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Allan Kaprow une traversée

De
148 pages
Allan Kaprow, une traversée a été conçu selon une double approche de l'artiste, de ses écrits, des formes qu'il a créées et recréées. Sont réunis d'une part des articles renouvelant l'interprétation d'un art ayant sa propre histoire, ses propres discours et d'autre part des récits de Happenings réinventés, d'Activités partagées situant l'oeuvre dans l'art vivant.
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Sous la direction de
Allan Corinne Melin
Kaprow
une traversée
Allan
Allan Kaprow, une traversée a été conçu selon une
double approche de l’artiste, de ses écrits, des formes
qu’il a créées et recréées. Sont réunis d’une part des Kaprow articles renouvelant l’interprétation d’un art ayant
sa propre histoire, ses propres discours et d’autre
part des récits de Happenings réinventés, d’Activités
partagées situant l’œuvre dans l’art vivant. une traversée
Corinne Melin, docteure en esthétique et sciences de
l’art, enseigne l’histoire de l’art et l’esthétique à l’ESA
des Pyrénées. Elle codirige la revue d’art & design
Echappées.
Blog de l’auteure : http://leslangagesducorps.unblog.fr
ISBN : 978-2-343-04885-7
14,50 e
Sous la direction de Corinne Melin
Allan Kaprow, une traverséeAllanKaprow,unetraversée
©L’Harmattan,2014
57, ruedel’Ecolepolytechnique,75005Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:978 2343 04885 7
EAN:9782343048857
rrrrrAllanKaprow,unetraversée
SousladirectiondeCorinneMelin
BarbaraFormis
CécileMahiou
MyriamMetayer
AllanKaprow
L’Harmattan
Remerciements
Tamara Bloomberg, «Allan Kaprow Estate», San Diego,
Californie. Ecole Supérieure d’Art des Pyrénées, Pau
Tarbes.GauthierHermann,éditionsForm[e]s,Paris.Getty
Institut, Los Angeles. Jacques Donguy, Paris. Alain
Goulesque,Fondationdudoute,Blois.RenéRiou.
©CorinneMelin,2014
rSommaire
CorinneMelin,Préface...............................................7
MyriamMetayer,Enquêted’historicisation.Allan
Kaprow,leHappeningetlasynthèsed’histoirede
l’art............................................................................11
RéinventiondeFluidsd’AllanKaprow2011 1967....31
CécileMahiou,Deshappeningsauxactivités:lamise
enrécitdespratiquesnon art..................................39
RéinventiondeWordsd’AllanKaprow,2014 1962.69
BarbaraFormis,AllanKaprow:unphilosophede
professionartiste......................................................77
CorinneMelin,AllanKaprowenFranceen1981.....99
CorinneMelin,AllanKaprow,inventéetréinventé
................................................................................103
AllanKaprow,«CommentfaireunHappening»,
1966,FaceA............................................................129
Biobibliographiedesauteurs..................................141
rrrCorinneMelin,Préface
Allan Kaprow est reconnu pour avoir donné, dès la
fin des années 1950, leslettresde noblesse auHappening
et défendu tout au long de sa carrière un art proche de la
vie. Le Happening, selon les mots de l’artiste, est mort à
chaque fois qu’il se produit, autant dire qu’il n’en reste,
une fois fait, que des traces. Cet art pourrait donc n’avoir
qu’une existence exclusive par le document. L’artiste en a
voulu autrement. L’idée de dégager l‘œuvre de l’archive
lui est apparu clairement lors de ses premières
rétrospectives au début des années 1980, période au
cours de laquelle il donna deux grandes orientations à sa
pratique: l’Activité (qui se substitue au Happening) et la
réinvention d’œuvres du passé. L’Activité, plus intime, se
pratique au quotidien. Elle est en prise directe avec le
contexte du participant et les évènements qui pourraient
apparaitre au cours de l’expérience. Avec l’Activité, le
présent est intensifié. Il est en quelque sorte de l’énergie
sans marquages. Il ne reste le plus souvent des Activités
que des intensités, des bribes de souvenirs. La
réinvention d’œuvres du passé se joue également de la
mémoire qu’on en a. Le Happening a une durée de vie
limitée puisqu’il est lié au contexte, aux participants, au
présent de sa faisabilité. Il ne peut pas être répété à
l’identique. La réinvention place ainsi l’œuvre de Kaprow
danslecoursd’expériencesrestantàfaire.
7
« Allan Kaprow, une traversée » a été conçu selon
une double approche de l’artiste, de ses écrits, des
formes qu’il a créées et recréées. Sont réunis d’une part
des articles renouvelant l’interprétation d’un art ayant sa
propre histoire, ses propres discours et d’autre part des
récits de Happenings réinventés, d’Activités partagées
situant l’œuvre dans l’art vivant. Le premier article ouvre
sur une analyse inédite de l’œuvre de Kaprow. Myriam
Metayer entreprend une historiographie du Happening
en s’appuyant sur des ouvrages d’histoire générale de
l’art, publiés en France entre les années 1960 et 2000.
Elle constate que la fortune critique de l’artiste américain
croit au fil du temps. Elle passe par exemple de la simple
notation en bas de page à la page complète; éloignant
ainsi le Happening d’une forme artistique mineure. Elle
pointe également une posture critique récurrente dans
l’interprétation de cet œuvre. «Les historiens de l’art se
sont souvent largement limités à l’interprétation
formulée par Kaprow lui même sans prendre de distance
avec sa tentative de construire une généalogie
esthétique, historique et formelle pour le Happening.»
Cécile Mahiou propose une lecture rapprochée de deux
publications de l'artiste: l’opuscule Some Recent
Happenings 1966 et la version publiée de la conférence
«Just Doing» 1996. Elle dégage de ces écrits des cadres
d’interactions,desgestes qui montrent que l’art pratiqué
par Kaprow se distingue des stratégies artistiques
traditionnelles ayant pour but de changer la vie en art.
8
r

Pour l’artiste, il ne s’agit pas de «dissoudre l'art dans la
vie quotidienne, mais de découvrir les activités, les
rythmes, les interactions verbales, les gestes appris qui
constituent le commun de nos vies ». Barbara Formis
montre que la pratique d’Allan Kaprow est une forme de
philosophie pragmatique. Le pragmatisme du philosophe
John Dewey «irrigue et alimente l’approche théorique
des textes de l’artiste ainsi qu’il donne un fondement à sa
pratique». Kaprow innoverait le pragmatisme en
dessinant ses contours, en questionnant ses limites et en
dépassantsesfrontièresparl’expérimentation.
Le récit d’acteurs du monde de l’art et de
réinventeursparticipeàlacompréhensiondel’œuvre.Les
témoignages oraux, les documents visuels, les anecdotes
en sont la matière. En racontant, en écrivant, en
enregistrant ce qui a été fait, on crée des «outils
mnémotechniques»permettant«deretenirlestracesdu
passé, de les relire et de les réinterpréter en tout
1temps ». Corinne Melin propose en ce sens des récits de
réinventions qu’elle a conduites récemment, des
témoignages sur des Activités menées en France en 1981
par Kaprow. Elle mène également une approche
historique et critique sur la réinvention. Le dernier article
ouvre en quelque sorte sur la mise en pratique. Allan
Kaprow, dans Comment faire un Happening (1966) met
9

l’accent sur les articulations nécessaires entre l’art et la
vie quotidienne pour qu’une expérience «extra
ordinaire»aitlieu.
1 « Déchirer la vie : les stratégies de l’anecdote » par Claire de
Ribaupierre, in Anecdote, jrp/ringier, 2007, p. 24
10
r
Myriam Metayer, En quête d’historicisation.
Allan Kaprow, le Happening et la synthèse
d’histoiredel’art
2Dans Childsplay : The Art of Allan Kaprow ,
l’historien de l’art américain Jeff Kelley met à plusieurs
reprises en évidence les carences du discours lorsqu’il
s’agit d’envisager et de présenter Allan Kaprow et son
œuvre dans leur dimension historique. Il rappelle ainsi
que dès les années 1960, les Happenings et Activités ont
été documentés dans les livres d’art sur la base d’une
vingtaine de photographies; ce corpus iconographique
restreint contribuant par là même à limiter la diffusion de
3la connaissance des travaux de Kaprow . De même,
l’influence d’Allan Kaprow sur l’art contemporain ne
repose pas sur la connaissance précise de sa production
artistique.Carcettedernièreestprincipalemententourée
d’une aura mythique qui circule de bouche à oreille du
fait même de la nature immatérielle et éphémère du
2 Kelley, J., Childsplay: The Art of Allan Kaprow, 2004, Berkeley,
University of California Press.
3 Ibid, p. 2: « Yet Kaprow’s actual Happenings, activities, and
enactments have been remembered (or forgotten) by relatively few;
they are represented in art books since 1960 by roughly the same
twenty photographs. »
11

Happening, et dont l’analyse historique et esthétique
4n’auraitpasété–ousipeu–effectuée .
Le contexte français ne se démarque pas de l’état
de fait souligné par Kelley dans le cadre de
l’historiographie américaine. En France, du point de vue
de la critique, l’œuvre de Kaprow a bénéficié du relais de
Pierre Restany avec, notamment, l’article publié en 1963
dans la revue Domus, intitulé « Une tentative américaine
de synthèse de l’information artistique : les Happe
5nings» . Depuis les années 1960, la critique française a
contribué à forger les premiers linéaments d’une histoire
du Happening et du rôle historique joué par Allan
Kaprow. En revanche, l’artiste a trouvé plus tardivement
sa place dans les manuels et autres synthèses d’histoire
de l’art à ambition généraliste. Jusqu’à la fin des années
1970, le nom de Kaprow n’entre pas dans ces ouvrages,
dont les sommaires, qu’il s’agisse d’histoires générales de
l’art ou bien de synthèses consacrées à l’histoire de l’art
moderne et contemporain, reposent encore sur les
distinctions entre les trois grands genres que sont la
peinture, la sculpture et l’architecture, incluant parfois
4 Idem: « Kaprow is often cited as a generative influence in all things
avant-garde. This is not because he hasn’t been an influential artist,
but because his own work is so little known. The Happenings are
known as myth and artworld rumor, but few know much at all about
their development over the course of Kaprow’s career. »
5 Domus, vol. 405, août 1963, pp. 35-42
12
r
6aussi les arts décoratifs . En 1985, l’Histoire de l’art
7dirigée par Albert Châtelet comprend l’un des premiers
textesàaccueillirlenomdeKaprowdanslepanthéondes
artistes méritant une place au sein d’une histoire
générale de l’art, censée rassembler les artistes majeurs
detouslestempsetdetouteslesairesgéographiques:
«C’est alors la saison des Happenings, qui s’ouvre
en 1960 environ, mais ne se poursuit guère au
delà de 1968. […] Le nom d’Allan Kaprow (né en
1927) est étroitement associé à cette période
fugitive,àlaquelleiladonnéquelques unesdeses
8créationslesplusnotoires .»
Le vocable «saison» et l’expression «période fugitive»
se rattachent au champ lexical de la temporalité, l’un
renvoyant à l’idée d’un processus cyclique, l’autre
qualifiant une forme esthétique sans postérité. Or, ce
vocabulaire rappelle sensiblement celui employé dans les
histoiresgénéralesdel’artpubliéesentrelesannées1930
6 Donnons pour exemple le quatrième volume de l’Histoire de l’art,
publié à La Pléiade en 1969. La partie intitulée « Peinture et Gravure -
Générations nouvelles » intègre les artistes américains issus du
néodadaïsme et du pop art. Gaston Diehl, l’auteur, voit en Rauschenberg
essentiellement « un peintre fort averti » (Dorival B. (dir.), 1969,
Histoire de l’art, Paris, La Pléiade, vol. 4, p. 1131).
7 Châtelet, A. (dir.), 1985, Histoire de l’art, Paris, Larousse. Albert
Châtelet est alors professeur à l’Université de Strasbourg et ancien
conservateur au département des Peintures du Louvre.
8 Ibid., vol. 2, p. 558.
13
rr