête « Triple biographie: familiale professionnelle et migratoire )), que nous appelerons ici enquête 3B) [Courgeau, 1984], l'autre sur la Région parisienne, faite en 1986 et concernant uniquement les générations 1926-19352 (enquête « Peuplement et dépeuplement de Paris ), ou enquête POP) [Bonvalet, 1987]. La notion de mobilité résidentielle peut être appréhendée par ces données de façon extrêmement précise: on dispose dans l'enquête 3B de tous les logements occupés plus de 6 mois par les individus au cours de leur vie entière et dans l'enquête POP de tous les logements occupés plus d'un an depuis la décohabitation des individus de chez leurs parents, ou depuis leur mariage ou enfin à partir de leur vingt-cinquième anniversaire de façon à ne pas laisser de côté les célibataires qui ont habité longtemps chez leurs parents. Néanmoins ces deux enquêtes ont imposé une unité de temps minimale différente et la biographie migratoire qu'elles recu.eillent ne débute pas en une origine commune. A la différence des recensements et des enquêtes emploi ou logement qui ne posent qu'une seule question sur une résidence antérieure3, les enquêtes rétrospectives qui conduisent les enquêtés à se remémorer toutes ou parties des étapes de leur trajet résidentiel manquent-elles de précision? Le problème reste de savoir à partir de quelle limite la précision requise - et obtenue - est illusoire. Dans cette optique, un test fut entrepris en Belgique où les réponses au questionnaire de l'enquête « Triple biographie) recueillies auprès de 50 couples purent être confrontées au données du registre de population [Duchêne, 1985]. Les conclusions de ce premier test montraient que malgré la mauvaise qualité des données (en termes de précision des dates), les enquêtés ne modifiaient pas l'ordre chronologique de survenue des événements les uns par rapport aux autres. Ainsi, les résultats d'une analyse longitudinale ne s'en trouvaient guère altèrés. Un second test a été réalisé toujours en Belgique, cette fois auprès de 450 couples a permis de vérifier ces premiers résultats [Courgeau, 1989], l'émancipation des enfants restant une échéance difficile à saisir.

Collecter l'information
Des données biographiques Les deux enquêtes INED, « Triple biographie) et « Peuplement et dépeuplement

2. Réalisée avec le concours de la CNAF. de la DREIF et du Ministère du Logement. 3. En comparant, sur un échantillon aléatoire d'individus recensés en. 1975, leur lieu de résidence en 1968 avec leur réponse portant sur leur lieu de résidence au précédent recensement 96,1 % des réponses se sont avérées exactes. 23

de Paris », ont comme thème central les déplacements, la mobilité des individus au long de leur existence. Cependant elles n'ont pas uniquement recueilli la trajectoire résidentielle des individus mais de façon plus complexe, ces enquêtes ont tenté de collecter de véritables biographies. En effét un autre inconvénient majeur des données de recensement, est le caractère transversal des informations recueillies sur les individus: état matrimonial, niveau d'éducation, statut professionnel. Or la trajectoire résidentielle des individus est profondément tributaire de la vie professionnelle comme de la vie familiale. Certaines des étapes migratoires sont même identifiées par des qualificatifs du registre de la famille, quitter le domicile parental est-il un événement d'ordre familial ou migratoire? Ainsi les démographes spécialisés dans les questions de migration se sont-ils les premiers éloignés de la discipline classique qui analyse les phénomènes démographiques indépendamment les uns des autres. L'observation des migrations les poussant à adopter un point de vue plus complexe certes mais indispensable pour l'étude de la mobilité. Il ne s'agit plus de saisir un phénomène unique mais plutôt l'expression dans les divers domaines d'implication des individus (familial, professionnel, migratoire) de la trajectoire finalement suivie par chaque individu, au travers d'événements précis, faciles à mesurer et à déceler: mariage, naissance d'un enfant, changement de résidence, etc. C'est pourquoi ces enquêtes ont cherché à recueillir précisement les modifications intervenues dans la vie familiale et relationnelle des individus, dans leur vie professionelle au long de la trajectoire résidentielle et pas uniquement le calendrier migratoire. De cette façon, l'étude de la mobilité est indissociable de l'analyse des interactions entre événements qui régissent les choix de déplacement. Pour conduire cette analyse seule des données longitudinales de type biographique recueillant des informations non limitées au seul domaine migratoire sont nécessaires. Dijjërentes temporalités résidentielles au cours du cycle de vie

La courbe classique des taux de mobilité par âge fait apparaître un fort effet d'âge: les taux d'une valeur assez faible vers 15 ans croissent fortement pour atteindre un maximum entre 20 et 25 ans, puis décroissent ensuite lentement jusqu'au moment de la retraite où l'on observe un léger sursaut. Ces courbes que l'on retrouve pratiquement identiques dans de nombreux pays tant développés qu'en développement posent le problème de l'unité de temps à privilègier lors de la collecte. En effet, selon les termes de la définition choisie pour recueillir l'information rétrospective sur les trajectoires résidentielles, les données vont permettre d'étudier les déplacements de façon plus ou moins précise. Néanmoins la lourdeur des questionnaires biographiques contraint le chercheur à limiter l'étendue des domaines enquêtés. Les deux enquêtes citées ici n'ont d'ailleurs pas retenu de critère de temps commun, l'une ayant collecté toutes les résidences de plus de 6 mois (3B) et l'autre toutes les résidences de plus d'un an (PDP)4. Or les courbes suggèrent que l'unité de temps à privilègié n'est pas fixe tout au long de la collecte mais au contraire dépend de l'âge, ou tout au moins des étapes que l'individu traverse. D'un point de vue technique le recueil rétrospectif de tous les changements de résidence sans se limiter à une durée minimum de séjour n'est pas envisageable, cependant ces variations soulignent de nouveau la nécessité de collecter des données non restreintes à la seule biographie migratoire pour saisir les changements de temporalité.
4. Comme critère de distance, les deux enquêtes n'ont imposé aucune restriction et ont recueilli tous les lieux successifs occupés au moins durant la période requise même s'il s'agissait de deux logements d'un même immeuble par exemple. 24

L'enquête « Peuplement et dépeuplement de Paris » en collectant spécifiquement et à l'aide de questions différentes le début du parcours résidentiel indépendant fournit des précisions sur cette étape cruciale que ne peut détailler les données de l'enquête « Triple biographie». A titre d'exemple examinons cette étape à l'aide des données des deux enquêtes. Un exemple: le départ de chez les parents

Le parcours logement des individus commence par une éiape importantele départ de chez les parents. La « décohabitation» s'effectue différemment selon les milieux sociaux, l'origine géographique... Outre les caractéristiques familiales, le phénomène dépend également de l'époque considérée. La situation économique, l'offre de logement disponible, le niveau des loyers sont des facteurs essentiels qui favorisent ou au contraire retardent le départ de chez les parents. Avant de décrire cette étape clef de la mobilité résidentielle que constitue la décohabitation, nous voudrions insister sur la difficulté d'obtenir une mesure précise de la décohabitation. La question simple: «A quelle date avez-vous quitté vos parents?» ne l'est en réalité absolument pas. En Belgique où existent des Registres de population, un test a été effectué sur la question de l'enquête 3B : « A quelle date a-t-il (votre enfant) quitté pour la première fois votre logement? » . Ce test a été réalisée en 1981 [Duchêne, 1985] auprès de 50 couples et les réponses données par les deux époux ont pu être comparées entre elles puis confrontées aux données du Registre de population. La question relative à la décohabitation s'avère être une des moins fiables du questionnaire5. En effet beaucoup de situations sont floues: les chambres d'étudiants (les jeunes bien que n'habitant plus sous le même toit ne sont pas indépendants et reviennent souvent une fois par semaine chez leurs parents), la chambre de bonne dans le même immeuble, le service militaire, les décohabitations manquées6... Pour l'analyse on peut retenir la rupture résidentielle entre les deux générations comme début de vie indépendante sans tenir compte de l'aspect professionel et financier. Or dans l'enquête « Peuplement et dépeuplement de Paris », des règles avaient été données aux enquêteurs, afin d'obtenir une mesure la plus objective possible de cette rupture générationnelle. Ainsi à partir de l'enquête PDP on peut donner une description assez précise des modalités du départ du domicile des parents. Par contre dans l'enquête « Triple biographie», l'âge de décohabitation doit être reconstitué à partir de la description des logements, cela ne permet pas d'identifier les logements transitoires de cette période particulière avec autant de précision. Ainsi seules les données de l'enquête PDP ont permis de décrire la période de turbulence résidentielle qui précède, pour 30 % de l'échantillon, l'installation dans un premier logement indépendant pour une durée supérieure à un an [Bonvalet et Lelièvre, 1989]. L'étude de la mobilité résidentielle dépend en premier lieu de la qualité et de la précision des données recueillies. Les enquêtes nationales telles que les recensements ou les enquêtes sur l'emploi permettent d'apporter des informations sur la mobilité, mais celles-ci présentent des inconvénients majeurs et surtout ne permettent pas
5. Seulement 53 % des réponses données par les deux conjoints concordent sur l'année, et 61% ont le même millésime que les données du Registre de population. . 6. Le problème est de bien savoir comment cerner le début de la vie autonome. Cela dépend avant tout de la définition que l'on donne à la vie autonome ou à l'entrée dans la vie adulte. Est-ce l'indépendance résidentielle ou l'indépendance financière. On peut habiter dans un logement indépendant tout en étant aidé financièrement par les parents, à l'inverse on peut vivre chez eux tout en subvenant à leurs besoins. C. 8audelot définit la vie autonome lorsque cœxistent un emploi stable et une résidence indépendante. 25

d'analyser les transformations de la mobilité au cours du cycle de vie. Les données d'enquête apparaissent donc pouvoir apporter de grandes précisions dans ce domaine. Dans la mesure où elles ne se limitent pas au recueil de la seule histoire migratoire des individus, elles permettent de plus d'analyser les interactions à l'œuvre dans les décisions de mobilité, interactions entre le domaine familial, professionnel qui détermine la mobilité ou la stabilité des individus. Ayant évoqué les questions qui se posent lors de la collecte du fait de la complexité du phénomène à saisir, une fois en possession de telles données, plusieurs types d'analyse sont envisageables.

L'analyse de la mobilité au cours du cycle de vie
L'étude de la mobilité au cours du cycle de vie pose le problème méthodologique de l'exploitation des données longitudinales biographiques. Ces données, extrèmement riches, permettent d'aborder l'analyse selon différents principes qu'il est utile de rappeler, ici dans le cas de la mobilité et la nuptialité, car les résultats obtenus dépendent très fortement des hypothèses implicites. * On dispose d'une part d'un bilan exhaustif de la mobilité donné par le nombre de logements jusqu'à 45 ans, selon le statut matrimonial à l'enquête. On peut d'autre part, définir différentes catégories selon des critères a posteriori, les célibataires définitifs par exemple peuvent être distingués des individus qui finissent par se marier. On pourrait alors estimer les différences de leur comportement résidentiel au cours du cycle de vie sachant qu'ils sont célibataires de façon temporaire ou définitive. Une telle analyse mettrait donc en évidence les différences de comportement de deux sousgroupes définis conditionnellement à leur futur, ce qui peut conduire à des interprétations délicates et négligerait la richesse de l'information contenue dans un tel fichier. Par rapport au bilan on définit les mêmes catégories résultantes du parcours familial et on compare les trajectoires résidentielles. * En fait le fichier permet véritablement l'observation des modifications de la mobilité individuelle selon les changements d'état matrimoniaux. La nuance est importante, car si à l'évidence une turbulence résidentielle caractérise le mariage comme le divorce, l'impact sur la mobilité individuelle de l'entrée dans un nouvel état du cycle de vie familial peut lui se révèler stabilisateur dans le cas du mariage, ou perturbateur dans le cas du divorce. Entre ces deux temps forts du cycle de vie familial une simultanéité d'occurrence entre événements familiaux et résidentiels est d'ailleurs fréquente et elle résulte globalement en une augmentation du nombre de résidences pour ceux qui connaissent ces étapes. Mais un nombre moyen de logements ne saurait rendre compte d'une hausse suivie d'une baisse puis d'une reprise des risques de mobilité des individus au cours de leur vie. L'étude des interactions dans le cas de la mobilité résidentielle

Si les interférences entre phénomènes démographiques sont identifiées depuis longtemps, leur étude propre constituait un domaine inexploré par l'analyse démo-graphique classique [Henry, 1972] Ces méthodes ont été développées en statistiques dès les années 70 [Cox, 1972], puis pour les nouvelles nécessités de la biométrie [Aalen, 1978] et de la démographie dans les années suivantes [Courgeau, 1976; Hœm et Funck 26

Jensen, 1982; Courgeau et Lelièvre, 1985]. Plutôt que la recherche des corrélations entre phénomènes, nous préférons parler de leurs interactions puisque nous allons envisager des formes diverses de dépendance. On entend de ce fait étudier les comportements humains qui résultent de la confrontation des différentes exigences du moment. A chaque instant effectivement, les choix conscients ou inconscients des individus résultent d'arbitrages entre les différents domaines dans lesquels ils sont impliqués (système professionnel, familial, politique...). Le problème que l'on se pose donc ici n'est pas d'étudier les différences entre des sous-populations désignées par une ou un ensemble de caractéristiques mais plutôt d'identifier comment les membres de la population d'une cohorte homogène se différencient au cours du cycle de vie selon les accomodations individuelles, contraintes ou volontaires, qu'ils sont amenés à faire. L'étude des décisions préférentielles, des passages obligés, des trajectoires favorables donne alors les bases d'une approche compréhensive des comportements qui ne sont saisissables que dans la dynamique des processus. Dans notre cas, disposant d'un groupe supposé homogène en début de période, notre outil nouveau va nous permettre d'explorer la façon dont le groupe évolue, l'apparition d'hétérogénéïté entre ses membres ou même la mise en évidence une hétérogénéïté qui peut exister dès le départ. Les différences auxquelles on s'intéresse sont celles qui se révèlent au cours du cycle de vie, à la faveur des interactions entre les différents domaines d'implication dont les individus dépendent. Le démographe est donc en présence d'un fichier où sont enregistrés pour chaque individu des séries temporelles concernant sa vie familiale, sa carrière professionnelle, ses migrations. Il dispose donc de séquences chronologiques jalonnées d'échéances de natures diverses dont l'ordre d'arrivée diffère d'un individu à l'autre et qui ne sont pas obligatoirement présentes dans toutes les biographies. Plus que l'âge des individus, ces jalons temporels constituent les passages de l'individu d'un statut à un autre, ce sont les témoins des ajustements que l'individu a fait au cours de son existence. Ainsi, ces échéances font véritablement figure de repères de « l'âge social» des individus dont la littérature sociologique a formalisé le concept. I! convient donc de modéliser l'arrivée de ces échéances, en considérant plusieurs en interactions. Ce point de vue nouveau fait alors appel à des concepts probabilistes. La biographie recueillie est en effet considèrée comme le résultat d'un processus stochastique complexe et chaque fois que l'on étudie les interactions entre deux événements dont l'apparition résulte à l'évidence d'un arbitrage, d'un choix de priorité objectivé ou non, notre démarche tend alors à identifier les divers niveaux de dépendance entre ces deux phénomènes: dépendance unilatérale, réciproque, complexe [Lelièvre, 1988], [Courgeau et Lelièvre, 1989]. Afin de souligner les apports de ces nouvelles méthodes comparont brièvement le traitement de la mobilité résidentielle en rapport avec le statut matrimonial et la venue des enfants selon plusieurs méthodes.

Quelques exemples Mobilité résidentielle et statut matrimonial
Afin d'étudier l'effet du mariage sur la mobilité des individus, les méthodes d'analyse démographique des biographies ont été appliquées aux données nationales de l'enquête 3B [Courgeau et Lelièvre7, 1989]. Pour chacun des logements, le statut
7. Voir, pour les applications, les divers travaux de ces auteurs. 27

matrimonial des individus est connu. On peut donc mesurer la propensité à changer de logement selon que l'individu est toujours célibataire ou marié et estimer ainsi une modification de son comportement de mobilité. On met alors en évidence une nette diminution des quotients de migration qui chutent d'un tiers après le mariage. On note réciproquement un léger retard dans le calendrier des mariages des migrants, retard rattrapé à 40 ans. On est donc en présence d'unè dépendance réciproque entre mariage et mobilité résidentielle avec cependant un effet dominant du mariage sur la mobilité. Pour les autres événements qui jalonnent l'histoire matrimoniale, on observe après la dissolution du mariage par divorce une instabilité spatiale, et après le veuvage pour les femmes, une stabilisation dans l'espace. On peut d'autre part, comme on l'a signalé, faire le bilan des trajectoires selon le statut matrimonial à l'enquête. On adopte alors un point de vue différent: la mobilité résidentielle est en partie liée à la multiplication des événements familiaux. Le mariage entraîne généralement le déménagement d'un des futurs conjoints et le divorce se traduit en sens inverse, par le départ d'au moins l'un des ex-époux. Les résultats tirés d'enquêtes transversales [Taffin, 1982] mettent nettement en évidence le lien entre nombre moyen de résidences et nombre d'évenements familiaux. Les célibataires au moment de l'enquête ont en moyenne été dans les deux échantillons (3B et POP) les moins mobiles avec 2,1 logements à 45 ans. Rappelons qu'il s'agit de célibataires définitifs, dont le parcours migratoire est souvent très limité, alors que dans l'analyse biographique précédente, les célibataires de chaque âge sont ceux qui ne sont pas encore mariés. Leur comportement diffère donc fortement des célibataires définitifs et leur mobilité importante avant le mariage sera réduite par celuici. Les résultats ne sont donc pas contradictoires et les différences dépendent des critères implicites utilisés dans l'analyse. Les couples mariés une fois totalisent à 45 ans, 3 logements. Mais les plus fortes mobilités résidentielles (près de 4 logements en moyenne pour la France entière) s'observent pour les divorcés et les remariés confirmant bien par là la relation entre migration et vie familiale. Plus l'on multiplie les étapes de la trajectoire matrimoniale et plus le nombre de logements s'accroît car chaque nouvelle situation peut entraîner un changement de résidence. Mobilité résidentielle et constitution de la famille

L'analyse biographique qui étudie, l'influence au cours du cycle de vie des différents évènements familiaux sur la mobilité individuelle indique dans quelques cas précis un effet de la venue des enfants. A la différence de l'effet stabilisateur important du mariage, le regain de mobilité qu'on attendrait après les naissances successives n'est observé que chez les femmes mariées avant 22 ans [Courgeau, 1985]. Pour ces couples il a fallu ajuster a posteriori la taille de leur logement à celle de leur famille. On peut penser que les couples mariés plus tard disposaient au départ d'un logement plus adapté à la taille souhaité de leur descendance ce qui explique l'absence de reprise de mobilité après les naissances. D'autre part, si l'on distingue les migrations selon leur destination, il apparaît très clairement que plus le nombre d'enfants croît et plus la .stabilité en zone peu urbanisée est grande tandis que les départs des grandes villes augmentent avec la taille de la famille. La venue des enfants n'infléchit donc pas la trajectoire résidentielle de façon aussi déterminante que le mariage. Pour ce qui est du bilan résidentiel, les couples restés sans enfant ont globalement moins bougé que les autres. Les différences observées ensuite ne sont pas statistique28

ment significatives mais mettent en évidence un maximum observé pour les famiHes de quatre enfants. Comme on le voit, l'analyse de ce bilan migratoire ne peut rendre compte d'éventuelles modifications des quotients de migration au cours de la constitution de la famiHe, contrairement à une analyse longitudinale.

Conclusion
Du fait de la complexité du phénomène, les études sur la mobilité résidentielle décrivent et analysent des déplacements dont la définition n'est pas toujours équivalente. Seuls tous les changements de logement sont comparables d'un pays à l'autre. Ces différences invalident souvent toute comparaison y compris nationale et sont dues à l'observation des données autant qu'à leur analyse. D'une part, les données classiques ne permettent pas une grande précision dans la mesure où peu d'informations sont disponibles concernant les migrations. D'autre part, isoler la trajectoire résidentielle du. reste des événements de la biographie des individus semble illégitime sinon impossible. Les démographes dont l'objectif est d'analyser le déroulement des divers événements tout au long du cycle de vie ont donc eu recours à la collecte de données nouvelles biographiques ainsi qu'à des méthodes susceptibles de prendre en compte la complexité des trajectoires individuelles. Cependant la précision de l'analyse concernant des moments spécifiques du cycle de vie dépend fortement des choix initiaux effectués à la collecte de l'information. En effet, les modifications du comportement migratoire sont importantes et une même unité de temps adoptée pour recueillir l'ensemble de l'histoire résidentielle ne permet pas forcement de les saisir. L'analyse biographique va donc permettre d'apprécier les modifications du comportement migratoire des individus tout au long du cycle de vie, en mettant en évidence les interactions entre phénomènes et l'hétérogénéité des populations. Ces méthodes permettent donc de prolonger l'analyse démographique classique des phénomènes en introduisant une analyse des phénomènes en interaction. Déterminantes pour l'étude des migration ces méthodes permettent au delà des bilans résidentiels (nombre moyen de logements des célibataires, des couples mariés, avec n enfants...) de mettre en évidence les modifications du comportement résidentiel à la faveur de l'évolution de la vie familiale. Les avancées dans l'analyse des trajectoires résidentielles résultent donc à l'évidence d'une part de l'amélioration de la collecte et d'autre part de l'innovation en matière d'analyse démographique. RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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30

CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DE LA MOBILITÉ RÉSIDENTIELLE: L'EXEMPLE DE VERSAILLES AU XIXeSIÈCLE
Claire Lévy- Vroelant

Centre de Recherche sur l'Habitat Université de ,Paris X Nanterre

Les difficultés d'une étude des mobilités géographiques sont bien connues, et ont d'abord trait à l'objet même: il est plus aisé de cerner les stabilités, les permanences que les déplacements et les discontinuités. L'appareil statistique français au XIXesiècle est particulièrement réfractaire à ce type d'approche. « Dès le début du XIXesiècle, le régime français instaura la confection de statistiques démographiques au niveau de chaque municipalité. Néanmoins, les statistiques démographiques de l'administration française en matière de population ne donnèrent lieu à aucune statistique de migration interne'. » Même les sources à l'échelon administratifle plus bas (commune ou canton) ne sont pas satisfaisantes, car très lacunaires, voire inexistantes (changements de domicile, rôles des contributions personnelles, patentes, passeports). Aussi, « l'histoire des migrations, l'histoire sociale, l'histoire ouvrière sont totalement impossibles à faire pour la première moitié du XIX. siècle à travers ces documents ))2Seules quelques listes nominatives bien tenues et régulières3 permettent de tenter l'aventure de la reconstitution des mobilités résidentielles dans le cadre de la commune. La méconnaissance des mobilités géographiques, tant au niveau des migrations internes qu'à celui des déménagements à l'intérieur de la commune ou du quartier est cependant assez paradoxale. En effet, les bouleversements liés à la révolution industrielle et les changements sociaux qu'ils impliquent au niveau~e la répartition des hommes dans l'espace ne sont pas ignorés des gouvernements; de même, les responsables des municipalités, s'ils n'ont pas à proprement parler de politiques de population avec des objectifs et des moyens clairement définis, peuvent avoir pour leur commune au moins une idée du « souhaitable)) en matière de développement: croissance ou maintien du statu quo, ciblage de tel ou tel type de population à. attirer. Les mouvements migratoires sont donc mal connus. Que dire des mouvements qui s'effectuent à l'intérieur des communes! Ils participent pouriant à ces « processus
I. POULAIN(M.) Du registre de population aux statistiques de migration interne en Belgique: critique des sources et correction des données, in Cahiers du Centre d'Étude de la PQPulation et de la famille, . 1978 n °45. 2. GIllE (B.) Les sources statistiques de l'histoire de France, Genève Paris, éd. 1980. 3. BIRABEN (J.N.) Inventaire des listes nominatives de recensement en France, in Population, 1963. 31

conjoints de croissance et d'exclusion»4 qui président à la formation des sociétés urbaines. Et comment comprendre le fonctionnement et l'évolution des ségrégations urbaines, la constitution d'espaces spécifiques - populaires ou bourgeois -, les types de sociabilité éventuellement à lire à travers des regroupements identifiés ou absents
-

parenté, profession, origine géographique - si l'on ne s'attache pas à mesurer

l'intensité, et si possible le(s) sens des mobilités dans la ville ?S L'autre bonne raison d'entreprendre cette étude qui pose de redoutables questions de méthode, c'est l'espoir d'éclairer les processus-mêmes du renouvellement des populations urbaines dont on sait que le solde migratoire pèse lourd dans la balance6. La ville de Versailles offre une opportunité exceptionnelle, grâce à ses registres de population tenus annuellement de 1830 à 1880, à l'adresse des ménages, et assortis de tables alphabétiques annuelles au nom des chefs de ménage. Notons que dans l'optique d'un croisement avec les données de l'état civil, les conditions sont également très favorables dans la mesure où il existe des tables alphabétiques de mariages établies au nom des femmes, ce qui évite de perdre les descendances féminines...

Le problème de l'intégration:

le filtrage doux

En effet, le renouvellement et l'accroissement de la population résulte à Versailles, comme dans bon nombre de villes à l'époque7 d'un solde migratoire positif bien davantage que du mouvement naturel: pas une année, ou presque, au cours du XIX"siècle, où le nombre des naissances excède celui des décès. Mais les nouveaux venus restent-ils en place? Ou bien sont-ils immédiatement remplacés par une nouvelle vague de migrants? S'ils demeurent, dans quelles conditions le font-ils? S'ils se marient, leurs enfants restent-ils à leur tour? Qui part? Qui s' « intègre» et comment? A Versailles, on a pu montrer pour la période 1830-1880 que, globalement, les catégories. aisées présentaient des temps de séjour dans la ville plus longs que les individus et les ménages appartenant aux classes laborieuses. Mais parmi ces derniers - ouvriers et journaliers essentiellement -, certains présentent des temps de séjour moyens, voire longs (plus de 15 ans). Qu'en conclure? En fait, l'observation intergénérationnelle permet de voir que ces ménages pauvres et relativement stables n'ont pas les mêmes chances de voir leurs enfants se marier dans la ville que les ménages aisés. Alors qu'ils représentent 23 % de la population, les ménages ouvriers ayant au moins un enfant marié à Versailles ne représentent que 9 % du total des ménages. Les chiffres s'inversent pour les professions libérales, qui représentent 22 % des ménages ayant au moins un enfant marié à Versailles, tandis que leur poid dans la population totale des ménages n'est que de 9 %. Le mode de renouvellement de cette population urbaine est donc caractérisé par un « filtrage doux» au profit d'une population aisée, filtrage mis en évidence par l'observation intergénérationnelle. Les conditions sont les suivantes quant au contexte local: la situation géographique de Versailles en fait une plaque tournante pour les
4. FouRcAuT (A.), Un siècle de banlieue parisienne (1859-1964), Guide pour la recherche. L'Harmattan, 1988. 5. C'est ce que s'attachent à montrer les études les plus récentes sur les types de mobilité en viIJe aujourd'hui, en rapport avec les caractéristiques du parc de logement. Voir notamment LÉvy (J.P.), L'Analyse des contextes locaux de l'habitat en France, thèse Paris I, 1990. 6. LEVY-VROÉLANT (C.), Séjourner ou demeurer à Versailles au XIX'siècle, in Les Annales de la recherche urbaine, n 041, mars-avril 1989. 7. UVy-VROÉLANT(C.), La famiIJe et la ville au XIX'siècle, Versailles, thèse EHESS, 1989, p. 84. 32

« immigrés de l'intérieur» parmi lesquels beaucoup viennent de l'Ouest le long de la vallée de la Seine, sur le chernin de Paris. Mais le marché de l'emploi, trop étroit, ne permet pas aux familles ouvrières de s'implanter. De plus, pendant tout le siècle, la politique menée par les différentes équipes municipales ne consiste nullement à encourager l'installation des catégories populaires. Une sélection de fait s'opère donc, favorisant la permanence des familles bourgeoises, mais dont les fils, même mariés à Versailles, préfèreront à leur tour les plus vastes horizons parisiens. Ainsi, l'image identitaire de la ville, dominée par l'élément conservateur, doit être perçue à la fois comme une cause et comme une conséquence des modalités particulières de la sélection. Il est clair que la résistance au creuset cornmun, le refus du message parisien unificateur sur la nation, ont constitué une entrave au développement économique de la ville. Même si la ville ne s'efforce ni de les accueillir ni de les retenir, les classes populaires sont présentes à Versailles. En 1837, dans le quartier St Louis, 27 % des chefs de ménage sont soit ouvriers (10,4 %), soit journaliers (9 %), ou exercent des « petits métiers» (7,9 %). La population laborieuse est donc importante, même si l'on n'y compte ni les artisans (5,5 %) ni les commerçants (15,7 %) qui sont pourtant souvent de très « petites gens». Si l'on considère à présent non plus la population des ménages, inscrite régulièrement sur les registres du recensement, rnais la population des personnes logées en garnis8, la proportion des ouvriers et des journaliers passe à 48 %. On peut donc se demander si le mécanisme de sélection que l'on observe dans le temps se vérifie également dans l'espace, ou plus exactement s'il concourt, par le biais de la mobilité des personnes et des ménages dans la ville, à la définition d'espaces socialement différenciés. Deux questions sont donc posées: d'une part, celle de l'intensité et des caractéristiques de la mobilité intra-urbaine compte tenu des caractéristiques de la mobilité extra-urbaine, c'est à dire du turn over des populations. Les parcours résidentiels observés dans la ville sont mis en rapport avec des caractéristiques socio-démographiques des ménages, essentiellement la présence de la parenté et la profession: ainsi, on tente de cerner les caractéristiques de la mobilité résidentielle, d'abord de façon statistique, ensuite grâce à quelques monographies éclairantes. D'autre part, il est évident qu'un des intérets d'une étude de la mobilité résidentielle au sein d'une ville est d'apporter un élément à la compréhension des mécanismes qui contribuent à la mise en place de différenciations spatiales. Mais il s'agit là d'une étude pour laquelle nous proposerons, sans les développer, quelques directions de recherche en conclusion. Auparavant, il convient de préciser brièvement les choix de méthode, d'échantillon, et de traitement des données.

Mesure générale de la mobilité: questions de méthode
Mesurer l'intensité de la mobilité, la caractériser afin de définir des types différents suppose de s'en donner les moyens. Du point de vue des sources, les registres de population tenus annuellement entre 1830 et 1880, s'ils autorisent de grands espoirs, recquièrent un maniement très minutieux dans la rnesure où l'on a choisi le ménage comme unité d'observation, la démarche consistant en un suivi nominatif d'un échantillon choisi sur une base patronymique. D'autre part, le recensement ne donne

8. Calcul effectué

d'après

les archivers

de la police, pour l'année

1848, et portant

sur I 249 personnes.

33

pas tout9, et il faut chercher dans les registres de l'état civil à la fois les renseignements manquants (origine géographique et sociale, inscription dans la parenté) et la vérification de l'exactitude des informations portées au recensementlO. L'approche longitudinale nécessite la mise au point d'une méthode dont le préalable est ici la reconstitution généalogique des familles et le recoupement du recensement et de l'état civil sur une base nominative. On a donc choisi un échantillon de base patronymique" comprenant à l'arrivée environ 700 personnes qui étaient passées par la ville, ne fut-ce qu'une année, leur présence étant attestée par au moins un acte d'état civil ou un enregistrement sur un registre du recensement annuel, la collecte étant rendue possible grâce à l'existence d'une table alphabétique annuelle des recensés. Pour chaque cas, une fiche de famille a été établie et couplée avec une fiche d'itinéraire remplie grâce aux informations données par les recensements successifs, ainsi qu'une généalogie plus ou moins sommaire. On a ainsi, pour les individus et les ménages de l'échantillon, à la fois les caractéristiques de leur cycle de vie, leur parcours résidentiel et professionnel, leur inscription généalogique ainsi que des informations sur la parenté présente dans la ville. Pour le traitement statistique de l'enquête, on a constitué pour chaque individu ou couple une fiche supplémentaire construite selon une matrice d'enquête comportant 29 questions fermées. Pour les 140 ménages-couples et les 93 ménages-isolés saisis. On est en mesure de séparer la mobilité intra-urbaine de la mobilité avec l'extérieur, et de les croiser avec des variables socio-démographiques, celles qui nous paraissent les plus explicatives étant la présence de la parenté et les conditions socio-professionnelles
successives.

Intensité de la mobilité
Tout d'abord, on constate l'importance du turn-over: les temps de séjour dans la ville sont brefs, ainsi qu'on peut le voir sur le tableau suivant:

9. Les informations portées sur les registres du recensement sont, à l'adresse: noms, prénoms, âges, professions et liens de parenté des personnes composant le ménage; montant du loyer et description sommaire du logement; personnes de passage et observations éventuelles. 10. Cette confrontation s'est d'ailleurs avérée très encourageante, notamment au niveau des naissances et des décès qui sont toujours reportés. II. Pour des précisions techniques concernant l'échantillon, se reporter à l'article paru dans la revue Population, mai-Juin 1988 intitulé « Fragilité de la famille urbaine au XIX' siècle: itinéraires versaillais de 1830 à 1880 », LÉVy-VROÉLANT (C.).

34

Tableaux I et 2: Temps de séjour à Versailles (1830-1880)

En %

Temps de séjour 140 ménages couples 19 30 22 29 100

En %

Temps de séjour des isolés 55 20 10 7 5 3 100

1 année 2 à 5 ans 6 à 15 ans Plus de 15 ans Total

1 an 2 ans 3 ans 4 ans 5 ans Plus de 5 ans Total

Si les isolés ne font que passer, la plupart des ménages-couples ne séjournent à Versailles que pendant une partie de leur cycle de vie familial: on est loin du modèle prôné par la bourgeoisie versaillaise qui suppose, sur place, l'enchaînement des générations. Cette constatation est renforcée par les deux observations suivantes: lorsque l'un des conjoints décède, dans 34 % des cas le conjoint survivant quitte la ville dans les deux années qui suivent le décès. D'autre part, il apparait que les ménages entrent et sortent de la ville à tout âge. La comparaison des deux tableaux montre que si la mobilité interne à la ville est liée à la mobilité externe, les temps de séjour dans le même logement restent brefs en moyenne:
Tableau 3 : Durée moyenne de séjour dans un logement (1830-1880)

En % moins de 3 ans de 3 à 5 ans de 5 à lOans plus de 10 ans N.P. Total

Temps de séjours 45 18 16 11 10 100

Comme on peut le lire sur le tableau, les ménages sont très mobiles: 63 % d'entre eux ne restent, en moyenne, pas plus de 5 ans au même endroit, 45 % pas plus de trois ans. Le premier facteur de cette mobilité est évidemment le fort mouvement de population entre la ville et l'extérieur. Plusieurs facteurs, d'ordre économique, historique, démographique, se conjuguent pour faire de Versailles une ville où il n'est pas facile de demeurer. Mais pourquoi, une fois arrivés, les ménages connaissent-ils dans la ville une telle mobilité? Le parc de logements présente de nombreuses vacances, 35

et l'impression générale est celle d'une errance généralisée dans la ville, dans le cadre d'un marché très détendu. Mais quelles sont les raisons qui poussent les individus et les ménages à d'aussi fréquents déménagements?

Caractéristiques de la mobilité
Les isolés apparaissent particulièrement mobiles: non seulement leur temps de séjour dans la ville est très bref en moyenne, mais leur permanence se conjugue avec de nombreux déménagements. D'autre part, le croisement entre temps de séjour dans la ville et présence de la parenté montre que celle-ci est d'autant plus active qu'une certaine stabilité est attestée, ainsi que le montre le tableau suivant:
Tableau 4: Temps de séjour des ménages selon la présence de la parenté

Temps de Séjour

Parent Témoin Mariage (au -1) 55.5% 52.4 % 71.4% 71.4% 63%

Parent Témoin Naissance (au -1) S.o. 36% 45% 77% 60%

1 année 2 à 5 ans 6 à 15 ans plus de 15 ans Tous temps séjour

Que la présence d'une parenté active (ici mesurée par la présence de témoins apparentés et résidant dans la commune aux actes d'état civil concernant la famille) soit d'autant plus importante que le temps de séjour est long semble assez cohérent. Mais la présence de la parenté, en elle-même, constitue-t-elle un gage de stabilité? Il ne semble pas. En effet, d'une part, la présence de la parenté n'empêche pas les ménages de quitter la ville, d'autre part, il ne semble pas que s'organise dans les quartiers une stabilité résidentielle liée à la présence de ménages apparentés: les voisinages et les rapprochements existent, mais ils apparaissent éphémères. C'est ce que montrent les monographies de familles que l'on a pu reconstituer, le traitement statistique étant ici peu envisageable. Trois exemples, choisis dans des milieux différents, rendent bien compte des mécanismes en jeu, et notamment de la fragilité des équilibres qui semblent constamment remis en cause. ' Dans le premier cas, le fils d'un charron propriétaire dans les Ardennes épouse la fille d'un journalier de Versailles. Ce que l'époux perd du point de vue de la position sociale (le contrat de mariage montre une aisance plus évidente du mari), il le gagne du point de vue de 1'«intégration»: la famille de son épouse est bien implantée à Versailles, du moins les ménages apparentés y sont-ils assez nombreux (au moins 4) depuis une génération. Et le couple s'installe dans le même immeuble que les parents de l'épouse. Cette proximité sera cependant d'assez courte durée. A la génération des 36