Paris Ars Universalis

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Français
196 pages
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Description

Paris Ars Universalis est un récit trépidant et à 360° dont l'hypothèse centrale est l'accueil d'une Exposition universelle dans la métropole en 2025. Par ce prisme sont décryptées les grandes transformations des sphères urbaine, économique, socioculturelle, spirituelle, cognitive et digitale. Ce scénario-fiction s'appuie sur les recherches menées par l'auteur au sein de l'Institut ACTE (Art, Création, Théorie, Esthétique) de l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, ainsi que sur ses nombreux travaux prospectifs concernant les mutations du monde contemporain.

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Publié par
Date de parution 02 avril 2017
Nombre de lectures 7
EAN13 9782140034282
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0112€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Raphaële Bidault-Waddington

Scénario-fiction
d’un futur Grand Paris

PARIS ARSUNIVERSALIS

Scénario-fiction
d’un futur Grand Paris

Ouvrages publiés dans la collection Avant-garde chez L’Harmattan :
Carine Dartiguepeyrou (dir.),La nouvelle avant-garde, vers un changement
de culture
Danièle Darmouni,Le leadership du vivant, une pédagogie du devenir

Du même auteur :
Sémiospace, Raphaele Bidault-Waddington et Sylvain Menétrey, Éditions
Clinamen, Genève, 2016.
Ouvrages collectifs :
« Paris Galaxies in Perspective, aesthetic audit critical report »,inAnnick
Schramme, René Kooyman, Giep Hagoort (eds.),Beyond Frames,
Dynamics between the creative industries, knowledge institutions and the
urban context, Eburon Publishing, 2014.
« Se ré-inventer et se projeter dans l’avenir grâce à l’art»,inPierre Musso,
Laurent Ponthou, et Eric Seulliet,Fabriquer le Futur 2 : l’Imaginaire au
Service de l’Innovation, Éditions Village Mondial, 2007.
« Christiania in Perspective, an experimental aesthetic audit of a city within
a city »,inCarrillo (ed), JavierKnowledge Cities, Approaches,
Experiences, and Perspectives, Butterworth-Heinemann, Elsevier, 2006.

© Raphaële Bidault-Waddington, Paris, 2016

PARIS ARSUNIVERSALIS

Scénario-fiction
d’un futur Grand Paris

Raphaële Bidault-Waddington































© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

www.harmattan.com

ISBN : 978-2-343-11910-6
EAN : 9782343119106

Sommaire

Préface ......................................... ..... ................................................................................................................p. 9
Note de l’auteur ......................... ........................................................................................................p. 11

Chapitre 1 : Horizon Grand Paris(2008) ........................................................p. 17
– Tendances urbaines
– Agenda du Grand Paris

Chapitre 2 : Jeux de mots (2010) ................. .... .........................................................p. 25
– Une affaire d’étiquette
– Question sensible et performance urbaine
–Grand Paris Ready-made
– Support/Surface
– Théâtre de Boulevard

Chapitre 3 : Double JO + EU(2014) ......................................................................p. 35
– Crise existentielle
–A New Deal
–The show must go on
– Infrastructures symboliques
– Constellations de villages
– Projection
–Statement

Chapitre 4 : Open Polygon(2016) ...........................................................................p. 49
–L’état de l’Art 1
– L’état de l’Art 2

5

Paris Ars Universalis

– Stratégie compositionniste
– Angles de vue
– Topiques
–Mash-upurbain
– Organisations
– Datasphère
– Matière grise
– Tactique élégante

Chapitre 5 : Nutopia Lab(2018) ................................................................................p. 75
– Culture d’innovation, imagination, expérimentation
– Stratégie oligoptique
– Politique curatoriale
–Creative Commons
– AlternativevsAlternance
– Mutation du capitalisme
–Critical Designmilitant
–Workshop workshop

Chapitre 6 : Paris Galaxies Action Shooting Lab (2022)............p. 93
– Scénario officiel
–Branding
– Stratégies
– Spectacle gouvernemental
– Afropolitisme et Anthropophagie culturelle
–Shootingde clichés
– Constellation de fantasmagories
– Caricature
– Protocole collaboratif
–Stagingdu narcissisme
– Sapologie grand-parisienne
– Post-production

6

–Les Mille et une Nuitsde la Ville voilée
– Cosmogonie
– Paris,Ville cosmique

Sommaire

Chapitre 7 : Purple Grand Paris(2024) .........................................................p. 111
–Purple industry
–Extimacyet jeu de soi
– Amour y es-tu ? /Sex is the new love
– Purple Consortium
–Escort business
– Extension du domaine sexuel
–Dirty economy
– Société mutuelle
– La Nuit de la pleine lune

Chapitre 8 : Mouvement RA(2027) ..................................................................p. 121
–Rehab
–Religious hype
– Libéralisme religieux
– Économie empathique
–Global equity
–Muslim mainstream
– Diabolisation/Machination
– Méditation et prière
– Résistance Radio
– Le mouvement de l’univers
– RA les masques
– Rayon Alpha
– Résonnance Alpha

Chapitre 9 : LSDE/Life-Style Digital Existence(2030) ...........p. 137
– Les termes de la guidance
– Les guides du Grand Paris

7

Paris Ars Universalis

–Californian spirit
– Mutations psychiques
–Digital Humanities
– Expanded-Self (Google)
– Kaléidoscope (Facebook)
– Solution Book (Amazon)
– Secret Garden (Apple)
– Astro-Galaxy (Samsung)

Chapitre 10 : Bulle spéculative(2035) .........................................................p. 159
– Bulle anglaise
– Pavillon fantôme
– Intelligence esthétique
– Prospection
– Géovision
– Entreprise démocratique (Chine)
– La République des images

Bibliographie ........... ........................................................................................................ ....................p. 181

8

Préface

J’ai choisi de publier ce livre, car la fiction prospective n’est pas
développée en France. Nous avons bien sûr des romans de science-fiction, très
souvent associés à une vision noire de l’avenir, desdesign fictionshigh tech,
des scénarios technologiques, mais les récits prospectifs sont plus rares.
Celui-ci ne manque pas de ton, caustique parfois, mais surtout marqué
par un humour noir. Cette saga s’inscrit dans une forme de culture
postmoderne, croustillante de détails qui ont leur importance. L’auteur joue de
clins d’œil aux chercheurs renommés et aux travaux scientifiques de
référence tout en prenant soin d’en donner quelques clés de compréhension.
On y trouve un aller et retour entre la prospective et la rétrospective,
le futur et le passé, la réalité et la fiction, avec un point de bascule qui
nous projette vers un horizon de temps ici défini à 2035. C’est au lecteur
de trouver l’énigme, ce point de bascule qui lui permettra de se situer dans
le temps.
On y découvre le récit du Grand Paris, autour de l’Exposition
universelle de 2025, qui entremêle les événements politiques et économiques.
La culture, les arts y sont omniprésents. Les détours nous permettent de
mieux comprendre les soubresauts qui tapissent ce récit et le rendent très
dynamique.
Le ton de ce livre est à l’image de son auteur, rapide, direct,
provocateur, passionné. Il nous montre qu’à la base de toute vision d’avenir,
l’imaginaire et la créativité sont indispensables.
Ce livre est aussi un parti pris qui édifie des choix stratégiques dans
une certaine vision de l’avenir. Les robots n’y prennent pas la place que l’on
annonce démesurée, les religions y sont prégnantes, mais la spiritualité
arrive à se frayer un chemin, l’économique reprend sa place au service de
l’intelligence et de la connaissance.
Pourtant, derrière le ton sarcastique de l’auteur se décèle le désir de
voir émerger un Grand Paris, un Paris réinventé, riche en sens et en
inspiration. Qui sait? Cet ouvrage donnera-t-il des idées à nos politiques? Après
tout, c’est une trajectoire d’avenir possible.

Carine Dartiguepeyrou, créatrice et directrice de la
Collection Avant-garde chez L’Harmattan

9

Note de l’auteur

“The Cosmetic is the New Cosmic.”
Rem Koolhaas,Junkspace, 2002

Ce manuscrit, qui déborde de toutes les catégories académiques et
littéraires, est en premier lieu une expérimentation de recherche
prospective hors cadre. Il est le point d’orgue d’un projet de recherche sur le
futur du Grand Paris que j’ai amorcé en 2008 en tant qu’artiste et
chercheur, au moment de la création des dispositifs gouvernementaux de
métropolisation. Depuis, plusieurs grandes étapes se sont enchaînées.
La première, « Paris Galaxie, scénario alternatif et non
conventionnel » a été une sorte de boîte à idées stratégiques mise en ligne
dès 2008 et accompagnée d’un diagramme méthodologique
cartographiant les strates de transformation urbaine (urbanisme,
gouver1
nance, programme, immatériel). Dans un article écrit ultérieurement ,
je déconstruis le raisonnement transdisciplinaire qui a nourri sa
conception et hybride les langages artistique, urbain, économique,
géographique, politique, stratégique, etc. Cette approche est le propre
de toutes mes recherches et du Laboratoire d’Ingénierie d’IDées,
aujourd’hui LIID Future Lab, que j’ai créé en 2000 à cet escient. Celui-ci
me permet de nourrir librement une recherche prospective à 360 ° sur
les grandes transformations contemporaines, et de collaborer avec de
nombreuses structures en France et ailleurs. L’une des spécialités du
LIID est d’ausculter particulièrement l’écosystème des organisations
(villes, entreprises, associations, collectifs, plateformes, etc.) et de
valoriser leur patrimoine immatériel (connaissance, mémoire,
imaginaire, digital, etc.) pour imaginer leur avenir. Ce trait se retrouve dans le

1. R.Bidault-Waddington,Paris Galaxy Inc.: a conceptual model and holistic
strategy toward envisioning urban development, Parsons Journal for Information
Mapping, Volume IV Issue#1, New York, 2012.

11

Paris Ars Universalis

projet Paris Galaxies qui met l’accent sur les strates intangibles, voire
spéculatives, de la métropole.
Une fois ce socle méthodologique posé (et un temps de jachère),
la deuxième grande phase du projet « Paris Galaxies, une vision pour
le Grand Paris » prend en 2012 une dimension plus collaborative avec
différents cycles deworkshopsétudiants, expositions-recherche et
conférences, notamment au Paris College of Art, qui m’a accompagnée
dans tout ce projet. Je remercie vivement Brigitte Borja de Mozotta,
Vivian Sky Rehberg, Raina Lampkins-Fielder,Alice Peinado, Linda et
Magda Jarvin de m’avoir offert la possibilité de ces expérimentations.
La recherche se concentre dorénavant sur la « constellation
artistique » du Grand Paris comme levier d’innovation et de
métropolisation. En 2013, le projet entre au sein du Laboratoire Sémiotique des
Arts et du Design de l’Institut ACTE (Art, Création,Théorie, Esthétique)
dirigé par le professeur Bernard Darras, et est à deux reprises lauréat
du programme de recherche Paris 2030 de la Ville de Paris (2013-2014
puis 2015-2016). Ce financement permet de réaliser un « audit
esthétique » (méthodologie du LIID pour analyser les potentiels de
réinvention créative et stratégique d’une organisation) de la métropole en
zoomant sur 300 lieux artistiques au-delà du Périphérique, pour en
discerner les « signaux faibles » (ceux qui deviendront « forts » à l’avenir)
2
et contributions innovantes .
La troisième phase de recherche (2014-2015) a consisté à explorer
comment une cartographieon-linede ces lieux pourrait devenir une ou
plusieurs plateformes collaboratives de nouvelle génération, et créer
un impact résilient sur toutes les strates de la métropole (urbanisme,
gouvernance, culture, développement économique, inclusion sociale,
imaginaire,soft power, etc.).
Enfin dernière phase, que vous tenez entre vos mains, l’idée était
d’expérimenter une méthode émergente de Design fiction, afin de
traduire, mettre en scène et tester certaines de ces plateformes, ainsi
que d’autres hypothèses issues de toutes les étapes du projet et
susceptibles de contribuer à la fabrique du Grand Paris. Le principe du
Design fiction (qui fait partie du Design critique et du Design
spéculatif) consiste à scénariser des solutions innovantes ou des hypothèses

2. R.Bidault-Waddington, “Paris Galaxies in Perspective, aesthetic audit
critical report”, in Annick Schramme, René Kooyman, Giep Hagoort (eds.),Beyond
Frames, Dynamics Between the Creative Industries, Knowledge Institutions and
the Urban Context, Antwerp University, Eburon Publishing, 2014.

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Note de l’auteur

futures pour voir comment elles se joueraient dans la société ou dans
la ville. En les décrivant, en les laissant dériver dans la fiction (pour le
meilleur et pour le pire), apparaissent des frictions et des situations
imprévisibles où le contexte se complexifie. En simulant ainsi les
conditions du réel, ce procédé permet d’explorer de nombreux points de vue
expérientiels et critiques sur une même situation et de mettre à nu des
chaînes d’impacts sociétaux, à la différence d’une recherche
prospective plus théorique, systémique ou cadrée. Celle-ci reste néanmoins
nécessaire pour comprendre les grands mouvements de
transformation de la ville et de la société, et je me suis appuyée sur les nombreux
3
travaux produits au sein du LIID ces quinze dernières annéespour
inscrire le récit deParis Ars Universalisdans une trajectoire historique et
prospective qui tienne (ou, du moins, crée une illusion de rationalité).
Ce récit peut donc aussi être lu comme une sorte de manuel
d’initiation aux changements sociétaux et à l’émergence des concepts
successifs qui les traduisent ou tentent de les éclairer sous différents angles.
La conceptualisation inventive et la variation des points de vue, mais
aussi le raisonnement diagrammatique, sont des procédés au cœur du
Laboratoire d’Ingénierie d’Idées, comme l’évoque son nom. À ce sujet,
langues française et anglaise donnent une certaine esthétique aux
concepts, plus imagée, subtile et polysémique pour la première, plus
phonique, « cool » et immédiate pour la seconde (et c’est l’une des
raisons de son hégémonie dans les sphères académiques, artistiques
ou technologiques). Les choix de titres, de mots clés et de formules
donnent un rythme, une texture et ouvrent des biais propices à une
multiplicité de regards. De même, en arrière-plan, et sans en dévoiler
les nombreuses variantes,Paris Ars Universaliss’appuie sur les figures
abstraites et métaphoriques de la galaxie (univers mouvant, sans bord
et interconnecté) et de la constellation (schéma projectif et évolutif)
qui sous-tendent les chapitres, le récit comme l’ensemble du projet
Paris Galaxies. Je laisse au lecteur le plaisir d’en découvrir les multiples
signes et significations.
Ce type d’architecture cognitive et debigger picture permet
une forme de discernement, de visualisation et d’agilité mentale,

3. Notammentle cahierFutur(s) réaliséchaque année depuis 2011 au sein
de l’équipe de recherche prospective internationale de l’agence Peclers Future
Trends dirigée par Emma Fric que je remercie de sa confiance. LIID intervient
également dans de nombreux pôles de recherche et d’innovation tels que le
Prospective Lab à Paris, Aalto University à Helsinki, ou l’Institute for the Future
à Palo Alto, Californie.

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Paris Ars Universalis

pertinente, me semble-t-il, face à l’hyper complexité urbaine et
sociétale. Il est possible de reconnaître des schémas transformationnels
dans le chaos contemporain, et c’était là l’un des paris du projet Paris
Galaxies, non pas celui de prédire l’avenir, mais celui de résister à
l’intimidation intellectuelle d’une complexité dont le pouvoir esthétique
oscille entre fascination et anesthésie. De même, je n’ai pas voulu
tomber dans le piège d’une dénonciation frontale du néo-libéralisme ou du
capitalisme, pour mieux en révéler les ressorts et déplacer les regards
trop obnubilés, voire obsessionnels, qui gèlent la production de visions
réellement neuves.Aussi, ce n’est pas grave si certaines de mes
spéculations s’avèrent erronées ou caduques (et on le souhaiterait pour
certaines), tant qu’elles permettent une expérience de pensée vers le
futur, ouvrent l’esprit et donnent au lecteur la possibilité de travailler à
sa convenance avec cette « matière mentale ».
Concernant le format narratif spécifique de cet ouvrage, je me
suis inspirée du modèle des Solution Books, une collection dirigée par
Ingo Niermann aux éditions Sternberg Press, qui ne se revendique pas
directement du Design fiction, mais invite depuis 2009 des auteurs à
imaginer des séries de solutions spéculatives pour des pays.Paris Ars
Universalis reprendce principe en proposant neuf grandes solutions
en neuf chapitres, au sein desquels fourmillent des centaines d’autres
idées et projets plus ou moins plausibles. Mon parti pris a été
cependant de ne jamais tomber dans la fiction explicitement irréelle,
l’utopie trop naïve, la science-fiction hypertechnologique ou la dystopie
radicale et soi-disant critique. De même, les échiquiers politiques et
géopolitiques restent au second plan, afin de ne pas basculer dans la
politique-fiction ou la dramaturgie des conspirations, mais surtout
parce qu’une bonne part de la transformation contemporaine se joue
dans l’arène des usages sociétaux, et souvent l’air de rien.Tels sont l’art
ou la magie dusoft power. Le but était de rester dans le domaine, non
pas du souhaitable, mais du possible, celui-ci pouvant devenir
dérangeant, car le futur ne se présente jamais comme on l’a imaginé, et
le réel est souvent pire que la fiction, ou produit un effet différent,
voire inverse, de ce qui était pressenti. L’exercice d’une recherche par
Design fiction sur le futur proche, qui passe par la narration (et ce n’est
peut-être pas sa forme idéale), s’avère d’ailleurs parfois une sorte de
course contre la montre de l’actualité et rend compliquée sa
publication. Chaque chapitre pourrait se dédoubler en multiples variations et
digressions, et un prolongement collaboratif et polygonal pourrait être
une belle aventure…

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Note de l’auteur

J’ai ainsi laissé parfois l’élan d’une écriture à brûle-pourpoint piloter
le fil de la narration, pour voir, pour déployer des intuitions créatives
pas toujours très convenables et qui touchent à toutes les dimensions
de l’existence jusque dans ses replis les plus intimes et ésotériques.
Certains passages méritent de grands fous rires, d’autres font froid
dans le dos. Enfin, entre autres libertés artistiques, je me suis permis
de fictionnaliser quelques personnalités et artistes dont j’estime
particulièrement les travaux, notamment l’anthropologue des sciences
Bruno Latour, le philosophe Bernard Stiegler, l’artiste Pierre Huyghe
ou le collectif Future Brown, à qui je confie des rôles et des projets
au futur. Bien d’autres personnages réels apparaissent ponctuellement.
Ce livre a donc peut-être quelque chose à voir aussi avec
lafanfiction, un genre de littérature basée sur l’appropriation de personnages
publics. J’espère qu’ils me sauront gré de cette instrumentalisation
expérimentale.

Et maintenant, place au Grand Paris, la véritable star de ce scénario !

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RBW

CHAPITRE 1
Horizon Grand Paris(2008)

Au tournant du millénaire, bon an mal an, Paris maintenait son aura
de Ville-monde,Ville de Lumière, Capitale culturelle, à l’image de sa tour
Eiffel qu’aucun bâtiment n’avait réussi à détrôner des classements des
édifices mondiaux les plus appréciés, visités ou photographiés.
Néanmoins, la fatigue était réelle. L’émergence des grandes métropoles du
sud et d’un monde multipolaire, duleadershipdes États-Unis, puis du
Web, la globalisation et la désindustrialisation, autant que le sentiment
de force tranquille un peu trop bien installé au sein de l’État français,
avaient ouvert de sérieuses brèches et un peu endormi la belle.
Les émeutes dans les banlieues parisiennes en 2005 avaient fait
l’effet d’une première douche écossaise dans les esprits français et les
médias internationaux. Une sonnette d’alarme avait été tirée, sans que
l’on sache exactement quoi faire. La mutation de la société française,
comme celle de ses villes, l’accélération du libéralisme et du
multiculturalisme avaient été, comme dans bien des villes d’Europe, clairement
négligées.
À gauche comme à droite de l’échiquier politique, les enjeux de
la ville étaient ainsi devenus une priorité, chaque bord utilisant ses
méthodes pour refaçonner le cadre de vie. À droite, ceci s’était
traduit par le renforcement des investissements via l’Agence nationale
4
de la Rénovation urbaine , et les aides dédiées à l’attractivité, au
développement et à la performance économique (politique declusters
organisés en Pôles de Compétitivité). Si elle avait également rénové
le bâti dans de nombreux quartiers, notamment dans Paris, la gauche
plaçait plutôt le curseur sur l’aménagement de l’espace public et sur

4. L’ANRdépensera plus de douze milliards d’euros pour la
démolition-reconstruction dans les quartiers dits « sensibles » de 2003 à 2009.

17

Paris Ars Universalis

l’animation socioculturelle au service de l’inclusion sociale, de
l’environnement et du bien-être individuel (développement des mobilités
douces, tramway, Nuit blanche, etc.) que sur l’économie. Rien de tout
ceci n’avait cependant estompé le contraste entre Paris, devenu temple
« bobo » toujours plus attrayant pour les visiteurs du monde entier, et
ses banlieues toujours aussi stigmatisées et repliées. Deuxième douche
écossaise, les attentats terroristes qui subviendront dix ans plus tard
rappelleront toute la profondeur culturelle et la complexité politique,
voire géopolitique du problème, mais à cette époque, en 2007-2008,
le problème était essentiellement analysé comme un problème urbain.

Tendances urbaines
Il est vrai qu’en ces temps, la globalisation et l’urbanisation vont
bon train (au tournant des années 2000-2010, plus de la moitié de la
population mondiale vit dorénavant « en ville »); toutes les grandes
villes du monde aspirent à devenir des métropoles.
Dans les années 1970 dominait le paradigme des mégalopoles
(dans lesquelles s’agglomèrent en système plusieurs villes ou
polarités urbaines), puis, dans les années 1990, viendront les «Global
5
Cities(carrefours hyper puissants de la mondialisation). Dans les »
années 2000, on passe aux métropoles, modèle de ville élargie à toute
son aire urbaine permettant de réintégrer sa banlieue et de gérer son
expansion en vue d’un développement durable, dans lequel
s’entremêlent écologie, inclusion sociale et développement économique. Si
l’énonciation fait son effet, la réalisation reste floue.Ainsi redoubleront
à cette époque les expositions, conférences, programmes de recherche
et publications débattant de la durabilité urbaine.
D’autre part, la ville devient de plus en plus le point d’ancrage
référant des citoyens; c’est à son échelle que la société et l’identité
collective se forment et se transforment, tandis que toutes les autres
grandes institutions s’étiolent : nation, famille, religion, entreprise sont
de moins en moins des cadres valides d’inscription de l’identité
individuelle (ce qui changera ultérieurement comme en témoigneront les
attentats de 2015). Le sentiment d’appartenance s’attache plus
volontiers à la ville, voire au quartier, comme une alternative à l’abstraction
de la globalisation, à la virtualisation de l’existence via leWeb, ou au

5. Conceptthéorique développé par la sociologue Saskia Sassen, dont
l’ouvrage référant,Global Cities, sera réédité à plusieurs reprises depuis 1991.

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