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Les vacances, et après ? Pour une nouvelle compétence des lo

De
240 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1987
Lecture(s) : 93
EAN13 : 9782296378858
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LES VACA~CES, ET APRES ?

COLLECTION LOGIQUES SOCIALES dirigée par Dominique Desjeux

Collection Logiques Sociales

Brigitte BRÉBANT, La pauvreté,

un destin ?, 1984, 284 pages.

J. M. BEMBE,Les jeunes et l'ordre politique en Afrique noire, 1985, 256 pages. Guy MINGUET, Naissance de l'Anjou industriel. Entreprise et société locale à Angers et dans le Choletais. 1985, 232 pages. Groupe de Sociologie du Travail, Le travail et sa sociologie. Essais critiques. Colloque de Gif-sur-Yvette, 1985, 304 pages. Jean G. PADIOLEAU, L'ordre social. Principes d'analyse sociologique. 1986, 224 pages. J .-P. BOUTIQUET, P. COUSIN, M. ORFIN, Aspirations religieuses des jeunes lycéens. 1985, 172 pages. Michel DEBOUT, Gérard 1986, 160 pages. CLAVAIROLY, Le désordre médical.

Hervé-Frédéric MECHERY, Prévenir la délinquance. L'affaire de tous. Les enjeux du dispositif Bonnemaison. 1986, 192 pages.
François Dupuy,

ménager en France, aux Etats- Unis et au Japon. pages.

J .-Claude

THŒNIG, La loi du marché.

1986, 264

L'électro-

Jost KRIPPENDORF

LES VACANCES, "
ET APRES ?
POUR UNE NOUVELLE COMPRÉHENSION DES LOISIRS ET DES VOYAGES

Traduit de l'allemand par Isabelle WORMSER

5

- 7,

Editions L'Harmattan rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

(Ç) L'Harmattan,

1987

ISBN: 2-85802-739-0

AVANT-PROPOS

Souvent, les gens sourient lorsqu'ils m'entendent dire que mon métier est de réfléchir sur les loisirs etle tourisme. De toute évidence, ils ne trouvent pas cela très sérieux - car il n'y a de sérieux que le travail. Et, chaque fois, je dois p,resque m'en excuser. Les loisirs et les voyages ne seraient-ils donc que bagatelles? Je crois en fait qu'ils sont plus que cela: il s'agit du bonheur de chaque individu et de son bien-être dans la société. Ce sont, par conséquent, deux questions essentielles. Il importe qu'on ne dévalorise pas les loisirs et les vacances au point de les confier sans autre forme de procès à l'industrie du divertissement. De longues années durant, nous avons lutté pour obtenir que tout un chacun ait droit à plus de loisirs et plus de vacances. Aujourd'hui, nous avons à combattre les effets de ce progrès. En outre, il s'avère que nous ne sommes pas encore parvenus à développer des formes de voyages satisfaisantes dans tous les domaines: psychologique, social, économique et écologIque.

Entre la parution de mon livre

«

Les dévoreurs de

paysages» et ce dernier né « Les vacances, et après », presque dix ans ont passé - une longue période qui fut indispensable à la maturation de ma réflexion. Alors qu'au milieu des années 70 on commençait à s'intéresser aux effets du tourisme sur l'environnement, on découvre aujourd'huià une époque où le voyage est devenu un phénomène de masse sans précédent - la dimension humaine et la problématique socio-culturelle de cette mobilité dans les loisirs. Voilà bien longtemps qu'on ~urait dû s'inquiéter de ces aspects. Il aurait même fallu commencer par là. Ces deux

5

livres reflètent donc bien l'esprit de notre temps. Aucun des deux. ne représente, à proprement parler, une création originale, mais plutôt une synthèse de connaissances actuelles puisées à de nombreuses sources. Certaines considératIOns ont été tirées de l'oubli des livres et des bibliothèques spécialisées, d'autres sont nées de ma propre réflexion et de mon expérience personnelle.

La « création

»

réside avant tout dans le résultat obtenu, à

savoir une vue globale et systématisée de tous les aspects. Certes, ce que j'expose ci-après n'est pas toujours exempt de contradictions, semblable en cela à notre vie quotidienne. Par ailleurs, je ne suis pas toujours parvenu à résoudre mes propres incertitudes et mes doutes. Je les soumets ouvertement à la discussion et à la critique. Si j'écris, c'est pour que moi-même je progresse, mais aussi dans l'espoir de mettre peut-être les choses en mouvement; et certainement dans le but de lancer le débat. Muni d'un bagage d'économiste - une formation monodisciplinaire tout à fait impropre qui prévaut aujourd'hui encore dans la plupart de nos universités - j'ai dû m'initier à de nombreuses disciplines scientifiques, en particulier à la sociologie, la psychologie et la pédagogie. Mes emprunts littéraires - dûment cités bien entendu - proviennent surtout de quatre personnalités, avec lesquelles j'entretiens depuis de nombreuses années des relations amicales et professionnelles : Pierre Lainé, sociologue et économiste, fondateur de « Renouveau », une association nationale pour les vacances, les loisirs et la culture à Chambéry et à Paris; Paul Rieger, théologien protestant et psychologue des vacances, fondateur et président du Cercle d'études sur le tourisme à Starnberg, RFA ; Roman Bleistein, théologien catholique, professeur depédagogie à l'Ecole supérieure de philosophie de Munich; Horst Opaschowski, professeur de pédagogie des loisirs à l'Université de Hambourg et directeur de l'Institut de recherches sur les loisirs BAT à Hambourg. Tous les quatre ont étudié dans leurs publications des aspects des loisirs et des voyages auxquels j'attache moimême une grande importance. J'espère ne pas avoir trahi leur pensée, mais au contraire l'avoir peut-être développée quelque peu. 6

J'aimerais adresser mes remerciements les plus chaleureux à mes collaborateurs Bernhard Kramer, Ralph Krebs et Hansruedi Müller pour avoir parcouru et analysé une vaste documentation, pour avoir réuni le matériel photographique et pour leurs nombreuses et précieuses suggestions. Je voudrais aussi exprimer ma reconnaissance toute particulière à la Société Suisse des Hôteliers ainsi qu'à la Caisse Suisse de Voyages. Le généreux soutien financier qu'ils ont accordé à un projet de recherche intitulé " Nouveaux développements dans le domaine des loisirs et leurs effets sur le tourisme" a permis à mon Institut d'élargir son champ d'études, ce dont le présent ouvrage est le premier à bénéficier. Je souhaite dédier ce livre à tous ceux qui aimeraient réfléchir à leur rôle en tant que" homme-vacances" ou à leur devoir dans le monde des loisirs et des voyages de demain. Espérons qu'ils soient nombreux.

Jost KRIPPENDORF Berne, octobre 1986

7

INTRODUCTION
C'est d'âme qu'il te faut changer, non de climat. SENECA .:.

LA MOBIUSAllON

TOTALE

La société humaine, naguère si sédentaire, s'est mise en mouvement. Aujourd'hui une mobilité hâtive s'est emparée de la plupart des habitants des nations industrielles. On saisit chaque occasion de partir. De fuir le quotidien, aussi souvent que possible. Courtes escapades pendant la semaine ou le week-end, longs voyages pendant les vacances. Pour ses vieux jours, nul souhait plus ardent qu'un autre domicile. Surtout ne pas rester chez soi: partir à tout prix! Et c'est ainsi qu'année après année, week-end après week-end, des millions d'êtres humains se pressent en foules compactes, sans nécessité aucune et sans contrainte apparente, en consommant de ce temps qui leur est si précieux. Presque tOus participent au mouvement, de leur plein gré semble-t-il, mais dans l'apparence d'obéir à un ordre. Ils s'alignent dans des files de voitures ou se laissent expédier par chargements d'autocars, de jumbos ou de trains. Ils s'entassent sur des plages devenues trop petites. Ils font la queue devant les magasins et les restaurants, les téléskis et les téléphériques, et devant les sites touristiques, qui accusent déjà l'usure de tous ces regards. Parfois ils logent en des lieux qui ont tout des quartiers miséreux. Un spécialiste du comportement note à ce propos que si de telles conditions
.. Seneca, Lettre XXVIII.

9

étaient imposées aux travailleurs pendant leurs heures de travail, les syndicats interviendraient, et ce à juste titrel. Comparées aux armées actuelles d'hommes des loisirs en mouvement, les migrations des peuples de l'antiquité n'étaient guère plus que des sorties de classe améliorées! Pourtant, nous devrions nous réjouir de ce que le plaisir réservé jadis à quelques priviligiés soit maintenant goûté par la grande masse. La mobilité, les vacances, les voyages: des conquêtes sociales. Mais la joie que celles-ci devraient procurer ne parvient pas vraiment à s'installer. Car la médaille a un revers: ce que nous avons conquis, nous avons dû le payer, donner quelque chose en échange. A présent, les conséquences de notre mobilité, de cette nouvelle liberté si durement acquise, menaçent de nous submerger. Il y a donc lieu de se demander si, en fin de compte, nous avons vraiment gagné, ou si nous avons plutôt perdu quelque chose; se demander aussi comment tout cela va bien pouvoir continuer. Quelle est l'origine de cette mobilité dans les loisirs, qui caractérise surtout les citadins et à laquelle ces derniers consacrent aujourd'hui 40 % du temps libre dont ils disposent? 30 % de ce temps se passe en excursions ou courts périples, et tO % en voyages de vacances2. L'être humain n'est pas né touriste. Certes, la curiosité et la nostalgie des pays lointains ont de tous temps compté parmi ses besoins originels et immédiats. La dynamique de ces attributs a déterminé les voyages distingués de l'aristocratie jusqu'au début de ce siècle. Mais ce qui pousse ces milliers de gens d'aujourd'hui hors de leurs maisons, ce n'est plus vraiment ce besoin inné de voyager. Celui qui observe comment les gens voyagent, quelles sont leurs principales occupations estivales et leurs sujets de conversation, parviendra sans doute à la conclusion suivante: le désir de faire des découvertes et d'apprendre réellement quelque chose n'est guère présent. De nos jours, le besoin de voyager est sunout créé par la société et marqué par le quotidien. Les gens panent parce
1. Wirtschaftswoche No. 16/1979, Düsseldorf, p. 38.
2. Deutsche Strassenliga und Deutsche Gesellschaft für Freizeit, édit., Freizeit und Strasse : Aktive Freizeitgestaltung und Verkehr (Kôln : Druckhaus Müller, 1980), p.56.

to

qu'ils ne se sentent .l'lus à l'aise là où ils sont: là où ils travaillent et là où Ils habitent. Ils éprouvent un besoin urgent de se défaire temporairement du fardeau des conditions habituelles de travail, d'habitat et de loisirs, afin d'être en état de le reprendre par la suite. De plus en plus, leur travail est mécanisé, fonctionnalisé et déterminé en dehors de leur volonté. Ils ressentent dans leur être la monotonie du quotidien, la rationnalité froide des usines, des bureaux, des immeubles d'habitation et de l'infrastructure routière, l'appauvrissement des rapports humains, le refoulement des sentiments, la dégradation de la nature, et la perte du naturel. Pour un grand nombre de personnes, ces réalités constituent les grands déficits du quotidien, où l'existence semble réduite à sa plus simple expression. Elles engendrent le stress, l'épuisement physique et psychique, le vide intérieur et l'ennui. Pour trouver une compensation à tout ce qui nous manque dans notre quOtidien, à ce que nous avons perdu ou à ce qui a disparu, nous partons, nous voulons nous affranchir de la dépendance sociale, nous déconnecter et refaire le plein d'énergie, goûter notre indépendance et la libre disposition de notre être, nouer des contacts, trouver le repos, vivre la liberté et chercher un peu de bonheur. En fait, nous partons pour vivre, pour survivre. Ainsi, le grand exode des masses qui caractérise notre époque est la conséquence des conditions engendrées par le développement de notre société industrielle. Outre les mobiles, notre société a simultanément fourni à ses membres les moyens de réaliser cette évasion: l'argent, sous la forme de revenus plus élevés, et le temps, grâce à des horaires de travail de plus en plus réduits. Mais avant toute chose, l'industrie a développé à notre intention un véhicule qui a véritablement mis en marche la société auto-mobile. La voiture et, dans une moindre mesure l'avion, ont indroduit la révolution des loisirs mobiles et l'ont conduite, en l'espace d'à peine plus de deux décennies et à une vitesse époustouflante, à ce qu'elle est aujourd'hui. Toutes les prévisions s'accordent sur ce point: celui qui n'est pas encore mobile aujourd'hui le sera demain. La voie est libre pour les citoyens libres! La voiture en tant que symbole de liberté par excellence. L'on pourrait presque dire que nous nous sommes arrogés un droit naturel à la motorisation et à la mobilité individuelles illimitées. Mais peut-être est-il aussi très proche, ce jour où la mobilité s'annihilera elle-même. 11

Enfin, notre société met à notre disposition l'industrie des loisirs, qui fait en quelque sorte office d'amie et de conseillère. Elle s'est emparée de nos loisirs et nous offre non seulement des satisfactions, mais crée aussi, si nécessaire, les souhaits et les désirs correspondants. Sous la forme d'un programme de contrastes par rapport au monde industriel, les loisirs et les vacances sont eux-mêmes devenus une industrie. La bonne affaire du millénaire! Elle promet des lendemains qui chanteront encore longtemps. Tout ce système s'organise en une sorte d'alternance que l'on pourrait appeler le cycle de reconstitution de l'être humain dans la société industrielle: nous partons pour recharger nos batteries, pour reconstituer nos forces physiqes et mentales. Pendant notre escapade, nous consommons le climat, la nature et le paysage, la culture et les êtres humains des régions visitées, que nous avons

transmutées en

«

espaces thérapeutiques ». Puis nous re-

tournons chez nous, plus ou moins en forme pour braver le quotidien pendant quelque temps - jusqu'à la prochaine fois. Le stratagème a réussi. Pourtant, le souhait de repartir bientôt et plus souvent encore va resurgir rapidement, car la vie ne se rattrape pas en quelques semaines de vacances et quelques week-ends. La barque est trop pleine, elle déborde de souhaits et de désirs. C'est de cette répétition permanente de besoins inassouvis et inassouvis sables que le cycle tire sa dynamique. Un recommencement perpétuel. Nous travaillons notamment pour pouvoir prendre des vacances, et nous avons besoin de vacances pour pouvoir reprendre le travail. Nous nous reposons pour nous laisser d'autant mieux atteler à la tâche ensuite. Si le tourisme, complice de notre évasion, n'existait pas, il faudrait construire des cliniques et des sanatoriums où l'être humain se remettrait de la fatigue du quotidien. Le tourisme comme thérapeutique de la société, comme soupape permettant de maintenir le fonctionnement du monde de tous le jours. Il exerce un effet stabilisateur non seulement sur l'individu, mais aussi sur toute notre société et son économie. Les sociologues l'ont prouve: l'être humain qui a réussi à changer de cadre et à se déconnecter développe, après avoir éprouvé la fugacité du tourisme, le besoin de
3. Commission consultative fédérale pour le tourisme, tourisme (Bern: EDMZ, 1979), p. 54. Conception suisse du

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retourner à la stabilité bienfaisante de son univers quotidien. Il voyage pour voir conforter son sentiment que ce n'est pas si mal chez soi, et que c'est peut-être même mieux que partout ailleurs. Il voyage pour revenir. Notre économie a, elle aussi, besoin du tourisme, qui lui fournit de l'énergie et regénère sa main-d'œuvre. N'est-ce pas l'une des raisons pour lesquelles elle a, à l'origine, accordé plus de congés aux travailleurs? Voilà donc comment fonctionne, dans ses grandes lignes, cette immense machine à reconstituer. Un cycle qui se répète d'année en année, et auquel chacun de nous est plus ou moins soumis sans en être vraiment conscient.
L'EXODE DES MASSES SE HEURTE A DES LIMITES

Depuis peu, du sable s'est glissé dans les rouages de cette énorme machinerie. Ce qui semblait si bien fonctionner jusqu'à présent continue certes à marcher, mais le mécanisme n'est plus aussi bien huilé et paisible. De tous côtés, les interrogations viennent à poindre: pourquoi tout cela, où cela nous mènera-t-il? Des signes de plus en plus nombreux indiquent que la fuite des masses citadines, le tourisme sous sa forme présente, ne peuvent, à la longue, constituer une thérapeutique véritable; que la réalité actuelle n'a pas de perspectives. Pourtant, nombreux sont encore les insouciants qui poursuivent le processus, sans rien y changer, selon la devise: toujours plus, toujours plus grand, toujours plus vite, toujours plus loin. La plupart des prévisions les renforcent d'ailleurs dans leurs convictions. Par exemple celles qui portent sur le trafic, puisque le trafic ne peut apparamment que s'accroître. L'affirmation souvent citée - d'un futurologue américain renommé abonde également dans ce sens: selon lui, l'industrie du voyage sera l'industrie la plus importante du monde en l'an 2000\ Ne devrait-on se montrer un peu lus sceptique et s'apercevoir que l'avenir n'est plus ce qu'i était, c'est-à-dire une expansion prévisible et réalisable? On ne peut vraiment pas présumer que tout se poursuivra comme par le passé. Aujourd'hui, un grand nombre de signaux nouveaux indiquent un changement de cap.

f

4. H. Kahn, Die Zukunft der Welt (1980 - 2000) (Wien, München, York: Verlag Fritz Molden, 1980), pp. 297-298.

Zürich,

New

13

Un nombre croissant de personnes commencent à se rendre compte que le système actuel est inadéquat. Les carences que l'on ressent dans la vie quotidienne ne peuvent être compensées par quelques brefs instants de liberté, de loisir créatif, de bonheur et de libre disposition de soi pendant le temps libre et les vacances. Ces personnes ne se contentent plus de ce succédané de liberté, de cette vie faite de délais et d'acomptes. Ouvertement ou secrètement, elles exigent le temps de mieux vivre. C'est ainsi que l'exprimait, il y a dix ans déjà, un livre de lectures: Avec le temps, l'envie nous passe de rêver toute la journée du soir, toute la semaine du vendredi, toute l'année des vacances d'une vie qui n'est pas seulement la moitié de la vie. Notre société sans joie doit trouver le bonheur. Un nombre croissant de personnes ne considérant plus le travail comme une raison de vivre essentielle, le malaise face à la situation actuelle et le souhait de changer quelque chose s'expriment de plus en plus clairement. Alors, que faudrait-il modifier? Un autre grand point d'interrogation pour l'avenir est la crise qui frappe de plein fouet la plupart des pays industrialisés. Il semble que le tavail vienne lentement à manquer dans la société du travail. Comment maîtriseronsnous cette nouvelle situation? Les écologistes et les défenseurs de l'environnement souhaitent, eux aussi, que les choses changent. Ils veulent s'attaquer à tous ces dévoreurs de paysage touristique qui sont encore à l' œuvre un peu partout. Ils essaieront par exemple d'empêcher qu'un tiers du volume construit des grandes villes se reproduisent dans les campagnes sous forme
5. P. E. StossI, Leben? ln : Lesebuch 4. Freizeit, Friesel et al., édit. (München : Timm, 1973).

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de résidences secondaires comme il a été prédit. Ils veulent mettre un terme au développement effréné de notre réseau routier qui répond surtout aux exigences des loisirs. Ils lutteront aussi pour que les paysages de notre repos ne soient pas meublés d'installations de loisirs en tous genres. Ceux-là même qui étaient autrefois une sorte d'organisation fantôme, la mafia verte, se sont mués aujourd'hui en un mouvement énergique qui rallie des partisans de plus en plus nombreux. Quelle sera l'issue de leur lutte? Les habitants des régions visitées commencent aussi à éprouver de la rancœur à l'égard des effets négatifs de l'exode des masses touristiques. Ces populations ont de plus en plus l'impression d'être débordées par ce développement et d'en être simultanément exclues. N'a-t-on pas d'ailleurs çà et là le sentiment que les indigènes sont fatigués, voire dégoûtés, du tourisme? Ils veulent secouer le joug de la mainmise touristique, prendre en main leur destin, déterminer eux-mêmes leur développement et y prendre part aussi. Ils veulent pouvoir de nouveau considérer leur région comme leur propre espace vital, leur patrie, et ne pas devoir la modeler en lieu de repos ou terrain de jeu réservés à d'autres. Les « visités» s'exercent à la révolte. Certes, ils font encore (presque) tout pour que les touristes viennent, mais en fait, ils aimeraient tout faire pour les empêcher de venir6. N'a-t-on pas, ici aussi, atteint des limites, dans un équilibre d'ordre psychologique?
«..A MOINS QUE NOUS CHANGIONS DE SYSTÈME.

Voilà quelques-unes des questions que nous voulons approfondir, l'objectif étant de découvrir éventuellement des formules qui seraient plus souhaitables que ce que nous connaissons aujourd'hui. Il ne s'agit toutefois pas de condamner sans appel tout ce qui a existé jusqu'à présent, encore moins de procéder à une critique irréfléchie de la société au travers du tOurisme moderne. Tous ceux qui qualifient cet exode par millions de plus grand fléau occidental, de décadence de la civilisation, de mystification des masses, voire même d'instrument de répression sociale

pour maintenir la non-liberté, et

«

d'opium du peuple »,

6. J. Hersch, Du mauvais et du bon usage du tourisme, manuscrit, Berne 1977.

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ceux-là se facilitent bien trop la tâche7. Leur critique est inefficace et passe à côté d'un phénomène qui, depuis longt:emps, est devenu une réalité mesurable, un état de fait social, économique et politique d'une ~rande portée. Aussi spirituels que puissent être leurs essaiS et leurs commentaires, les constatations factuelles sur lesquelles il se fondent sont insuffisantes. La fuite hors des villes, telle que nous l'avons esquissée, n'est pas le résultat d'une machination soigneusement ourdie par des exploiteurs et des tireurs de ticelles capitalistes. Elle est tout simplement un autre aspect du développement de notre société industrielle - les critiques diraient: le revers de la médaille. Mais n'oublions pas que cette même société industrielle nous a apporté des victoires sociales bien réelles et un progrès véritable. Elle nous a libérés des cruelles contraintes de la pauvreté. Elles nous a donné l'assurance durable d'avoir un toit sur la tête et de pouvoir satisfaire nos besoins vitaux. Elle nous a offert bien plus que cela, et nous ne voudrions plus y renoncer. Nous avons pu considérablement améliorer notre situation personnelle, notre niveau de vie - ce pour quoi nous avons beaucoup travaillé. Les acquis du passé sont une réalité qui ne peut plus être effacée. Il convient de l'accepter et de la reconnaître en tant que telle. Critiquer le système est bien facile lorsqu'on se trouve sous la protection sûre des victoires remportées antérieurement. Néanmoins, lorsque le développement commence à apporter plus d'inconvénients que d'avantages à l'individu et à la société, il importe que s'amorcent la critique et, surtout, la réflexion. Or, ce moment est venu. Car notre système économique, qui repose sur la rotation entre production/consommation et consommation/production, a depuis quelque temps développé une dynamique propre fort dangeureuse. Il ne s'agit plus aujourd'hui de couvrir des besoins humains réellement ressentis: ils sont satisfaits en majeure partie. Il ne s'agit pas non plus de créer des valeurs nouvelles. L'économie s'est éloignée de l'être humain, elle s'est placée au-dessus de lui et a, en quelque sorte, pris sa liberté. Elle travaille pour maintenir son propre appareil, sa propre existence. A cet effet, elle s'est forgé un alibi: les contraintes objectives. Or, les contraintes font peur. Si l'on étudie soigneusement la
7. Concernant critique au tourisme voir p. ex. H.R. Scherrieb, Der westeuTOpaische Massentourismus (Würzburg: Institut für Fremdenverkehrs - und Freizeitforschung, t 974), pp. 5t -65.

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question en tenant compte de tous les facteurs, force est de constater que, dans un grand nombre de domaines, le coût supporté par la société, l'économie et l'environnement dépasse largement le profit supplémentaire escompté. Cette constation s'applique aussi au domaine des loisirs et des voyages, comme le montre l'exemple suivant: dans la plupart des zones de détente et des lieux de villégiature s'est créé un marché de la construction qui obéit à des lois propres et s'est complètement dissocié du tourisme. Le bradage du sol, la production de nouveaux chalets, appartements de vacances, immeubles de studios, hôtels et autres constructions se poursuivent à vive allure. Et cela, en dépit du fait que le taux d'occupation des installations existantes est le plus souvent lamentable et décroît d'année en année, et que les paysages perdent chaque jour un peu plus de leur aspect naturel. L'appât du gain à court terme qui motive quelques personnes a raison de l'intérêt à long terme des populations: l'intérêt de préserver une nature, un espace de repos et une économie vivables. Nul n'ignore que le lobby de la construction fonctionne à merveille. La contrainte objective invoquée: le maintien des emplois dans le secteur de la construction. Récemment, un chercheur des loisirs formulait le problème ainsi: le tourisme de masse constitue l'une des formes les plus marquées, les plus lourdes de conséquences et les moins maîtrisables du choc des loisirs. Nous pensons avoir appris à vivre avec lui. Nous croyons pouvoir contenir ses excès, prévoir son évolution, remédier à ses faiblesses. En vérité, nous ne pouvons rien, hormis contempler les effets que produira encore le tourisme de masse au niveau écologique, psychologique et socio-économique. A moins que nous modifiions notre mentalité, que nous changions le système. Que nous élaborions de nouvelles conditions d'ensemble. Là réside le cœur du problème: reconnaître où l'ordre établi a failli; où les réalités ont perdu pied, ces réalités auxquelles on veut toujours ramener ceux qui développent des idées nouvelles. Nous devons comprendre que la poursuite linéaire des tendances économiques et techniques actuelles ne nous apportera pas ce que nous espérons de l'avenir. Et que, de surcroît, cette conception de l'avenir est carrément la plus médiocre et la plus dangeureuse qui soit. 17

Mais ne sommes-nous pas d'ores et déjà si fortement prisonniers des contraintes objectives que nous n'osons même plus réfléchir à ce que nous souhaitons vraiment8 ? Si malgré tout cela, nous voulons aborder le problème, nous devons briser le cadre habituel de notre réflexion intellectuellle et de nos critères de jugement. Les théories, les calculs économiques, les programmes politiques et les doctrines ne sont d'aucune aide dans le cas présent. Nous devons aller au-delà en faisant surtout appel à notre intuition et à notre fantaisie - la fantaisie sociale, définie comme l'aptitude à ne pas croire au caractère définitif de l'ordre établi, à se représenter des conceptions nouvelles, à formuler des solutions de remplacement. Nous l'avons vu précédemment: les loisirs, et l~ tourisme en tant que l'un de ses aspects, ne constituent pas un monde à part qui obéit à des lois propres. Ils sont la conséquence, et simultanément une composante, du système social industriel, de l'organisation des êtres humains et de la civilisation moderne. Par ailleurs, les loisirs peuvent aussi avoir des répercussions sur ce même système. Libérés du contexte des facteurs déterminants fondamentaux, les loisirs et les voyages ne peuvent être compris. Le tourisme moderne est devenu l'un des phénomènes les plus remarquables et les plus singuliers de notre époque. Pour découvrir sa nature, il faut essayer de comprendre comment les éléments sont liés, quelles sont les causes et les effets, les désirs et les réalités. Nous devons d'abord saisir le fonctionnement du mécanisme avant de pouvoir déterminer les moyens de le contrôler, de le modifier et de l'améliorer. Cependant, les connexions ne sont pas discernables si nous nous limitons à une étroite vision sectorielle. En revanche, lorsque nous élargissons le champ d'investigation, nous constatons soudain que tout élément est important et exerce une influence. Le sujet devient de plus en plus vaste: le travail, l'habitat, les loisirs, la vie entière entrent en ligne de compte. Nous sommes alors contraints de nous demander à quels processus nous sommes actuellement confrontés et quels sont nos propres souhaits, notre opinion personnelle. Ces réflexions ramènent dès lors au thème que nous voulions traiter: les loisirs et le voyage.
8. E. Eppler, M. Ende, H. Tii.chl, PbantasielKulturlPolitik - Protokoll eines Gespriicbs (Stuttgart: Edition Weitbrecht, 1982), p. 21.

18

Dans la courte première partie de notre ouvrage, nous traçons les grandes lignes d'un modèle existentiel travailhabitat-loisirs-voyages. Dans la deuxième partie, nous décrivons les processus qui déterminent nos loisirs et notre mobilité dans ce contexte. Ce que nous avons appelé le cycle de reconstitUtion de l'être humain dans la société industrielle sera examiné dans le détail: il s'agit du voyage et de son déroulement aujourd'hui. Il sera question de ses bienfaits, mais aussi de ses excès et de ses promesses manquées. Et surtout de ses tendances et de ses perspectives. Dans la troisième partie du livre, nous cherchons à savoir s'il existe de nouvelles tendances qui pourraient tout changer: l'univers quotidien, l'économie, le travail, l'habitat et les loisirs; la mentalité des êtres humains et les principes fondamentaux de notre société. Existe-t-illà une évolution qu'il conviendrait d'appuyer pour que le quotidien s'humanise et, partant, que le voyage s'améliore? Enfin,. dans la dernière partie de l'ouvrage, nous entendons faire des propositions visant à humaniser le voyage en tant que tel, et plaider en faveur d'une nouvelle compréhension des loisirs et du voyage. Cette section présentera des idées très positives, car nous ne souhaitons pas supprimer les vacances et les voyages. Bien au contraire: il convient de développer des formes de loisirs pour tous dont toutes les personnes impliquées tirent le meilleur profit, sans que d'autres êtres humains ou l'environnement en fassent les frais. Peut-être les vacances et les loisirs passés en-dehors de chez soi pourraient-ils précisément se muer en un domaine d'apprentissage et d'expérimentation pour le quotidien. Partir, non plus en premier lieu pour oublier le quotidien et détourner notre esprit d'une situation qui ne nous satisfait plus, mais partir pour saisir une chance: la chance de s'enrichir, de s'exercer à la liberté, à la compréhension mutuelle et à la solidarité, et de retrouver un peu de tout cela dans le quotidien. C'est là aussi que réside la réponse à cette question délicate de savoir s'il est moralement défendable de se préoccuper du besoin de détente des habitants des pays industrialisés, alors que dans d'autres régions du globe, des centaines de millions d'êtres humains mènent une lutte quotidienne pour la simple survie. Une nouvelle compréhension du voyage et un nouveau comportement pendant le voyage pourraient peut-être contribuer' à développer aussi notre sens de l'humanité et de l'équité. Le tourisme 19

pourrait-il donc être un enrichissement humain, un ~timulam pour un quotidien amélioré, pour une meilleure société? Après tout, pourquoi pas? Voilà la toile utopiste et idéaliste (dans le bon sens de ces termes) sur laquelle nous voulons tisser. Nous aimerions mobiliser toute votre conscience à cet égard et donner aux personnes concernées le sentiment d'être réellement concernées en dévoilant les liens de causalité. Mais aussi en faisant des propositions indiquant comment tout un chacun pourrait agir pour que nous nous rapprochions quelque peu de l'état souhaité. Bien entendu, tout cela n'est possible que si nous posons des questions parfois très critiques et si nous exprimons clairement nos craintes. Mais n'est pas empoisonneur de puits celui qui signale que nos puits sont empoisonnés. La critique ne vise pas au démantèlement de notre système. Elle ne sert qu'à dégager les sentiers qui pourraient nous mener hors des fourrés: les chemins d'un meilleur avenir. Souvent, nous ne pourrons produire de preuve scientifique pour nos allégations. Mais lorsque les données font défaut - ce qui n'est pas rare - nous ne pouvons nous fonder que sur notre appréciation personnelle des choses, c'est-à-dire comment nous-mêmes les voyons ou aimerions qu'elles soient. D'ailleurs, lorsqu'il s'agit de l'avenir, personne ne peut exiger des preuves. Pas plus de ceux qui proposent des innovations que de ceux qui prévoient la continuité de l'ordre établi. Aujourd'hui, de nombreux êtres humains ressentent le désir de changer quelque chose, d'essayer autre chose - un désir qui est pput-être plus fort qu'il n'a jamais été. Alors nous souscrivons avec Ernst Bloch au «principe de l'espoir9 » : croire en la force tranquille de la conscience, ui se mue en force réelle dès qu'elle saisit les masses - si es masses la saisissent.

l

9. E. Bloch, Das Prinzip Hoffnung (Frankfurt: Suhrkamp Verlag, 1968).

20

Chapitre

premIer

LE MODELE EXISTENTIEL DANS LA SOCIETE INDUSTRIELLE: TRAVAIL - HABITAT LOISIRS - VOYAGES
Depuis la Renaissance, nous n'arrêtons pas de triompher de nouvelles limites. Aujourd'hui, nous commençons à prendre conscience des limites... Nous en sommes même au point de demander ce qu'il y a au-delà des limites que nous venons de reconnaître. Erhard EpPLER Voilà bien la question du siècle. ':. Michael ENDE

APERÇU GÉNÉRAL DU MODÈLE
J'aimerais, au début de ce livre, essayer de placer le thème des loisirs et des voyages dans un contexte élargi. Je me propose aussi d'esquisser d'emblée mon propre point de vue, de montrer l'angle sous lequel je me place, d'exposer ma conception du monde et de l'ordre social auquel j'aspire bref, d'annoncer la couleur. Ainsi, une grande part de mes propos seront sans doute plus faciles à comprendre. Le tableau schématique ci-après en sera le cadre.
* E. Eppler, M. Ende. H. Tachl, op. cit., pp. 69-70.

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Ce tableau reproduit une sorte de système global. En son centre se trouve le point de mire de notre réflexion: le cycle de la reconstitution de l'être humain dans la société industrielle. Son point de départ est l'homme et les sphères de son existence - travail, habitat et loisirs - qui représentent son univers quotidien. Une partie des loisirs se déroule en voyage: l'univers du quotidien s'ouvre vers l'extérieur. Cette évasion est marquée par des influences, des motivations et des espérances particulières. La destination des voyages constitue l'autre pôle, l'antiquotidien. Là, c'est le comportement et les expériences des voyageurs qui sont particulièrement intéressants, la situation des « voyagés » et de leur environnement ainsi que la rencontre entre les voyageurs et les voyagés. Enfin, ce tourisme produit des conséquences et des effets de retour tant sur les pays et les gens des régions visitées que sur la situation chez soi. Ce mouvement pendulaire entre le quotidien et l'antiquotidien avec ses multiples interactions représente le sujet central de notre livre. Cette structure travail/habitat/loisirs/voyages s'inscrit dans un cadre élargi qui la façonne et l'influence. Il ya lieu de distinguer quatre champs de forces que relie un réseau complexe d'interactionsl : la société et son échelle de valeurs (sous-système socio-culturel), l'économie et sa Structure (sous-système économique), l'environnement et ses ressources (sous-système écologique) ainsi que l'Etat et sa politique (sous-système politique). Le regroupement de ces systèmes partiels constitue en quelque sorte le décor dans lequel se déroule notre vie. Le tableau fait apparaître quelles tendances générales ils ont suivie au cours des quelque trente dernières années: les valeurs de « l'avoir» ont : possession, propriété, fortune, consommation, égoïsme passent avant communauté, tolérance, modération, recherche d'un sens, modestie, honnêteté. - L'économie se caractérise par une tendance croissante à la concentration, une domination des grandes entreprises et des consortiums qui accaparent le pouvoir économique au - Dans notre société,

supplanté les valeurs de « l'être»

1. M. Rotach, S. Mauch, P. Güller, édit., Szenarien künftiger Entwicklungen (Bern: Programmleitung NFP " Regionalprobleme ", 1982)

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dépens des petites et moyennes entreprises indépendantes luttant pour leur survie. Par ailleurs, la division du travail et la spécialisation s'accentuent en permanence alors que l'autoapprovisionnement décline de plus en plus. - Nous traitons l'environnement comme si les ressources étaient inépuisables. La science et la technique trouvent continuellement de nouveaux moyens pour repousser les limites imposées par l'équilibre de l'écosystème. Les effets secondaires négatifs d'une croissance économique fondée sur la grande technologie paraissent maîtrisables et remédiables au fur et à mesure2. - Enfin, il n'existe pas de pays industriel où la bureaucratie d'Etat, les attributions et les dépenses de l'Etat n'aient augmenté, engendrant par là même une tendance à la centralisation. L'Etat est contraint de doter un appareil économique en expansion d'une infrastructure toujours plus coûteuse (trafic, approvisionnement, élimination des déchets) et, simultanément, de développer des mécanismes de régulation (relance conjoncturelle, subventionnement des secteurs économiques menacés) qui garantissent le bon fonctionnement de l'économie de croissance. Les prestations de l'Etat s'étendent aussi dans les domaines de la santé, l'éducation, la prise en charge de groupes marginaux et la protection d'un environnement menacé. Ces services sont essentiels et ne peuvent être assurés par nul autre organe). Ces quelques observations concernant les conditions générales de notre vie laissent d'ores et déjà entendre un fait important que le graphique ne montre pas: le système ne fonctionne pas aussi harmonieusement que ce tableau pourrait nous le faire croire. Dans la réalité, les éléments n'ont pas tous le même poids. Les divers domaines ne sont pas équivalents, leur influence n'est pas comparable. Certains pôles et sous-systèmes prédominent aux dépens d'autres. Ils sont parfois des forces qui s'annulent réciproquement, voire même se combattent au lieu de se compléter.

2. M. Rotach, S. Mauch, P. Güller, édit., op. cil., p. 47. 3. H. C. Binswanger, W. Geissberger, T. Ginsburg, Wege aus der Wohlslandsfalle (Frankfurt: Fischer Taschenbuch Verlag, 1983), pp.34-3S.

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Modèle existentiel de la société industrielle

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