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VILLES NOUVELLES ET VILLES TRADITIONNELLES

De
352 pages
La création des villes nouvelles modernes a été une des innovations urbaines marquantes du XXe siècle, largement diffusée en Europe après la Seconde guerre, à l'Est comme à l'Ouest. Cet ouvrage repose sur une double comparaison. D'une part entre des pays différenciés de 1950 à 1990 par leur tradition urbaine, par leur organisation économique ; d'autre part entre des villes nouvelles et des villes traditionnelles au sens où leur développement a été et reste classique.
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VILLES NOUVELLES ET VILLES TRADITIONNELLES
Une comparaison internationale

Illustration de couverture: Les "Trois aimants" d'Ebenezer Howard (Garden cities of Tomorrow 1898) mettent en évidence les avantages et les inconvénients de la vie à la ville et à la campagne, la "ville à la campagne" cumulant les avantages des deux sans en avoir les inconvénients.

@ L'Harmattan,

1999

ISBN: 2-7384-7469-1

Nicole HAUMONT Bohdan JALOWIECKI, Moïra MUNRO, Viktoria SZIRMAI

VILLES NOUVELLES ET VILLES TRADITIONNELLES
Une comparaison internationale

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris -FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Nous remercions: . Gabriel Dupuy du PIR-Villes (CNRS) pour son soutien et pour le financement de cette recherche internationale. Françoise Wintersdorff, Aude Nguyen et Morgane Brandily pour l'aide qu'elles ont apportée à la préparation de cet ouvrage.

Sommaire
Introduction générale..........................................................................
PREMIERE PARTIE: LES VILLES FRANCAISES La création des villes nouvelles françaises Le contexte ... Les villes nouvelles d'lle-de-France Urbanisations traditionnelles Quatre villes typiques Les acteurs de l'urbanisme Le peuplement et urbanisations ... nouvelles

7
Il 13 ... 13 17 24 24 35 50 113 114 118 122 128 137

La vie sociale dans les villes nouvelles Les proximités L'espace de la ville Les associations Conclusion Annexes

DEUXIEME PARTIE:

LES VILLES HONGROISES

159

Les processus sociopolitiques dans la naissance et l'évolution des villes nouvelles en Hongrie L'histoire des formes urbaines et les acteurs de l'urbanisation La construction des villes nouvelles Les principes fondamentaux des plans des villes nouvelles Les principaux acteurs de la création et du développement planifiés des villes Le peuplement La composition démographique et sociale de la population, par types d'agglomération Etude comparée de la structure socio-démographique des villes nouvelles et anciennes par quartiers La vie sociale La politique urbaine et les conflits sociaux dans les villes nouvelles Les bases sociales de la politique urbaine Mouvements sociaux et écologistes. Conflits d'environnement..
CODe} usioD Annexes

163 168 168 170 171 178 182 188 192 192 194 197
200 205

TROISIEME PARTIE:

LES VILLES POLONAISES

235

La création des villes nouvelles, acteurs et idéologies L'espace urbain et l'idéologie à l'époque du socialisme Les facteurs de localisation des villes nouvelles de Haute-Silésie Les acteurs de l'urbanisation à Tychy Les nouveaux acteurs de l'urbanisation Structures socio-démographique de la population et conditions de logement Les villes de Bielsko et de Tychy Les quartiers et les zones statistiques Tychy - Conséquences sociales de la création de l'espace urbain Les quartiers les plus anciens de la ville nouvelle Le centre Les grands ensembles périphériques Les anciens villages inclus dans les limites de la ville Conclusion Annexe

241 241 244 246 250 254 255 262 274 276 277 280 282 284 287

QUATRIEME PARTIE: LES VILLES ECOSSAISES Contexte historique East Kilbride Hamilton Le peuplement Structure démographique de East Kilbride et Hamilton
Structure démographique par quartier

291 294 294 302 304 304
307

......................................
spatiale

East Kilbride et Hamilton: différenciation Emplois et statut d'occupation Caractéristiques démographiques Conclusion

312 312 313 315

Annexe

."

319
331

Conclusion générale

INTRODUCTION

Les villes nouvelles occupent une place importante dans l'histoire telTitoriale de l'Europe du 20ème siècle, aussi bien dans le champ des doctrines de l'urbanisme moderne, dont Ebenezer Howard a été un des prophètes, que dans le champ opérationnel où des dizaines de créations urbaines se sont réclamées des méthodes de développement propres aux villes nouvelles. Dans cet ensemble, les villes fondées à l'ouest comme à l'est du continent après la Seconde Guerre mondiale, et plus précisément dans les années 1946-1975, retiennent particulièrement l'attention car elles résultent de décisions qui ont été prises dans des contextes nationaux très différents mais qui visaient toutes la modernisation de la société. Il a donc semblé intéressant d'établir un bilan de ces fondations de la seconde moitié du 20ème siècle, à un moment qui s'y prête: les changements culturels et politiques survenus en Europe depuis quelques années aident à trouver le recul nécessaire, la redéfmition du rôle des Etats place les méthodes de la planification urbaine sous un éclairage nouveau, la précarisation de nombreux habitants des villes réintroduit dans la civilisation urbaine européenne des situations que l'on pensait disparues. Ce bilan a évidemment bénéficié des nombreuses études et recherches qui ont mis en valeur l'originalité, la diversité et l'importance des urbanisations nouvelles!. Notre recherche a cependant un objet propre: l'espace social des villes nouvelles, tel qu'il a été présenté dans les programmes et projets, tel qu'il a été construit par les acteurs de l'urbanisation et tel qu'il apparait aujourd'hui dans la répartition du peuplement et dans les pratiques des habitants.

En choisissant d'étudier l'espace social des villes nouvelles, on entend donner toute son importance à une dimension historiquement originale des politiques d'urbanisme en Europe au 20ème siècle lorsqu'elles visent en même temps les conditions matérielles des modes de vie, la composition du peuplement et la sociabilité urbaine, même si ces objectifs ne sont pas toujours des priorités. Le projet d'une réforme urbaine avait été amorcé partiellement au 19ème siècle par des actions d'envergure sur l'assainissement, la voirie et les transports et par des innovations dans l'habitat social et dans les équipements mais l'idée d'intervenir globalement sur les dimensions physiques et sociales de l'urbanisation est plus spécifique du 20ème siècle. Les villes nouvelles en sont une manifestation exemplaire. Les propositions howardiennes portaient en effet sur les logements et les emplois mais aussi sur l'accès à la nature, sur la modération des profits permis par l'urbanisation et sur une programmation des services conforme à l'intérêt général,
!I Merlin P., Les villes nouvelles, Paris, PUF, 1972, 2ème édition. Chaline C., Les villes nouvelles dans le monde, Paris, PUF,1985. 7

fondée sur la coopération, assurant la libertél. Les maîtres d'ouvrage des villes nouvelles d'Europe après 1945 ont partagé la conviction que l'innovation urbanistique devait avoir des effets sociaux et leurs propositions ont emporté l'adhésion d'urbanistes et d'architectes familiers de la critique sociale de la ville du 19ème siècle et des recommandations faites par le Mouvement des cités-jardins ou par les Congrès Internationaux de l'Architecture Moderne. Un premier objectif de la recherche est donc d'évaluer si les programmes et les projets des villes nouvelles ont tenu leurs promesses et atteint leurs . objectifs, dans

le champ spécifiquede la vie sociale.

La réussite des politiques d'urbanisme reste cependant relative et les performances des villes nouvelles ont d'autant plus de sens qu'elles sont comparées à celles de l'urbanisation traditionnelle. La question est simple: des changements dans la société touchent la répartition du peuplement, les modes de vie et la sociabilité; ces changements sont pris en charge par des politiques urbaines différentes; les résultats sont-ils différents? Le bien-fondé de la question est parfois occulté par la vigueur de la critique de l'urbanisation traditionnelle, venue notamment des tenants des villes nouvelles. Au pied de la lettre, les régulations habituelles du système urbain favoriseraient surtout les égoïsmes, l'incompétence et l'immobilisme et susciteraient le désordre et l'injustice. Dans cette hypothèse, il faudrait évidemment les changer. On peut être moins doctrinal, ou doctrinaire, et considérer que deux types de politique urbaine et de méthodes d'urbanisme sont confrontés à la modernisation. D'un côté, les villes nouvelles ont privilégié une planification et une programmation dont on attendait qu'elles permettent des changements rapides et cohérents. D'un autre côté, dans l'urbanisation traditionnelle, on a tablé plutôt sur les initiatives des acteurs de la société civile pour susciter des adaptations et des transformations. Etant entendu que le schématisme de cette opposition peut toujours être atténué par les situations locales et par le temps: d'une part la planification n'a contrôlé que partiellement les dynamiques sociales, d'autre part des tentatives de rationalisation sont intervenues dans les régulations de l'urbanisation traditionnelle. Un deuxième objectif de la recherche est donc de comparer la situation sociale de villes nouvelles à celle de villes anciennes. Les comparaisons doivent évidemment se faire à l'intérieur de contextes qui leur donnent du sens, le choix de réaliser ou de ne pas réaliser des villes nouvelles

1 Howard E., Tomorrow: a Peaceful Path to Real Reform, London, Swan Sonnenschein, 1898. Howard E., Garden Cities of Tomorrow, London, Swan Sonnenschein, 1902. Lewis Mumford voyait dans l'utopie howardienne un type de communauté équilibrée (dans un essai introductif à une réédition des Garden Cities, en 1946). La question reste cependant ouverte de savoir ce qu'est une dynamique communautaire observe Frederic J. Osborn, vétéran du mouvement des villes nouvelles britanniques, dans une lettre de 1956 à L. Mumford (citée, dans Ward c., New Town, Home Tow~, The lessons of experience, London, Calouste Gulbenkian Foundation, 1993, p.19). 8

n'ayant de signification qu'en référence aux objectifs et aux moyens du changement social présents dans une société à un moment donné. Les contextes nationaux de l'Europe de la seconde moitié du 20ème siècle répondent bien à ces conditions. Les différences entre les pays de l'Ouest et ceux de l'Est ont été fortes très longtemps, et le restent encore à bien des égards. A l'intérieur de chaque pays, l'ensemble du système des acteurs de l'urbanisation et des régulations est suffisamment cohérent pour que l'on puisse y apprécier les différences qui résultent directement des politiques d'urbanisme. Les comparaisons effectuées pour la recherche portent donc sur des binômes ville nouvelle/ville ancienne dans quatre contextes, ceux de la France, de la Hongrie, de la Pologne et de l'Ecosse. Dans chacun de ces contextes quatre thèmes de recherche ont été retenus, visant la création des villes nouvelles, les acteurs de l'urbanisme, les structures sociodémographiques des populations urbaines et les formes originales de la vie sociale.
Quatre équipes pluridisciplinaires ont participé à cette recherche.

- En France, une équipe dirigée par Nicole Haumont, Directeur de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique, était constituée de chercheurs du Centre de Recherche sur l'Habitat. Elle a étudié deux villes nouvelles d'lle-de-France, Cergy-Pontoise et Marne-la-Vallée, et deux villes traditionnelles situées aux confins du bassin parisien, Amiens et Orléans. - En Hongrie, une équipe dirigée par Viktoria Szirmai, Maître de recherche au Centre de Recherche des Conflits Sociaux de l'Académie des Sciences de Hongrie, Budapest, a regroupé des chercheurs des Universités de Budapest et de Dunaujvaros. Elle a étudié les villes nouvelles de Dunaujvaros et de Ajka, et les villes anciennes de Baja et Papa. - En Pologne, une équipe dirigée par Bohdan Jalowiecki, professeur à l'Université de Varsovie et chercheur à l'Institut Européen pour le Développement Local et Régional, Varsovie, comprenait des chercheurs des Universités de Varsovie et de Tychy. Elle a étudié la ville nouvelle de Tychy et la ville ancienne de Bielsko-Biala. - En Ecosse, une équipe dirigée par Moïra Munro, professeur à l'Université Heriot Watt, Edimbourg, chercheur au Centre for Housing Research and Urban Studies, Glasgow, et Madhu Satsangi, Maître de conférence à l'Université Heriot Watt, Edimbourg, chercheur au Scottish Homes, Edimbourg; comprenait des chercheurs de l'Université d'Edimbourg. Elle a étudié la ville nouvelle d'East Kilbridge et la ville traditionnelle d'Hamilton. Au-delà d'un accord sur la conception générale du projet de recherche et sur les thèmes à étudier, il a été entendu que chaque équipe travaillerait sur son contexte national avec une marge d'autonomie et avec ses propres sources. Cette méthode est appropriée à une compréhension en profondeur des particularités nationales dans les processus d'urbanisation et dans leur mise en perspective par la recherche, chaque 9

équipe choisissant de mettre l'accent sur des faits qu'elle jugeait plus importants que d'autres. En bonne connaissance de cause, compte tenu de l'expérience des chercheurs, de la connaissance des recherches déjà réalisées sur le thème dans chaque pays et de la perception directe des valeurs privilégiées dans chaque modalité nationale du changement social. La lecture des quatre textes présentés permet de comprendre pourquoi et comment des villes nouvelles ont été créées en Europe après 1946 dans des sociétés différentes et comment elles ont évolué: les informations données sur la Hongrie et la Pologne sont particulièrement intéressantes pour le lecteur français, exposé à n'avoir qu'une connaissance assez académique ou lointaine des politiques urbaines dans ces pays.

10

PREMIERE PARTIE

LES VILLES FRANCAISES

Nicole Haumont
avec la collaboration de Amine Benaïssa, Catherine Bessière, Maryse Blanchet, Antoine Haumont, Marc Trouyet, Françoise Wintersdorff, Armand Zouari

Nous remercions Marc Eginard, Etablissement Public d'Aménagement de Cergy-Pontoise, Maurice Salesse, Etablissement Public d'Aménagement de Marne-La-Vallée, Jean-Luc Godard, Service des Etudes d'Urbanisme de la Ville d'Amiens, et Thierry Troubat, Agence d'Urbanisme de l'Agglomération orléanaise, pour l'aide qu'ils nous ont apportée.

La modernisation de la société et la croissance urbaine avaient provoqué après 1950 d'assez forts dysfonctionnements dans les villes françaises. La tradition nationale de la ville dense s'accommodait mal de l'extension des agglomérations. La culture des urbanistes et de l'administration récusait plus ou moins ouvertement la dispersion péri-urbaine. L'augmentation de la mobilité quotidienne déjouait les prévisions, en particulier à cause des choix des citadins pour l'automobile. Au début des années 1960, il apparaît que les solutions choisies pour traiter ces dysfonctionnements rencontrent un succès inégal. D'une part, la coordination entre les actions de l'Etat et celles conduites ou souhaitées par les acteurs locaux est souvent insuffisante. D'autre part, les innovations opérationnelles mises en œuvre après 1955 pour construire des logements et créer des quartiers nouveaux donnent des résultats décevants auxquels les images peu valorisées des Z.U.P. - Zones d'Urbanisation Prioritaire - et des grands ensembles vont s'attacher. Entre 1965 et 1969, la création de villes nouvelles entend répondre à ces problèmes, par une concentration des pouvoirs dans la main de l'Etat et par l'ouverture d'un champ de création urbanistique et architecturale. Les objectifs principaux portent sur le cadre de vie et sur les modes de vie, ce qui n'exclut pas des préoccupations économiques mais celles-ci s'inscrivent plus ftéquemment dans le domaine des politiques publiques - comment financer l'urbanisation? comment rationaliser les

dépenses? - que dans celui des effets attendussur les performancesdes entreprisesbien que le projet d'une cité scientifique ait été à l'origine de la ville nouvelle de Lille-Est et, qu'aujourd'hui, les villes nouvelles d'lle-de-France soient dotées d'Universités et de Grandes Ecoles.

LA CREATION

DES VILLES NOUVELLES

FRANCAISES

Le contexte
A la différence de ce qui s'est produit dans d'autres pays européens 1, les créations de villes nouvelles ftançaises ont été décidées dans une période très courte. En 1965, le Schéma Directeur d'Aménagement et d'Urbanisme de la région parisienne retient le

principe de créer des centres urbains nouveaux autour de Paris

-

prévus; cinq seront fmalement mis en valeur: Cergy, Noisy-le-Grand, Marne-laVallée, Sénart, Evry et Saint-Quentin. En 1967 deux créations sont décidées en province: Le Vaudreuil, au sud de Rouen, et Lille-Est, proche de la métropole du nord. Une troisième création suivra en 1969, l'Isle d'Abeau, au sud-est de Lyon, et
1

sept sites sont

En particulier dans le Royaume-Uni:

après une première période de créations (1946-1950) et une
est créée), quatorze autres urbanisations nouvelles sont

pause de 1951 à 1960 (une seule ville nouvelle décidées entre 1961 et 1970.

13

la série sera terminée, la ville nouvelle des Rives de l'étang de Berre, à l'ouest de Marseille, n'ayant pas eu d'existence réelle. On note qu'il s'agit toujours d'intervenir dans le peuplement d'aires métropolitaines, sans se référer particulièrement au logement de la main-d'œuvre de grandes entreprises comme cela avait été le cas à l'est de l'Europe. La création est décidée par le gouvernement qui choisit un site et y installe une Mission d'aménagement - en 1966 à Cergy, en 1969 à Noisy-Mame. Cette mission prépare le Schéma de structure de la ville nouvelle, en particulier la délimitation du périmètre qui englobera les communes et les fractions de communes auxquelles le nouveau statut s'appliquera. Les villes nouvelles ne suppriment pas les communes du site ou ne déplacent pas leur population: elles leur enlèvent simplement la maîtrise des opérations d'urbanisme. Pour prévenir la spéculation, des réservations et des acquisitions foncières sont effectuées, sans d'ailleurs qu'il y ait besoin de recourir à des mesures d'exception car les outils opérationnels à la disposition des Préfets sont suffisants. La création officielle repose sur la mise en place d'un Etablissement Public d'Aménagement - en 1969 à Cergy, en 1972 à Marne - chargé du développement de l'agglomération nouvelle dans le périmètre retenu. Son Conseil d'administration est présidé par un homme politique local mais son directeur est nommé par l'Etat. Les relations des Etablissements publics avec les communes concernées seront fixées entre 1970 et 1984 par des lois qui maintiennent l'identité communale mais établissent des Syndicats intercommunaux responsables de diverses opérations et chargés d'une péréquation partielle entre les ressources fiscales propres aux ] communes.

L'apparition des villes nouvelles dans la planification française pouvait surprendre. Cette planification était organisée et coordonnée depuis 1946 par le Commissariat Général au Plan, institution qui avait beaucoup fait pour populariser les idées sur la modernisation de la société, sur la rationalisation de l'économie et sur la prévision. Ses travaux initiaux ne portaient cependant qu'occasionnellement sur la planification territoriale et urbaine, comme on peut s'en rendre compte en lisant un exposé de Pierre Massé sur l'aménagement du territoire, en 1964, où la seule recommandation précise porte sur l'affichage du coût réel des services urbains2. En 1963, la dimension régionale de la planification avait cependant été prise en compte par la création d'une Commission du Plan, la Commission nationale à l'aménagement du territoire, qui se préoccupait des équilibres territoriaux, mais ce n'est qu'après 1966 que les services du Plan donnent à l'aménagement urbain une attention plus soutenue. Par exemple dans la mise sur pied d'un groupe de travail
[

Sur l'ensemble de ces questions:

- Steinberg Jean, Les - Roullier Jean-Eudes,

villes nouvelles

d'Ile-de-France,

Paris, Masson,

1981.

éd, Vingt-cinq ans de villes nouvelles en France, Paris, Economica, 1989. - Merlin Pierre, Les villes nouvelles en France, Que sais-je? n02609, Paris, PUF, 1991. 2 Massé Pierre, 1964, "L'aménagement du territoire", in Le plan ou l'anti-hasard, Paris, ColI. Idées, Gallimard, 1965. P. Massé est alors Commissaire général au Plan.

14

qui note l'importance de la dimension culturelle dans la civilisation urbaine, souligne le rôle décisif des centres dans le développement des villes et s'intéresse à la ségrégation sociale dans l'espace urbain. Le groupe recommande aussi que le gouvernement des villes soit assuré par des instances plus autonomes et plus responsables!. On note cependant que ces analyses n'ont pas eu de prolongement direct dans les rapports du Vlè Plan (1971-1975) et du Vllè (1976-1980) qui ne

traitent des politiques urbaines qu'en termes macro-physiques- les logements, les
équipements - et macro-fmanciers2. Les villes nouvelles sont par contre mentionnées dans ces deux rapports qui y prévoient la continuation et l'intensification de la mise en place des logements et des équipements, allant même jusqu'à évaluer les fmancements attendus de l'Etat dans les agglomérations nouvelles. Comme cette pré-programmation fmancière n'est pas fournie pour les autres types de villes, il est permis de voir dans les quasiengagements indiqués par les Plans un succès pour le lobby technico-administratif des villes nouvelles. Si les références aux villes nouvelles apparaissent tardivement dans la planification générale, elles ne sont guère plus présentes avant 1960 dans les doctrines et les pratiques de l'aménagement du territoire et de la planification urbaine. Le retentissement durable du livre Paris et le désert français, publié en 1947 par le géographe Jean-François Gravier, illustre assez bien les représentations du territoire dans une politique d'aménagement où le poids de l'agglomération parisienne est jugé excessif. La réflexion aboutit en 1964 à la désignation de huit grandes villes de province considérées comme le niveau supérieur de l'armature urbaine, après Paris, et auxquelles le Vè Plan (1966-1970) donne une vocation de métropoles d'équilibre. Ces métropoles bénéficient pendant quelques années d'une attention particulière dans les études et dans les fmancements et seront dotées de Schémas directeurs qui donneront à plusieurs d'entre elles l'opportunité de proposer les créations des villes nouvelles mentionnées plus haut - Le Vaudreuil et Lille-Est en 1967, L'Isle d'Abeau et les Rives de l'Etang de Berre en 1969. L'influence de la préparation du Schéma directeur parisien et de ses propositions de villes nouvelles est évidente en cela qu'elle met soudain au premier plan ce type de création mais, pour le reste, on est plutôt frappé par le caractère circonstanciel des choix: dans seulement trois métropoles sur huit, une ville nouvelle est créée (à Lille, à Lyon et à Marseille), une création est située dans une aire très urbanisée (la Basse-Seine) mais en complément d'une agglomération du deuxième rang (Rouen). Les doctrines et les outils de la planification urbaine française entre 1955 et 1967 n'appellent d'ailleurs en rien la création de nouveaux sites urbains. Un de leurs objectifs est de mieux coordonner les interventions de l'Etat dans chaque agglomération - notamment par les Plans de Modernisation et d'Equipement
1 Les villes, 1. L'urbanisation; 2, La société urbaine. Collection Plan et Prospectives, Paris, A. Colin, 1970.2 vol. 2 En 1970, Michel Rochefort, qui avait contribué à la définition des objectifs d'une politique d'urbanisation, dénonce "l'insuffisance de l'urbanisme" dans ('aménagement (Rochefort M. et a., Aménager le territoire, Collection Société, Paris, Seuil, 1970). 15

instaurés en 1961. Un autre objectif porte sur l'accroissement des terrains constructibles, sur les moyens de les équiper et sur la programmation des logements - par des dispositifs opérationnels dans des sites précis: zones opérationnelles d'habitat, zones d'urbanisation prioritaire, zones d'aménagement concerté, zones d'aménagement différé, etc. Un troisième volet repose sur le développement de l'intercommunalité, surtout dans la réalisation et le fonctionnement des équipements. L'ensemble est repris dans un texte de 1967 dit Loi d'Orientation foncière. Ces dispositions seront utiles aux maîtres d'ouvrage des villes nouvelles qui en feront un grand usage, en particulier pour maîtriser l'offre foncière et pour répartir les coûts de l'urbanisation entre les promoteurs, mais elles n'apportent en elles-mêmes rien qui soit favorable ou défavorable à la création de villes nouvelles et elles ont été employées sur tout le territoire dans des contextes urbains variés. Il a pu se faire que l'ensemble du dispositif réglementaire et opérationnel ait été mobilisé pour un projet urbain global - à Mourenx dans les Basses-Pyrénées pour loger la main-d'œuvre d'une entreprise pétrolière, à Sarcelles dans la banlieue parisienne - mais sans que ces opérations valorisent beaucoup l'image des urbanisations nouvelles. L'absence de référence aux villes nouvelles dans les doctrines et les pratiques de la planification urbaine fTançaiseau tout début des années 1960 ne signifie évidemment pas que l'urbanisation de cette époque ne suscitait pas des problèmes et des attentes. La croissance démographique des villes - notamment des plus grandes - avait été forte, la mobilité quotidienne augmentait, les horizons de la consommation des ménages s'élargissaient, sans que les politiques d'urbanisme répondent bien à ces transformations: l'encombrement des aires centrales défiait des actions trop partielles, la modernisation des banlieues et des lotissements anciens semblait hors de propos, l'avenir des quartiers nouveaux fondés sur des grands ensembles de logement et des zones d'urbanisation prioritaires apparaissait déjà incertain. Les idées sur les villes ne manquaient d'ailleurs pas, venues pour l'essentiel de la critique des évolutions urbaines du siècle précédent et de ce qui pouvait être considéré comme leur aggravation. Les conditions matérielles des modes de vie plus spécialement dans les classes laborieuses - avaient été mises en cause depuis longtemps ainsi que les inégalités et les déséquilibres dans les structures des sociétés urbaines. L'assainissement, l'amélioration de l'hygiène des logements et la création d'équipements pour la vie quotidienne avaient été les urgences du 19ème siècle, mais les doctrines d'urbanisme depuis 1900 environ avaient donné une place à des projets qui portaient sur une meilleure utilisation des ressources et sur une meilleure répartition du peuplement, en donnant une place importante aux politiques publiques I. Des propositions précises avaient été faites parmi lesquelles on peut retenir celles qui étaient plutôt dans la continuité d'Howard et du mouvement des cités-jardins et celles qui se référaient plutôt à la doctrine du Mouvement moderne et à la Charte d'Athènes. Encore convient-il de ne pas trop simplifier dans le
I

On a pu noter d'importants éléments de continuité dans la gestion des villes en France depuis le début
et politique dans la prévision urbaine.

du siècle jusqu'à 1967. Gaudin J.P., L'avenir en plan. Technique 1900-1930, Collection Milieux, Champvallon, 1985.

16

foisonnement des points de vue sur les villes qui existaient dans la société française du début des années 1960 et dont la consultation menée par Paul Delouvrier en 1962 donne une idéel.

Les villes nouvelles d'Ile-de-France
En 1961 Paul Delouvrier avait été placé à la tête du District de la région de Paris, pour mettre en œuvre le Plan d'Aménagement et d'Organisation Général de la Région parisienne adopté en 1960, pour mener des études d'urbanisme et pour contribuer à une réforme administrative de la région. La formation d'Inspecteur des fmances de Paul Delouvrier et les étapes de sa catrière l'avaient placé depuis longtemps au coeur de l'appareil d'Etat, de ses méthodes et de ses réseaux. En 1958, il avait accédé au niveau le plus élevé de la politique en occupant la fonction de Délégué général du gouvernement français en Algérie jusqu'en 19602. De retour dans la capitale, il allait défmir une stratégie pour la région de Paris, rejoignant ceux qui demandaient que les politiques urbaines soient fondées sur le long terme et ouvrant de fait la période dite de "l'urbanisme stratégique" dans l'action de l'Etat en France3. A quoi s'ajoutait le contact direct de Paul Delouvrier avec le Président de la République de l'époque, le Général de Gaulle. P. Delouvrier acquiert rapidement la conviction que la croissance démographique de la région - dont le recensement de la population réalisé en 1962 "révélait" le rythme élevé - allait se poursuivre et que l'Etat devait se donner les moyens d'y faire face. Il donne une nouvelle ampleur aux études dont l'Institut l'Aménagement et d'Urbanisme de la Région Parisienne avait la charge depuis 1960, et fait créer en 1962 l'Agence Foncière et Technique de la Région Parisienne, un établissement public susceptible d'intervenir dans les transactions foncières. En 1963 et 1964, la préparation d'un Schéma Directeur d'Aménagement et d'Urbanisme pour la région de Paris permet de retenir de grands objectifs: "mettre à la disposition du plus grand nombre quelques conditions matérielles du bonheur", "restaurer une possibilité de choix dans la vie du citadin moderne", "créer le cadre et

[ Paris en question. Une enquête du District de la Région de Paris, Paris, PUF, 1965, L'ouvrage présente la synthèse des réponses de quatre-vingt-onze personnalités à un questionnaire sur "La Région parisienne à la fin du siècle". Un aspect étonnant de cette consultation est que les architectes et les urbanistes en avaient été exclus alors que les réponses traitent principalement de la maîtrise d'ouvrage et de la maîtrise d'œuvre. Paul Delouvrier ajugé, par ailleurs, que l'enquête ne lui avait rien apporté de substantiel. 2 Chenu Roselyne, Paul Delouvrier ou la passion d'agir, Paris, Seuil, 1994, L'ouvrage est une biographie relatée et commentée par p, Delouvrier dans des entretiens avec l'auteur du livre. Un long chapitre, "L'esprit de décision: histoire du schéma directeur", porte sur les années 1961-1969.
3

Jean-Paul Lacaze a présenté et discuté la notion de planification stratégique dans Je chapitre XIII de
à la planification urbaine, Paris, Editions du Moniteur, 1979.

son Introduction

17

les conditions d'une meilleure architecture" 1. La réalisation de centres urbains périphériques est perçue comme un des moyens d'atteindre ces buts, soit en modernisant la banlieue existante, soit surtout en créant des villes nouvelles2. Les urbanisations nouvelles s'inscrivaient dans plusieurs dimensions, spatiale et fonctionnelle mais aussi sociale et politique3. Ce qui n'allait pas sans susciter des inquiétudes ou des oppositions, dont les principales venaient d'agriculteurs directement touchés, de propriétaires fonciers ou d'opérateurs immobiliers hostiles à l'intervention publique et, aussi, de formations politiques qui proposaient de combattre les inégalités sociales par d'autres moyens que ceux des politiques d'urbanisme - l'opposition du Parti communiste aux villes nouvelles a été vive et durable. Il faut retenir aussi les réserves des élus et notables locaux que le nouveau dispositif marginalisait. Il fallait donc convaincre, et légitimer une entreprise qui ne bénéficiait pas en première instance du répertoire rhétorique le plus habituel dans la présentation des politiques urbaines. Le discours édilitaire classique fondé sur l'identification des dirigeants aux citadins-citoyens n'était pas de mise. Les villes nouvelles ne s'inscrivaient pas non plus directement dans la figure du récit historique où l'obligation du développement tient au devoir dû à l'héritage et à la mémoire du site. Une argumentation nouvelle devait être présentée.

Les représentations

des villes nouvelles

Au niveau décisionnel le plus élevé, celui de Paul Delouvrier et du Schéma directeur, le propos s'attache avant tout à justifier le choix des villes nouvelles4. Le discours mêle, comme il convient, les arguments d'autorité (Ie bilan démographique, le constat des erreurs passées) et ceux propres à séduire (réaliser quelques conditions du bonheur). Il porte sur un champ fonctionnel organisé par l'opposition entre les contraintes et les choix et sur un champ symbolique, réduit d'ailleurs aux œuvres architecturales, où les pavillons de banlieue et les grands ensembles de logements tiennent lieu de repoussoirs. L'exercice était plus difficile à réaliser dans le champ politique où la création des villes nouvelles apparaissait clairement soutenue par une alliance au sommet de l'Etat, sans trop d'égards pour les autres échelons de la vie
"Objectifs de l'urbanisme et de l'aménagement en région de Paris", in Schéma Directeur d'Aménagement et l'Urbanisme de la région de Paris 1965, Paris, la Documentation française
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-

illustrée, 1966. , "Principes d'urbanisme au niveau de la région de Paris dans son ensemble", in Schéma Directeur... o.c. Marina Melendres-Subirats et Françoise Lentin ont proposé une intéressante distinction entre trois modèles de référence dans la mise en place des villes nouvelles, selon un degré croissant d'intervention dans le changement social: le modèle fonctionnel (répondre aux besoins), le modèle social (intervenir sur l'inégalité sociale), le modèle politique (donner la compétence aux habitants) ("La planification urbaine face au marché du logement: trois projets de villes nouvelles en France", Sociologie du travail, 1970, 4). Ces auteurs proposent de qualifier chacune des villes nouvelles par un des modèles de référence; nous pensons plutôt que les références aux trois modèles ont été présentes simultanément, plus ou moins, dans tous les sites. "Objectifs de l'urbanisme et de l'aménagement en région de Paris...", o.c. et aussi "Discours des ambassadeurs", prononcé par Paul Delouvrier le 6 janvier 1966. L'essentiel en a été publié par J.E. Roullier dans Vingt-cinq ans de villes nouvelles en France, o.c.
2

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politique. Paul Delouvrier déclarera cependant que la vie des villes nouvelles serait un plébiscite pennanent du fait que des habitants seraient amenés à s'y installer, ou non, que des commerçants seraient désireux de s'y installer, ou pas, ou que des sportifs pourraient y créer un stade, ou ne pas le faire. On touche ici à l'importance du discours dans la création des villes nouvelles, à la fois dans sa dimension rhétorique (convaincre, séduire) et dans sa dimension opérationnelle (la constitution d'un dénominateur commun pour l'actionl). Le discours devait tenir compte des discours particuliers, émanant des divers fonctionnaires, experts, professionnels et autres opérateurs qui allaient contribuer au développement des villes nouvelles, et les décoder pour construire un propos cohérent surpassant la multirationalité d'acteurs qui n'étaient pas conviés à une , .. 2 negoclatIon . Un exemple de la construction d'un propos cohérent tenant lieu de dénominateur commun est celui de l'emploi des références historiques, analysé par Sylvia Ostrowetsky. La ville y est vue comme un ensemble intemporel - une structure, un système - dans lequel se trouvent des éléments divers. On peut donc évoquer les fonnes historiques les plus variées de l'urbain - la cité grecque, le Paris de Louis XIV, la ville du Moyen-Age, les villes nouvelles - et convoquer tel ou tel élément que l'on juge significatif - les commerces, le forum, les déplacements quotidiens, les fortifications. Cette représentation diachronique et hétéroclite ne repose pas sur une analyse historique au sens strict tout en ouvrant la possibilité de puiser librement dans le répertoire historique des fonnes, des fonctions et de leurs significations sociales3. Les références constantes aux modalités historiques de la ville qui "rend libre" et "pennet des choix" sont-elles là seulement pour laisser croire que l'innovation s'inscrit dans la continuité? Lorsque Paul Delouvrier déclare que le projet des villes nouvelles est à la fois "conservateur et révolutionnaire", choisit-il à dessein des tennes qui appartiennent au vocabulaire historique pour habiller une entreprise que l'on peut juger en fait coupée des continuités culturelles et politiques constitutives de l'urbanisation française? La réponse se situe sans doute à deux niveaux: le sens de l'intérêt public et des missions de l'Etat place les hauts fonctionnaires français dans le sens de la continuité historique, la volonté technocratique de la modernisation comme rupture avec les régulations politiques et culturelles traditionnelles s'inscrit dans le registre du postmodernisme.

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"Dire et/ou faire", in Ostrowetsky Sylvia, L'imaginaire batisseur. Les villes nouvelles françaises, Paris,

Klincksiek, 1983. 2 On reconnait ici les thèses de Lucien Sfez (Critique de la décision, Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1973). Dans le livre de Roselyne Chenu, cité plus haut, Paul Delouvrier raconte comment Lucien Sfez l'avait présenté à des étudiants comme un super-décodeur, ce qui était peut-être un compliment pour le théoricien de la structure décisionnelle mais ce qui semble avoir mis le Délégué général du District d'assez mauvaise humeur. 3 Chapitre "Le paradigme urbain", in L'imaginaire bâtisseur. Les villes nouvelles françaises, o.c.

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Programmes

et projets

Après que la rhétorique du District et de son expérimenté Délégué général ait imposé le projet des villes nouvelles, d'autres représentations allaient intervenir dont la plus intéressante pour notre propos est celle d'une organisation hiérarchisée de l'espace adaptée à la fois au financement et à l'amortissement des investissements dans les villes nouvelles et à leur conception spatiale 1. Le centre de la ville doit être le niveau supérieur de la hiérarchie fonctionnelle et spatiale. Il est important et densément occupé; des services attractifs y sont concentrés; c'est le point nodal du réseau de transports de l'agglomération nouvelle et la principale plate-forme de l'offre de transports vers l'extérieur. Les quartiers constituent le niveau moyen. La majeure partie de ces quartiers sont destinés à l'habitat, groupant quelques milliers de ménages qui disposent d'équipements et de moyens de transport, notamment pour gagner le centre. Les îlots sont des unités plus petites, disposant de quelques équipements de proximité. Cette structure présente évidemment des analogies avec celle de la ville traditionnelle et, aussi, avec des propositions fréquentes dans les doctrines d'urbanisme de la première moitié du siècle qui portaient sur la création de quartiers nouveaux offrant aux ménages le cadre d'une vie meilleure et assurant une utilisation plus rationnelle du sol et des grandes infrastructures. Il était recommandé de constituer des unités de peuplement d'une taille réduite (petits quartiers, groupes d'habitations, unités de voisinage), dotées de bons logements, équipées, proches des emplois. On en attendait l'amélioration de la vie quotidienne et plus de sédentarité, dans la mesure où les logements, les services quotidiens et les emplois étaient voisins. Des emplois, des services moins quotidiens devaient cependant être concentrés dans les parties de la ville les plus accessibles et c'était la vocation des quartiers centraux. Dans un champ plus sociologique, on dira que dans l'urbanisme du 20ème siècle la vie de quartier devait reposer sur des liens organiques, caractéristiques de la communauté comme une structure idéalisée, et la fréquentation du centre devait être fondée sur des liens contractuels, caractéristiques de la société dans son ensemble2. La nouveauté du projet du District est dans la perception des effets pervers de cette structure: les liens organiques des communautés provoquent des regroupements et des exclusions qui engendrent fmalement trop de différences dans la composition du peuplement et trop de déséquilibres entre les quartiers; l'attraction excessive provoquée par les aires centrales suscite toutes sortes de problèmes. La solution logique est de contrôler suffisamment le destin des quartiers pour éviter ces
1

Roullier Jean-Eudes, "Les problèmes administratifs et financiers posés par la réalisation des villes

nouvelles de la Région parisienne", Michel J. et Warnier B. "Du Schéma régional au dessin de l'îlot", in Roullier Jean-Eudes. éd., Vingt-cinq ans de vil/es nouvelles en France..., o.c. 2 La distinction entre les relations commnnautaires et les relations sociétales dans les sociétés modernes est classiquement attribuée à F. Tonnies qui l'avait présentée en 1887 dans "Gemeinschaft und Gesellschaft" ("Communauté et Société"). Elle a souvent inspiré les sociologues dans l'étude des sociétés urbaines, notamment G. Simmel puis L. Wirth dans son article de 1938, "Urbanism as a Way of Life".

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inconvénients: la programmation des logements doit permettre le mélange social ou du moins des exclusives moins affirmées, l'équipement des quartiers doit tempérer l'attractivité du centre, réduire les déplacements et être une base pour les relations sociales. La programmation des proximités, aux échelles des quartiers et des îlots, est sans doute ce qu'il y a de plus original dans la conception des villes nouvelles d'Ile-deFrance. On attend de la mixité des types de logements d'une part qu'elle rapproche des ménages différents par leur position sociale et permette d'atteindre "l'objectif premier, l'équilibre social, condition d'une vie urbaine harmonieuse"! et d'autre part qu'elle assure l'existence d"'une communauté urbaine sans jrontière"z. Le thème est constamment repris: "l'habitat a été conçu, à Marne-la-Vallée, de manière à atténuer le plus possible les effets ségrégatifs,,3, "la ville nouvelle [de CergyPontoise]... s'est efforcée d'alterner les risques de ségrégation sociale,,4. L'îlot des Plants, le premier réalisé à Cergy, en 1972, associe 326 logements bénéficiant d'une aide publique à 278 logements non-aidés. Le programme des quartiers des Coteaux de Maubuée, à Marne en 1973, prévoit que la part des logements sociaux locatifs dans les 3 000 logements prévus sera au moins de 25 % et au plus de 40 %. Dans les îlots mis en concours pour réaliser un quartier de maisons de ville en 1976, à Jouy-Ie-Moutier, dans la ville nouvelle de Cergy-Pontoise, on juxtapose des logements locatifs sociaux et des logements à vendre. Dans le complexe du Palacio à Marne-la-Vallée, un des immeubles phares de la ville nouvelle, réalisé en 1982 par l'architecte Ricardo Bofill, 141 logements en accession à la propriété sont associés de très près à 376 logements locatifs sociaux, etc. Par ailleurs, la fonction première des équipements de quartier et de proximité est d'offrir aux ménages des services pour la vie quotidienne mais les maîtres d'ouvrage des villes nouvelles en attendent aussi qu'ils provoquent le développement et la cristallisation des relations sociales. A l'échelle du quartier (environ 10000 personnes), "la maison de quartier est l'équipement symbole et fédérateur qui regroupe les activités socio-culturelles et qui, lors du démarrage du quartier concentre toutes les initiatives" ; à l'échelle de l'îlot (1 500 à 2000 personnes) "au groupe scolaire, équipement de base, on a ajouté le local collectif résidentiel, dont la réglementation a été étendue à tous les logements et qui a permis la réalisation de véritables équipements résidentiels ouverts aux habitants"s.

Roullier J.-E., Avant propos à Atlas statistique des villes nouvelles d'Ile-de-France, 1995, o.c., page 6. Lettre d'accueil aux premiers habitants, in Hirsch B., 1990, Oublier Cergy... L'invention d'une ville nouvelle, Cergy-Pontoise, 1965-1975, Paris, Presses de l'Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, juin 1972, p.213 (à Cergy, B. Hirsch a été directeur de la Mission d'aménagement puis directeur de l'Etablissement public). J Cahiers de l'IAURP, n021, p.23, 1970. . "La ville nouvelle de Marne-la-Vallée", Jean Lachenaud, secrétaire général de l'Etablissement public d'aménagement de la ville nouvelle de Cergy-Pontoise, in Techniques et Architectures, 1974, n0301. 5 Menighetti Jean-Claude, 1989, "Autour de la centralité", in Cergy-Pontoise, 1969-1989, 20 ans d'aménagement de la ville, Paris, Editions Moniteur Images, p.56-57. 2

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Ces dispositions sont accompagnées d'espaces publics soignés et accessibles. La modération des prix fonciers, par l'intervention publique dans le marché des terrains, le permet mais l'intention des maîtres d'ouvrage et des maîtres d'œuvre n'est pas seulement de profiter de cette opportunité; ils voient aussi dans les espaces publics des éléments importants dans la structuration de l'espace et de la vie sociale. Ceci ne va pas sans un contrôle, ou au moins un encadrement, de l'espace privé. Dans la société des villes nouvelles, l'habitant doit être urbanistiquement correct et les maîtres d'ouvrage compétents y veillent. La diversité et la qualité de l'architecture ne sont d'ailleurs pas laissées au hasard ou aux initiatives privées. On en attend qu'elles soient présentes dans les divers quartiers, notamment pour garantir qu'il n'y a pas un décor pour les pauvres et un autre pour les riches. Un autre principe fort dans la conception des villes nouvelles d'Ile-de-France est d'offiir aux citadins une relation constante avec la nature, par des plantations, des pelouses ou des plans d'eau et par la proximité des bois, des champs et des rivières. Ce projet s'inscrit dans le renouveau fTançaisde la sensibilité environnementale des années 1960-1970 fondé sur l'apparition ou la redéfmition de diverses préoccupations: le rétablissement d'un lien fusionnel entre l'homme citadin et la nature, la création d'espaces institutionnels ouverts à une appropriation sans contraintes, une gestion sophistiquée des cycles physiques et chimiques dans le milieu urbain. La représentation d'une civilisation urbaine réconciliée avec la nature était dans le droit fil du projet howardien de la cité-jardin, enrichi par les doctrines environnementalistes et aussi par la demande d'espaces publics naturels pour les loisirs et les jeux. L'image de la nature dans les villes nouvelles comme cadre de vie a donc été constamment présente: évoquée par Paul Delouvrier, mise en forme et valorisée par les Etablissements Publics\ utilisée dans de nombreux documents conçus pour la valorisation et la commercialisation. D'autres éléments du programme des villes nouvelles, comme l'otITe de transports en commun ou comme l'implantation d'équipements centraux, restent dans un registre plus banal, même si telle ou telle réalisation innove, dans la conception ou dans les détails. L'idée de doter les villes de moyens de transport et d'équiper les places centrales par des magasins ou des théatres n'est en effet pas nouvelle. Il convient cependant de signaler que les villes nouvelles d'IIe-de-France ont rompu d'entrée avec le projet de lier étroitement les lieux du domicile et du travail. Ce projet, en partie inspiré par les images des marchés du travail dans les villes pré industrielles, avait été un des leitmotive des propositions de réforme urbaine depuis la fm du 19ème siècle, ou du moins de celles qui ne préconisaient
1

Gibacier Anne, "Images et représentations", chapitre 3 de Territoire institutionnel et identité urbaine
Mémoire pour le DEA Urbanisme et

des villes nouvelles. Etude de la ville nouvelle de Cergy-Pontoise. Aménagement de l'Institut d'Urbanisme de Paris, 1995.

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qu'un zonage modéré pour la localisation des activités. Il peut être considéré comme un élément constitutif des villes nouvelles anglaises - dans leur version howardienne et dans les réalisations d'après la Seconde guerre - mais ne sera pas nettementaffirmé dans la présentation des villes nouvelles françaises où, si l'accent est bien mis sur la nécessité de créer des emplois, rien ne dit que l'emploi sur place fait partie du programme. * * *

On est tenté de voir la création des villes nouvelles françaises comme un "coup" joué avec audace et beaucoup de brio. La concentration des décisions essentielles dans une période brève, au-delà de laquelle le modèle ne sera pas repris, plaide pour cette interprétation. La capacité de Paul Delouvrier de répondre à des attentes diffuses par des propositions hardies et d'imposer ses propositions au sein des affaires publiques a beaucoup compté. Le projet de maîtriser et de rationaliser les dynamiques urbaines a séduit, notamment des ingénieurs, des urbanistes et des architectes qui trouvaient dans les villes nouvelles un champ d'action dont ils jugeaient avoir été privés dans les décennies précédentes. Pourquoi ce projet n'a-t-il pas été diffusé et multiplié après les créations des années 1965-1969 ? La réponse est dans le champ politique: il n'aurait plus été possible après 1970 d'imposer un modèle d'organisation urbaine qui marginalise les élus locaux. Ceux-ci bénéficieront de plus après 1981 de compétences accrues, ouvrant un nouveau cycle dans la relation entre les politiques urbaines et les choix urbanistiques.

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COMPARAISONS EN1RE URBANISATIONS ET URBANISATIONS NOUVELLES

TRADITIONNELLES

En France, la recherche a porté sur deux villes nouvelles, Cergy-Pontoise et Marnela-Vallée et à titre de comparaison sur deux villes traditionnelles, Amiens ,et Orléans.

Quatre villes typiques
Cergy-Pontoise et Marne-la-Vallée sont deux des villes nouvelles prévues par le Schéma Directeur d'Aménagement et d'Urbanisme de la région de Paris en 19651. Elles relèvent de ce qu'il y a eu de plus nettement aftkmé dans la politique ftançaise des villes nouvelles: créer dans une région métropolitaine des centres périphériques susceptibles de concentrer et de fIxer le peuplement, comme cela avait été le cas précédemment dans la région de Londres, mais sans lier méthodiquement la planification urbaine et la planification économique, comme par exemple en Hongrie et en Pologne. Dès leur origine les villes nouvelles d'Ile-de-France ont des particularités notables: l'importance de la population qu'il était prévu d'y accueillir, l'ampleur des prograrnmes de logements neufs et l'accroissement souhaité du nombre des emplois2. Il a donc fallu réserver et aménager des sites étendus, répartis sur plusieurs communes. Les effectifs de la population présente avant la création des villes nouvelles n'étaient d'ailleurs pas négligeables, environ 40 000 habitants dans les limites actuelles de la ville nouvelle à Cergy-Pontoise et plus de 80 000 à Marne-la-Vallée. Sa répartition était variée, entre de petites villes représentatives de l'urbanisation ancienne des vallées, des villages liés à l'agriculture et des communes plus nettement influencées par l'expansion du peuplement parisien, qu'il s'agisse d'habitats banlieusards classiques ou de cités de logements sociaux construits avant les projets de villes nouvelles. L'emprise la plus forte de l'urbanisation nouvelle ne portera cependant pas sur la trame de peuplement héritée mais sur des terrains jusque-là agricoles, classés Zones d'Agglomération Nouvelle. Ce peuplement ancien ajoué un rôle dans l'organisation géographique et sociale de Cergy et de Marne3. Il est aussi intervenu dans l'évolution d'un dispositif politique et administratif complexe où les compétences des Etablissements Publics

Carte 1 Les villes nouvelles d'IIe-de-France. La population de Cergy-Pontoise était en 1990 de 159000 habitants, celle de Marne-la-Vallée de 211 000 et ces effectifs continuent d'augmenter. 40 000 logements ont été construits à Cergy entre 1968 et 1990,45000 à Marne. Plus de 45 000 emplois ont été créés à Cergy entre 1975 et 1990 et plus 50000 à Marne. 3 Steinberg Jean, Les villes nouvelles d'Ile-de-France, Paris, Masson, 1981. 2

I

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d'Aménagemene, des communes et des institutions intercommunales se superposent sans nécessairement coïncider. Cergy-Pontoise et Marne-la-Vallée peuvent ainsi apparaître tantôt comme des villes, tantôt comme des "ensembles urbains", tantôt comme des agglomérations multi-communales. On observe, de plus, que l'extension des aires urbanisées dépasse aujourd'hui les limites de chaque ville nouvelle au sens strict, à cause de la croissance des .. 2 communes vOlsmes.

Superficie (ha) Cergy-Pontoise Marne-la-Vallée
Source: R.G.P. 1990.

Population ( 1990) 159 152 210 835

Nbre de communes Il 26

7770 15 220

Tableau 1: Cergy-Pontoise et Marne-la-Vallée en 1990

La définition retenue pour notre recherche est celle du périmètre actuel des Établissements Publics d'Aménagement. C'est celui qui se prête le mieux à l'évaluation des villes nouvelles comme un type urbain: - le parti général d'urbanisme est inscrit dans cette limite, organisant les centres, les quartiers et les inftastructures de transpore. La conception initiale de Cergy est celle d'une agglomération en fer à cheval dans le site dessiné par une boucle de l'Oise. Marne est une ville linéaire dont les éléments sont reliés par la route et par le rail4 ; - le bilan de l'augmentation du nombre des habitants, des logements et des
emplois est généralement fait dans ce cadre5.

La géographie de Cergy-Pontoise et de Marne-la-Vallée est relativement complexe dans la mesure où elle traduit l'avancement des projets d'urbanisations nouvelles - récents malgré tout, surtout à Marne dont le développement est décalé de quelques années par rapport à Cergy - mais aussi l'importance du peuplement qui était déjà en place avant les villes nouvelles. Ces deux composantes du peuplement, la nouvelle
1

Créés par l'Etat pour développer les villes nouvelles. Par exemple dans les migrations quotidiennes et dans les migrations résidentielles (chapitres 6 et 2 de l'Atlas statistique des villes nouvelles d'lle-de-France, édité en 1995 par la Direction de l'Architecture et de l'Urbanisme du Ministère de l'Aménagement du Territoire, de l'Equipement et des Transports).
2

3
4

Cartes 2 et 3. Les plans des quartiers sont en annexe 1.
Les choix faits pour la composition urbaine de Cergy et de Marne sont présentés
édité par

par Jacques
Jean-Eudes

Michel
Roullier,

et Bertrand Wamier dans le chapitre 3, "Des villes en action", du livre Vingt-cinq ans de villes nouvel/es en France, Paris, Economica, 1989. S Merlin Pierre, Les villes nouvel/es en France, Paris, PUF, 1991.

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Carte3 - Marnela Vallée

et l'ancienne, sont suffisamment imbriquées et interactives pour qu'aucun découpage général ne soit complètement satisfaisant. La présentation qui suit n'est donc qu'une première approche de la géographie des deux villes nouvelles. Les quartiers centraux sont peu importants si l'on réserve la définition à des pôles très attractifs par l'ampleur et le niveau des services et par l'animation des espaces publics. Seuls les quartiers nouveaux de Préfecture-Centre à Cergy et de Mont d'Est à Marne sont en effet des points de ralliement à l'échelle urbaine, bien desservis et bien équipés. Leur population ne compte cependant que pour 3 % de la population totale de chacune des villes nouvelles en 1990. Les quartiers de ville sont des unités morphologiques et fonctionnelles qui existaient avant les villes nouvelles et dont on juge - avec précaution - qu'elles n'ont pas connu de transfonnations fondamentales. On les trouve dans de petites villes de la banlieue ou d'une périphérie plus lointaine: à Pontoise et à Saint-Ouen l'Aumône dans Cergy, à Bry-sur-Marne, Champs-sur-Marne, Noisy-le-Grand, Villiers-sur-Marne et Lagny dans Marne. La plupart de ces quartiers sont dominés par l'habitat mais les activités artisanales et industrielles y sont aussi présentes. Dans chaque commune, un "quartier du centre" rassemble des services et des équipements mais la portée de ce dispositif est presque exclusivement locale. Au total, la population de ces quartiers de ville représenterait 28 % de la population totale à Cergy-Pontoise et 39 % de celle de Marne. Les quartiers nouveaux sont ceux qui résultent directement de la mise en œuvre des l'rojets de ville nouvelle. Un grand nombre existent dans des communes antérieurement peu peuplées, quelques-uns s'ajoutent à des noyaux de peuplement déjà constitués. L'habitat domine mais plusieurs quartiers sont explicitement destinés à recevoir des activités. Les services et les équipements rassemblés dans des "centres de quartier" visent l'échelle locale. Pour évaluer l'importance de la population de ces quartiers nouveaux, on a englobé dans cette rubrique la population des petits noyaux antérieurs chaque fois qu'elle était peu importante - de quelques centaines à quelques milliers d'individus. Au total, les quartiers nouveaux rassembleraient 64 % de la population de Cergy-Pontoise et 48 % de celle de Marne. Les villages correspondent aux terroirs qui n'avaient été que peu touchés en 1990 par le développement des villes nouvelles, ce qui n'exclut pas des transfonnations en cours dans la composition du peuplement. Ces sites se trouvent surtout dans la périphérie de Cergy-Pontoise et à l'est de Marne-la-Vallée, où l'implantation d'EuroDisney n'a eu jusqu'à maintenant que peu d'effets sur le peuplement. A Cergy la population des villages représente 5 % de la ville nouvelle et à Marne 10 %.

La reconnaissance des villes nouvelles comme un type urbain original impliquait que les comparaisons avec l'urbanisation classique portent sur des villes elles aussi clairement identifiées comme typiques. Le choix d'Amiens et d'Orléans répond à cette condition, sans prétendre pour autant que ces villes puissent représenter tous les types urbains traditionnels en France.

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Carte 5 bis - Orléans-la-Source

Amiens et Orléans sont deux centres d'origine ancienne qui appartiennent à la série des vilIes disposées en couronne à la périphérie du Bassin parisien, à environ cent kilomètres de la capitale: Amiens, Reims, Troyes, Auxerre, Orléans, etc. On a pu à leur propos parler de la couronne des villes-cathédrales, en soulignant l'éclat d'une monumentalité médiévale fondée sur la richesse commerciale d'alors. Au cours du 19ème siècle, ces vilIes sont devenues des foyers manufacturiers, sans perdre leur position de centres locaux pour l'administration et les services. On parle aujourd'hui des villes à une heure de Paris, métaphore qui esquisse les avantages et les inconvénients de la proximité et qui couvre le projet d'acquérir de meilleures positions dans les réseaux d'échanges et de services. Leur taille est moyenne - à peu près stable depuis 1975, 132 000 habitants à Amiens et 105 000 à Orléans. Leurs fonctions administratives et leurs activités économiques leur donnent aussi une position moyenne dans les classifications socioéconomiques des villes françaises, dominées encore par l'opposition entre les villes industrielles-ouvrières et celles qui sont mieux dotées en activités tertiaires et en métiers de services. Identifiée depuis longtemps\ cette opposition n'évolue en effet que lentement, surtout dans les vilIes situées dans les classes centrales de la distribution nationale ce qui est le cas d'Amiens et d'Orléans2. Les activités économiques d'Orléans sont cependant plus variées que celles d'Amiens3 et les emplois "stratégiques" y sont mieux représentés - 7,7 % du total des emplois de l'agglomération en 1990 contre 5,1 % à Amiens4. Orléans est donc classée comme "pôle" dans une géographie prospective du Bassin parisien où Amiens n'est qu'un "centre secondaire à base industriel/e"s. Quelles que soient ces différences, les urbanistes des deux villes ont à traiter aujourd'hui des questions présentes dans bon nombre de vilIes françaises: l'héritage historique, les effets de la forte croissance démographique et économique des années 1955-1975, la concurrence contemporaine entre les agglomérations urbaines. A Orléans comme à Amiens les quartiers centraux, constitués avant le 19ème siècle, sont plus ou moins strictement limités par les boulevards (les mails, à Orléans), qui ont remplacé les anciennes murailles. Ces quartiers sont remarquables par leurs édifices et par la concentration des commerces et des services (par exemple dans le quartier de la cathédrale à Orléans), cependant que des traces d'activités artisanales et industrielles y sont encore perceptibles, surtout à Amiens (comme dans

Haumont Antoine et Bauhain Claude, "Les agglomérations françaises de plus de 50 000 habitants", Revue Française de Sociologie, vol. IX, n02, p.222-250, 1968. 2 Mansuy Michèle et Marpsat Maryse, "Une carte socio-spatiale, Les villes", Graphique Il in "Les quartiers des grandes villes: contrastes sociaux en milieu urbain,", Economie et Statistique, n0245, p.3347,1991. 3 Damette Félix, in La France en villes, Paris, La Documentation Française, 1994, p.98-99. . Julien Philippe, Tableau 2, in "Les 'fonctions stratégiques' dans Cinquante villes de France", INSEE Première, n0300, 1994. 5 Damette Félix et Scheibling Jacques, in Le Bassin parisien, système productif et organisation urbaine, Paris, DATAR, 1992; p.90.

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32

le quartier Saint-Leu)!. Leur population représentait en 1990, 9 % de la population de la ville d'Amiens et 14 % de celle d'Orléans. Au-delà des boulevards, les axes des faubourgs ont longtemps guidé un développement qui associait l'habitat et les activités, surtout entre 1850 et 1950. Les voies d'eau, puis les voies feITées ont suscité l'implantation d'établissements industriels, aujourd'hui nettement moins nombreux qu'il y a encore une quarantaine d'années mais dont l'environnement d'habitats ouvriers subsiste. Entre les grands axes, des lotissements plus ou moins aisés ou populaires ont remplacé des exploitations agricoles, dont un certain nombre sont encore cependant en activité, comme dans les hortillonnages de la vallée de la Somme, à l'est d'Amiens, dans les vergers, les pépinières et les vignes, au nord-est d'Orléans et sur la rive sud de la Loire. La population de ces faubourgs représente, en 1990, 45 % de la population de la ville d'Amiens et 41 % de celle d'Orléans. Au-delà des faubourgs, diverses extensions sont à l'origine des quartiers les plus récents, nés après 1950 dans des sites occupés jusque-là par des activités agricoles (Etouvie ou Le Pigeonnier à Amiens, La Source à Orléansl Si quelques opérations visaient des activités - zones industrielles, implantations universitaires -, la plupart ont reposé sur la construction de logements, dans d'importants ensembles d'habitat collectifs mais aussi dans des lotissements. La population de ces extensions représentait, en 1990,46 % de la population de la ville d'Amiens et 45 % de la ville d'Orléans. * * * Une vue d'ensemble sur la répartition de la population dans les quartiers des quatre villes étudiées ne suscite pas véritablement de surprise.
Quartiers centraux Amiens Orléans Cergy Marne 9 14 3 3 Faubourgs Extensions Quartiers de ville Quartiers nouveaux 45 41 28 39 46 45 64 48 5 10 Villages Total 100 % 100% 100 % 100 %

Source: R.G.P. 1990.

Tableau 2 : Répartition de la population selon les types de quartier, par ville, en 1990.

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2 Ce qui a entraîné, à Orléans, la modification de la limite sud de la commune par l'annexion du site de la Source. 33

Cartes 4, 5 et 5 bis. Amiens et Orléans.

Les plans des quartiers sont en annexe

1.