French Cancan

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Description

Paris, 1900. Henri Danglard, directeur d'un cabaret à Montmartre, engage une blanchisseuse, Nini, afin d'en faire la vedette de son prochain spectacle. Malgré la jalousie des autres danseuses, Nini parvient à devenir une grande danseuse de french cancan et inaugure le Moulin-Rouge.

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Date de parution 15 octobre 2013
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EAN13 9791022000956
Langue Français

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FRENCH CANCAN

Scénario : Jean Renoir
Réalisation : Jean Renoir

Découpage plan par plan: Cyrille Doukhan,
Pierre Kandel

© Presses Électroniques de France - L'Avant-Scène Cinéma, 2013

Générique

Constitué de six cartons, il se déroule de la façon suivante :

a)D’un noir tonitruant où le thème musical majeur du film apparaît (« la Complainte de la butte »), le générique survient en ouverture en fondu. Tout d’abord en lettres rouges élégantes sur fond blanc s’affiche centré : « UNE RÉALISATION FRANCO LONDON FILM » puis après un fondu au noir suivi d’une ouverture, une succession de détails d’affiches célèbres d’époque (De Chéret et Toulouse-Lautrec) serviront de fond aux différents cartons.

b)Le nom de Jean GABIN se découvre dans un déroulé diagonal (Gauche/droite vers le haut) d’un bandeau de papier blanc couvrant une première affiche de Chéret (Très vive, colorée et festive, exposant Pierrot, Arlequin et Colombine – initialement « l’Arc-en-ciel », affiche pour un spectacle des Folies Bergère). Puis il est recouvert par un deuxième déroulé oblique (Gauche/droite vers le bas) révélant le nom de Françoise ARNOUL, et enfin par un troisième avec celui de Maria FELIX, celui-ci sur un fond légèrement bleuté (Gauche/droite, presque horizontal). Un pano vers le bas recadre ensuite le titre du film, « French Cancan », la typographie intégrée à l’affiche au niveau des jambes graciles de la jolie Colombine, tandis que la musique s’apaise en petite mécanique enfantine (Comme issue d’une boîte à musique).

c)Un bref plan tourbillonnant de l’affiche du titre sert de transition au carton suivant...

d)… qui nous présente sur un fond évoquant un dessin ou une lithographie de Toulouse-Lautrec : deux spectateurs en plan serré au premier plan, un homme à gauche au profil acéré, coiffé d’un haut-de-forme étincelant et cigarette au bec, une femme à droite de trois quarts dos, à la chevelure rousse en chignon, surmontée d’un gigantesque chapeau, et qui tous deux contemplent sur une scène à l’arrière-plan une chanteuse violemment éclairée, en pied, vêtue d’une robe très rouge. Un déroulant de bas en haut en lettres blanches commence avec « Une comédie musicale de Jean Renoir… », suivi de la liste des acteurs...

e)Suite du déroulant tandis que s’enchaîne au précédent dessin (Au moment où la mention de la musique de Van Parys apparaît) une autre affiche de cabaret (une « cocotte » attablée parmi une foule nombreuse de vieux bourgeois rieurs trinque au champagne avec un quinquagénaire cossu et moustachu). Fondu enchaîné.

f)Retour à l’affiche de Chéret du début qui conclut le générique. Par le même procédé initial, un bandeau déroulé précise l’aspect fictionnel de l’histoire. Fin de la musique et fondu au noir.

Cabaret « le Paravent chinois », int. nuit

1.Fondu à l’ouverture sur une affiche (Ou la couverture d’un programme) un peu naïve, presque foraine (Sans le style « avant-gardiste » du générique) : « LE PARAVENT CHINOIS (Danglard directeur) présente LA BELLE ABBESSE dans ses danses orientales ». Un tamtam oriental se superpose aux cris enthousiastes d’une houri arabisante provoquant son bruyant public… Fondu enchaîné.

2.Plan italien sur Lola de Castro, surnommée la Belle Abbesse (MARIA FÉLIX) au centre de la scène du cabaret. Absolument semblable dans son costume (Réduit à l’essentiel) à l’affiche introductive, elle surplombe le public dont on ne voit que les mains ou les bras enthousiastes en amorce bas de cadre. Les musiciens sont assis à l’arrière-plan à gauche, vêtus de costume typique et jouant adossés à un cyclo peint de palmiers dans le désert. La jeune femme balance des hanches et distribue des clins d’œil égrillards dans une ambiance bon enfant et chahuteuse.

La Belle Abbesse

Hombre, viens me voir à la casa !

Elle est quasi nue dans sa danse orientale ondulante et provoque les spectateurs enthousiastes (bord cadre droit).

3.Dans la coulisse. Suite de la musique orientale. Danglard, le gérant du cabaret (JEAN GABIN), referme une porte à droite en plan américain (Derrière lui à gauche, une affiche « Paris Centenaire ») et s’avance d’un pas calme et décidé vers un artiste grimé en Pierrot (PIERRE OLAF), finissant de se maquiller, recadrage suivi gauche.

Danglard

(Dans son mouvement)

Alors ? Pas trop ému ?

Derrière Pierrot, des acrobates s’entraînent. À l’arrière-plan dans l’axe, dans l’ouverture du rideau de scène, la Belle Abbesse continue son numéro devant le public.

Pierrot

(D’une petite voix craintive)

Oh, si, Monsieur Danglard, ils ont pas l’air commode. J’aimerais mieux entrer dans la cage aux tigres ! …

Danglard

Faut les dresser, mon vieux ! Si t’as peur, y t’boufferont, mais si tu les domines, tiens, ils viendront te manger dans la main.

Pierrot

C’est facile à dire…

Il se retourne vers le miroir à gauche pour finir son maquillage.

À l’arrière-plan, dans un mouvement tournoyant de sa danse, la Belle Abbesse adresse un sourire à Danglard qui la contemple.

4 même axe 2.Plan plus large sur la Belle Abbesse et la suite de son numéro. Le public, en avant-plan et habits noirs, forme une bordure sombre.

La Belle Abbesse

(Chanson)

Je suis née à Sidi Belle Abbesse/C’est le pays des belles…

(Elle fait des mouvements de ventre très prononcés en avançant vers le public, provoquant la surprise et le rire, les acclamations et hurle)

Fatmah !

Léger pano l’accompagnant dans ses déambulations ondulatoires.

5 reprise 2.Plan italien, poursuite de la chanson, cadrage vers la droite de la scène.

La Belle Abbesse

(Chanson)

Ma mère était une Princesse !

(Cris de hourras)

Et mon père, il était arabe ! …

Mouvement de voile vers des spectateurs de dos au premier plan.

6 idem 4.Raccord mouvement. Rires et acclamations du public devant ces exubérances chorégraphiques tout empreintes d’un exotisme érotique sauvage.

7 reprise 3.Depuis la coulisse, Danglard, en plan américain de trois quarts dos, contemple la Belle Abbesse, les mains dans les poches.

Danglard

(Revenant vers Pierrot de dos de profil à gauche)

Tu vas pas me raconter que tu regrettes ta barbouille, non ? J’suis sûr que t’es un grand siffleur.

(Pierrot se retourne vers lui)

Quand j’t’ai entendu sur ton échelle, j’ai tout de suite compris ce que j’pouvais faire avec toi.

Pierrot

(Souriant)

C’est vrai, M’sieur Danglard ?

Danglard

Ben, puisque j’te l’dis !

Pierrot

Vous… vous serez dans la salle ?

Danglard

T’en fais pas va, j’te quitterai pas des yeux.

Danglard s’éloigne (pano gauche de suivi) et rejoint la porte à droite par où il était entré.

8.Raccord mouvement. Il franchit un rideau derrière la masse des spectateurs (Dandys et cocottes bourgeoises) debout de profil droit au premier plan, tournés vers la scène hors champ à droite.

Un spectateur

(Égrillard)

En voulez-vous des zhommas ?

Un autre

(Venant vers lui)

Ils ont du poil aux pattes !

Rire général. Danglard caresse le menton d’une jolie femme coiffée d’une haute plume.

Danglard

(Rieur)

Ben t’as un bien joli chapeau, toi, dis donc.

(Il salue familièrement un Indien enturbanné en lui tapant la poitrine)

Bonsoir, Altesse !

(Puis il salue un autre bourgeois….)

Bonsoir !

(… et alpague familièrement une jolie femme en robe de satin vert)

Allez-y ma belle, allez !

Il l’entraîne qui a l’air de chercher quelqu’un dans la foule et le plan s’élargit dans son mouvement (pano gauche droite et travelling arrière) pour découvrir à droite Coudrier (JEAN PAREDÈS).

La cocotte verte

Ah, les voilà !

Coudrier

(Écartant les bras après avoir ajusté ses lorgnons)

Dites donc mon cher, votre Paravent, c’est le pesage ?

(Avec force gestes des bras)

Je ferais bien un galop d’essai, vous m’engagez comme jockey ?

La jeune femme le rabroue, indignée.

Danglard

Vous feriez pas le poids mon vieux !

(Désignant un coin de la salle à droite hors champ)

Ils sont là-bas !

Danglard l’entraîne avec la fille, passant plus près de la scène que l’on découvre à nouveau (Ainsi que la voluptueuse Belle Abbesse). Celle-ci finit son numéro sous des applaudissements à tout rompre. Danglard (De trois quarts dos) reste parmi le public pour faire la claque tandis que Coudrier et la fille partent rejoindre leur tablée hors champ à droite. La Belle Abbesse sort de scène, le cyclo de la scène orientale remonte pour faire place à un clair de lune romantique devant lequel Pierrot s’avance timidement, une rose à la main. L’accompagnement musical s’enchaîne. Pierrot commence son numéro.

9 axe inverse 8.Plan serré en légère plongée sur Danglard qui lui adresse un clin d’œil d’encouragement puis s’éloigne et sort du champ à droite.

10.Tablée en plan serré et plongée sur deux clients dont on sert les consommations.

Barjolin

(ALBERT RÉMY, à gauche)

Capitaine, dites-moi franchement, sommes-nous prêts ?

Valorgueil

(MICHEL PICCOLI)

Mon cher, je peux vous répondre d’un mot : on vient de redonner la lance à la cavalerie !

Valorgueil tout au long du film portera toujours le même uniforme d’opérette un peu ridicule : une veste bleu clair à galons blancs, un képi, des culottes de cavalier. Pano vers la droite qui découvre à droite un troisième convive, le Baron Walter (JEAN-ROGER CAUSSIMON).

Barjolin

(À celui-ci)

À propos de lance cher baron, que pensez-vous des chemins de fer russes ?

Suite du mouvement en travelling arrière qui recadre la tablée entière, une cocotte de dos en robe bleue, la cocotte en robe verte à droite qui embrasse celle-ci, et Coudrier qui les a rejoints. À l’arrière-plan, Pierrot continue son numéro dans une indifférence quasi générale. À droite à l’arrière-plan, l’orchestre.

Baron Walter

(JEAN-ROGER CAUSSIMON)

Ces drôles de moujiks ne valent rien…

Barjolin

Et vous, Coudrier ?

Coudrier

Oh vous savez moi mon cher, en dehors du bureau, les affaires : rideau !

(Il rit. Vers le baron à côté de lui.)

À propos, vous savez que le conseil municipal de Conakry vient de voter la subvention ?

Baron Walter

Je sais je sais… Demain !

Coudrier

(Appelant un serveur)

Esclave !

Danglard

(Il s’est assis à côté de la table, tourné vers la scène. À un serveur)

Arthur, c’est pour toi.

Serveur

(Penché sur Coudrier)

Monsieur Coudrier ?

Coudrier

(Rigolard)

Qu’on m’apporte un narguilé, du haschich… et le nombril de la Belle Abbesse !

Serveur

Bien, monsieur.

Coudrier

Pas mal ! C’est bien simple mon cher, le paradis de Mahomet !

Barjolin

(Au Baron)

Pas jaloux, cher ami ?

Baron Walter

Comme un tigre ! …

Arrivée du Prince Alexandre (GIANNI ESPOSITO), à droite.

Baron Walter

Bonsoir, mon cher Prince.

Coudrier

Mon cher Prince…

11.Plan rapproché sur le Prince, debout devant la table en contrechamp.

Coudrier

(Hors champ)

… vous êtes venu partager nos soucis ?

Le Prince

(Souriant, il répond d’une voix mélancolique)

J’aimerais tellement avoir des soucis…

Il s’assoit, la caméra le suit en pano descendant en plongée et recadre les deux cocottes à la même tablée.

Cocotte robe verte

Bah, mon vieux…

Cocotte robe bleue

Si j’osais, je lui demanderai bien de payer mon terme.

12.Pierrot en plan américain et contre-plongée au centre de la scène finit son numéro. Subjectif de Danglard. Applaudissements.

13.En contrechamp et plongée, Danglard, en plan serré, mêle ses encouragements aux applaudissements et lui fait signe de continuer.

14 idem 12.Pierrot enchaîne un nouveau morceau, plus romantique.

15.Plan italien sur l’orchestre de profil gauche. À l’arrière-plan, une partie des coulisses où arrive la Belle Abbesse, qui s’est changée dans une robe de grand luxe, la démarche altière et saluée par de fervents applaudissements de clients qu’elle dépasse, hautaine. Suivi en léger pano gauche droite et plan américain.

Un spectateur

(Saoul, qui se précipite vers elle)

Vive la belle fatma !

Il est retenu aussitôt par d’autres admirateurs. Dédaigneuse, la Belle Abbesse continue son chemin avec dédain et d’une démarche royale, suivie par les regards concupiscents et admiratifs des spectateurs les plus âgés.

16 axe inverse 15.Plan moyen. Elle a retrouvé la tablée du Baron. Tous se sont levés à sa rencontre sauf Danglard assis à droite.

La Belle Abbesse

Je vais faire un tour à la Reine Blanche ! Qui m’aime me suive !

Barjolin

Montmartre ? C’est dangereux !

Valorgueil

Justement !

Cocotte robe verte

(Très snob)

Montmartre, où est-ce ?

La Belle Abbesse

Ah dis, tu y es née !

(Elle prend Danglard par le bras et le fait se lever)

Viens !

Danglard

Drôle d’idée.

Elle l’entraîne, et tous deux sortent du champ par la droite.

Coudrier

(Au bras de la cocotte verte, il esquisse des pas de danse)

On va voir les gigolettes !

Ils sortent également à droite, suivis des autres convives.

17 retour 12.Fin du numéro de Pierrot sous les applaudissements. À bout de souffle, il jette sa rose dans le public. Fondu enchaîné.

Cabaret de la Reine Blanche, int. /ext. nuit

18.Plan large sur la façade de la Reine Blanche en légère plongée. Au sifflement romantique de Pierrot succède une mazurka ou une java chaloupée assourdie. Il fait très sombre. Quelques passants vêtus de manière populaire et faisant contraste avec la clientèle chic du « Paravent chinois » vont et viennent. En fond brillent timidement les globes formant l’entrée du cabaret. Un fiacre s’arrête à proximité, en descendent Danglard et les amis de la Belle Abbesse.

19.À l’intérieur du cabaret, vus de derrière le comptoir en plan serré, deux malandrins, Savate (JEAN-MARC TENNBERG), à droite, et Bidon (JACQUES JOUANNEAU) au centre, face caméra et tournant le dos aux nombreux danseurs qui s’agitent au rythme de la java à l’arrière-plan à droite, sont accoudés et plaisantent avec une pimpante et massive gigolette, à gauche, qui éclate de rire. C’est Génisse (DORA DOLL). Savate donne un coup de sa canne sur l’épaule de Génisse, histoire de la remettre en place, et hausse les épaules. Un pano droite recadre un inspecteur (R. J. CHAUFFARD) de profil droit un verre à la main, en conversation avec le tenancier (MAX DALBAN), tous deux également au comptoir.

Le propriétaire

Excusez-moi M’sieur l’inspecteur, mais les vrais de vrais, y viennent plus ici ! C’est triste à dire mais y s’méfient d’moi.

L’inspecteur

(Sévère)

Ben nous aussi ! Tâche de marcher droit, on t’a à l’œil !

Le propriétaire

Oh quel métier, vivement la retraite.

(Il aperçoit l’entrée des «  cocottes de luxe  » du Paravent Chinois à l’arrière-plan à droite)

Excusez-moi, M’sieur l’inspecteur !

(Il se dirige vers l’entrée pour les accueillir. Reprise du panoramique droit qui découvre au premier plan une cliente accoudée à une table en bois, indifférente à la frénésie des danseurs. À l’arrière-plan, campé au sommet d’un balcon, l’orchestre demeure grave et imperturbable. Danglard et sa petite troupe luxueuse étincelle dans ce milieu populaire. Le tenancier le salue avec enthousiasme)

Oh, M’sieur Danglard, quel honneur !

Danglard

(Avec simplicité)

Bonsoir, mon gars.

Le patron revient vers l’ivrognesse qu’il secoue sans ménagement et chasse pour libérer la table.

Le propriétaire

Allez, calte !

L’ivrognesse

Ça va, bouscule pas la marchandise !

Elle s’éclipse vers la gauche d’un pas digne et hautain.

Le propriétaire

Vous serez mieux ici, M’sieur Danglard.

(Fin du pano. Il les installe  : Danglard et la Belle Abbesse face caméra, le Baron Walter à la même tablée, Coudrier et Valorgueil ainsi que les deux cocottes et le Prince à la table en retrait, juste derrière)

Qu’est-ce que vous prenez, M’sieurs-dames ?

Cocotte en vert

Ah moi, je ne prends que du champagne !

Coudrier

Attendez, attendez chère amie… Patron, du gros rouge !

Le propriétaire

C’est d’accord, c’est d’accord, c’est ma tournée !

(Tapant dans ses mains vers la gauche hors champ)

Ernest !

Ernest

(Qui surgit aussitôt à gauche)

Oui, patron ?

Le propriétaire

Des cerises à l’eau-de-vie pour tout le monde !

Ernest

(Tandis que le patron s’assoit à la table de Danglard)

Bien, patron !

Il repart par où il est venu.

20.Plan italien et travelling circulaire gauche sur Savate et Bidon, adossés au mur devant un grand miroir, et qui contemplent les nouveaux arrivants.

Bidon

(D’une voix traînante assez éméchée)

Mais qu’est-ce qu’ils viennent foutre ici tous ces rupins-là ?

Savate

(Une marguerite entre les dents)

C’est des vicelards… qui cherchent des sensations.

21.Plan moyen de la danse du quadrille. Nini (FRANÇOISE ARNOUL) et Paulo (FRANCO PASTORINO) sont parmi la foule des danseurs. Les danseurs sur deux rangées avancent vers une danseuse dans leur diagonale, font la révérence avant de regagner leur place au rythme de la musique.

22.Plan rapproché de trois quarts sur Danglard et la Belle Abbesse (Et derrière eux à la table voisine à l’arrière-plan à gauche, Coudrier et Valorgueil). Ils observent en spectateurs attentifs la danse en contrechamp à gauche et que l’on voit se refléter dans les vitres d’une fenêtre derrière eux.

La Belle Abbesse

Elle est gentille, cette petite.

Danglard

(Se tournant vers elle)

Laquelle ?

La Belle Abbesse pointe du doigt, Danglard regarde.

23.Dans un mouvement tournoyant (plan américain), Paulo et Nini voltigent devant la caméra en une chorégraphie collective encore assez calme. Les danseurs, l’air heureux et paisible, forment par trois couples se tenant par le bras une étoile tournoyante autour d’un pivot central. La caméra suit le mouvement en une série de courts panos alternés.

24.À la tablée de Coudrier (plan américain de trois quarts) où se trouvent le Prince, Barjolin, Valorgueil, et les deux cocottes de luxe, Valorgueil s’émeut.

Valorgueil

(Indigné)

Ah, les sauvages !

Coudrier

(Rieur)

Nos grands-mères appelaient cette innocente danse-là le « cancan ».

(Il se tourne du côté de la table voisine, vers la Belle Abbesse, pano droite de recadrage)

N’est-ce pas ?

La Belle Abbesse

(Rectifiant)

Non, le « Chahut » !

Le propriétaire

Dans le quartier, t’iras bien monter, mais c’est un commencement.

(Vers Danglard)

Vous qui êtes si entreprenant, vous pourriez faire quelque chose ici.

Danglard

Avec une clientèle comme celle-là ?

Le propriétaire

Oui.

Danglard

(Au Baron)

Qu’est-ce que vous en pensez, Walter ?

Baron Walter

Mon cher dans nos affaires, moi, je paie.

La Belle Abbesse

(Moqueuse)

Et tu encaisses.

Baron Walter

Quelques fois… Les idées, c’est vous…

Danglard

(Plaisantant)

Hélas, faut bien, puisque j’ai pas les moyens de me les payer.

(Il mime à la Belle Abbesse des pas de danse avec ses doigts. Àl’Abbesse)

Ça te dit quelque chose ?

La Belle Abbesse

Allons-y, on va danser ?

Danglard

Allez !

Il pose son chapeau et se lève, suivi de la Belle Abbesse, radieuse. Suivi pano haut.

La Belle Abbesse

(Qui caresse, moqueuse, le front dégarni du Baron)

Mon gros coco !

Le propriétaire

(Au Baron)

Faut pas se fier aux apparences, hein.

(Désignant son établissement)