L'art, excès et frontières

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Pourquoi et comment, depuis au moins un siècle ou deux, l'art cherche-t-il à s'opposer aux frontières, à les dépasser, à les supprimer, à jouer avec elles ? Et ce avec excès. En quoi cet excès est-il fondamental pour constituer et penser l'art contemporain ? Ce livre problématise cet art en excès à partir du point de vue d'un Japonais et offre ainsi de nouvelles interrogations sur l'art contemporain d'Europe de l'Ouest et d'Amérique du Nord en ce temps de globalisation.

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Date de parution 01 novembre 2014
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EAN13 9782336360980
Langue Français

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Eidos
RETINA
Kenji Kitayama
L’art, excès & frontières
Série Collection
Préface de Dominique Chateau Postface de François Soulages
L’art, excès & frontières
dirigée par Michel Costantini & François Soulages Série RETINAManuela de Barros,Duchamp & Malevitch. Art & Théories du langageEric Bonnet (dir.),Le Voyage créateur Eric Bonnet (dir.),Esthétiques de l’écran. Lieux de l’image Michel Gironde (dir.),Les mémoires de la violence Michel Gironde (dir.),Méditerranée & exil Bernard Lamizet,L’œil qui lit. Introduction à la sémiotique de l’image Guy Lecerf,Le coloris comme expérience poétique, Marie-Luce Liberge,Images & violences de l’histoire Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou au cinéma Gëzim Qëndro,Le surréalisme socialiste. L’autopsie de l’utopie Nathalie Reymond,A propos de quelques peintures et d’une sculptureFrançois Soulages (dir.),La ville & les artsFrançois Soulages & Pascal Bonafoux (dir.),Portrait anonyme Julien Verhaeghe,Art & flux. Une esthétique du contemporain Série Groupe E.I.D.O.S. Michel Costantini (dir.),Ecce Femina Michel Costantini (dir.),L’Afrique, le sens. Représentations, configurations, défigurations Groupe EIDOS,L’image réfléchie. Sémiotique et marketing Pascal Sanson & Michel Costantini (dir.),Le paysage urbain Marc Tamisier & Michel Costantini (dir.),Opinion, Information, Rumeur, Propagande. Par ou avec les images Suite des livres publiés dans la Collection Eidos à la fin du livre Comité scientifique international de lecture Argentine(Silvia Solas, Univ. de La Plata),Belgique(Claude Javeau, Univ. Libre de Bruxelles),Brésil(Alberto Olivieri, Univ. Fédérale de Bahia, Salvador),Bulgarie(Ivaylo Ditchev, Univ. de Sofia St Clément d’Ohrid, Sofia),Chili(Rodrigo Zùñiga, Univ. du Chili, Santiago),Corée du Sud(Jin-Eun Seo (Daegu Arts University, Séoul),Espagne(Pilar Garcia, Univ. Sevilla),France(Michel Costantini & François Soulages, Univ. Paris 8),Géorgie(Marine Vekua, Univ. de Tbilissi),Grèce(Panayotis Papadimitropoulos, Univ. d’Ioanina),Japon(Kenji Kitamaya, Univ. Seijo, Tokyo), Hongrie(Anikó Ádam, Univ. Catholique Pázmány Péter, Egyetem),Russie(Tamara Gella, Univ. d’Orel),Slovaquie(Radovan Gura, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica), Taïwan(Stéphanie Tsai, Univ. Centrale de Taiwan, Taïpé) Secrétariat de rédaction: Sandrine Le Corre Publié avec le concours de
Kenji Kitayama
L’art, excès & frontières
Sous la direction de François Soulages FRONTIÈRES GÉOPOLITIQUES & GÉOARTISTIQUES François Soulages (dir.),Géoartistique & Géopolitiques. Frontières,Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2012, 208 p. Gilles Rouet & François Soulages (dir.),Frontières géoculturelles & géopolitiques, Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2013, 192 p.Gilles Rouet (dir.),Quelles frontières pour quels usages ?,Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2013, 236 p.François Soulages (dir.), Mondialisation & frontières. Arts, cultures & politiques, Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2014, 271 p. Éric Bonnet & François Soulages (dir.),Lieux & mondes. Arts, cultures & politiques,Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2014, 302 p.Éric Bonnet (dir.),Frontières & œuvres, corps & territoires,Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2014, 228 p.Éric Bonnet & François Soulages (dir.),Frontières & artistes. Espace public, mobilité, (post)colonialisme en Méditerranée, Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2014.Éric Bonnet, François Soulages & Juliana Zevallos Tazza,Memoria territorial y patrimonial. Artes & Fronteras, Lima, Universidad Nacional Major de San Marcos Fondo Editorial, 2014, 212 p. François Soulages (dir.),Biennales d’art-contemporain & frontières,Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2014, 230 p. Serge Dufoulon & Maria Rostekova (dir.),Migrations, mobilités, frontières & voisinages, Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2012, 334 p.Anna Krasteva & Despina Vasilcu (dir.),Migrations en blanc. Médecins d’est en ouest, Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2014, 242 p. Michel Gironde (dir.),Méditerranée & exil. Aujourd’hui,Paris, L’Harmattan, collection Eidos, Série RETINA, 2014. Imad Saleh, Nasreddine Bouhaï & Hakim Hachour (dir.),Les Frontières numériques,Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2014, 257 p. Imad Saleh, N. Bouhaï, Y. Jeanneret, S. Leleu-Merviel, L. Massou, I. Roxin, F. Soulages, M. Zaklad,Pratiques & usages numériques, H2PTM’13, Paris, Hermès, Lavoisier, 2013, 390 p. FRONTIÈRES GÉOESTHÉTIQUES Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou,L’Harmattan, Paris, collectionEidos, Série RETINA, 2013, 230 p. Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou au cinéma, Paris, L’Harmattan, collectionEidos, Série RETINA, 2014, 214 p. Michel Costantini (dir.),Sémiotique des frontières, art & littérature, Paris, L’Harmattan, CollectionEidos, série E.I.D.O.S., 2014.Kenji Kitayama,L'art, excès & frontières, Paris, L’Harmattan, collectionEidos, Série RETINA, 2014. Katia Légeret,Rodin et la danse de Çiva, Saint-Denis, PUV, 2014, 244 p.Christine Buci-Glucksmann, Jacques Morizot & François Soulages (dir.),Les frontières esthétiques de l’art,Paris, L’Harmattan, collection arts 8, 1999, 204 p.
© L’Harmattan, 20145-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.harmattan.fr * diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-04470-5 EAN : 9782343044705
Préface J’ai rencontré Kenji Kitayama grâce à Marcel Duchamp. Depuis de nombreuses années, nous partageons un intérêt passionné pour cet artiste et sa pensée. Si Kenji Kitayama s’est penché sur son œuvre, c’est, d’abord, parce qu’il s’intéresse à la France, à sa langue et à sa culture. L’hommage qu’il rend à la culture française depuis de nombreuses années a commencé avec une maîtrise sur Odilon Redon. Il a ensuite étudié Raymond Roussel, devenant, de cet artiste quelque peu négligé en France même, l’un de ses meilleurs spécialistes. De même, il a entrepris l’étude approfondie de Duchamp, traduisant notamment en japonais ses célèbresNotesréunies par Paul Matisse — une véritable performance étant donné leur forme fragmentaire et l’ésotérisme qui les caractérise… Kenji est aussi, en tant que Japonais, un observateur attentif de sa culture. Il m’a initié au Kabuki, au Nô, au jardin zen de Kyoto et… au délicieuxsoba tempura. L’une de ses lignes de recherche est particulièrement stimulante : elle concerne le japonisme qu’il considère non seulement en tant que reflet occidental de la culture japonaise, mais aussi en tant que cette idéologie magnifiée par les artistes européens, et notamment français, connut unfeedbackdans la culture japonaise elle-même — d’où un japonisme japonisé. Je l’ai entendu communiquer très finement sur cet aller-retour et, lors d’une visite récente du musée d’estampes Ota à Tokyo (Ukiyo-e Ota, dans le quartier de
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Harajuku), il m’expliquait commentla réception européenne avait contribué à rehausser la valeur d’un art qui, jusque là, était plutôt dans lelow artqu’à la ainsi réputation d’artistes, tel Hokusai, qui n’étaient pas honorés auparavant. On retrouve en ce livre cette manière d’analyser les choses dans le dernier chapitre consacré à la représentation culturelle du corps au Japon : Kenji Kitayama y considère « la cuisine éclectique japonisée ». Dans ce texte final, il manifeste sa compétence d’anthropologue de son pays, notamment en examinant le statut du costume (qui cache le corps) ou la manière d’expulser dans des fêtes une énergie contenue dans la vie sociale ordinaire. L’autre compétence de Kenji Kitayama apparaît au cours du premier chapitre, celle de l’observateur et théoricien de l’art contemporain. Partant de Bataille, passant par Duchamp et lejunk/trash art, l’auteur résume sa proposition principale dans ce beau chiasme : « On peut faire d’un excès une œuvre d’art, mais on ne peut pas faire d’une œuvre d’art un excès. » Ce livre étale une bonne partie de la palette esthétique à partir de laquelle son auteur féconde sa pensée : Duchamp et Roussel, bien sûr, auxquels s’ajoute Artaud. Pourquoi s’intéresse-t-il à ces artistes de la modernité ? On ne répondrait pas à tort qu’il y a quelque chose de japonais en eux. On a parfois invoqué le côté zen de Duchamp, par exemple en pensant à l’indifférence du goût. Roussel, pour Kenji Kitayama, c’est l’expérience d’« un monde visible non-idéologique » où il cherche la pure « co-existence physique de corps et d’objets comme tels ». Au passage, il cite évidemment Cage qui partage avec Roussel une esthétique de l’ennui — et, notons-le aussi, qui fut fasciné par la découverte des merveilleux jardins zen de Kyoto, comme en témoigne, entre autres, son dessin minimalisteWhere R = Ryoanji R/7 (février 1988). Quant à Artaud, avec ses autoportraits si particuliers, Kenji Kitayama montre qu’il faut, cette fois, impliquer dans l’analyse l’arrière-plan psychique que l’artiste investit dans son travail de représentation. L’invisible a, là, un poids
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considérable, sans négliger toutefois la part de jeu, plus ou moins morbide, que l’artiste introduit dans sa stratégie de représentation pour mettre en crise la séparation admise entre la présentation et la représentation. Au lieu de se diviser comme dans un miroir à la manière de l’autoportrait « classique », dans celui d’Artaud, le moi visé par le dessin et le moi dessiné « s’amalgament comme un trou noir géant qui absorbe les spectateurs, en les mettant mal à l’aise ». Concernant Duchamp, Kenji Kitayama développe une théorie de l’inframince. S’il est une notion proprement duchampienne, c’est bien elle avec son allure mi-scientifique mi poétique. L’auteur montre que l’inframince estécart,charnièreetdéplacement. Cela concerne tout ce qui se trouve dans les infimes interstices à la jointure des espaces et des temps. Ou, mieux encore, tout ce qui entremêle les deux dans la quatrième dimension (dont l’idée doit à la fois à Poincaré, le savant, et à Gaston de Pawlowsky, le romancier d’anticipation). La réflexion de Kenji Kitayama sur Raymond Roussel, à partir de son testament littéraire,Comment j’ai écrit certains de mes livres(1935), concerne, outre les procédés littéraires de cet écrivain singulier, plutôt descriptifs que narratifs, le travail d’intermédialité qui y renvoie la littérature à la photographie. D’où cette expérience esthétique incomparable, « une expérience inconnue », à quoi l’écrivain nous convie : « c’est comme si en essayant de déchiffrer une photo, on avait l’impression de découvrir une suite de sens sans comprendre le sens définitif ». Lorsque Kenji Kitayama, enfin, analyse le film de Beckett tout simplement intituléFilm, comme pour montrer du doigt qu’il s’agit d’« un film ontologique sur le cinéma », puisque cette réflexivité prend racine dans la structure filmique elle-même, il montre en même temps que les thèmes de sa réflexion, éparpillés dans le découpage des chapitres, forment un réseau, presque un système. C’est ainsi qu’à propos deFilm l’alternance du net et du flou réactive la problématique de l’inframince de même que celle de la dualité entre moi réel et moi imaginaire.
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Inauguré et conclu par une réflexion théorique plus générale, ce recueil de textes met à la disposition du lecteur français ou francophone un ensemble de réflexions qui témoignent de l’amour de Kenji Kitayama envers la culture française, enrichissant notre patrimoine par un regard inédit, autant qu’elles peuvent ouvrir le lecteur français à l’altérité culturelle. Dominique Chateau
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Chapitre 1 L’art en excès 1 ème L’art , avant le XIX siècle, était en général positif à l’égard de ses objets et les embellissait, en priorité le Christ, la Vierge à l’Enfant, les Saints ou les héros à idéaliser - autant de sujets en images, mythiques, religieux, historiques ou littéraires. Ce qui primait, ce n’était pas les sujets en question, mais les moyens d’expression comme l’encadrement des objets à décrire, la disposition des personnages, la composition, les perspectives, les couleurs, etc. Par exemple, dans le domaine de la peinture, le peintre devait exécuter une œuvre où il se représentait lui-même et où il représentait le public aux côtés du Christ, de la Vierge à l’Enfant, des Saints ou des héros en question, qu’il embellissait par ailleurs.Une peinture, même très élaborée, ne servait pas directement aux institutions féodales et royales, aux rois, aux seigneurs, aux officiants religieux qui 1 Ce chapitreest un des résultats d’un an d’études que l’Université Seijo m’a permis de poursuivre pendant l’année 2011-12 comme année sabbatique soit au Japon, soit en France. Il est revu, augmenté et recomposé d’après l’intervention que j’ai faite dans le séminaire de doctorat dirigé par Dominique Chateau à l’école doctorale Arts plastiques, esthétique et science de l’art de l’Université de Paris I (Panthéon-Sorbonne) le 14 février 2012 et aussi d’après l’article co-écrit par Hiroshi Yoshida et Kenji Kitayama « Des beaux-arts à l’art contemporain – autour public de l’art »,Azurn° 12, mars 2011, pp. 1-18.
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