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L'aventure des Surfs

De
288 pages
L'auteur de ce récit a fait partie du groupe mythique originaire de Madagascar, les Surfs, qui fit carrière jusqu'en 1971, date de leur séparation. En tournée avec Sheila pour trente spectacles, ce groupe vocal formé de quatre frères et deux soeurs Rabaraona, va connaître le succès aux côtés des nombreuses stars de la chanson française des années 60. C'est leur histoire et celle de l'un des protagonistes qui nous est racontée ici enrichie des anecdotes les plus savoureuses.
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L’aventure Rocky A. Harry
des Surfs L’aventure Rabaraona
Souvenirs des Surfsd’un groupe vocal malgache
Souvenirs d’un groupe vocal Paris, 12 décembre 1963. « Mesdames et messieurs, de
Madagascar, voici les Surfs ! »… C’est ainsi que la présentatrice malgache
annonce l’arrivée sur la scène mythique de l’Olympia de ce
nouveau groupe vocal francophone formé de quatre frères et
deux sœurs Rabaraona, originaires de Madagascar.
Autrefois appelé Les Béryls, ce groupe vient de terminer une
longue tournée de trente spectacles avec la nouvelle coqueluche
des jeunes, Sheila, à travers la France. Ce spectacle de l’Olympia
sera pour lui la consécration.
L’auteur de ce récit a fait partie du groupe mythique jusqu’à
leur séparation en 1971. À la rupture du groupe, il continua en solo
de présenter des spectacles au Québec et en Ontario. Il retrouva
sa sœur Monique en 1979 et forma avec elle un duo sous le
nom de Rocky et Monique pendant deux ans. Lorsque Monique
décida de retourner en France en 1981, il se retrouva de nouveau
seul. Dans son nouveau spectacle intitulé Il était une fois… Les
Surfs, il raconte l’histoire du groupe avec des anecdotes les plus
savoureuses entrecoupées de leurs grands succès.
Rocky Rabaraona est né à Madagascar.
Auteurcompositeur-interprète, il a écrit également des poèmes
et des essais (non publiés). Il vit aujourd’hui à Montréal.
Illustration de couverture :
Gracieuseté de Pascal Rabaraona. ISBN : 978-2-343-04756-0
Prix : 28 € Graveurs de MémoireGG Série : Récits de vie / Arts du spectacle vivantGraveurs de Mémoire
Cette collection, consacrée essentiellement aux récits
de vie et textes autobiographiques, s’ouvre également
9 782343 047560
aux études historiques.
L’aventure des Surfs
Rocky A. Harry Rabaraona
Souvenirs d’un groupe vocal malgache




L’aventure des Surfs

Souvenirs d’un groupe vocal malgache


Graveurs de mémoire

Cette collection, consacrée à l’édition de récits de vie et de
textes autobiographiques, s’ouvre également aux études
historiques. Depuis 2012, elle est organisée par séries en
fonction essentiellement de critères géographiques mais
présente aussi des collections thématiques.


Déjà parus

Ferdinandy (Georges), Les Seigneurs du château, Souvenirs d’un
réfugié hongrois en Alsace, 2014.
Walliser (Andrée), Grandeurs et servitudes scolaires, Itinéraires
passés et réflexions présentes d’un professeur, 2014.
Quesor (Gérard), Chez la tardive, Une amitié inachevée, 2014.
Penot (Christian), Du maquis creusois à la bataille d’Alger, Albert
Fossey dit François de la résistance à l’obéissance, 2014.
Messahel (Michel), Itinéraire d’un Harki, mon père, De l’Algérois
à l’Aquitaine, Histoire d’une famille, 2014.
Augé (François), Petites choses sur l’école, Mémoires et réflexions
d’un enseignant, 2014.
Moors (Bernard), J’ai tant aimé la publicité, Souvenirs et confidences
d’un publicitaire passionné, 2014.
Pérol (Huguette), Gilbert Pérol, Un diplomate non conformiste,
2014.
Gritchenko (Alexis), Lettres à René-Jean, 2014.
Blaise (Mario), Retour aux racines, 2014.
Le Lidec (Gildas), De Phnom Penh à Abidjan, Fragments de vie
d’un diplomate, 2014. RRocky A. HHarry RABBARAONNA





L’aventure des Surfs

Souvenirs d’un groupe vocal malgache

























































© L'HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04756-0
EAN : 9782343047560

Toute biographie digne d’être écrite est le récit d’une ascension
Henri Bordeaux


En hommage à mes regrettés parents, Marcel et Isabelle,
En hommage à mes regrettées sœurs Monique et Nicole,
A mes frères Coco, Pat et Dave,
À ma conjointe Joyce,
À mes enfants et mes petits-enfants,
À mes petits frères et sœurs, neveux et nièces,
À tous les amis qui ont connu Les Surfs et qui les ont suivis
tout au long de leur carrière,
À tous ceux qui découvrent Les Surfs à travers ce livre.



L’amitié est comme la soie : elle sert à envelopper les morts, à
habiller les vivants et quand un fil est trop mince, le doigt le suit.

Ny fiahavanana hoatra ny landy : maty isika, ifonosana;
velona itafiana ka ny madilana arahim-panondro’’

Proverbe malgache

PRÉFACE
Je me souviens de ma première rencontre physique avec
Les Surfs, six frères et sœurs originaires de Madagascar.
C'était à Toulon en 1964 au Claridge, une brasserie du
boulevard de Strasbourg. Comme dans la chanson, j'allais
avoir 18 ans et je n'étais pas encore journaliste. Dans la France
post-coloniale des années 60, la musique venait
principalement des Etats unis avec le jazz, le rock n' roll, le twist ou
encore le madison, une musique moderne, une musique
vivante et vibrante.
Les Surfs ont été le premier groupe noir, on ne disait pas
encore black. Un groupe énergique, tonique et élégant. Bien
sûr avant eux, il y avait Henri Salvador, John William et
Joséphine Baker, mais pour les ados, ces artistes d'une autre
génération ne correspondaient plus aux aspirations de la
jeunesse française.
L'époque était à l’insouciance, la guerre d’Algérie était
terminée, et l'aventure des années yéyé commençait.
Nous étions des yéyés selon la terminologie utilisée par nos
« croulants de parents ». Les Surfs et beaucoup d'autres ont
marqué la variété française et francophone pour toute une
génération d'adolescents qui aspirait à la modernité. Ils étaient
un peu nos Platters à nous. Coco, Pat, Rocky, Dave, Monique
et Nicole, un groupe de chanteurs blacks avec en plus deux
filles à la troublante beauté sauvage.
En 1973, dix ans après cette première rencontre à Toulon,
le hasard a voulu qu’un des membres du groupe, Rocky,
devienne presque mon voisin de palier à Montréal. Une
proximité qui se transforma en une amitié durable.
Certains détracteurs, mauvaises langues d'aujourd'hui
disent que Les Surfs manquaient d'authenticité qu'ils n'étaient
pas représentatifs de la musique malgache. Dans les années 60,
il ne s'agissait pas d’authenticité, de world music, l'époque
était à la musique de variétés, à la reprise des tubes américains
ou anglais. Les Surfs étaient représentatifs de leur époque. Une
époque bercée par des chansons qui résonnent encore à nos
oreilles avec des titres inoubliables : T'en va pas comme ça,
Scandale dans la famille, Si j'avais un marteau, À présent tu
peux t'en aller et beaucoup d'autres.
Aujourd'hui Monique et Nicole ne sont plus là, mais elles
restent vivantes dans nos mémoires grâce à la mythique photo
de Jean-Marie Perrier pour le magazine " Salut les Copains ",
un cliché réunissant toutes les vedettes de cette période dans
une unité de temps et de lieu.
Les Surfs, une belle aventure, une carrière artistique hors
du commun qui mérite d'être racontée.
Christian Lagauche
France Télévisions, Paris-Montréal

12 INTRODUCTION DE L’AUTEUR
Comme un parfum de goyave… J’aurai pu donner ce titre
à cette merveilleuse épopée du groupe.
Pendant mon enfance, dans le temps où ma famille
demeurait à Vohémar (Iharana), une ville située au nord-est
de la grande île (région de la SAVA), une ville où nous avons
vu le jour, Coco, Pat, Dave et moi, nous aimions marcher
dans les sentiers, traversant les collines et les plaines autours de
la ville, pour accompagner souvent maman, Nenybé
(grandmaman) et quelques lavandières, à la rivière lors des jours de
grand lavage. Après avoir traversé une mangrove aux odeurs
salines, nous arrivions sur des sentiers bordés de goyaviers d’où
émanait un parfum agréable de leurs fruits, embaumant
chacun de nos pas d’une douce senteur toute particulière. Son
parfum, c’était une pure sublimité ! Au retour de chaque
lavage, pendant les après-midi, nous nous attardions sur ces
sentiers jusqu’au soleil couchant, pour prendre le temps de
humer une dernière fois ce charme avant de retrouver notre
maison familiale. Et maintenant, la respirer fréquemment
dans ma cuisine ici à Montréal (Québec), pour moi, c’est
retourner à chaque fois à Madagascar, retrouver l’arôme de
mon enfance et de ma jeunesse. Un panier de divers fruits
tropicaux, surtout des goyaves fraîches, traîne toute la journée
sur la table, avant de faire valser mes pupilles gustatives.
L’odeur capiteuse de ces goyaves inonde tout mon alentour.
Et c’est dans cette atmosphère magique que les souvenirs de
ma famille, mais surtout des Surfs, ressurgissent dans ma tête,
dans mes pensées. Avec comme musique d’ambiance, un
Canon de Pachelbel sur fond de bruit des vagues d’une mer
caressant une plage au sable fin …

Il était une fois - ceci n'est pas un conte - à Madagascar
dans la ville d'Antananarivo la capitale, une famille
nombreuse, la famille Rabaraona. Le papa, Marcel, et la
maman, Isabelle, avaient 12 enfants, huit garçons et quatre
filles. Ils vivaient heureux dans un quartier de la ville,
Ambanidia. Les enfants suivaient leurs études dans des écoles
françaises.
Le 14 octobre 1958, Madagascar fut proclamée
République. Pour fêter ce grand évènement, le gouvernement du
premier Président de la République, Philibert Tsiranana,
organisa des festivités dont un concours de radio-crochet
(concours d'amateurs) sur un podium dressé devant l'Hôtel de
Ville. Encouragés par Papa Marcel et Maman Isabelle, les six
aînés de la famille formèrent un groupe pour participer à ce
concours. C'est ainsi que Coco, Pat, Dave, Monique, Nicole
et moi-même, sous le nom des six frères et sœurs Rabaraona
(Rabaraona enina mianadahy), nous nous sommes retrouvés
pour la première fois sur une scène et devant un grand public,
et parmi des chanteurs très connus du pays qui étaient là aussi
présents à ce concours. Lorsque notre tour arriva, nous
chantions deux grands succès des Platters « Only You » et
« The great pretender ». La foule fut charmée et les
applaudissements consacrèrent au groupe le premier prix...
Suite à ce succès inattendu, nous participions à des
nombreuses émissions de radio du pays. Avec un nouveau
14 nom, Les Béryls, ce fut l'enregistrement d'un 45 tours avec la
compagnie Discomad (De Comarmond) : Marin, Les trois
cloches, Petite fleur et Tom Dooley. Les six frères et sœurs firent
ensuite une tournée à travers la grande île avec la grande
vedette du temps : Henry Ratsimbazafy.
En septembre 1963, c’était le Salon International de la
Radio et de la Télévision à la Porte de Versailles à Paris. Nous
étions choisis par le gouvernement pour représenter le pays à
cette grande manifestation culturelle. Ce fut encore le grand
succès, et suite à cette performance, la petite famille signa son
premier contrat professionnel avec une maison de disque de
Paris, les disques Festival, qui nous donnera le nom de Les
Surfs, en référence à la nouvelle danse du surf très en vogue
dans le temps... Ce fut le début d'une longue et fructueuse
aventure pour le groupe...

Tour à tour douce, tendre, forte, savoureuse, capiteuse,
agréable, enivrante, doucereuse et amusante, comme un
parfum de goyave, voici l’histoire de cette saga, de cette
épopée, de cette légende des six aînés de ma famille, dont je
faisais partie, la famille Rabaraona.
Il était une fois…
Rocky A. Harry Rabaraona
15 CONTEXTE HISTORIQUE EN 1958
Le 20 août 1958, le Général de Gaule, président de la
République Française, effectue un voyage à Madagascar afin
de promouvoir l'adhésion du pays à la Communauté
Française, concept crée par la France pour remplacer les
colonies françaises (décolonisation).
1Au mythique stade de Mahamasina à Antananarivo et
devant plus de 40 000 malgaches, il commence un long
discours pour demander au pays de voter « OUI » au
référendum du 28 septembre.
Son discours commence par cette phrase : « Quelle réunion
magnifique dans un site admirable ! Personne, plus que moi,
veuillez le croire, n’en ressent l’impression ! ». La foule
applaudit plusieurs fois durant ce discours.
Le 28 septembre, les malgaches votent massivement
« OUI » à l’adhésion à la Communauté Française.
Le lundi14 octobre, la loi d’annexion du 6 août 1896 est
déclarée caduque par le Haut Commissariat français André
Soucadoux. C’est la déclaration de la République Malgache…

1 Situé près du lac Anosy, dans la capitale malgache Antananarivo, le
stade de Mahamasina est une place où eurent lieu tous les discours
officiels des rois et reines de Madagascar. Il servit aussi de champ de
manœuvres aux troupes royales. Depuis la fin de la royauté malgache, le
stade sert aux grandes réunions sportives, artistiques et politiques.
Le 16 octobre, l’Assemblée Constituante eet Législative,
pprésidée par Norbert Zaafimahova, élabore la Coonstitution ddu
nouvel état dont l’exécutif fut assuré par un gouvernement
provisoire présidé par Philibert Tsiranana qui devint par la
suite le premier président de la République de Madagascar.

Le stade de Mahamasina à Antananarivo, près du lac Anosy.

18 CHAPITRE 1

14 octobre 1958, le décollage
On a semé une mesure de riz et on a récolté cent.
Vary iray no nafaly, ka vary zato no miakatra.
Proverbe malgache

Mardi 14 octobre.
La plupart des habitants d’Antananarivo sont de retour
chez eux après un week-end bien reposant à la campagne. On
sent de la fébrilité dans l’air car c’est le jour où la première
république de Madagascar va être proclamée. La place de
l’Hôtel de ville est déjà remplie de monde. Toute la matinée,
les gens viennent s’installer pour avoir les meilleures places. La
radio ne cesse de diffuser de la musique entrecoupée de
quelques nouvelles brèves.
Il est 19h40. L'animateur annonce les 4è concurrents à ce
concours de Radio-crochet organisé par Air France et la Radio
Nationale : Ny Rabaraona enina mianadahy, les six frères et
sœurs Rabaraona. Le groupe est composé des six ainés de la
famille : Coco, Pat, Rocky, Dave, Monique et Nicole. Les
garçons portent un pantalon gris et une chemise à carreaux
rouge et noir, les filles une jupe blanche et une chemisette
bleue. L'aîné de la famille, Coco, prend sa guitare et les autres
membres du groupe s'installent devant les micros. Cela fait
quatre jours qu'ils ont travaillé leurs deux chansons et se sont
inscrits durant cet après-midi avec l'encouragement de leurs
parents. Rocky, nommé soliste par la famille, se place à droite
du groupe et attend que son frère aîné entame l’introduction.
Un grand podium a été dressé depuis une semaine en face
de l’Hôtel de Ville. C’est le centre de toutes les activités
entourant ces festivités. Autours du podium, plus de 20 000
personnes s’y agglutinent. L’ambiance des fêtes est à son
comble. La population se délecte de tous ces spectacles
gratuits programmés et présentés devant elle : danses
folkloriques, chansons malgaches, concours de danse moderne, etc.
Et ce soir, c’est le concours de Radio-crochet. La radio
nationale malgache diffuse en direct tout ce qui se passe sur
ce fameux podium, dès le matin à l’ouverture des festivités
jusqu’à soir à la fermeture. Toute la Grande Île est donc à
l’écoute, et les auditeurs dans les villes et les campagnes ont
les oreilles collées à leur poste de radio. Car ce n’est pas tous
les jours qu’un pays fête la déclaration d’une première
république ! Devant les participants aux différentes
manifestations de la journée, et ce soir devant les concurrents, les
VIP ont des fauteuils de choix et manifestent leur
contentement et leur fierté d’être parmi les personnalités faisant
partie de ce premier gouvernement. En malgache, ce sont des
olo-manga.
Et voilà, c'est parti ! Rocky commence la chanson : « Only
you can make this world seems right. Only you can make the
darkness bright… ». Coco, Pat, Dave, Monique et Nicole
accompagnent en chœur avec des sons « ou » et des « a »,
exactement comme leur groupe-fétiche, les Platters, copie
conforme de ce groupe américain que les Rabaraona sont
venus voir deux fois dans le film "Rock around the clock"
20 pour étudier la mise en scène. La foule est conquise dès les
premières mesures, applaudit et commence à se balancer aux
rythmes de la chanson. Le chœur tend les mains vers le public
dans les sons "a" en se balançant de gauche à droite sur leurs
jambes. « Han han…Only you...» continue Rocky, imitant
Tony Williams, le soliste des Platters. La foule applaudit
encore plus fort ! C'est gagné ? On ne le sait jamais d'avance
car neuf autres candidats doivent se présenter après eux, des
concurrents plus ou moins connus du public. Rocky termine
la chanson : « You’re my dream come true, my one and only
you ». Les cinq frères et sœurs choristes répondent : « Only
only you... » avec plusieurs voix harmoniques. Le public crie
sa joie et demande une autre chanson.
Pour les Rabaraona, c'est leur premier concours, une
première présentation en public, et le règlement veut qu'une
seule chanson soit chantée par chaque candidat. Le gagnant
devra par contre présenter une autre chanson. La petite famille
s’installe derrière la scène du chapiteau en attendant le verdict
du public et en écoutant les autres concurrents, des chanteurs
en solo ou en groupe, des humoristes, des musiciens. La foule
commence à scander déjà le nom des Rabaraona pendant les
performances des autres concurrents.
21
Nicole et Monique, le matin du 14 octobre 1958
Pour les participants à ce radio-crochet, le grand prix offert
par la Cie Air France est un voyage aller-retour
AntananarivoTamatave par avion. La petite famille ne pense pas à ce prix
ccar elle est vvenue tout ssimplement participer àà cette grande
fête de la proclamation de la première république malgache. Il
faut dire que depuis une année, avec des copains chanteurs, les
frères participent à des sérénades du soir dans les rues de leur
qquartier Ambbanidia. Il y a surtout Beenja, une vo oix superbe qqui
ferait rougir les grands artistes du temps avec son
interprétation de « Mexico » ou « Padre Don José » ! D’ailleurs, Benja
est le neuvième concurrent de ce concours ! Il y a aussi avec
eeux, leur coppain Pata, duu groupe Nyy Railovy. L Leurs sérénaddes
se poursuivent quelquefois dans leur village ancestral,
Fiakarana, pendant les week-ends. La famille est donc
habituée à chanter en groupe, et les voix se placent le plus
22 naturellement. Leurs parents les ont initiés à la chanson depuis
leur enfance, en participant à des mouvements de jeunes
comme les louveteaux et les scouts. Les quatre frères ont fait
aussi partie de chorale de la cathédrale de Diégo-Suarez de
1953 à 1957 et au Petit Séminaire lorsque papa Rabaraona y a
été affecté, et sont donc habitués à chanter en polyphonie.
Le dernier concurrent interprète à sa façon une chanson
malgache « Vohay aho ry Dada ô fa mamo » sur l’air de Vaya
con Dios. Il a changé les paroles pour celles d’un homme soûl
qui n’arrive pas à rentrer chez lui. Le public rit mais ne réagit
pas très bien. Et en plus, il ne chante pas juste. Il faut dire que
l’ambiance a baissé depuis le neuvième candidat malgré la
bonne volonté de l’animateur. La scène est remplie
d’instruments de musique car chaque concurrent accompagné de son
orchestre laisse ses matériels là en attendant la fin du concours.
Ça y est, c’est terminé. La petite famille regarde ce public
évalué à 20 000 ou 30 000 spectateurs. L’animateur invite
tous les concurrents à se présenter sur la scène. Encore
intimidés par cette foule, les six frères et sœurs remontent sur
la scène et se placent un peu en retrait des autres candidats. Le
gagnant sera celui qui sera le plus applaudi par la foule. Le
premier reçoit un applaudissement mitigé ainsi que le suivant.
Le groupe Ny Railovy, déjà très connu du public, salue le
public comme confiant de leur victoire. Le troisième et le
quatrième numéro, deux groupes de musiciens rock, n’ont
guère influencé l’assistance.
Puis, lorsque l’animateur présente les Rabaraona, ce fut un
déluge d’applaudissements presque sans fin. On a été obligé
de demander à la foule d’arrêter leurs cris. Car il faut juger les
candidats suivants. Mais cela n’a guère calmé les spectateurs
puisque les concurrents n’ont pas eu la reconnaissance du
public qu’ils espéraient.
23 L’animateur fait revenir les Rabaraona devant la scène. La
foule, toujours en délire devant ces six petits personnages,
continue d’applaudir à tout rompre en criant à tue-tête leur
joie. Ça y est, le public a été vraiment conquis et a fait son
choix. L’animateur essaie de placer quelques mots, puis
proclame la petite famille gagnante du concours.
Ce fut une explosion de joie aussi bien parmi les frères et
sœurs que dans la foule. L’animateur demande au groupe de
chanter une deuxième chanson. La fratrie s’approche des
micros, Coco reprend sa guitare, et commence l’introduction
de la chanson des Platters « The great pretender ». Rocky,
toujours soliste, laisse aller sa voix, suivi des autres membres
du groupe. « Oh yes! I’m the great pretender, pretending that
I’m doing well. My need is such, I pretend too much, I’m
lonely but no one can tell ». Ils n’entendent plus le public car
leurs émotions sont trop fortes. Quelques trois minutes plus
tard, Rocky chante la dernière phrase de la chanson :
« Pretending that you’re still around ! ». « Still around ! »
répond en polyphonie le chœur pour terminer. Le chapiteau
risque de s’écrouler sous les cris du public qui en redemande
encore. Mais cette fois-ci, le groupe n’a pas d’autres chansons
à présenter. L’animateur, accompagné du directeur de la Cie
Air France, s’approche alors du groupe et leur remet six billets
d’avion. Félicitations sur félicitations, chacun y va de ses
phrases et de son discours pour la circonstance.
Tout est terminé. Sous les bravos et hourras de l’assistance,
quelques admirateurs viennent leur serrer la main et les
embrasser à leur sortie du chapiteau, les six frères et sœurs
rejoignent leur famille qui les attend en bas de l’escalier
menant sur la scène. Papa et maman Rabaraona, tout sourire,
sont fiers de leurs enfants. Toute la famille essaie de se frayer
un chemin parmi ces spectateurs toujours en liesse.
24 Finalement, après plusieurs minutes, les Rabaraona se dirigent
vers leur domicile à Ambanidia, encore enivrés par les cris et
les applaudissements. Des mots comme « incroyable »,
« inimaginable », « Je rêve », sortent enfin de la bouche des six
frères et sœurs. Papa et maman ne cessent de les féliciter. Les
six autres petits frères et sœurs cadets se serrent contre leurs
aînés comme pour communier avec eux dans cette joie et
témoigner leur solidarité et leur tendresse dans ce grand
succès.
Après cette fameuse soirée, les Rabaraona enina mianadahy
viennent de réaliser que leur merveilleuse aventure, comme un
conte de fée, ne fait que commencer. On les surnommera Les
Platters malgaches !
25 CHAPITRE 2

Marcel et Isabelle Rabaraona
Mon père m’a donné un cœur, mais vous l’avez fait battre.’
Honoré de Balzac

Marcel et Isabelle Rabaraona sont les parents des Surfs.
Septième enfant des 12 issus des mêmes père et mère,
Marcel est né exactement le 11 août 1913 et baptisé le 25
octobre 1913 d'après le bulletin des Baptêmes dont le Père
était le Père Trachez d'Ambohimalazo (Ambositra). Sa
naissance n'était pas enregistrée à l'État Civil
d'Ambatomarina. Son père, Jean-Baptiste Rabaraona, né à Fiakarana
(Ambohidratrimo) est descendant de
Ranavalontsimitoviaminandriana, du village (presqu'île) d'Anosimanjaka. Sa mère
née à Mandazaka-Mahanoro (Ambatomarina) est descendante
de la caste noble Maintsokoamandriana, princesse de
Manandriana (Ambositra).
À l’âge de 15 ans, il se trouvait orphelin de père et de mère
et était à la charge de sa sœur aînée Joséphine Rajananoro avec
ses deux frères et ses deux sœurs. Admis à l’École Régionale
d’Ambositra, son grand frère Rakoto Raphaël l’avait pris en
charge. Malheureusement, ce grand frère qui était instituteur
officiel à Mananjara (Mahitsy) est décédé le 24 août 1932, et