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Rouen, la métropole oubliée ?

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Description

Absente d'un récent rapport interministériel sur les métropoles, Rouen a perdu de sa visibilité dans le cadre français. D'une taille démographique pourtant comparable à Strasbourg ou Grenoble, la ville peine à afficher des ambitions métropolitaines. Ce livre propose une réflexion sur les perspectives offertes à l'agglomération, aussi bien dans les domaines économique, environnemental, culturel et politique, que dans le domaine du social. Cette analyse géographique est à replacer dans le cadre d'une réflexion d'ensemble sur le devenir urbain.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2008
Nombre de lectures 341
EAN13 9782336267470
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.






















SOMMAIRE

ROUEN, LA METROPOLE OUBLIEE ?



Préfacepage 7

Introduction13

Chapitre 1 :
La situation géographique : atout ou handicap ? 17

Chapitre 2 :
L’histoire d’un développement urbain assis entre deux rives 33

Chapitre 3 :
L’industrie et le défi du tournant tertiaire 59

Chapitre 4 :
L’image de la ville 73

Chapitre 5 :
La métropole ségrégée :
les enjeux sociaux dans l’agglomération109

Chapitre 6 :
Gouvernance et enjeux politiques 153

Chapitre 7 :
Une expérience de simulation du
développement de l’espace urbain177

Chapitre 8 :
Sortir de l’oubli…187

Bibliographie201

Tables 207




















PREFACE


Depuis la belle analyse de Jacques LevainvilleRouen, étude d’une
agglomération urbaine, publiée en 1913, nous ne disposions guère d’une
synthèse géographique approfondie sur la métropole normande. Il y avait
bien les fines observations d’André Siegfried sur la sociologie électorale de
Rouen, reprises en partie par André Maurois, avec une tendre ironie, dans
son délicieux portrait deRouen1926. Mais ces descriptions en
sociologiques, même si elles conservent beaucoup de vérité sur les
constantes du tempérament rouennais, ne tenaient pas compte des
bouleversements économiques et sociaux et se limitaient, en fait à une
approche impressionniste de la ville centre.
C’est le mérite de ce que l’on peut appeler l’école géographique
rouennaise de renouveler l’image de Rouen comme elle l’avait déjà ébauché
dans un numéro spécial de la revueEtudes Normandes de 1999 (La
géoscopie du Grand Rouen), sous l'égide de Michel Bussi, en mettant
l’accent sur le « Puzzle Rouennais ».
La présente synthèse géographique plus complète que dirige ici Yves
Guermond avec ses collaborateurs vient à son heure après les belles études
d’Histoire contemporaine sur Rouen dues à Jean-Pierre Chaline,à Nadine-J.
Chaline, à Loïc Vadelorge, àYannick Marec et à Cécile-Anne Sibout, etc.
Elle ne pouvait être, comme celle de Jacques Levainville, l’œuvre d’une
seule personne, compte tenu de l’élargissement du champ d’analyse et de

8 Yves Guermond ( coord.)

l’utilisation des méthodes de plus en plus «pointues »(y compris la
simulation graphique!) de la nouvelle géographie. Cependant la direction
d’Yves Guermond, grâce à sa longue familiarité avec une réalité rouennaise
complexe, lui assure une grande unité. On ne peut plus réduire cette réalité
rouennaise aux traditionnelles oppositions entre les «plateaux »et «la
vallée », entre la rive gauche et la rive droite, et à la distinction ville centre et
périphérie, même si elle est au cœur de notre sujet.
On jugera peut-être un peu trop pessimistes certains aspects du bilan ainsi
présenté, que résume un titre un peu provocantRouen, métropole oubliée ?
même si on n’oublie pas la place souvent médiocre de Rouen dans les
nombreux classements diffusés par les magazines hebdomadaires du type
« lesvilles où il fait bon vivre» ou le «dynamisme des métropoles
françaises ». On ne manquera pas de comparer Rouen à d’autres métropoles
comme Nantes ou Toulouse, pourtant d’un poids démographique analogue.
Les Rouennais se mesurent aussi eux-mêmes avec les deux autres villes de
« Normandie Métropole », parfois avec masochisme…
Pourtant Rouen, qui a été jadis pionnière en matière d’études
d’urbanisme dans les années 1960-1970, voit se multiplier les signes de
renouveau dans le paysage urbain: les réussites de certaines zones
d’emploi ; la mise en valeur des rives de la Seine couronnée par l’ouverture
d’un pont monumental, nouveau «signal urbain» pourla «ville aux cent
clochers ».
Malgré tout, - avec le regard d’un historien devenu géographe et qui a
suivi de près, depuis quelque cinquante ans, les efforts pour réveiller la
« belleendormie »,pour relever les défis d’un aménagement difficile et les
effets d’une position géographique ambivalente - on ne peut que constater la
récurrence de certains problèmes et l’impact de certaines «pesanteurs
sociologiques »pour reprendre la célèbre formule qu’affectionnait Jean
Lecanuet…
Pour mesurer l’ampleur des défis devant lesquels se trouvait, - et se
trouve encore souvent - l'agglomération, il suffit de se reporter aux premières
réflexions sur l’avenir du grand Rouen exprimées dès le début des années
1950 par leCentre d’Etudes d’Intérêt Public de Rouen et de sa région,donc
vers la fin de la période de reconstruction, ainsi qu'aux diagnostics du
premier SDAU de Rouen (1972) si novateurà certains égards et d’énumérer
les efforts successifs pour actualiser le diagnostic et rappeler les enjeux que
nous présentions dans notre étude d’étape sur l’Agglomération de
RouenElbeuf en 1974. On pourrait aussi rappeler les essais successifs pour relancer
la réflexion critique sur Rouen :l'Etude prospective de l’Agglomération de
Rouen en 1977, nouvelle tentative de dessiner des scénarios de
développement ;RouenDrakkar 2000», la campagne «puis l’opération «
Eurocité »,la Charte du grand Rouen et plus récemment les réflexions du
groupe Elanautour des nouveaux plansentre temps, les discussions et,

Rouen, la métropole oubliée 9



d’urbanisme.... Sans oublier les efforts, jusqu’ici assez vains, pour
promouvoir une véritable agence d’urbanisme à l’échelle du grand Rouen
d’aujourd’hui et renouer ainsi avec l’aventure de la SORETUR, abandonnée
en 1989.
Au total donc, une longue« quêtedu Graal», disent les auteurs, pour
faire prendre conscience aux citoyens et « décideurs » des réelles possibilités
d’une aire urbaine bien vivante – mais qui a le poids démographique d’une
grande métropole sans en avoir le rayonnement – et l’intérêt d’un projet de
territoire ambitieux, à l’instar dePort 2000pour le Havre.
Beaucoup de questions que nous nous posions alors demeurent, en dépit
des progrès – parfois spectaculaires – réalisés… Les auteurs du présent
ouvrage éclairent la réflexion en tenant le plus grand compte des évolutions
récentes, face à des contraintes permanentes en particulier en matière de site
et de situation géographique. Ainsi, comment faire face aux besoins
croissants d’espace urbain compte tenu d’unsite difficile? Comment
rééquilibrer, dans ces conditions, les deux rives de la Seine? Comment
maîtriser les effets négatifs – que l’on perçoit mieux aujourd’hui – d’une
croissance en tache d’huile mal contrôlée ?
S’agissant de lasituationla ville entre Paris et la mer la plus de
fréquentée du globe, dont les auteurs montrent bien l'ambivalence, comment
« accueillir Paris sans le subir » pour reprendre la fameuse formule de Pierre
René Wolf ?Comment lutter contre les effets pervers de la proximité
parisienne, en termes de déqualification des emplois par exemple, sans en
perdre les avantages ?
Autre problème récurrent depuis longtemps: comment établir une
indispensable solidarité entre les éléments de la plus multi - communale des
grandes villesFrançaises alors qu’elle avait refusé, en 1966, le statut de
Communauté urbaine? Corollairement, les auteurs parlent d’une
« métropoleségrégée »,mais comment atténuer cette ségrégation, aggravée
par la constitution de véritables fiefs ou baronnies communales dans les
années 1960-1980 ?
Plus généralement en matière d’aménagement du territoire- puisque
Rouen n’avait pas été retenue au début des années 1960 dans la liste des
métropoles régionales(en raison de sa proximité de Paris) -comment faire
comprendre que Rouen est d’un autre niveau que les villes de la «grande
couronne parisienne» («les villes à une heure de Paris», «les villes
cathédrales » ou « johanniques »), non seulement parce que l’aire urbaine est
d’une autre dimension mais aussi parce qu’elle appartient à la fenêtre
maritime du Bassin parisien et qu’elle constitue la base arrière des ports
normands dans le système de la logistique internationale? Or un récent
rapport au gouvernement sur l’attractivité des «métropoles régionales»
sonne comme un simple écho de ce que l’on dénonce depuis les premières
études de la «mission d’Etudes Basse Seine». «Rouen, dit en effet le
rapport rédigé par le recteur Dumont, se présente donc comme une lointaine
banlieue industrialio-portuaire de Paris ». Bien triste constat…

0
1 Yves Guermond ( coord.)

Au total – autre question récurrente depuis les années 1960 – comment
renouveler l’image terniede Rouen pour des raisons qui ne sont pas
seulement environnementales (l’image Seveso, etc.), alors pourtant qu'on a
tant fait pour limiter la pollution ou les dangers industriels sans céder à la
tentation du « tout tertiaire » qui affaiblirait certains des piliers de l’activité
rouennaise et sa diversité économique sans pour autant favoriser les
nouvelles technologies et le secteur « quaternaire ».
Plus généralement encore – autre problème soulevé depuis longtemps –
comment redonner à Rouen cette fierté urbaine qu’a su si bien reconquérir
Le Havre en dépit de l’adversité? Le renouvellement démographique
profond d’une aire urbaine qui dépasse maintenant un demi million
d’habitants, lesmutations économiques successives l’ampleur de la
« rurbanisation »vont-ils affaiblir durablement cet «esprit des lieux» ce
genius lociqui a fait jadis la force de la capitale normande ? La tâche n’est
pas aisée à une époque de mobilité alors que les «élites »ne sont souvent
qu’en «transit »dans une ville considérée comme le dernier marchepied
dans une carrière, avant Paris…
Pourtant Rouen, depuis cinquante ans qu’on l’observe, change beaucoup.
Les initiatives privées se multiplient, relayant une politique urbaine moins
volontariste ou défaillante. Les Rouennais redécouvrent le fleuve berceau de
la cité autrement que tous les quatre ans pourl’Armada. La promenade dans
le vieux centre se prolongera de plus en plus vers le secteur Ouest que
valorise l’investissement privé. Rouen redécouvre une fonction portuaire qui
engendre quelque 20000 emploisdirects et indirects sans compter les
emplois induits et son développement s’inscrit de plus en plus dans le cadre
d’un complexe portuaire de la Basse Seine en voie de réalisation… Les
entreprises privées utilisent de plus en plus la Seine pour répondre aux
exigences croissantes du développement durable… On n’en regrette que
davantage, avec les auteurs, la dénomination passéistechoisie pour le
nouveau pont Flaubert, qui devrait être un signe fort de l’ouverture vers le
grand large…
L’université de Rouen, dont la création figurait parmi les premiers
objectifs du Centre d’Etudes d’Intérêt Public de Rouen, est maintenant un
puissant facteur de développement, même si elle est encore insuffisamment
valorisée. L’étroite liaison Université - vie régionale, si longue à établir,
s’affirme enfin, en particulier dans le cadre des pôles de compétitivité
(Movéo, Pôle logistique) et autres domaines d’avenir comme la santé et les
biotechnologies.
Certes l’éclatement de cette université, en quatre pôles éloignés les uns
des autres, n’est favorable ni à la visibilité médiatique ni aux indispensables
contacts pluridisciplinaires ; du moins les 25 000 étudiants - s’ils n’animent
pas la vie urbaine comme à Rennes ou à Caen - sont un gage de renouveau.
La notion même de Patrimoine - qui reste un des atouts de Rouen « Ville
d’Art et d’Histoire» et qui représente une partie de sa force attractive
s’élargit considérablement. On ne se borne plus à magnifier le Rouen

Rouen, la métropole oubliée 11



ème
médiéval et gothique. La ville redécouvre l’intérêt du patrimoine du XVIII
ème
siècle et du XIXsiècle (ses beaux hôtels particuliers par exemple) et
ème
même celui du XXsiècle… Grâce aux Amis des Monuments Rouennais
et à « Connaître Rouen », le Patrimoine devient un véritable enjeu.
La ville embellit et se rénove profondément. Dans ses quartiers
« difficiles », les changements dans le paysage urbain des Hauts de Rouen et
de Gramont par exemple sont spectaculaires. Les entrées de ville ne sont
plus négligées et les remarquables belvédères, qui ont tant contribué à
magnifier l’image de Rouen laissée par les peintres et les écrivains,
permettent de mieux prendre conscience de l’unité de la ville et de la beauté
du site.
En effet Rouen peut s’enorgueillir d’une situation originale parmi les
grandes villes françaises de province: la quasi-coïncidence d’un centre
historique et monumental, d’un espace commercial vivant, irrigué par plus
de 7km de voies piétonnes, d’un centre administratif et directionnel
ramassé, qui s’étend progressivement, en quasi-continuité, sur la Rive
gauche vers Saint Sever et se prolonge par un axe tertiaire vers le sud,
imaginé dès les années 1960. Ainsi coexistent à Rouen l’agora, le forum et
l’emporium dans un même espace.
Le centre ville coïncide à peu près avec la ville - centre d’une aire urbaine
étendue, solidarité qu’il faudra bien traduire plus étroitementen termes
politiques. C’est d’autant plus vrai qu’il existe des possibilités d’extension
de ce centre vers l’ouest (projet Seine-Ouest) et vers le sudvers les amples
réserves de la SNCF, site possible de la future gare de Rouen et d’un
nouveau quartier d’affaires. Ainsi l’étalement urbain en nappe, qui pose tant
de problèmes aujourd'hui, pourrait être sensiblementralenti dans une
optique de développement durable. Ce qui souligne aussi l’urgence de la
réalisation d’une rocade complète…qu'on trouve dans toutes les autres
agglomérations françaises.
C’est le mérite de ce livre que de poser ces problèmes dans toute leur
dimension géographique et sociale et de montrer que la gestion d’un espace
urbain qui regroupera bientôt le tiers de la Région Haute-Normandie exige
cohésion et cohérence de l’action entre de nombreux partenaires. Le
médiocre terme « d'agglo. » qu'on a adopté est-il mobilisateur?
Pourtant lecadre de viede Rouen doit bien être attractif puisque tant de
cadres ou de décideurs décident d’y résider pour aller travailler chaque jour à
Paris !
L’espace rouennais appelle donc un grand projet qui puisse s’inscrire
dans une véritable prospectiverégionale. Ainsi Rouen retrouverait
pleinement sa vocation de métropole régionale – une grande ambition
ancienne qui s’inscrit parfaitement dans le cadre deNormandie Métropole.
C'est ce que suggère fortement ce livre...















INTRODUCTION










Uneville est toujours un « objet géographique » difficile à définir. La
« commune » de Rouen dépasse de peu les 100 000 habitants (109 000 selon
l’estimation INSEE 2004), et «l’unité urbaine» au sens de l‘INSEE, qui
regroupe 31 communes, en compte 389 862 au même recensement. La
« communautéd’agglomération de Rouen» (la C.A.R.), qui a des limites
proches de celles de l’unité urbaine (mais qui englobent régulièrement de
nouvelles communes suburbaines) a 411 435 habitants, pour 45 communes.
« L’unité urbaine » d’Elbeuf est à une vingtaine de kilomètres seulement, au
sud, et rassemble 75 663 habitants, dont la majeure partie (10 communes,
avec 56 211 habitants) est incluse dans un «SCOT »( «Schéma de
Cohérence Territoriale ») Rouen-Elbeuf, qui compte ainsi 467 646 habitants.
L’agglomération est au centre d’une «zone d’emploi» de724 721
habitants.

L’aired’habitat compact rassemble près de 330 000 habitants dans un
rayon de 7,5 km autour du centre ville(avec une densité de1850 habitants
au km²), dont 45 % sont sur la «rive gauche» de la Seine, ce qui est une
division de l’espace très sensible localement (carte 0.1).


14 Yves Guermond (coord.)

Carte 0.1: Rouenet ses communes périphériques


15
ouen, la métropole oubliée

En périphérie,l’agglomération de Barentin-Pavilly (18 976 habitants)
au nord-ouest, est reliée à Rouen par autoroute, et enfin Val de Reuil (13 245
habitants) est, au sud-est, la «ville nouvelle » qui avait été prévue pour
former un pôle secondaire d’urbanisation entre Paris et Rouen, mais dont le

développement n’a pas été à la hauteur des prévisions initiales.
L’ancienne capitale de la Normandie avait vu son influence se
restreindre en Basse-Normandie dès la fondation de Caen par
Guillaume-leConquérant. Elle n’est maintenant que la capitale de la Haute-Normandie,
région certes densément peuplée (145 habitants au km², soit un total de 1 780
192 habitants), mais limitée aux deux départements de la Seine-Maritime et
de l’Eure, avec une influence parisienne très forte dans ce dernier
ème
département. L’unité urbaine n’est plus qu’au 13rang français par sa
population, mais elle demeure le principal ensemble urbain du Bassin

Parisien, en dehors de Paris.
Malgré la relative proximité de Paris (130 km), Rouen reste une
« villede province», vue de Paris, alors que vue de la province, elle est
plutôt considérée comme un satellite parisien. Cette situation n’a pas été
profitable à la ville, notamment pour les créations d’emplois tertiaires, qui se
sont concentrées à Paris-La Défense sans que soient envisagées des
« expatriations » à Rouen, alors que, dans le même temps la ville ne pouvait
pas bénéficier d’une politique de «décentralisation »,vu sa proximité de
Paris…La proximité parisienne est toutefois un élément du succès des
manifestations « grand public » : les « Voiles de la Liberté », les « 24 heures
motonautiques », etc. La vieille capitale normande sait ainsi rappeler qu’elle

a été de tout temps « le port de Paris ».
C’est une position géographique ambiguë, comme le montre un
l’
récent rapport de la DIACT ( «Délégation Interministérielle à
Aménagement et à la Compétitivité des Territoires») consacré aux
métropoles moyennes régionales françaises ( Dumont 2006), et dans lequel
« une analyse géo-économique conduit, parmi ces métropoles moyennes qui
sont capitales régionales, à ne pas retenir Rouen, chef-lieu de la région
Haute-Normandie ».La raison «tient à son positionnement
économicoindustriel par rapport à Paris, qui explique un PIB largement supérieur aux
autres métropoles moyennes… Rouen a le poids industriel d’une métropole
européenne sans en avoir les structures de décision qui, pour l’essentiel, sont
à Paris… Rouen se présente donc comme une lointaine banlieue
industrialo
portuaire de Paris ».
C’est à cette métropole oubliée que ce livre est consacré…







16 Yves Guermond (coord.)

Carte 0.2 : Les 55 communes du SCOT, en 2007






Chapitre 1





LA SITUATION GEOGRAPHIQUE :
ATOUT ou HANDICAP ?








A 110 kilomètres de la côte par le fleuve, Rouen est le point ultime de
la navigation maritime et le lieu de stockage et de transbordement avec la
navigation fluviale. Ce fut aussi pendant longtemps le premier lieu de
traversée possible du fleuve, à gué au x origines, puis par des ponts, qui ont
été jusqu’ à une période très récente, les seuls ponts sur la Seine jusqu’à la
mer.


L’estuaire : l’atout originel

Rouen doit à sa situation de port de fond d’estuaire l’extension
précoce de sa fonction commerciale. Un ambassadeur vénitien,qui visitait
1
la ville à l’ époque de la Renaissance, nous dit Levainville (1913), la classait
parmi lescinq premières de France, avec Paris, Lyon, Bordeaux et Toulouse,
et avant Lille et Marseille.


1
J.Levainville a écrit en 1913 un ouvrage qui est demeuré la référence sur
l'histoire et l a géographie de Rouen

18 Yves Guermond (coord.)





Carte 1.1 : Les terminaux portuaires


Carte 1.2 : La zone portuaire urbaine

R o u e n , l a m é t r o p o l e o u b l i é e 19


Progressivement l’accroissement de la taille des navires, d’une part, et
l’amélioration des transports terrestres de l’autre, ont fait perdre aux ports
d’estuaire leur rente de situation. Tout naturellement l’activité maritime s’est
déportée vers la côte. «Alors qu’au seizième siècle», nous dit encore
Levainville, «les capitaux rouennais se risquaient dans lagrosse aventure,
ils ont ensuite abandonné au Havre la gloire et le bénéfice des expéditions
ème
maritimes ».En 1850, Rouen est encore au 2rang des ports français
(après Marseille), mais en 1870, ce second rang lui est ravi par Le Havre.
ème
Actuellement le port, avec untrafic de 20 millions de tonnes est au 5rang
français, et le cabotage européen représente près de la moitié de l’activité.

Marseille 94.1dont produits pétroliers :60.0
Le Havre76.3 46.4
Dunkerque 51.011.4
Nantes-St Nazaire32.5 22.0
Rouen 20.27.5
dontcéréales (pour Rouen):5.3



Tableau 1.1 : Le trafic de marchandises des principaux ports français en
2004 (en millions de tonnes)

La situation de Rouen, au débouché des plateaux de grande culture du
Bassin Parisien, a conduit le port à se spécialiser dans le trafic
agroalimentaire. Les exportations de céréales représentent environ le quart du
trafic total. Cette situation pourrait cependant évoluer avec l’apparition des
biocarburants, pour lesquels Rouen serait évidemment bien située
(F.Benabadji 2006). La société Saipal a mis en construction en 2007 une
seconde usine de fabrication de diester (260 000 tonnes en 2006), livré à la
raffinerie Shell de Petit-Couronne, qui l’intègre à hauteur de 5% dans sa
production de carburant diesel. Dans l’éventualité où cette filière aurait un
fort développement, la production de blé et de colza du Bassin Parisien
pourrait même se révéler insuffisante. Les exportations de céréales se
réduiraient alors progressivement, pour être peut-être remplacées à terme par
des importations, dont on connaît toutefois les risques pour la sécurité
alimentaire des pays du sud (ainsi que pour l’environnement)…



20 Yves Guermond (coord.)



Photo 1.1 : Les silos à grain en aval du centre –ville


Photo 1.2 : Le Bassin Saint Gervais en 2007 :
de la friche portuaire au port de plaisance…

R o u e n , l a m é t r o p o l e o u b l i é e 21



L’éloignement de la mer est un handicap parce qu’il allonge le temps
d’accès au port et surtout parce qu’il limite l’accès des plus gros navires s’ils
sont à pleine charge. Le chenal de la Seine est dragué à une profondeur d’un
peu plus de 10 mètres jusqu’à l’estuaire, ce qui impose le dépôt des boues de
dragage en certains emplacements sur les rives. Le port a donc tendance à
s’éloigner de plus en plus vers l’aval. Trois terminaux portuaires ont été
aménagés dans les sites industriels anciens du Trait et de Port Jérôme, ainsi
qu’à Honfleur, sur la Rive Gauche de l’estuaire, en face du port du Havre
(fig. 1.1).
Dans l’agglomération, la zone portuaire a abandonné le centre ville,
pour s’étendre en aval sur la Rive Gauche jusqu’au méandre de Moulineaux,
où se trouve un terminal pour les conteneurs et un poste de déchargement de
marchandises en vrac. Le port pétrolier est à Grand-Couronne et les silos
céréaliers s’égrènent jusqu’à l’Ouest du dernier pont, près du bassin au bois.
Le bassin St Gervais, sur la Rive Droite, est destiné à se trouver englobé
dans un nouveau quartier commercial et résidentiel, qui pourrait devenir
touristique avec un port de plaisance. Le reste de la Rive Droite, resserré
entre le fleuve et un talus abrupt, ne laisse place qu’à quelques silos à grain.
La zone portuaire est bien desservie par la voie rapide « Sud III », qui
rejoint l’autoroute A 13 et la région parisienne, mais la ligne de chemin de
fer ne rejoint les lignes de Paris et d’Amiens qu’après avoir traversé le
centre-ville en longeant les quais de la Rive Gauche. Le port bénéficie aussi
d’une bonne desserte par voie fluviale, qui permet à des péniches de 3 000
tonnes d’atteindre Paris en 24 heures, et Compiègne, par la vallée de l’Oise,
en 34 heures, au gabarit de 2 000 tonnes.


La traversée du fleuve : un avantage coûteux

Lefleuve est une voie commerciale, mais est aussi un obstacle pour les
communications terrestres. La traversée de la Seine a fait de Rouen un
important point de passage entre les régions de l’Ouest et du Sud du pays et
celles du Nord. « Si les communications de Rouen avec le Nord de la France
avaient été aussi faciles qu’au Sud», note P. Vidal de la Blachedans sa
géographie de la France, «sa situation eut été celle de Londres». Vers le
Nord en effet, il n’y a pas de grande vallée, mais des plateaux découpés par
de petites vallées transversales encaissées.





22 Yves Guermond (coord.)


Carte 1.3 : Axes de circulation et traversée de la Seine en aval de Rouen


Carte1.4 : Le franchissement de la Seine dans l’agglomération