La sculpture flamboyante en Rouergue languedoc

La sculpture flamboyante en Rouergue languedoc

-

Livres
422 pages

Description


Cet ouvrage fait suite aux précédents ouvrages de la série sur la sculpture flamboyante : « Les grands imagiers d'Occident », qui introduisait l'étude de la sculpture flamboyante en Europe (Prix Strasbourg), et aux quatre autres volumes consacrés respectivement à diverses provinces de l'art du gothique tardif : Champagne-Lorraine (Prix des feuilles d'or de Nancy), Normandie, Île de France, Bourgogne, Franche-Comté, Auvergne, Bourbonnais, Forez.

Plusieurs générations d'historiens de l'art ont accrédité cette idée tenace selon laquelle l'art languedocien serait une émanation de l'art bourguignon. Il n'est plus permis d'accepter ce jugement. Le Languedoc est une terre de prédilection de l'art flamboyant : le Maître de Rieux n'a pas attendu la venue de Sluter pour exercer son génie exalté et, à l'opposé, les stalles d'Auch prouvent la longue fascination du style.

Des circonstances politiques et économiques en ont permis l'essor, grâce au concours de mécènes dont l'exemple initial a été fourni par les comtes d'Armagnac. C'est en sa qualité de bastion de l'État armagnac que le Rouergue a pu jouer un rôle si considérable dans la survie et le renouveau des traditions méridionales.

Malheureusement, mis à part quelques artistes très célèbres comme Jacques Morel ou Nicolas Bachelier, la production languedocienne est trop souvent tributaire d'un impénétrable anonymat. À défaut d'en percer le mystère, des groupements multiples sont donc proposés, révélant l'extraordinaire richesse de la production et la grande diversité de ses ateliers.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2003
Nombre de visites sur la page 229
EAN13 9782848192338
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page  €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Les conditions historiques
1 Aspect politique
RAIT d’union entre l’Aquitaine et la Provence, le Comté de Toulouse avait été, à l’époque romane, l’une des régions les plus prospères de l’Occident. L’hérésie cathare et la croisade qui s’ensuivit devaient mettre un arrêt brutal à une brillante civilisation. L’humiliation de la défaite frappa les esprits qui y virent la fin de l’indépendance de leur pays. C’est donc en des fiefs voisins que se reporta l’espoir des peuples occitans. La mort de la com-tesse Cécile de Rodez, en 1313, est, à cet égard un bon repère chronologique puisqu’elle entraîna, pour deux siècles, la réunion des deux comtés d’Armagnac et de Rodez. Ainsi se mit en place une puissante dynastie, d’une envergure comparable à celle des comtes de Toulouse.
er Jean 1 d’Armagnac, dit le Bon (1319-1373) a laissé le souvenir d’un homme avisé, mais il ne put empêcher le Prince Noir de ravager l’Armagnac en 1355. Devenu beau-père du duc de Berry en 1360, il refusa le traité de Brétigny et donna l’exemple de l’insoumission à la domination anglaise (1368). C’est ainsi que Najac se souleva en décembre 1368, puis Rodez en février 1369. Quelques années plus tard, en 1376, Charles V devait se souvenir de cette noble attitude, puisqu’il qualifia les habitants 3 de Rodez «de vrais et fervents zélateurs de l’honneur du royaume».
er Le portrait de Jean 1 nous est conservé par une clef de voûte venant de la chapelle Saint-Loup (démolie), ajoutée par le comte à l’église du Bourg de Salles-Comtaux (musée Fenaille ; 1,16 m/1,03 m). On y voit le comte présenté à la Vierge par saint Loup et accompagné de son blason :
3 - P. BOSC, 1879, p. 103.
Fig. 1 - Blason de er JeanIdArmagnac
er 5-JeanIdArmagnac Salles-Comtaux
11
12
6-JeanVdArmagnac (VitraildelacathédraledAuch)
«écartelé aux 1 et 4, d’argent au lion de gueules, qui est d’Armagnac, aux 2 et 3, de gueules au léopard lionné d’or, qui est de Rodez»fig. 1, Ph 3 et 5. Dieu le Père domine la scène. Saint Loup était le protecteur des ducs de Gascogne, dont les comtes se considéraient comme les héri-4 tiers.
Le soutien des Armagnacs à la cause française atteignit son apo-gée avec Bernard VII (1392-1418), chef du parti orléanais ou armagnac à partir de 1410. On sait que ce parti groupait, autour du dauphin Charles, les ducs de Berry, d’Anjou et de Bourbon, stupéfaits par l’assassinat du duc Louis d’Orléans (1407), sur l’ordre de Jean sans Peur. Face aux Bourguignons ainsi désavoués, Bernard d’Armagnac entra dans Paris en 1413, fut fait connétable en 1415, mais fut massacré par les Parisiens révoltés en 1418. La maison d’Armagnac était très fière de son ancienneté : «nulle maison en France, pas même celle de Bourbon, ne pouvait se glorifier d’une origine plus ancienne et plus illustre que la maison 5 d’Armag nac». Comme les Bourbons, les Armag nacs invo-quaient une filiation ancienne avec la maison de France (mariag e, er en 1327, de Jean 1 avec Béatrix de Clermont, petite-fille de saint Louis). Ce prestige s’est trouvé accru par une succession de trois alliances : er - en 1360, Jeanne d’Armagnac(ph 7), devient, fille du comte Jean 1 duchesse de Berry et d’Auvergne par son union avec Jean de France, frère du roi Charles V ; - en 1395, Bernard VII d’Armagnac épouse Bonne de Berry, fille des précédents ; - en 1410, Bonne d’Armagnac, fille de Bernard VII, se marie avec le nouveau duc Charles d’Orléans, scellant ainsi la naissance du parti armagnac.
L’ascension de la maison d’Armagnac s’est accompagnée d’une série d’avantages territoriaux : - c’est ainsi que Jean II acquit la baronnie de Caussade, en Quercy, et celle de Montmiral, en Albigeois (1382). - A son tour, Bernard VII accrut son domaine de la vicomté de Carlat (1393), de la seigneurie des Quatre-Vallées (1398) et de la vicomté de Murat (1415).
Après Bernard VII, la fortune des Armagnacs, si directement liée au soutien de la cause nationale, se trouva brusquement compro-mise. Pourtant le roi de France continua de puiser en Gascogne orientale ses meilleurs défenseurs, comme La Hire († 1443) et
4 - A. MAYEUX, 1908. 5 - H.DEBARRAU, t I - 1853, p. 230.
Xaintrailles († 1461), les fameux compagnons de Jeanne d’Arc. A la fin de la guerre de Cent Ans, Poton de Xaintrailles sera même nommé maréchal de France (1454) et une pittoresque gravure nous le montre sur son cheval harnaché, avec son écu armorié («écartelé, aux 1 et 4, d’argent à la croix alésée de gueules, aux 2 et 3, de gueules au lion d’argent»)(fig. 2).
Jean IV d’Armagnac (1418-1450) rêvait « de reconstituer dans le Midi une principauté analog ue à l’ancien duché de 6 Gascogne ». Mais ses efforts d’extension devaient être compromis par sa compétition avec Charles VII. C’est ainsi que le comté de Bigorre fut accordé par le dauphin, non pas au comte d’Armagnac, mais à son rival, le comte de Foix (1425). Par ailleurs, la succession de Comminges, si convoitée par Jean IV en 1443, sera finalement octroyée à la couronne en 1502.
Le déclin des Armagnacs allait s’accélérer avec Jean V (1450-1473). Le principal grief de Charles VII à l’égard de Jean IV était l’usage de la formule : «comte, par la grâce de Dieu». C’était un 7 prétexte bien futile. Louis XI trouva, pour Jean V, une solution plus radicale. Il utilisa un faux – un espion anglais à sa solde – pour étayer la terrible accusation de trahison qu’il porta contre le comte 8 d’Armagnac.Ph 6
Retranché dans sa forteresse de Lectoure, Jean V fut alors soumis à un long siège qui devait se terminer tragiquement le 6 mars 1473 (n. st.). Après la reddition, le comte fut assassiné et la ville livrée au saccage. Ces événements furent durement ressentis. Plusieurs docu-ments en font foi : -la façade de l’église de Lavit de Lomagne montre cette ins-cription gothique : « Lo VI jorn del mes de mars MCCCCLXXII 9 Laytora foc combust » e (le 6 jour du mois de mars 1472 Lectoure fut brûlée)
- un texte des archives de Mirande ajoute tristement : 10 « fo gran tribulatio en tot Gasconha » (il y eut grande tribulation dans toute la Gascogne)
6 - Ch. SAMARAN, 1907, p. 104. 7 - La fameuse formule était utilisée aussi par les comtes de Foix, de Comminges et d’Astarac qui avaient reçu la même sommation de Charles VII en 1442. 8 - Ch. SAMARAN, 1907, p. 171. 9 - Id, p. 200. 10 - Id, p. 199.
Fig. 2 - Blason de Poton de Xaintrailles
7-JeannedArmagnac (à Bourges)
13
14
Fig. 3 - Blason de Bonne de Berry † 1435
Fig. 4 - Blason de BernarddArmagnac, vicomte de Carladès (1434-1461)
La mort de Louis XI en 1483 fut le signal d’une violente réac-tion et les domaines d’Armagnac furent restitués à Charles, frère de Jean V (1484-1497).
Il fallut donc libérer le nouveau comte de la Bastille où il était incarcéré depuis douze ans, à la suite de son comportement au moment de la Prag uerie. Malheureusement, les mauvais traitements lui avaient fait perdre la raison et il mourut misérablement dans son château de Montmiral en 1497. Il laissait, pour seul héritier, son ne veu Charles, duc d’Alençon, qui cumula le titre de comte d’Armagnac de 1510 à 1525.
Cependant, le Carladez, acquis en 1393, avait été cédé par Bonne de Berr y, en 1434, à son fils cadet Bernard, héritier en 1438 du comté de la Marche et mort en 1461. C’est ainsi que le Carladez et la Marche passèrent au fils de ce dernier, Jacques d’Armagnac (1461-1477). Bibliophile, comme son arrière-grand-père, le duc de Berr y, Jacques d’Armagnac devait payer cher son insoumission à Louis XI. Après avoir soutenu un siège de 18 mois dans son château de Carlat, il mourut décapité. L’église de Jou-en-Carladez (= Jou-sous-Monjou) fournit un éloquent témoignage de cette tutelle armagnaque, puisque sa voûte porte le blason de Bonne de Berr y (mi-parti Armagnac et Berr y)(fig . 3)et celui de son fils Bernard d’Armagnac, avec un lambel pour brisure, caractéristique de la branche cadette(fig . 4). On peut même en déduire très exactement la datation des travaux : 1434-1435.
La renommée de la maison d’Armagnac a été entretenue par une ambitieuse politique matrimoniale. Dès 1382, Béatrice d’Armagnac, sœur de Jean III, nouait des liens avec l’Italie et spécialement le Milanais par son mariage avec Charles Visconti. En 1446, Eléonore d’Armagnac, fille de Jean IV, épousait le fastueux Louis de Chalon, grand seigneur de Nozeroy et de la Franche- Comté, tandis que, un peu plus tard, Catherine d’Armagnac, issue de la branche cadette de Bernard VII, connaissait les honneurs de la cour de Bourbon, par son mariage avec le duc Jean II (1484).
Enfin, au siècle suivant, la vieille maison devait encore s’illustrer à travers l’évêque de Rodez, Georges d’Armagnac (1530-1562), petit-fils du comte Charles et bientôt promu cardinal (1544). C’est ainsi que le blason d’Armagnac, largement répandu par ce prélat( ph. 4), s’inscrit encore au sommet du fronton qui domine la façade occidentale de la cathédrale de Rodez.