Villes et régions européennes en décroissance (traité IGAT)

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Français
355 pages
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Description

L’Europe devrait connaître une des croissances démographiques mondiales les plus faibles dans les années à venir. Cette évolution, conjuguée avec des recompositions économiques de grande ampleur, a un impact sur les dynamiques régionales et urbaines. L’apparition d’une décroissance au niveau de villes et de régions entières vient s’ajouter aux disparités de développement, qui sont traditionnellement au cœur de la politique de cohésion de l’Union Européenne.
Cela conduit à repenser les politiques au niveau régional et local dans leurs dimensions économique, sociale, environnementale et territoriale. Les réponses au problème de la décroissance exigent un changement de paradigme dans la conduite des politiques publiques et passent par la mise en place de formes de gouvernance multi-scalaires.
L'ouvrage Villes et régions européenne en décroissance, fait un état des lieux des processus de décroissance en Europe, en articulant niveaux régional, local mais aussi urbain. Il étudie également les stratégies et les politiques mises en place dans différents contextes pour lutter contre un tel déclin.
Préface. Préambule. Le savant et le politique revisité. Introduction. Villes, régions et décroissances. ENTRE INTERNATIONAL ET RÉGIONAL, CADRAGES ET DISCUSSIONS. Chapitre 1. Le temps long des phénomènes démographiques. Chapitre 2. Shrinking cities et shrinking regions. Définitions et typologies. Chapitre 3. Les mécanismes démographiques de la décroissance : trois boucles de rétroaction. Chapitre 4. Économie et démographie. Boucles de rétroaction au niveau régional. LES LIMITES DES APPROCHES RÉGIONALES. L'INTÉRÊT DE PASSER AUX NIVEAUX LOCAUX. Chapitre 5. Des régions aux situations démographiques locales contrastées. Chapitre 6. Vieillissement et migrations, réflexions à partir de la Basilicate et de la Bretagne. Chapitre 7. Processus de décroissance urbaine. GOUVERNER LA DÉCROISSANCE. DES ENJEUX MULTISCALAIRES.. Chapitre 8. Le rôle de l'État-Providence. Chapitre 9. Vers une gouvernance multiscalaire de la décroissance ? Chapitre 10. L'État français et l'offre de soins. Concentration géographique, déconcentration administrative ? Chapitre 11. Acteurs et stratégies des villes en décroissance. Conclusion. Territoires en décroissance, cohésion territoriale, gouvernance multiscalaire. Index.

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Informations

Publié par
Date de parution 15 octobre 2010
Nombre de lectures 28
EAN13 9782746241404
Langue Français
Poids de l'ouvrage 23 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0742€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Villes et régions européennes en décroissance




































© LAVOISIER, 2010
LAVOISIER
11, rue Lavoisier
75008 Paris

www.hermes-science.com
www.lavoisier.fr

ISBN 978-2-7462-3110-8


Le Code de la propriété intellectuelle n'autorisant, aux termes de l'article L. 122-5, d'une part,
que les "copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non
destinées à une utilisation collective" et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations
dans un but d'exemple et d'illustration, "toute représentation ou reproduction intégrale, ou
partielle, faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est
illicite" (article L. 122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce
soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du
Code de la propriété intellectuelle.
Tous les noms de sociétés ou de produits cités dans cet ouvrage sont utilisés à des fins
d’identification et sont des marques de leurs détenteurs respectifs.


Printed and bound in England by Antony Rowe Ltd, Chippenham, October 2010.



Villes et régions

européennes

en décroissance


maintenir la cohésion territoriale ?








sous la direction de
Myriam Baron

Emmanuèle Cunningham-Sabot
Claude Grasland

Dominique Rivière

Gilles Van Hamme












Il a été tiré de cet ouvrage
35 exemplaires hors commerce réservés
aux membres du comité scientifique,
aux auteurs et à l’éditeur
numérotés de 1 à 35
Villes et régions européennes en décroissance
sous la direction de Myriam Baron, Emmanuèle Cunningham-Sabot,
Claude Grasland, Dominique Rivière et Gilles Van Hamme
fait partie de la série AMÉNAGEMENT ET GESTION DU TERRITOIRE
dirigée par Pierre Dumolard


Traité IGAT – INFORMATION GÉOGRAPHIQUE ET AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE

Le traité Information Géographique et Aménagement du Territoire
répond au besoin de la communauté de la géomatique et de
l’analyse spatiale de disposer d’un fonds commun de connaissances
interdisciplinaires. Il ouvre le champ à son élargissement à la fois
vers l’amont, du côté des diverses modélisations spatiales, et vers
l’aval, en direction d’applications significatives.

Les ouvrages du traité IGAT sont répartis en trois domaines :
– Aspects fondamentaux de l’analyse spatiale présente un ensemble
de modélisations et de représentations directement utiles aux
systèmes d’information géographique ;
– Géomatique constitue un état de l’art des SIG et de leurs évolutions
prévisibles ;
– Aménagement et gestion du territoire regroupe des études de cas
concrets, mais également des synthèses, autour de différents
problèmes spatiaux.

Les savoirs rassemblés dans chaque ouvrage ont été choisis pour
leur pertinence dans l’avancée des connaissances ou pour la qualité
des résultats obtenus. Chaque volume du traité présente des
principes généraux, des éléments théoriques, des modèles, mais
aussi des applications. L’aspect très largement pluridisciplinaire de
ce domaine, rapidement émergent, est couvert par des ouvrages
d’orientation plus thématique et d’autres d’orientation plus
technique.
Nous tenons à remercier l’ensemble des auteurs qui ont accepté de participer à cet
ouvrage, les universités Paris Diderot, Paris 1 et Rennes 2 qui ont soutenu financièrement ce
projet, Ivana Katsarova du département des politiques structurelles et de cohésion du
Parlement européen pour la qualité des échanges et la liberté intellectuelle dont on bénéficié
les auteurs du rapport Shrinking Regions : a Paradigm Shift in Demography and Territorial
Development, le projet ANR jeune chercheure ANR- 05-06-JC-JC-0058 SHRINKING
CITIES qui a permis aux auteurs travaillant sur les villes en décroissance d’avancer
significativement sur de telles questions, ainsi que Bernard Corminboeuf, le
webdocumentaliste de l’UMS RIATE, pour l’aide précieuse apportée à la réalisation de l’ouvrage.




Cet ouvrage est dédié à la mémoire de notre collègue Pasquale Coppola (1943-2008),
promoteur d’une géographie engagée, qui a contribué à cette recherche.

Liste des auteurs


Einar HOLM Marie-Fleur ALBECKER
Department of Social Géographie-cités
and Economic Geography Université Paris 1
Université d’Umeå
Suède Myriam BARON
Géographie-cités
Emilia JAROSZEWSKA Université Paris Diderot
Université Adam Mickiewicz
Poznan Sophie BAUDET-MICHEL
Pologne Géographie-cités
Université Paris Diderot
Nicolas LAMBERT
UMS RIATE Sophie BUHNIK
Université Paris Diderot Géographie-cités
Université Paris 1
Jean PEYRONY
DG Politique régionale Emmanuèle CUNNINGHAM-SABOT
Commission européenne ESO
Bruxelles Université Rennes 2
Belgique
Estelle DUCOM
Dominique RIVIÈRE Géographie-cités
Géographie-cités Université Paris 4
Université Paris Diderot
Daniel FLORENTIN
Helène ROTH Géographie-cités
Université Blaise Pascal Université Paris 1
Clermont-Ferrand
Sylvie FOL
Alessia SALARIS Géographie-cités
Université de Potenza Université Paris 1
Italie
Claude GRASLAND
Camille SCHMOLL Géographie-cités
Géographie-cités Université Paris Diderot
Université Paris Diderot
Octavian GROZA
Nuno Manuel SESSAREGO MARQUES TIGRIS
DA COSTA Université Alexandru Ion Cuza
Centro de Estudos Geográficos Iasi
Université de Lisbonne Roumanie
Portugal




Magnus STRÖMGREN
Department of Social
and Economic Geography
Université d’Umeå
Suède

Tadeusz STRYJAKIEWICZ
Université Adam Mickiewicz
Poznan
Pologne

Gilles VAN HAMME
IGEAT
Université Libre de Bruxelles
Belgique

Thorsten WIECHMANN
Université Polytechnique
Dresde
Allemagne

Ronan YSEBAERT
UMS RIATE
Université Paris Diderot Table des matières
Préface ........................................... 17
Jean PEYRONY
Préambule. Le savant et le politique… revisité .................. 23
Introduction. Villes, régions et décroissances ................... 25
Myriam BARON, Sophie BUHNIK, Emmanuèle CUNNINGHAM-SABOT,
Estelle DUCOM, Sylvie FOL, Claude GRASLAND, Dominique RIVIÈRE
et Gilles VAN HAMME
PARTIE 1. ENTRE INTERNATIONAL ET RÉGIONAL,
CADRAGES ET DISCUSSIONS ............................... 41
Chapitre 1. Le temps long des phénomènes démographiques ......... 43
Claude GRASLAND et Nuño SESSAREGO MARQUES DA COSTA
1.1. Introduction.................................... 44
1.2. La transition démographique... et après ? .................. 44
1.2.1. La version initiale de la théorie de la transition
démographique .................................. 44
1.2.2. L’hypothèse d’une seconde transition démographique ....... 47
1.2.3. Les critiques de la théorie de la seconde transition
démographique 47
1.3. Trois modèles différents d’évolution de la fécondité depuis 1950.... 48
1.4. Les divergences Est/Ouest de l’espérance de vie.............. 52
1.5. Un recours inégal aux migrations internationales ............. 54
1.6. Deux Europe démographiques......................... 61
1.7. Conclusion .................................... 63
1.8. Bibliographie ................................... 63














10 Villes et rØgions europØennes en dØcroissance
Chapitre 2. Shrinking cities et shrinking regions. DØfinitions
et typologies........................................ 67
EmmanuŁle CUNNINGHAM-SABOT, Sylvie FOL, Claude GRASLAND,
HØlŁne ROTH et Gilles VAN HAMME
2.1. Introductions ................................... 68
2.2. Des shrinking cities aux schrumpfende Regionen ............. 68
2.2.1. Shrinking cities : sØmantique et rØalitØs ; « la traduction
nest ni une image ni une copie » (Derrida, 1985).............. 68
2.2.2. Des schrumpfende Regionen aux rØgions « peau de chagrin ». . . 71
2.3. CaractØrisation des shrinking regions et des shrinking cities....... 74
2.3.1. ProblŁmes de dØlimitation spatiale des territoires
en dØcroissance .................................. 74
2.3.2. ProblŁmes de dØfinition temporelle de la dØcroissance
dØmographique 76
2.3.3. SpatialitØs et territorialitØs de la dØcroissance dØmographique . . 78
2.3.4. DensitØ et optimum de population ................... 79
2.3.5. Concentration, mobilitØ et potentiel de population ......... 80
2.3.6. DØcroissance dØmographique, vieillissement
et « potentiel vital » ............................... 81
2.4. Un exemple de typologie opØrationnelle des shrinking regions
(2005-2030)....................................... 83
2.4.1. Une dØfinition opØratoire adaptØe la demande politique ..... 83
2.4.2. Quatre types de rØgions ......................... 84
2.4.3. La diffusion spatiale de la baisse dØmographique aprŁs 2030 . . . 86
2.5. DØcroissance des villes et dØcroissance rØgionale ............. 89
2.5.1. Liens entre dØcroissance urbaine et Øvolutions rØgionales ..... 89
2.5.2. La configuration spatiale des dØcroissances urbaines ........ 91
2.6. Conclusion .................................... 92
2.7. Bibliographie ................................... 93
Chapitre 3. Les mØcanismes dØmographiques de la dØcroissance :
trois boucles de rØtroaction .............................. 97
Claude GRASLAND
3.1. Introduction 98
3.2. DØcroissance dØmographique et densitØ de population .......... 99
3.2.1. Absence de relation lØchelle rØgionale ............... 99
3.2.2. Relation non linØaire au niveau local ................. 100
3.2.3. Retournement de tendance dans les aires mØtropolitaines ..... 101
3.3. DØcroissance dØmographique et vieillissement 103









Table des matiŁres 11
3.3.1. Un nouvel indicateur synthØtique de vieillissement......... 103
3.3.2. Indicateur synthØtique de vieillissement et prØdiction
des probabilitØs de dØcroissance moyen terme ............... 104
3.3.3. GØographie du vieillissement des rØgions europØennes
en 2005 et 2030 .................................. 107
3.4. Les migrations : frein ou accØlØrateur
de la dØcroissance dØmographique ? ........................ 110
3.4.1. Accroissements naturel et migratoire
ne sont pas indØpendants ............................ 110
3.4.2. Les migrations par ge renforcent le processus
de dØcroissance 112
3.4. Conclusion .................................... 115
3.5. Bibliographie ................................... 116
Chapitre 4. Economie et dØmographie. Boucles de rØtroaction
au niveau rØgional 117
Gilles VAN HAMME
4.1. Introduction 118
4.2. Niveau de richesse et dynamiques dØmographiques ............ 119
4.2.1. Une relation complexe entre prospØritØ rØgionale
et dynamiques dØmographiques ........................ 119
4.2.2. Les rØgions en dØcroissance dØmographique
sont en moyenne plus pauvres ......................... 122
4.3. Croissance dØmographique et croissance Øconomique .......... 125
4.4. Vers une typologie des relations Øconomie/dØmographie ......... 129
4.5. Conclusion .................................... 131
4.6. Bibliographie ................................... 133
PARTIE 2. LES LIMITES DES APPROCHES R GIONALES .
L INT R˚T DE PASSER AUX NIVEAUX LOCAUX ................... 135
Chapitre 5. Des rØgions aux situations dØmographiques locales
contrastØes......................................... 137
Myriam BARON, Octavian GROZA, Einar HOLM, HØlŁne ROTH,
Alessia SALARIS, Magnus STR MGREN et Ronan YSEBAERT
5.1. Introduction.................................... 138
5.2. Les rØgions europØennes : un concept opØrationnel louest ? ..... 139
5.2.1. Les rØgions dEurope centre-orientale trŁs grandes,
trŁs rØcentes 141









12 Villes et régions européennes en décroissance
5.2.2. Pays d’Europe centre-orientale, Union européenne et région
polysémique .................................... 143
5.3. Le niveau régional et le « MAUP » : les exemples suédois et bretons . 145
5.3.1. La Suède de maillages en grilles : quelles réalités spatiales
pour le shrinkage ? ................................ 146
5.3.2. Les espaces bretons au prisme du shrinkage ............. 149
5.3.3. Le MAUP… « deux ou trois choses que je sais de lui » ...... 151
5.4. Situations démographiques locales ...................... 152
5.4.1. Tendances séculaires et changements brusques ........... 153
5.4.2. Les causes du rétrécissement démographique ............ 155
5.5. Conclusion : évolutions démographiques
et dynamismes économiques locaux ........................ 156
5.6. Bibliographie ................................... 159
Chapitre 6. Vieillissement et migrations, réflexions
à partir de la Basilicate et de la Bretagne ..................... 161
Camille SCHMOLL, Myriam BARON, Octavian GROZA,
Alessia SALARIS et Ronan YSEBAERT
6.1. Introduction.................................... 162
6.2. Des dynamiques démographiques contrastées ............... 163
6.2.1. La Basilicate, une région vieillissante ................. 163
6.2.2. La Bretagne, de l’exode au dynamisme démographique ...... 164
6.3. L’émigration des jeunes, un frein au développement régional ? ..... 169
6.3.1. La Basilicate, une région qui peine à garder ses jeunes....... 169
6.3.2. Bretagne : exode des jeunes les plus qualifiés, attractivité
pour les plus de 30 ans .............................. 172
6.4. Des aidants et des soignants : question européenne, réponses locales . 174
6.4.1. Segmentation du marché du travail et immigration étrangère
en Basilicate .................................... 174
6.4.2. Les effets de l’émigration internationale sur les régions d’origine :
déclin démographique et obstacles au développement économique ... 177
6.4.3. En Bretagne, quelles réponses pour une population
vieillissante ? ................................... 180
6.5. Conclusion182
6.6. Bibliographie ................................... 183




















Table des matiŁres 13
Chapitre 7. Processus de dØcroissance urbaine .................. 187
EmmanuŁle CUNNINGHAM-SABOT, Emilia JAROSZEWSKA, Sylvie FOL,
HØlŁne ROTH, Tadeusz STRYJAKIEWICZ et Thorsten WIECHMANN
7.1. Introduction : facteurs, processus, manifestations
de la dØcroissance urbaine .............................. 188
7.1.1. Le dØclin des anciennes villes industrielles.............. 188
7.1.2. Les effets du desserrement urbain sur le dØclin
des villes-centres ................................. 188
7.1.3. Villes en dØcroissance dans le contexte post-socialiste....... 189
7.1.4. Un dØclin inØluctable des petites villes ? ............... 190
7.2. Schrumpfende St dte en Allemagne orientale................ 191
7.2.1. Le dØfi des villes en dØcroissance en Allemagne .......... 191
7.2.2. Manifestations et effets de la dØcroissance
en Allemagne orientale ............................. 192
7.2.3. Dresde : une ville en dØcroissance « stabilisØe »........... 194
7.2.4. Schwedt : une dØcroissance rapide dans une ville
de taille moyenne................................. 195
7.2.5. Aschersleben : rØinvention de la dØcroissance
l Øchelle dune petite ville ........................... 196
7.3. DØcroissance urbaine dans le cadre de la transition post-socialiste :
Wałbrzych (Pologne) 197
7.3.1. Principaux facteurs de dØcroissance en Pologne :
dØmantŁlement des vieilles industries et transitions post-socialistes . . . 198
7.3.2. CaractØristiques gØnØrales de Wałbrzych............... 199
7.3.3. Manifestations de la dØcroissance Wa łbrzych ........... 200
7.3.4. Les politiques adoptØes ......................... 201
7.4. Saint-Etienne, de la crise industrielle lØtalement urbain ........ 203
7.4.1. Aux origines du dØclin urbain : la dØsindustrialisation ....... 204
7.4.2. Evasion rØsidentielle et paupØrisation de la ville centre ...... 205
7.5. Conclusion .................................... 207
7.6. Bibliographie ................................... 209
PARTIE 3. GOUVERNER LA DCROISSANCE .
DES ENJEUX MULTISCALAIRES............................. 213
Chapitre 8. Le r le de l Etat-Providence ...................... 215
Dominique RIVI¨RE, Octavian GROZA, Einar HOLM et Magnus STR MGREN
8.1. Introduction 216
8.2. Des collectivitØs territoriales « traversØes » par les flux
de lEtat-Providence.................................. 217





14 Villes et régions européennes en décroissance
8.2.1. Des contrastes nord-sud et est-ouest marqués ............ 219
8.2.2. La restructuration du Welfare ...................... 220
8.2.3. De l’Upper Norrland à la Moldavie, des services
publics soumis à de fortes disparités...................... 222
8.3. L’économie résidentielle ............................ 224
8.3.1. Economie « résidentielle », économie « présentielle » ....... 224
8.3.2. Redistribution et inégalités territoriales ................ 228
8.3.3. L’économie résidentielle entre opportunités et contraintes..... 229
8.4. Conclusion .................................... 234
8.5. Bibliographie ................................... 234
Chapitre 9. Vers une gouvernance multiscalaire
de la décroissance ? ................................... 237
Dominique RIVIÈRE, Einar HOLM, Alessia SALARIS
et Magnus STRÖMGREN
9.1. Introduction238
9.2. De nouvelles articulations d’échelons et d’acteurs institutionnels.... 239
9.2.1. « Unie dans la diversité » : l’Europe de la décentralisation .... 240
9.2.2. Une gouvernance pluriscalaire dans laquelle émerge la région . . 243
9.3. Le problème des ressources : entre péréquation horizontale
et verticale ....................................... 248
9.3.1. Des disparités croissantes pour le « service public » ........ 248
9.3.2. Déclin démographique et ressources.................. 250
9.3.3. La question des économies d’échelle ................. 252
9.3.4. Des « points chauds » à l’Est, au Sud, et dans les pays en
« fédéralisation » ................................. 254
9.4. La place des régions en décroissance dans la politique
de cohésion255
9.4.1. Un impact indirect des politiques européennes ............ 255
9.4.2. Une européanisation ........................... 256
9.4.3. Les régions en décroissance démographique : les « régions de
convergence »… et les autres .......................... 258
9.4.4. Le tournant de 2007 ........................... 259
9.4.5. Les mutations possibles à l’horizon 2014 ............... 261
9.5. Conclusion .................................... 262
9.6. Bibliographie ................................... 263



























Table des matiŁres 15
Chapitre 10. L Etat fran ais et loffre de soins. Concentration
gØographique, dØconcentration administrative ?................. 267
Sophie BAUDET-MICHEL, Octavian GROZA et Alessia SALARIS
10.1. Introduction ................................... 268
10.2. L offre de soin de ville : des inØgalitØs spatiales petite
et grande Øchelles 269
10.2.1. Opposition nord-sud .......................... 269
10.2.2. Opposition rural-urbain lintØrieur des dØpartements,
opposition centre-pØriphØrie dans les aires urbaines ............ 271
10.2.3. Dans quelques rØgions et bassins de vie, la faiblesse
de loffre de soin de proximitØ est prØoccupante .............. 273
10.2.4. Modifier la rØpartition de l offre de soins de ville :
une ambition difficile satisfaire ....................... 276
10.3. Du ctØ de loffre hospitaliŁre ........................ 280
10.3.1. Les mØtropoles favorisØes 280
10.3.2. Deux casquettes pour l Etat : Parlement, administrations
dØconcentrØes................................... 281
10.4. Conclusion 287
10.5. Bibliographie .................................. 288
Chapitre 11. Acteurs et stratØgies des villes en dØcroissance ......... 291
Marie-Fleur ALBECKER, EmmanuŁle CUNNINGHAM-SABOT, Daniel FLORENTIN,
Sylvie FOL et HØlŁne ROTH
11.1. Introduction 292
11.2. Des stratØgies classiques aux stratØgies « nouvelles »
pour cas critiques : quelques dØfinitions ..................... 292
11.2.1. Les stratØgies « classiques » ...................... 292
11.2.2. Les stratØgies « nouvelles » pour cas critiques ........... 294
11.3. Marketing urbain, image et culture Saint-Etienne et Glasgow .... 296
11.3.1. Des stratØgies ambitieuses et similaires de rØgØnØration ..... 297
11.3.2. Crises financiŁres et gouvernances locales ............. 299
11.3.3. Impacts mitigØs de ces stratØgies ................... 301
11.4. Du dØclin urbain la dynamique retrouvØe ? Le rle des stratØgies
locales dans la premiŁre couronne de la banlieue parisienne
(Issy-les-Moulineaux, Ivry-sur-Seine et Pantin) ................. 304
11.4.1. La spØcificitØ des espaces de banlieue face
la dØsindustrialisation ............................. 304
11.4.2. MØtropolisation et perspectives de dØveloppement ........ 306
11.4.3. Les stratØgies de revitalisation interrogent la croissance
Øconomique retrouvØe............................... 307











16 Villes et rØgions europØennes en dØcroissance
11.5. Remettre lhabitant au centre des prØoccupations ? Les stratØgies
immobiliŁres face au dØclin Leipzig ....................... 311
11.5.1. Un dØclin ancien, un dØbat rØcent, un acteur moteur ....... 312
11.5.2. Du marketing aux services la personne : vers une redØfinition
de la fonction de bailleur ............................ 313
11.5.3. La redØfinition de la fonction du bailleur .............. 316
11.6. Bibliographie .................................. 317
Conclusion. Territoires en dØcroissance, cohØsion territoriale, gouvernance
multiscalaire ....................................... 323
EmmanuŁle CUNNINGHAM-SABOT, Claude GRASLAND, Dominique RIVI¨RE,
Myriam BARON, Sophie BUHNIK, Estelle DUCOM et Gilles VAN HAMME
Index ............................................ 343











PrØface
Les dØcideurs et les techniciens qui conoivent les politiques damØnagement ont
besoin des scientifiques. Les « savants », comme cet ouvrage l illustre parfaitement,
peuvent travailler sur le temps long ; mobiliser les ressources de linterdisciplinaritØ ;
regarder vers les autres territoires ; s affranchir du prŒt- -penser. De ces fructueux
travaux se dØgagent plusieurs consØquences pour laction publique : celle-ci doit
associer tous les acteurs ; Øtablir des stratØgies intØgrØes de dØveloppement durable
chaque niveau territorial ; admettre l interd Øpendance des territoires et jouer la carte
de la coopØration ; articuler les Øchelles d intervention au sein d une gouvernance
multi-niveau ; Œtre fondØe sur une connaissance partagØe des territoires.
L apport des savants aux politiques
Travailler sur le temps long
La profondeur et lØpaisseur temporelle sont indispensables la comprØhension
des territoires. La forme des villes et des rØgions, avant dŒtre lobjet de stratØgies
commerciales ou de politiques publiques, est le produit des dØcisions plus ou
moins contraintes des gens ordinaires. Ceux-ci Øtudient, travaillent, ØlŁvent leurs
enfants, vieillissent. Acteurs rationnels en tant que travailleurs, consommateurs,
contribuables, ils exploitent leur capital territorial. Citoyens, ils interpellent leurs
Ølus sur les services dont ils ont besoin. Enfin le cas ØchØant, ils « votent avec leurs
pieds ». Comprendre les ressorts des stratØgies individuelles, et leurs effets sur le
temps long, c est notamment lobjet de la dØmographie. Les travaux prØsentØs par
cet ouvrage dØmontrent, non pas que telle ville ou telle rØgion va inØluctablement

PrØface rØdigØe par Jean PEYRONY, Commission europØenne, Direction de la politique
rØgionale. Cette prØface n engage que son auteur, et non la Commission. �








18 Villes et rØgions europØennes en dØcroissance
dØcro tre car il y a encore place pour l�action des hommes mais que certaines
dentre elles vont dØcro tre. Certains territo ires ruraux enclavØs connaissent dØj la
spirale nØgative de la dØpopulation. Des friches urbaines devront Œtre reconverties.
Une population vieillissante aura besoin de nouveaux services. Les stratØgies
d amØnagement doivent intØgrer ces risques.
Mobiliser l interdisciplinaritØ
Nul ne doute que lØconomie soit un ressort crucial des processus observØs. La
dØsindustrialisation, la concurrence laquelle se livrent la fois les firmes et les
territoires dans lesquels elles sont insØrØes car, heureusement, elles ne sont, pas
plus que les hommes, infiniment mobiles nØcessitent de comprendre, et de rØguler,
les Øvolutions du systŁme global et leurs impacts territoriaux. Cet ouvrage dØcale
bon escient notre regard. LUnion europØenne est dans son rle quand elle adopte,
face aux dØfis de la globalisation, une stratØgie l horizon 2020 fondØe sur une
« croissance plus intelligente, plus inclusive et plus durable ». Mais s obsØder sur
lØconomie productive, on risque de perdre de vue que les territoires relŁvent aussi
1de l Øconomie « prØsentielle ». Par exemple, les retraitØs bØnØficient dune solidaritØ
sociale, qui fait d eux une source de revenus pour les territoires, et pas seulement
une charge pour les collectivitØs. Les rØseaux familiaux (soins aux vieux parents,
garde des enfants, etc.) sont un ressort souvent nØgligØ des stratØgies territoriales des
mØnages. Le capital territorial que reprØsentent les territoires urbains ou ruraux est
plus durable que le capital Øconomique. « Au lieu d Œtre produit de rapports, la
2forme urbaine devient productrice de rapports ». Ceci est dØmontrØ par les
stratØgies de reconversion rØussies Glas gow, en rØgion parisienne ou Leipzig.
Voil autant de raisons de mobiliser de fa on « polyphonique » la dØmographie, la
sociologie, lurbanisme, lhistoire et la gØographie, et pas seulement lØconomie.
Regarder vers les autres territoires
Cet ouvrage est aussi une invitation au voyage. Au Japon, ailleurs en Europe,
certains territoires connaissent la « dØcroissance », et les politiques publiques relŁvent
dØj le dØfi. Double vertu de ce voyage : nous montrer, comme dans un miroir, une
part de notre avenir, mais aussi stimuler la crØativitØ de nos politiques publiques.

1. Selon les travaux de Laurent Davezies, La rØpublique et ses territoires, Editions du Seuil,
Paris, 2008.
2. Riboulet P., Onze le ons sur la composition urbaine , Presses de l Ecol e nationale des ponts
et chaussØes, Paris, 1998. �




PrØface 19
3Les programmes de mise en rØseau des territoires financØs par lUnion europØenne
devraient bØnØficier de plus de reconnaissance, et de moyens financiers. Il faut aussi
regarder vers les territoires voisins. Cet ouvrage contribue clarifier la question des
territoires pertinents de lamØnagement. Comprendre le phØnomŁne des shrinking
cities nØcessite de sortir des limites physiques et administratives de la ville, pour
apprØhender les franges pØri- ou sub- urbaines, dans une approche fonctionnelle et
systØmique. Seules de telles analyses permettront de fonder les « partenariats
urbainrural », les « coopØrations mØtropolitaines » ou transfrontaliŁres, que les politiques
publiques doivent mettre en oeuvre.
S affranchir du prŒt--penser
Enfin, il faut saluer la maniŁre dont certains chapitres bousculent le prŒt penser,
qui sØvit parfois chez les professionnels comme dans lopinion. Ainsi du marketing
territorial censØ procurer aux territoires des stratØgies originales de dØveloppement
de niche, en fait souvent calquØes les unes sur les autres. Il ne faut pas confondre
benchmarking et reproduction mØcanique. Ainsi Øgalement de la question souvent
taboue des migrations internationales, pourtant composante possible d une politique
en faveur des rØgions en dØcroissance.
ConsØquences pour l action publique : maintenir la cohØsion territoriale
Le projet europØen a ØtØ con u dØlibØrØ ment par les pŁres fondateurs comme un
projet hybride, politique long terme, mais fondØ de prime abord sur les « rØalisations
concrŁtes » du marchØ intØrieur. Afin que tous les citoyens europØens puissent y
participer et en bØnØficier, Jacques Delors posa les fondements de la politique de
cohØsion, qui vise assurer la cohØsion Øconomique, c est- -dire le rattrapage des
Etats et rØgions « en retard » et la compØtitivitØ de toutes les rØgions; et la cohØsion
sociale, c est- -dire un accŁs plus Øtendu au marchØ du travail et l inclusion sociale.
MŒme si les Etats europØens ont des conceptions et des pratiques diffØrentes des
services publics (en termes de champs d ac tion, de rles respectifs du marchØ, de
l Etat, des collectivitØs), la fourniture gara ntie de ces services aux citoyens est au
c ur de leur lØgitimitØ. Le marchØ intØrieur et la cohØsion sont les piliers de la
construction europØenne. Cet ouvrage montre que leur mise en uvre, pour
rejoindre les besoins des citoyens dans leur vie de tous les jours, nØcessite une
approche territoriale. C est ce que signifie l adjonction de la cohØsion territoriale

3. Urbact, pour les villes ; Interreg 4 C, pour les territoires voulant Øchanger sur leurs stratØgies
de compØtitivitØ et de dØveloppement durable ; Interact, pour les acteurs de la coopØration
territoriale.






20 Villes et rØgions europØennes en dØcroissance
dans le TraitØ, initiØe par le TraitØ d Amst erdam dans l article relatif aux services
d intØrŒt gØnØral, et confirmØe par le TraitØ de Lisbonne, oø elle figure dØsormais
aux c tØs de la cohØsion Øconomique et sociale, comme compØtence partagØe de
lUnion et des Etats membres. Le marchØ intØrieur, convenablement rØgulØ, a
largement contribuØ amØliorer les services dans les territoires (quon songe au
dØploiement de la tØlØphonie mobile, ou la desserte aØrienne). Mais le marchØ seul
ne permet pas d assurer ces services partout . Ceci justifie l intervention publique :
financement d infrastructures, subventions d exploitation, mais aussi nouvelles
pratiques d animation des politiques locales. Les territoires connaissant des problŁmes
d accŁs aux services sont de toutes sortes : les territoires spØcifiques mentionnØs par
le TraitØ : les, montagnes, rØgions transfr ontaliŁres, ou rØgions nordiques trŁs faible
densitØ (article 174) ; rØgions ultrapØriphØriques (article 349) ; mais aussi territoires
ruraux isolØs, territoires urbains dØfavorisØs ou pØriurbains en croissance rapide.
L ouvrage traite par exemple de la ques tion de l offre de soins. Il Øtablit le
diagnostic, et montre que des solutions existent. Quels sont les principes qui doivent
gouverner l action publique face ces dØfis ?
Associer tous les acteurs
Le dØveloppement durable des villes et des territoires ne rØsultera pas du seul
marchØ, mais il ne se fera pas non plus contre les stratØgies des mØnages et des
entreprises. Le projet politique d intØgration europØenne invite dØpasser les
traditions idØologiques nationales. Ainsi Mario Monti, dans son rapport sur lavenir
du MarchØ intØrieur, rØcemment remis au prØsident Barroso, invite les tats
appliquant « l Øconomie sociale de marchØ » mieux prendre en compte les rŁgles
de concurrence, et les tat s de tradition anglo-saxonne, plus mettre l accent sur les
prØoccupations sociales. Plusieurs exemples prØsentØs dØmontrent quil est possible
de construire des politiques urbaines combinant marchØ et action publique, en
s appuyant sur la demande des mØnages (par exemple le retour au centre de
populations vieillissantes). Mais un problŁme crucial est que les acteurs ne sont pas
Øgaux. L ouvrage souligne juste titre le risque d exclusion que recŁlent certaines
stratØgies de renouvellement urbain.
Adopter des stratØgies intØgrØes de dØveloppement durable chaque niveau
territorial
4Cet ouvrage contribue, linstar du rØcent rapport Barca , donner un
fondement lapproche intØgrØe. Seule une telle approche rØpond la dimension

4. An Agenda for a Reformed Cohesion Policy, 2009. �





PrØface 21
systØmique des phØnomŁnes de croissance et de dØcroissance des territoires, avec
leurs boucles de rØtroaction positive ou nØgative entre structures de peuplement,
dØmographie et Øconomie. Le dØveloppement durable passe, chaque niveau
territorial, par une approche coordonnØe des politiques de dØveloppement Øconomique,
de services aux mØnages et aux entreprises, de gestion cohØrente des sols et des
infrastructures. Tout ceci, en associant l ensemble des acteurs dans un esprit de
partenariat et de dØmocratie. Leipzig en est un symbole, du fait du renouvellement
urbain exemplaire qui y est menØ, mais aussi parce que les ministres europØens en
charge des politiques urbaines y ont adoptØ en 2007 une « Charte du dØveloppement
urbain durable ».
Admettre l interdØpendance des territoires et jouer la carte de la coopØration
Les territoires sont en concurrence, mais ils doivent aussi coopØrer. Si la division
sociale du travail, selon Durkheim, permet de dØpasser la concurrence entre les
individus et de rØaliser la cohØsion sociale, il nous reste penser la « division
territoriale du travail » porteuse de cohØsion territoriale. L ouvrage nous rappelle
que la solidaritØ entre territoires existe dØj , mŒme si c est de fa on largement
implicite, l Øchelle des Etats. Elle reste rØaliser l Øchelle des territoires, urbains
comme ruraux; et dans sa dimension europØenne. L intØgration europØenne, c est
tout autant construire, lØchelle du continent, des rØseaux physiques de transport ou
d Ønergie, des rØseaux immatØriels de co opØration et d Øchanges d expØriences; et
mettre en uvre en commun des services pub lics dans les territoires transfrontaliers.
Articuler et coordonner les Øchelles dintervention
Le projet europØen ne remet en cause ni lexistence des tats, ni leur privilŁge de
dØcider les compØtences qu ils dØlŁguent l Union europØenne ou leurs
collectivitØs (la fameuse « compØtence de la compØtence »). Mais quel est le r le de
chaque niveau pour l amØnagement du te rritoire europØen dØsormais commun, et
comment articuler ces diffØrents niveaux ? Louvrage nous donne des pistes
intØressantes: au niveau local, le pilotage dynamique du dØveloppement des
territoires, la gestion innovante des services de proximitØ (par exemple les maisons
de santØ dans les territoires dØficitaires en mØdecins) ; au niveau rØgional
(dØconcentrØ ou dØcentralisØ), la conception et la gestion dØquipements et de
services en rØseaux, mettant en uvre le s principes du polycentrisme (par exemple
pour l offre hospitaliŁre) ; au niveau national, le pilotage de l Øconomie et la
garantie de la cohØsion sociale et territoriale, au travers des systŁmes de
redistribution propres chaque pays ; au plan europØen, la stratØgie et la rØgulation
densemble, la rØalisation du marchØ intØrieu r, et la politique de cohØsion, afin que









22 Villes et rØgions europØennes en dØcroissance
tous bØnØficient de lintØgration europØenne. Les niveaux sont interdØpendants, et
doivent travailler ensemble dans le cadre de la gouvernance multi niveaux.
Partager la connaissance des territoires
Le besoin dune connaissance partagØe lØchelle europØenne dØcoule de ce qui
prØcŁde; mais force est de constater qu elle nest encore que trŁs partielle. Posent
problŁme le manque de donnØes sur les territoires locaux, les flux, les impacts
territoriaux des politiques. Manque aussi une lecture europØenne commune de ces
donnØes, entre chercheurs et avec les dØcideurs. L Audit urbain ou l Atlas urbain, le
5programme ESPON, lieu d interaction entre chercheurs et dØcideurs de
l amØnagement du territoire europØen, cont ribuent combler ce manque. Il ne s agit
pas seulement de btir des politiques publiques mieux informØes, mais aussi de
mesurer ensemble les risques et les opportunitØs, pour effectuer les choix collectifs
qui s imposent ; doø limportance de la prospective, un des apports de cet ouvrage.
L Europe nest pas le cheval de Troie dune dØstructuration inØluctable des
territoires de vie, mais la rØponse conjointe et solidaire de ceux-ci aux dØfis du
futur. Tel est le message que les politiques doivent adresser aux citoyens europØens.

5. http://www.espon.eu/ (site consultØ le 29 juillet 2010). �




PrØambule
Le savant et le politique revisitØ
Lorsqu en 2050, le grand gØosociodØmographe eurafricain Ali Ibn Smith-Kadar
publia aux Presses de l UniversitØ de Sfax la cinquiŁme Ødition de son monumental
TraitØ gØnØral de gØosociodØmographie mondiale, il hØsita longuement supprimer
le chapitre qu il avait cons acrØ en 2030 l Union euro pØenne (UE). Il Øcrivait
lØpoque que « demeurØe stable un niveau d environ 500 millions d habitants de
2000 2030, lUnion europØenne avait vu sa part dans la population mondiale se
rØtrØcir de plus en plus, passant en 30 ans de 8 6 % de la population mondiale.
Cette rØduction s expliquait la fois par l arrŒt de la politique d Ølargissement aprŁs
2007 et par la fermeture de ses frontiŁres ».
Aujourd hui, les choses avaient bien changØ. AprŁs trois refus successifs du Caire,
lUE avait fini par obtenir en 2049 son adhØsion la FØdØration eurasiafricaine
(FEAA) dont elle constituait lentitØ la plus petite, tant sur le plan Øconomique que
dØmographique. Si elle n avait pas rejoin t la FEAA, l UE n aurait plus comptØ que
5 % de la population mondiale en 2050 et peine plus sur le plan Øconomique. Son
Øconomie Øtait handicapØe par le poids considØrable des personnes gØes qui y
rØsidaient dans un nombre rØduit de mØgapoles sØparØes par de vastes espaces
consacrØs la production agricole et pr esque vides de toute occupation humaine.
Dans cette partie du monde, la population n avait pas seulement diminuØ mais elle
s Øtait aussi concentrØe spatialement et des pans entiers du territoire avaient fini par
Œtre abandonnØs ou transformØs en rØserves naturelles faute d avoir mis en place une
politique commune damØnagement du territoire tenant compte des spØcificitØs des
Øvolutions dØmographiques locales et de leurs impacts Øconomiques, sociaux et
environnementaux. �
24 Villes et rØgions europØennes en dØcroissance
« Et pourtant, les prØvisions dØmographiques faites en 2000 pour la pØriode
2000-2050 s Øtaient pour une fois rØvØlØes exactes ! » soupira-t-il. Les chercheurs
scientifiques et les dØcideurs politiques de l UE avaient finalement eu leurs
dispositions au dØbut des annØes 2000 tous les outils nØcessaires pour prØvoir les
Øvolutions dØmographiques mondiales et anticiper dans une large mesure leurs
impacts aux niveaux rØgional et local. Mais ils s Øtaient dans leur Øcrasante majoritØ
contentØs d analyser les Øvolutions l Øche lle des Etats (sans analyser en dØtail les
impacts locaux et rØgionaux), s Øtaient limitØ s l Øtude des 27 pays de lUE (sans
Øtudier les dynamiques trŁs diffØrentes des voisinages orientaux et mØridionaux),
s Øtaient focalisØs sur les tendances futures des vingt prochaines annØes (sans
analyser le contexte historique et politique dans lequel elles s inscrivaient).





Introduction
Villes, rØgions et dØcroissances
Shrinking cities, une nouvelle dØnomination pour un nouvel enjeu ?
Alors que partout dans le monde, la ville gagne du terrain, les situations de
dØclin urbain, jusque-l l apanage de vieilles rØgions industrielles et de villes-centres
dØlaissØes au profit de leurs banlieues, se diffusent lØchelle planØtaire. Selon le
1dernier rapport des Nations unies sur lhabitat [UNH 08] , 40 % des villes des pays
dØveloppØs et 10 % des villes des pays en dØveloppement sont aujourd hui en
dØcroissance. En Europe, selon laudit urbain [EUR 07], 57 % des core cities
2grandes et moyennes connaissent une situation de dØcroissance dØmographique , au
point que la question des shrinking cities s est imposØe comme thØmatique de
3recherche lØchelle internationale . RØcemment, sous l effet de la crise, les enjeux
du dØclin urbain se sont encore accentuØs.

1. Certaines rØfØrences bibliographiques de l ouvrag e peuvent Œtre tØlØchargØes sur http://shrinking.
ums-riate.fr/.
2. Ces donnØes ne sont pas sans poser des problŁmes de mesure et de dØfinition, particuliŁrement
dØlicats lorsqu il sagit de comparer des Øvolutio ns urbaines. Nous reviendrons sur la question
de dØfinir et de mesurer les villes en dØcroissance au chapitre 2.
3. Deux groupes de recherche internationaux ont ØtØ crØØs pour analyser le phØnomŁne des
shrinking cities. En Allemagne, le groupe shrinking cities s est structurØ autour d un projet
financØ par la Kulturstifung des Bundes. Le Shrinking Cities International Research Network
(SCiRN) fait partie des programmes de recherche du Center for Global Metropolitan Studies
de l UniversitØ de Californie Berkeley. Ce groupe inclut une cinquantaine de chercheurs
originaires de douze pays.
Introduction rØdigØe par Myriam BARON, Sophie BUHNIK, EmmanuŁle CUNNINGHAM-SABOT,
Estelle DUCOM, Sylvie FOL, Claude GRASLAND, Dominique RIVI¨RE et Gilles VAN HAMME. �









26 Villes et rØgions europØennes en dØcroissance
Un phØnomŁne ancien largement ØtudiØ
Le dØclin des villes n est pas un phØnomŁne nouveau. Depuis les travaux de
lEcole de Chicago considØrant le dØclin urbain comme un processus naturel et
inØluctable [HOY 39], dautres auteurs on t montrØ que l Øvolution des villes passe
par la succession de stades de croissance et de dØclin. AprŁs Hall et Hay [HAL 80],
mettant en avant la rØgularitØ des Øtapes de l Øvolution des villes europØennes, Van
den Berg et al. [BER 82] dØmontrent que les mØtropoles passent par quatre stades :
urbanisation, suburbanisation, dØsurbanisation et rØurbanisation. De mŒme, Cheshire
et Hay montrent que les villes europØennes connaissent d abord une phase de
croissance et de concentration urbaine, puis une phase de dØconcentration des
activitØs et de dØclin [CHE 89, CHE 95].
La dimension cyclique de lØvolution des villes renvoie chez certains auteurs
une analyse en termes de cycles Øconomiques ou de cycles de vie du produit. Cette
approche explique le dØclin des villes industrielles dAmØrique du Nord et dEurope.
Elle pose l hypothŁse que les industries l origine de la richesse de ces villes Øtaient
dans la derniŁre phase de leur cycle [FRI 93]. La dØsindustrialisation serait ainsi l un
des facteurs essentiels expliquant la rØgression de certaines villes, que ce soit dans la
Rust Belt ou dans les anciennes rØgions industrielles dEurope [FRI 93]. Certains
auteurs concluent que les Øvolutions de la sociØtØ post-industrielle condamnent les
villes au dØclin en les mettant en compØtition avec des espaces plus attractifs aux
yeux des investisseurs, comme les edge cities [GAR 91]. Il en rØsulterait une
gØnØralisation des situations de crise urbaine et de dØsaffection pour les centres
urbains [CHE 95].
Le mouvement de suburbanisation a Øgalement ØtØ mis en avant comme facteur
dØterminant du dØclin des villes, en particulier aux Etats-Unis [BER 76]. L absence
d investissement dans des centres urbains dØvalorisØs [DOW 97] ajoutØe des
politiques publiques favorisant la croissance suburbaine [JAC 85] ont contribuØ
accentuer le dØclin des villes centres au profit des banlieues. Le processus de
suburbanisation a exacerbØ les problŁmes urbains et accØlØrØ le dØclin des villes
centres, qui souffrent aujourd hui dun as sŁchement de leurs ressources fiscales,
dune criminalitØ ØlevØe et d une plus grande dØpendance Øconomique et sociale.
Pour Beauregard [BEA 06], il s agit d un mode d urbanisation « parasite » qui
s effectue aux dØpens de la vitalitØ des villes-centres. Aux Etats-Unis comme en
Europe, le phØnomŁne de « contre-urbanisation » a ØtØ mis en relation avec le dØclin
des villes [FIE 82]. Petros Petsimeris a montrØ que les grandes villes italiennes du
Nord avaient dØsormais rejoint dans cette Øvolution les villes appartenant aux
systŁmes urbains plus « matures » dEurope de lOuest et des Etats-Unis, qui se
caractØrisent par une dØconcentration des activitØs et des populations [PET 02]. �













Introduction 27
Cependant, le processus classique de contre-urbanisation et le nouveau paradigme de
l urban shrinkage doivent Œtre distinguØs. En effet, la contre-urbanisation demeure un
mode de croissance urbaine [PET 02] tandis que, d un point de vue dØmographique,
l urban shrinkage ne constitue plus un « dØversement » de population des villes vers
le pØri-urbain mais bien une dØcroissance absolue [DUC 08b].
De nouveaux facteurs de dØclin urbain ?
Dans la derniŁre pØriode, les processus de dØclin se sont accentuØs et diffusØs au
point que lon peut qualifier les shrinking cities de phØnomŁne global [PAL 09]. La
mondialisation se traduit par une concentration de linvestissement et donc de la
croissance urbaine dans des p les rØunissant un potentiel leur permettant de s inscrire
dans le fonctionnement en rØseaux du capitalisme contemporain. Si cette Øvolution a
permis lØmergence de « villes globales » et de mØtropoles, elle conduit aussi au dØclin
des villes qui ne parviennent pas s inscrire dans la compØtition internationale
[CUN 09]. En effet, l investissement privØ se concentre dans les rØgions et les villes
possØdant la fois des infrastructures de qualitØ et une haute densitØ de capital
humain et de rØseaux constituØs entre les acteurs Øconomiques [LAN 05]. Selon Scott
et Storper, les inØgalitØs croissent entre les villes intØgrØes aux rØseaux globaux et les
autres [SCO 03]. Alors que l innovation et le dØveloppement dune Øconomie de la
connaissance sont des facteurs de dØveloppement, liØs des effets dagglomØration
dØterminants, certains espaces deviennent attractifs pour les investissements et pour
les salariØs les plus qualifiØs, tandis que dautres subissent des pertes de leur base
Øconomique, de leurs emplois et par consØquent de leur population. De plus, la
circulation du capital, pour lequel les villes sont dØsormais en compØtition tend
s accØlØrer, tandis que les investissements internationaux deviennent de plus en plus
volatils. Les mouvements de croissance et de dØcroissance urbaine liØs ces phases
de dØveloppement et de dØclin des investissements s effectuent au rythme de cycles
raccourcis. Ils se manifestent dŁs lors dans des espaces nouveaux, en particulier ceux
des pays en dØveloppement ou des pays en transition comme ceux de lEurope de lEst.
A ces processus Øconomiques s ajoutent, dans les pays dØveloppØs, des facteurs
dØmographiques liØs la baisse de la fØconditØ et au vieillissement gØnØralisØ. Cette
dimension dØmographique du dØclin urbain, que certains auteurs qualifient de
« seconde transition dØmographique », est aujourdhui prØgnante au Japon (voir
supra) et en Allemagne (voir chapitres 7 et 11). Elle se manifeste aussi dans les pays
du sud et de lest de lEurope. Des travaux mesurent les effets spatiaux de ces
changements dØmographiques et en particulier leurs rØpercussions sur lØvolution
des villes. Ils montrent deux tendances contradictoires. L une va dans le sens dun
dØclin prØvisible des villes liØ la baisse de la fØconditØ et du solde naturel, analysØ










28 Villes et rØgions europØennes en dØcroissance
dans les pays de lEurope de lEst comme un « choc dØmographique » [STE 07].
L autre se caractØrise par un processus de « rØurbanisation » des villes-centres, sous
l effet de l augmentation de la part des petits mØnages et des mØnages bi-actifs,
d une fØconditØ tardive et du dØveloppement de modes de vie tournØs vers la
centralitØ [DUC 08a, OGD 00 BUZ 07], illustrØ par l exemple de Tokyo en
particulier et du Japon en gØnØral.
Le Japon : un exemple prØcurseur ?
Un dØclin dØmographique d ampleur nationale
Plusieurs constats mØritent dŒtre rappelØs. D aprŁs le ministŁre japonais de la
SantØ et du Travail, en 2008, lespØrance de vie moyenne des femmes est supØrieure
86 ans et, pour les hommes, 79 ans. L espØrance de vie « en bonne santØ » est
aussi la plus ØlevØe du monde gr ce la qua litØ du systŁme de soins et de l hygiŁne
de vie. Plus de 20 % des Japonais ont plus de 65 ans aujourdhui et cette proportion
devrait doubler d ici 2050. Ces chiffres traduisent la progression du pays dans une
« seconde transition dØmographique » [KAA 87]. Depuis 2005, le Japon perd
continuellement des habitants. Au fort vieillissement dØmographique s ajoute un
4taux de natalitØ devenu infØrieur au taux de mortalitØ en raison de l extrŒme
faiblesse du taux de fØconditØ. Le solde migratoire, positif mais peu significatif car
les politiques dimmigration sont restrictives, ne compense pas les pertes liØes aux
facteurs naturels de dØclin dØmographique. Si ces tendances persistent, la population
japonaise baisserait de 30 % d ici 2050.
Ainsi, alors que les shrinking regions europØennes s insŁrent dans des Etats ou
des ensembles supra-rØgionaux dont le bilan dØmographique demeure globalement
positif, le Japon est soumis une dØcroissance dØmographique dampleur nationale.
Cest le premier pays au monde conna tre une telle tendance la dØpopulation,
mŒme si la structure dØmographique de plusieurs pays europØens tend rejoindre
celle du Japon du fait d un faible accroisseme nt naturel. Mais au Japon, comme dans
lUnion europØenne, les effets spatiaux du dØclin dØmographique sont trŁs inØgaux.
L hØtØrogØnØitØ spatiale du dØclin japonais
Les plus fortes baisses de population sont le propre des zones montagneuses et
rurales situØes l intØrieur des rØgions les plus pØriphØriques de larchipel : dans

4. Taux de natalitØ : 7,87 naissances pour 1 000 habitants en 2008 ; taux de mortalitØ de
9,26 . Taux de fØconditØ de 1,29 enfant par femme en 2008. Introduction 29
l’île d’Hokkaïdo au nord, dans celle de Kyûshû au sud, dans l’île de Shikoku au
centre, et sur les côtes longeant la mer de Chine. Cette déprise prolonge le
mouvement d’exode rural, qui s’était accéléré durant les décennies de Haute
Croissance (1960-1990), lorsque la montée en puissance de l’économie japonaise
s’est accompagnée de la littoralisation de l’industrie et de la constitution d’un réseau
urbain hautement intégré le long de la façade Pacifique : la mégalopole japonaise
rassemble toujours plus de 100 millions d’habitants. Néanmoins, après plusieurs
décennies marquées par un puissant mouvement d’étalement urbain et de
suburbanisation, cette mégalopole connaît désormais, par endroits, des processus de
« rétraction démographique ». Les grandes villes japonaises stagneront puis perdront
des habitants à partir des années 2015 [AVE 03], à l’exception des quartiers
centraux des principales métropoles que sont Tokyo, Osaka, Nagoya, Fukuoka.
En conséquence, si la décroissance démographique apparaît comme la cause
première du déclin des régions et des villes du Japon, avec comme corollaire une
contraction de l’économie nationale et des problèmes sociaux, on est loin d’un
phénomène uniforme. Le déclin de certaines régions urbaines, alors que d’autres
continuent de gagner des habitants grâce aux migrations internes de population, se
traduit par des inégalités socio-spatiales qui se sont accrues depuis les années 1990.
Déclin démographique, crise économique et mutations urbaines
L’éclatement spectaculaire de la bulle immobilière et financière en 1991 suivi
par une longue crise économique ; la montée du chômage, de la précarité et des
inégalités sociales dans une société qui se voit homogène et égalitaire, tout cela
remet en cause les bases du modèle de croissance japonais d’après-guerre, tout en
ayant des impacts profonds sur la structuration des villes [DUC 08c]. Dans toutes les
grandes agglomérations du pays, des politiques de « renouvellement urbain »
promeuvent les centres-villes pour attirer des investisseurs (et rester compétitifs par
rapport aux autres métropoles d’Asie), au détriment des banlieues résidentielles. Par
exemple, le gouvernement métropolitain de Tokyo admet le déclin inévitable de
certaines de ses périphéries, d’autant plus que ce phénomène s’accompagne de
programmes favorisant une plus grande compacité des formes urbaines. Ce
« nouveau paradigme urbain » [AVE 03] remet en cause le modèle urbain classique
japonais fondé sur la croissance économique et démographique et se matérialise
spatialement par des villes basses et étalées.
Dans la ville de Tokyo et dans le centre d’Osaka en particulier, la libération de
friches ferroviaires et industrielles, après des années d’effondrement des valeurs
foncières, favorise de grands programmes de « renouvellement urbain » à la fin des
années 1990. De nouveaux quartiers mêlant bureaux, logements modernes et












30 Villes et rØgions europØennes en dØcroissance
fonctions commerciales et de loisirs sont construits pour l essentiel dans le centre de
Tokyo, afin de rØpondre aux besoins d une Øconomie globalisØe. Le dØclin
dØmographique redouble la concurrence interurbaine crØØe par la mØtropolisation :
les espaces urbains se retrouvent en compØtition pour attirer des mØnages et ainsi
conserver une dØmographie stable.
SpØcificitØ du dØclin urbain japonais : rejet des banlieues rØsidentielles et
5« recentralisation »
Les Øquivalents japonais des shrinking cities nord-amØricaines et europØennes
sont des villes petites et moyennes, comme la ville miniŁre de Yubari ou le port de
Kitakyushu dominØ par l industrie mØtallurgique. Il nexisterait pas vraiment de
ville correspondant Glasgow ou Detroit, l exception peut-Œtre dOsaka [FUJ 04].
Seconde ville du pays par la taille de sa population et de son Øconomie, Osaka a en
effet connu une crise de son secteur manufacturier qui a prØcØdØ l Øclatement de la
Bulle puis sest approfondie dans les annØ es 1990. Osaka perd du terrain face
Tokyo : de nombreuses entreprises nØes Osaka (Sanyo, Sharp, Suntory, Capcom)
ont dØplacØ vers la capitale leurs fonctions stratØgiques, afin de profiter des effets de
rØseau et d une main-d uvre plus qualifiØe. Cette stagnation Øconomique explique
le solde migratoire nØgatif de lagglomØr ation d Osaka, combinØ la stagnation du
solde naturel.
MŒme si les villes importantes gagnent toujours de la population, une analyse
plus grande Øchelle permet de mettre en Øvidences des dynamiques diffØrenciØes,
selon divers facteurs dont le principal est la distance au centre ville [DUC 08a] (voir
chapitre 3). On note l Ømerge nce d un nouveau type dur banisation, caractØrisØ par
le reflux de la population vers le centre et lØmergence de processus de rØtraction
urbaine en lointaine pØriphØrie. Tokyo commence ainsi, par endroits, se rØtracter,
selon des processus centripŁtes jusque-l inconnus. Il en rØsulte une situation de
crise pour les secteurs les plus reculØs de la grande banlieue oø un processus de
dØvitalisation est dØj luvre. La grande pØriphØrie de Tokyo s est dØveloppØe
un rythme effrØnØ dŁs laprŁs-guerre, pour ne conna tre une baisse de rythme qu
partir de la crise des annØes 1990. De 1945 1970, la population urbaine est passØe
de 27,8 % 72,1 % de la population totale, repoussant toujours plus loin le front
d urbanisation de la capitale qui progressait de maniŁre incontrlØe. Cest dans ce
contexte que le gouvernement mØtropolitain a amØnagØ les villes nouvelles. Or, ces
organismes urbains crØØs ex nihilo pour absorber la croissance de la capitale
commencent se dØvitaliser. A Tama New Town, par exemple, 40 km l Ouest de
Tokyo, la dØsertion de la ville est visible : immeubles vides, Øcoles fermØes,

5. Voir [HAT 06]. �



Introduction 31
parcelles amØnagØes mais jamais loties ni dØveloppØes, friches urbaines (figures 1 et
2, cahier couleur). A l origine, les ville s nouvelles reprØsentaient un nouveau mode
de vie « idØal » pour des jeunes couples avec enfants, primo-arrivants d une mŒme
classe d ge venus s installer en masse la fin des annØes 1960. Mais quarante ans
plus tard, le tassement dØmographique, labsence de nouveaux arrivants et le peu
d attrait actuel offert par Tama la placent en situation de vieillissement extrŒmement
prØoccupante. Les amØnagements et les Øquipements initialement destinØs aux
familles jeunes avec enfants ne rØpondent plus aux besoins d une population de plus
en plus gØe et des difficultØs Ømergent en termes d accessibilitØ et de services. Dans
ces lointaines pØriphØries, le taux de vacance des logements est supØrieur 30 %.
Le Japon reprØsente donc l Øchelle in ternationale un pays prØcurseur par
lampleur de son dØclin dØmographique, avec son cortŁge de mutations
Øconomiques, sociales et spatiales.
DØcroissance dØmographique et systŁmes de peuplement
Les questions soulevØes par lexemple ja ponais sont celles d une sociØtØ urbaine
qui vieillit et qui occupe son territoire de maniŁre extrŒmement sØlective et
restreinte. L analyse trŁs fine menØe a ainsi permis d apporter des ØlØments de rØponse
des questions telles que : dans un processus de dØcroissance dØmographique quels
sont les espaces plut t « abandonnØs », « rØinvestis » ou encore « consolidØs » ?
Audel de travaux sur des territoires aussi remarquables et emblØmatiques que les villes
japonaises ou les L nder d Allemagne orientale (voir chapitres 5, 7 et 11), il para t
lØgitime de se demander si la dØcroissance dØmographique peut Œtre prØvue, comme
l atteste le prØambule intitulØ « le scientifiq ue et le politique revisitØ ». Il ne s agit
pas tant d Øvoquer seulement la dØcroissance dØmographique, partir des
caractØristiques de la structure par ge des populations et de sa projection, mais de
s intØresser aux relations entre caractØristiques de ces populations et occupations
diffØrenciØes d un territoire voire de plusieurs territoires selon le niveau
dobservation que l on privilØgie. Quelles peuvent Œtre les consØquences sur la
cohØsion territoriale ? Il est Øvident que de jeunes mØnages n auront pas les mŒmes
habitudes d occupation, de dØplacements et de consommation d espaces et de
services que des populations gØes, voi re trŁs gØes. Les caractØristiques de
populations si diffØrentes sont susceptibles de peser fortement dans la localisation de
certains Øquipements, services. De telles rØorganisations ne peuvent Œtre cernØes
qu en retenant un pas de temps d observation suffisamment long ou « appropriØ »,
comme les dØbats autour de la notion de shrinking cities l ont montrØ.










32 Villes et rØgions europØennes en dØcroissance
La notion de systŁme de peuplement
Les Øtudes menØes sur des temps relativement longs ont plutt privilØgiØ la
distribution ou la redistribution des populations de plus en plus nombreuses sur un
territoire donnØ, comme dans le cas de travaux d archØologues et de gØographes sur
la basse vallØe du Rhne [ARC 98]. L Ømergence de ce qu il est coutume d appeler
un systŁme de peuplement partir dun ensemble d habitats plus ou moins dispersØ
sur un territoire est alors privilØgiØe. Toute aussi importante est l identification des
« forces » qui permettent de structurer ce systŁme de peuplement voire d en assurer
la cohØsion, dans la mesure oø ces forces garantissent l espacement et la
hiØrarchisation des diffØrents lieux appartenant ce systŁme. L approche systØmique
adoptØe alors permet d envisager ces diffØrents lieux comme un ensemble d ØlØments
en interactions en fonction de leurs caractØristiques respectives : autrement dit, ce
qui se passe en un lieu influence et est influencØ par ce qui se passe dans les autres
lieux [DUR 01, ROS 75]. Tout systŁme de peuplement peut alors Œtre considØrØ
comme le rØsultat darbitrages menØs des Øchelles diffØrentes. Ainsi, l analyse de
l ensemble de situations locales ne perm et pas le plus souvent de dØgager de
tendances nettes, laissant penser que tout ne serait qu alØatoire. Quon ne sy
trompe pas : la mise en Øvidence de rØpartitions alØatoires de phØnomŁnes ne doit
pas Œtre considØrØe de maniŁre nØgative. Elle ne fait que traduire qu en certains
endroits des « forces » d attraction voire de polarisation dominent, alors que dans
d autres dominent plut t des phØnomŁnes de « rØpulsion » ou de concurrence.
Certains auteurs vont mŒme jusqu affirmer quun systŁme de peuplement peut Œtre
assimilØ la rØsultante de la mise en tension et des Øquilibres trouvØs entre systŁmes
sociaux et systŁmes politiques [ARC 98].
HiØrarchie, espacements et lieux centraux
En privilØgiant les dynamiques de telles structures, ces systŁmes de peuplement
sont-ils susceptibles de parvenir un Øtat dØquilibre stable ? Les apparences sont
trompeuses car elles cachent les nouveaux dØfis auxquels les diffØrents ØlØments, qui
sont en interrelations et interagissent, ont faire face et qui les obligent en
permanence innover, capter les innovations et, de maniŁre plus gØnØrale,
s adapter aux nouvelles contraintes du systŁme.
Au-del des dynamiques qui animent tout systŁme de peuplement et qui ont
conduit certains auteurs parler de systŁme Øvolutif plutt qu en Øquilibre instable,
la dimension hiØrarchique plus ou moins marquØe ne fait pas que renvoyer aux
concentrations plus ou moins importantes de populations [PUM 82]. Cette dimension
hiØrarchique renvoie Øgalement la rela tion non linØaire inverse entre nombres et
tailles des ØlØments : moins les ØlØments comptent d habitants, plus ils sont �





Introduction 33
nombreux ; linverse, plus les ØlØments concentrent de populations, moins leur
nombre est important [BEG 92]. Cette dimension hiØrarchique renvoie enfin aux
espacements moyens entre ØlØments de taille comparable mais aussi entre ØlØments
de tailles diffØrentes. Pour un niveau hiØrarchique donnØ et toutes choses Øgales
quant aux contraintes de l environnement, les ØlØments sont plut t espacØs
rØguliŁrement les uns des autres et soulignent ainsi la prØdominance des « forces »
de rØpulsion : la distance moyenne entre ØlØments est d autant plus importante que
ceux-ci correspondent de fortes concentrations de population. Cest en fonction de
cette trame de peuplement bien diffØrenciØe que les Øquipements et les services sont
implantØs. Le recours ces Øquipements et ces services est plus ou moins frØquent
[BEG 92]. Les grands centres peu nombreux abriteront ainsi les Øquipements et les
services pour lesquels les consommateurs sont prŒts parcourir de longues distances
car ils sont trŁs rares. A l opposØ, les pl us petits centres, trŁs nombreux, abriteront
les Øquipements et les services auxquels les consommateurs ont trŁs frØquemment
recours et qui se trouvent rapidement en concurrence. Il va de soi que les
Øquipements et les services prØsents dans les niveaux les plus bas de la hiØrarchie du
systŁme de peuplement sont aussi prØsents dans les niveaux supØrieurs. Voici
brossØes grands traits les principales caractØristiques des systŁmes de peuplement
et leurs dynamiques, qui renvoient en partie la thØorie des lieux centraux de Walter
Christaller [CHR 33].
DØcroissance dØmographique, bifurcations et cohØsion territoriale
S il faut filer la mØtaphore de lapproche systØmique, que peut-il se passer quand
se produit une bifurcation qui affecte durablement un systŁme de peuplement, son
fonctionnement et forcØment les relations et les interactions entre les ØlØments qui en
font partie ? La bifurcation ne peut signifier un simple retour aux Øtats antØrieurs qui
ont pu caractØriser le systŁme de peuplement. Il para t en effet peu vraisemblable de
pouvoir parcourir la flŁche du temps en sens inverse. La bifurcation signifie en
revanche que les Øquilibres entre les ØlØments du systŁme sont affectØs par le
changement voire la disparition de certains d entre eux. Quels sont alors les
ØlØments les plus fragiles, vulnØrables, ceux qui parviennent se maintenir voire
consolider leur position ? Leur identification constitue la principale difficultØ car
elle peut permettre de comprendre, ou tout au moins de prØvoir, les nouvelles
configurations territoriales du systŁme de peuplement (voir conclusion).
Les nombreux travaux traitant de la localisation de services et dØquipements de
base peuvent Œtre classØs en fonction de leur angle dapproche. Peuvent Œtre
distinguØes les Øtudes qui sintØressent aux principes de localisation et aux modŁles
susceptibles d Œtre mobilisØs pour aider localiser tel service ou tel Øquipement. Ces