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Art-vidéo et fictions du quotidien

De
186 pages
Cet ouvrage présente trois actions artistiques ayant servi de supports pédagogiques à des cours et ateliers portant sur la création artistique et audiovisuelle à partir du quotidien et ayant été présentées et sélectionnées lors d'événements culturels en France et à l'étranger. Le goût du quotidien et celui du jeu ritualisé associés au désir de faire de l'action artistique le vecteur de nouvelles réélaborations relationnelles et de nouvelles approches spatiales irriguent ces trois actions.
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Art-vidéo Art-vidéo et fictions du quotidien
et fictions du quotidienCet ouvrage présente trois actions artistiques ayant été conçues
comme supports pédagogiques dans le cadre universitaire et
ayant été présentées et sélectionnées lors d’événements culturels
en France et à l’étranger. Le goût du quotidien et celui du jeu Sur les traces de Bob Santiano
ritualisé associés au désir de faire de l’action artistique le vecteur Oublier Zanzibarde nouvelles réélaborations relationnelles et de nouvelles approches
spatiales irriguent ces trois actions. Sur les traces de Bob Santiano Disparitions
interroge la figure du voyage comme espace de déploiement des
rêves. La création d’un personnage imaginaire – Bob Santiano –
sert de prétexte à un tour du monde métaphorique invitant à une
réappropriation ludique de l’espace urbain et des objets fétiches du
voyageur. Oublier Zanzibar confronte des discours contradictoires
– et les réactions qu’ils suscitent – autour du surgissement de
l’improbable au cœur du quotidien. Comment raconter et partager –
autrement qu’avec des fragments de fictions – la quête d’un sens ?
Disparitions s’élabore à partir d’une interrogation « modianesque » :
comment accepter que des gens et des choses disparaissent sans
laisser de traces ? Les notions d’absence et de manque sont
travaillées ici dans une perspective relationnelle où l’Autre tient
lieu de rempart à la mélancolie.
Erika Thomas est professeur des universités en cinéma, art et
audiovisuel à la faculté des lettres et sciences humaines (FLSH-ICL
Lille) ainsi que chercheur membre de l’équipe Textes et cultures –
Praxis et esthétiques des arts de l’université d’Artois. Erika Thomas
ISBN : 978-2-343-05904-4
18 E
Erika Thomas
Art-vidéo et fictions du quotidien








Art-vidéo et fictions du quotidien




AudioVisuel Et Communication
Collection dirigée par Bernard Leconte et Erika Thomas

« CHAMPS VISUELS » et le CIRCAV GERICO (université de
Lille 3) s’associent pour présenter la collection AudioVisuel Et
Communication (AVEC).
La nomination de cette collection a été retenue afin que ce lieu
d’écriture offre un espace de liberté le plus large possible à de jeunes
chercheurs ou à des chercheurs confirmés s’interrogeant sur le
contenu du syntagme figé de « communication audiovisuelle »,
concept ambigu s’il en est, car si « l’audiovisuel » – et il faut entendre
ici ce mot en son sens le plus étendu, celui de Christian Metz, qui
inclut en son champ des langages qui ne sont ni audios (comme la
peinture, la photographie, le photo roman ou la bande dessinée), ni
visuels (comme la radio) – est, on le sait, monodirectionnel
contrairement à ce que tente de nous faire croire ce que l’on peut
nommer « l’idéologie interactive », la communication implique
obligatoirement un aspect multipolaire...

Dernières parutions

Suzanne BRAY et Gérald PRÉHER (dir.), Un soupçon de
crime. Représentations et médiatisations de la violence, 2014.
Erika THOMAS, Indiens du Brésil, (in) visibilités médiatiques,
2012.
Frédéric PUGNIERE-SAAVEDRA, Le phénomène Deschiens à
la télévision, 2011.
Jean-Max MEJEAN, Almodovar, les femmes et les chansons,
2011.
Jean UNGARO, Le corps de cinéma, le super-héros américain,
2010.
Erika THOMAS, Art-Action : Pol’art Urbain, Didier Barros
l’étranger, Des livres et des cendres, 2010. Le cinéma brésilien du cinema novo à la
retomada (1955-1999), 2009.
Erika THOMAS, Ken Loach : Cinéma et société, 2008.
Philippe GAUTHIER, Le montage alterné avant Griffith, 2008.
Jean-Jacques LEDOS, L’Âge d’or de la télévision, 1945-1975,
2007.
Jean-claude MARI, Quand le film se fait musique, 2007.
Erika Thomas











Art-vidéo et fictions du quotidien
Sur les traces de Bob Santiano
Oublier Zanzibar
Disparitions




























































































Du même auteur
Indiens du Brésil : (in) visibilités médiatiques,
Art-Action : Pol’art-Urbain, Didier Barros l’étranger, Des livres et des
cendres
Le Cinéma brésilien, du cinema novo à la retomada,
Ken Loach, cinéma et société,
Écrans et politiques
Les Telenovelas entre fiction et réalité




























































































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05904-4
EAN : 9782343059044

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tr sr ?
????????????? ? ?? ? ??????????? ????? 5????????? ?
?????? ?????????????????????????? ?trst?
5??????? ??INTRODUCTION
Cet ouvrage présente trois actions artistiques ayant servi
de supports pédagogiques à des cours et ateliers portant
sur la création artistique et audiovisuelle à partir du
quotidien et ayant été présentées et sélectionnées lors
d’événements culturels en France et à l’étranger – parmi
e lesquels le XIV Festival du court-métrage de Bruxelles, le
e24 Festival Instants Vidéo, Rencontres internationales la
eV biennale interaméricaine d’Art Vidéo de Washington,
la Nuit des Musées et des Arts, Roubaix. Il rassemble,
complète et actualise les trois livrets-DVDs éponymes
ayant été imprimés par la Faculté des lettres et sciences
humaines de l’Université catholique de Lille.
Les influences artistiques de ces actions réalisées
entre 2009 et 2013 mêlent les contraintes de Georges
Perec et les récits autobiographiques et fictionnels de
Sophie Calle. Le goût du quotidien et celui de la farce
associés à l’envie de faire de l’action artistique le support
de nouvelles réélaborations relationnelles d’une part et le
vecteur de nouvelles approches spatiales – permises par
les traversées et les mouvements de déplacements –
d’autre part, irriguent ces trois actions. Chacune d’entre
elles met en perspective la quête de l’Autre et de ses
traces. Toutes trois comprennent – outre le support textuel
rendant compte du dispositif et de l’action elle-même –
une courte vidéo « expérimentale » mobilisant les
questions de trajectoires, de territoires et de liens.
Sur les traces de Bob Santiano, action artistique réalisée
entre 2009 et 2010, interroge la figure du voyage comme
espace de déploiement des rêves. La création d’un
personnage imaginaire – Bob Santiano – sert de prétexte à
5un tour du monde métaphorique invitant à une
réappropriation ludique des objets fétiches du voyageur –
souvenirs rapportés, cartes postales envoyées, itinéraires
rédigés… – et de son regard sur la ville. La vidéo
accompagnant cette action (Sur les traces de Bob
Santiano, 14 min 58, 2010) est intégralement visible sur
https://vimeo.com/9359896.
Oublier Zanzibar, action artistique réalisée en 2010,
confronte des discours contradictoires – et les réactions
qu’ils suscitent – autour du surgissement de l’improbable
au cœur du quotidien. Les allers-retours à des séminaires,
colloques et journées d’études à Digne-les-Bains, Paris ou
Rennes où s’exposent, entre collègues, les recherches
universitaires, sont l’occasion d’un déplacement créatif et
récréatif sur les traces d’un personnage énigmatique
figurant l’évanescence. Comment raconter et partager –
autrement qu’avec des fragments de fictions – la quête
d’un sens ? La vidéo accompagnant cette action (Oublier
Zanzibar (écrans de fumée), 5 min 23, 2010) est
intégralement visible sur https://vimeo.com/23017829.
Disparitions, action artistique réalisée entre 2011 et 2013,
s’élabore essentiellement à partir d’une interrogation
« modianesque » : comment accepter que des gens et des
choses disparaissent sans laisser de traces ? Les notions
d’absence et de manque sont travaillées ici dans une
perspective relationnelle où l’Autre – le compagnon,
l’ami, le correspondant – tient lieu de rempart à la
mélancolie. Entre Lille, Paris et Venise se dessine une
déambulation géopoétique invitant à considérer le sens de
toute traversée. La vidéo accompagnant cette action (Les
évadés, 11 min 56, 2013) est intégralement visible sur :
https://vimeo.com/117062540.
6PREMIÈRE PARTIE
Sur les traces de Bob Santiano
Chemin à parcourir
Voyage : veiage, voiage, du latin viaticum « Ce qui sert à
faire la route » dérivé de via (voie, viatique) employé en
ancien français au sens de « chemin à parcourir ». Au sens
courant, déplacement d’une personne se rendant dans un
lieu assez éloigné. Dictionnaire étymologique et historique
de la langue française (Baumgartner, Ménard, Le Livre de
poche, 1996).
7SR G?XQ FH /?DPRU
Un matin au réveil, Bernard m’a demandé si le nom de
Bob Santiano me disait quelque chose. Bob ? Je reliais, sur
le coup, Santiano à Hugues Aufrey et Bob à un
personnage pathétique d’une des nouvelles de Juan Carlos
Onetti dans Les bas-fonds du rêve mais finalement non,
Bob Santiano ne me disait rien. Bernard avait rêvé, cette
nuit-là, que nous nous rendions aux quatre coins du monde
pour dire qu’un certain Bob Santiano n’était pas mort. J’y
ai vu l’amorce d’un poème et j’ai donc décidé de réaliser
son rêve : nous irions bien aux quatre coins du monde
pour affirmer cette vérité onirique « Bob Santiano n’est
pas mort ». Le seul problème était que nous n’avions ni
l’argent pour faire ce tour du monde, ni le temps. Il a donc
fallu ruser avec le réel et jouer avec les symboles.
Me saisissant d’un plan de Paris, j’ai relevé différentes
rues portant le nom de capitales ou de pays étrangers. La
simple évocation des noms me faisait déjà rêver ! Seize
escales furent retenues : rue d’Alger ; rue Santiago du
Chili ; rue Buenos Aires ; place Rio de Janeiro ; place du
Guatemala ; rue Budapest ; rue de Madagascar ; rue de
Prague ; passage du Caire ; place de Port-au-Prince ; rue
d’Odessa ; rue Casablanca ; rue de Panama ; rue du
Liban ; rue du Japon ; passage de Pékin. J’ai ensuite
réservé une chambre à l’Hôtel des grands voyageurs, 9,
erue du 8 mai 1945 dans le 10 arrondissement de Paris,
pour les nuits du 15 et du 16 mai 2009. Notre itinéraire, à
ce moment-là tracé sur un planisphère, serait le suivant :
Prague – Budapest – Liban – Odessa – Japon – Pékin –
Madagascar – Le Caire – Alger – Casablanca – Rio –
9
UqPVHH
?LHQQHQWHYpOLWpD UG ?4XHHVrY W
&KDSLWUHBuenos Aires – Santiago du Chili – Panama – Guatemala
– Port-au-Prince
Sticker Bob Santiano
J’ai ensuite décidé de réaliser, d’une part, un sticker que
nous apposerions dans les seize escales à travers la ville ;
d’autre part, un ensemble de seize cartes postales qui
seraient postées de ces escales. Celles-ci étaient réalisées à
partir de photographies retravaillées des pays concernés
par notre voyage. Sur la carte postale figurait en grand, le
nom du pays et en beaucoup plus petit l’indication « rue
de », ou « place », accompagnée de « Paris » et de
l’arrondissement. Les seize destinataires des cartes
postales ont été prévenus, peu de temps avant notre départ,
de ce voyage extraordinaire. Ils ont tous été destinataires
d’un même mail individuel ayant pour objet « Bob
10Santiano n’est pas mort » les invitant à participer à cette
aventure :
De : Erika Thomas
A : Sabine
Envoyé : Samedi 9 mai 2009 17:50
Objet : Bob Santiano n’est pas mort…
Salut Sabine,
Je prépare, depuis la fin du mois de décembre, un grand
voyage dont voici le point de départ : Bernard m’a
réveillée un matin tout content en me demandant si le nom
de Bob Santiano me disait quelque chose parce qu’il avait
rêvé cette nuit-là qu’on partait en Amérique latine,
Afrique, Asie ; bref, on allait aux 4 coins du monde pour
annoncer que Bob Santiano n’était pas mort… Ce nom ne
me dit rien mais cela n’a aucune importance. Ce qui
importe c’est la jubilation qu’il a provoquée. Aussi, j’ai
décidé de réaliser le rêve de Bernard et nous allons donc
partir ! Comme on n’a pas de quoi se payer le tour du
monde et pas le temps non plus, Paris sera une fois de
plus notre terrain de jeu pour ce voyage autour du monde
qui comptera 16 escales en 48 h. Cette expédition est une
nouvelle action artistique à laquelle j’aimerais, si tu le
veux bien, t’associer. Je t’écris donc pour t’annoncer que
je vais très prochainement (le 16 et 17 mai), lors d’une de
ces escales, t’envoyer une carte postale et je te
demanderai de bien vouloir y inscrire une phrase (ça peut
être tout simplement « bien reçu » ou n’importe quoi
d’autre selon ton inspiration), de la contresigner et
surtout de me la rendre quand on se verra car en réalité
cette carte m’est également destinée à travers toi. Elle fait
partie d’un tout et elle témoignera pour moi de ta
participation dans cette action.
Bises et à bientôt ! Erika
11Cartes postales
12Les destinataires des cartes postales étaient : Nicolas,
Antoine et Julien Thomas, Didier Barros, Corinne et
Frédéric Nedez, Huguette et Patrice Le Guillou, Sophie et
Pierre Bouttée, Ghislaine Gerbault, Sylvie et Christophe
Brunellière, Sylvie Serieys, Raymond Wdowiak,
Christiane et Robert Rapilly, Malika Merchi, Moussa
Kitter, Florence Alaert, Sabine Poitevin, Roselyne Frick,
Marc Sinkié et Yveline Redlich.
Maintenant que le cadre du voyage était plus ou moins
tracé, il s’agissait de s’intéresser de plus près à notre
personnage, Bob Santiano, afin de lui inventer une
histoire. Il s’agirait d’un homme qui cherche à s’évader.
Dans une espèce d’écriture automatique, et en me servant
de fragments du rêve de Bernard, j’ai rédigé, un dimanche
après-midi, l’histoire de Bob Santiano. J’ai ensuite
fractionné en seize parties cette histoire afin d’agrémenter
chaque carte postale d’un extrait de l’histoire que voici :
1. Bob Santiano regardait au loin. Nous le suivions en
silence. Le quartier était en ruine, livré à la misère et la
peur.
2. Nous marchions déjà depuis des heures derrière Bob
Santiano. Il faisait jour et il nous semblait pourtant que la
nuit menaçait de tomber à chaque instant dans ce quartier
lugubre et sans fin.
3. « La musique au loin, celle que vous croyez entendre
d’ici, celle que vous nommez musique, c’est le chant des
mères du quartier : une plainte sourde de ces mères
affolées qui lèvent leurs bras au ciel chaque jour et
chaque nuit », dit Bob Santiano aux ombres qui
l’accompagnaient.
13
L6R
DQR DQW RE GH% LUH +LVW4. Et il continua de plus belle : « Et ce rouge du
crépuscule, c’est le sang de tous les morts. Ce
rassemblement que vous croyez voir d’ici, ce n’est que le
défilé des zombis du quartier. Ils veulent nous faire croire
qu’ils sont toujours en vie ! » Bob Santiano pleurait-il ?…
5. Bob Santiano reprit son souffle : « Écoutez-les… plus
ils hurlent, plus leur solitude muette est audible. Ces
zombis sont morts depuis mille ans »…
6. « Ils sont morts depuis mille ans », répéta Bob Santiano.
« Morts contaminés, essoufflés, dépouillés de leurs âmes.
Et je ne peux rien leur dire. En réalité, ils souffrent
d’avoir déserté la vie avant même de l’avoir perdue… »
7. « Les animaux eux aussi sont malades, parfois ils sont
fous. Ils cherchent à nous attaquer sur la route.
Méfiezvous des chiens rachitiques qui vous dévisagent », dit Bob
Santiano, « s’ils vous mordent, vous devenez
immédiatement aveugle ».
8. Bob Santiano s’efforçait de se souvenir de l’endroit
précis où se trouvaient ces barbelés invisibles qui
l’encerclaient et le condamnaient. Mais sa mémoire aussi
commençait à se corrompre. S’évader et oublier. Bob
Santiano croyait pouvoir s’évader…
9. Bob Santiano disait savoir comment s’évader de là-bas
et nous devions le suivre. Il entreprit de repartir vers
l’horizon ténébreux, juste avant de s’écrouler à nos pieds.
C’est à ce moment-là qu’une étrange pensée nous traversa
l’esprit tandis que des chiens hurlaient au loin…
10. Bob Santiano ne serait-il lui aussi, un de ces morts
refusant l’évidence ? Ses paroles nous revenaient à
14l’esprit : « Les zombis du quartier veulent nous faire
croire qu’ils sont toujours en vie ».
11. Tandis que nous regardions le corps inerte de Bob
Santiano et que les chiens nous semblaient de plus en plus
proches, l’un des nôtres, ivre de fièvre et d’angoisse, se
mit à hurler : « par ici, par ici ! »
12. Nous connaissions le sort réservé à ceux qui
cherchaient à s’évader du quartier. Nous devions donc
courir, courir sans relâche. Au loin, nous pouvions encore
entendre le dernier avertissement de Bob Santiano :
« Méfiez-vous des chiens, s’ils vous mordent, vous devenez
immédiatement aveugle… »
13. Essoufflés, nous avions tout de même réussi à dépasser
la frontière. Et nous pouvions désormais regarder de loin,
ce quartier maudit où l’ombre de Bob Santiano semblait
maintenant errer à jamais…
14. C’est alors qu’une horde de mendiants aveugles
mutilés et sales nous interpella de l’autre côté de la
frontière : « hé ! » dit l’un d’entre eux, « Bob Santiano
n’est pas mort »…
15. Nous étions désorientés. Nous voulions oublier.
Oublier les corps mutilés et sales, ne plus entendre le cri
des mères, ne plus craindre les chiens de garde. Et il nous
fallait retrouver Bob Santiano.
16. En effet, nous le savions maintenant, Bob Santiano ne
pouvait pas être mort. Il était pour toujours vivant, dans
l’âme de ceux qui avaient décidé, envers et contre tout, de
célébrer la vie dans tous ces lieux asséchés et maudits qui
ne croient qu’à la mort.
15Tout était prêt : nous connaissions mieux Bob Santiano ;
nous avions seize cartes postales ; un plan de Paris ; une
carte du métro ; une réservation à l’hôtel et nos billets de
TGV ! Nous avions convenu de respecter un certain
nombre de consignes lors de chaque escale : y rester au
minimum vingt minutes afin de noter nos impressions ou
des événements marquants qui s’y déroulaient, filmer et
photographier les lieux, rapporter de ces lieux visités un
objet souvenir et surtout, coller dans chaque rue, passage
ou place constituant une escale, un sticker « Bob Santiano
n’est pas mort ».
Rue d’Alger
Cette action artistique intitulée « Sur les traces de Bob
Santiano » n’était, en somme, qu’un prétexte à interroger
le cheminement urbain en tant qu’un « équivalent
voyage » et à réfléchir sur le statut de l’objet rapporté du
voyage qui, dans notre cas, ne serait ni un objet artistique,
ni un objet précieux, ni un signe extérieur de voyage
effectué, mais un « objet signifiant » révélateur du lien à
l’espace, du lien à soi, au temps et au cheminement.
16
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