Les artistes Bernadotte
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Les membres étonnants de la lignée des Bernadotte présentés dans cet ouvrage descendent tous de Carl XIV Johan (1763-1844), né à Pau, général d'Empire, roi de Suède, qui fonda une lignée de princes et de princesses aux dons artistiques certains.

Carl XIV Johan, fondateur de la lignée. - Oscar Ier, musicien, peintre. - Carl XV, peintre, poète, musicien. - Prince Gustaf, musicien. - Princesse Eugénie, dessinatrice, aquarelliste, sculptrice. - Oscar II, écrivain, poète. - Prince Eugen, peintre. - Gustaf V et Victoria, le collectionneur et la photographe. - Gustaf VI Adolf, archéologue et historien de l'Antiquité. - Princesse Margareta, peintre. - Prince Wilhem, écrivain. - Sigvard, comte de Wisborg, cinéaste-designer. - Lennart, comte de Wisborg, cinéaste, photographe. - Margareta II, reine de Danemark, aquarelliste, illustratrice, traductrice.

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Date de parution 01 janvier 2008
Nombre de lectures 74
EAN13 2876231993
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0116€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Jean-Baptiste Bernadotte, né à Pau, général de la République française, maréchal d’Em-pire, prince de Ponte-Corvo et roi de Suède, fut le fondateur d’une lignée de princes et de princesses aux dons artistiques certains, lui qui n’avait pourtant point le sens des arts. Personnage remarquable s’il en fut dans un temps qui n’en manqua pas et où s’entrecho-quèrent Ancien Régime, Révolution, Empire, Empire éclaté, Restauration, monarchies nos-talgiques – mais non pas oublieuses – et révolutions brèves. Une époque haletant au rythme des chevauchées d’un bout à l’autre de l’Europe et qui aurait pu laisser croire, à tort, que les siècles passés avaient été immobiles. Jean-Baptiste Bernadotte connut un destin brillant, servi par un concours de circonstances singulier et des qualités personnelles incontestables. Son intelligence subtile, son regard aigu, son charme et son don de persuasion sont attestés par tous ceux qui l’approchèrent, comme sa générosité envers ceux qu’il avait vaincus. Par ailleurs, nul, parmi ses compatriotes, n’avait jamais songé à ce trône, situé dans un pays que l’on avait coutume de qualifier d’un seul mot : froid. Contrairement à ses compagnons, généraux des armées de la Révolution ou maréchaux d’Empire qui, d’un trait de plume, avaient été faits roi de Hollande, de Westphalie ou
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d’ailleurs et qui ne s’attardèrent pas sur ces hauteurs, Bernadotte fut très légalement élu par la Diète d’une nation dont il ne savait pourtant pas grand-chose. La Suède vivait alors des années chaotiques. Après la malheureuse guerre russo-suédoise (1808-1809), qui s’était achevée par la perte de la vieille province de Finlande, devenue « Grand-Duché de Russie », le roi de Suède, Gustaf IV Adolf, avait été contraint à l’abdi-cation. Lui avait succédé son oncle Carl XIII, souverain âgé et sans héritier qui désigna comme successeur le prince danois Karl August. Mais ce dernier fut victime d’un accident de cheval mortel et la question de la succession du roi de Suède se posa à nouveau. C’est dans ce contexte que la Diète fit appel à Jean-Baptiste Bernadotte, alors gouverneur de l’Allemagne du Nord. Les obstacles ne manquaient pas néanmoins avant qu’il accède au trône de cet État étranger : l’accord de Napoléon tout comme celui du vieillissant Carl XIII (frère de Gustaf III) était indispensable; en outre, il lui fallait être élu prince héritier par la Diète. L’autorisation impériale se fit quelque peu attendre car Napoléon n’avait jamais songé à ce trône en Suède : il n’était pas vacant et le pays était situé trop en marge de ses champs d’action. Bien lointain et septentrional, il n’aurait d’ailleurs dû tenter personne. Mais lorsque la question de la succession se posa, Napoléon songea tout de suite à son beau-fils, Eugène de Beauharnais, le fils de Joséphine. Aussi ne mit-il aucun empressement à faciliter l’accession de Bernadotte à une telle dignité, même dénuée d’éclat… De plus, sans jamais dépasser les limites permises, le maréchal ne s’était pas montré un ardent courtisan. Mais les Bonaparte de Mortefonfaine plaidèrent avec chaleur la cause de leur beau-frère et il reçut enfin l’agrément espéré.
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C’est toutefois moins à son empereur que Bernadotte dut sa couronne qu’aux luttes intes-tines en Suède et aux hasards de l’Histoire, fréquents à cette époque de bouleversements. Alors que le régime ancien ne lui aurait guère permis de dépasser le grade de caporal, la Révolution le fit passer rapidement aux grades supérieurs. Ses qualités personnelles et les cir-constances firent le reste. Sa façon d’exercer sa charge de gouverneur de l’Allemagne du Nord, où il faisait passer les intérêts quotidiens de ses administrés avant ceux des soldats occupants, séduisit ainsi des officiers suédois présents à Hanovre, qui, le moment venu, par-lèrent de lui en haut lieu. Bernadotte fut élu prince héritier de Suède par la Diète le 21 août 1810, devenant ainsi le fils adoptif du vieux Carl XIII. Huit ans plus tard, à la mort de ce dernier, il montait sur le trône de Suède sous le nom de Carl XIV Johan. Pendant ces huit années, il apprit tout ce qu’il devait apprendre pour exercer son futur rôle : la langue, tout d’abord, l’histoire de la Suède et le métier de souverain. Il lui fallut aussi s’adapter aux usages, gagner les sympathies, affronter l’hostilité des vieux Gustaviens – fidèles à la mémoire de Gustaf III, « Carl-Johan ne serait jamais qu’un parvenu » à leurs yeux –, se faire adopter par le peuple suédois et résoudre les problèmes suscités par une Europe dislo-quée. C’était autrement plus difficile qu’être roi de Naples ! Bernadotte avait des éclats de colère aussi subits que les orages pyrénéens mais le calme revenait vite. Carl-Johan séduisait et la classe paysanne lui resta toujours très attachée. Bernadotte avait épousé en 1798 Désirée Clary, une jeune fille qui, quelques années aupa-ravant, avait attiré l’attention du jeune Bonaparte. Sa sœur aînée, Julie, était d’ailleurs la tante
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de ce dernier puisqu’elle avait épousé Joseph, le frère aîné du jeune Bonaparte. Les deux sœurs étaient très unies et Désirée préféra toujours l’existence élégante et brillante de Paris et de Mortefontaine à celle, plus austère, de la cour de Suède. L’étiquette y était rigide, le châ-teau immense et la société – qu’elle s’obstina à regarder du haut de son ignorance – étrangè-re. Arrivée en Suède en janvier 1811, après un voyage que les tourmentes de neige et le froid glacial avaient rendu pénible, Désirée repartit quelques mois plus tard pour de vagues raisons de santé – le froid aussi sans doute –, laissant mari et fils à leur avenir respectif de roi et de prince héritier. Sa fortune personnelle, considérable, lui assurait son indépendance. Carl-Johan assuma son règne avec tact, prudence, autorité et clairvoyance. En politique extérieure, il parvint à donner réalité à deux idées : rétablir des relations cordiales avec la Russie et compenser la perte de la Finlande, devenue Grand-Duché russe (1809). Il y parvint en annexant en 1814 la Norvège, dont la possession lui avait été assurée par le Congrès de Vienne. Le 5 février 1818, Carl-Johan devint roi de l’Union des royaumes de Suède et de Norvège. En politique intérieure, il lui fallut réorganiser une Suède plongée dans le chaos depuis l’assassinat de Gustaf III en 1792. Avec les années, l’officier qui avait été un ardent et lucide républicain – une lucidité qui lui avait permis d’éviter les erreurs et les déviances – montra sans trop d’états d’âme du goût pour une monarchie absolue. On comprend aisément qu’il ne restait guère de temps à Carl-Johan pour se consacrer aux Arts. Il est possible qu’il l’ait regretté car il aimait les livres, comme le prouve son aide à la créa-tion de bibliothèques municipales à travers tout le pays, et particulièrement dans le Nord. La Bibliothèque Bernadotte à Stockholm, riche de plusieurs milliers de volumes, comporte de
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même un certain nombre de trésors pour bibliophiles. En 1820, le roi acquit la bibliothèque de Johan Ulrich, son ancien secrétaire particulier; érudit et très fin connaisseur de l’Antiquité, il possédait de nombreux ouvrages en grec et en latin. Carl-Johan, féru d’histoire de France et de celle de Suède, possédait aussi les dix volumes de la vie de Napoléon écrite par Walter Scott ainsi que les romans du célèbre Écossais. Les œuvres de Madame de Sévigné, du Tasse, 1 de La Fontaine, d’Ossian , le théâtre de Corneille, Racine, Voltaire, sans oublier uneBiogra-phie du roi Charles-Jean, roi de Suède et de Norvègepar J. Lapalme (publiée en 1841 dans leJournal de l’Instruction Primaire des Académies du Midi de la France) sont toujours sur les rayons de la Bibliothèque Bernadotte de Stockholm. Carl-Johan avait en outre emporté dans ses bagages les ouvrages de droit de ses ancêtres juristes, avocats et magistrats – dont Jean-Bernard Bernadotte (1727-1780), procureur au sénéchal et auteur d’unRecueil des principales questions de droit(Paris, 1769). Le roi de Suède n’avait pas non plus oublié les romans d’Alexandre 2 Dumas, dont il avait bien connu le père dans sa jeunesse.
LE PORPHYRE DU ROI
Parmi les décisions prises par Carl-Johan pour relancer l’activité économique du pays, citons celle, remarquable, concernant l’exploitation des carrières de porphyre. La Suède pos-sédait en effet l’un des plus riches gisements au monde, principalement à Älvdalen en 3 Dalécarlie . Mais la situation économique de la Suède, après l’assassinat de Gustaf III, avait quasiment ruiné l’exploitation de cette pierre dans le pays.
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e Les Suédois avaient découvert l’art antique auXVIsiècle mais c’est en 1783-1784 que Gustaf III en eut la révélationin situalors qu’il accomplissait son « grand Tour », accompa-gné de Louis Masreliez (1748-1810), un artiste français de renom. Le roi retrouva aussi à Rome Johan Sergel, l’un des futurs grands artistes de son pays.Masreliez et Sergel allaient devenir ses conseillers. De son voyage, le roi rapporta un bel ensemble de vestiges antiques qui, trois décennies plus tard, inspireront les artistes travaillant le porphyre. Il en ramena aussi la décision d’exploiter les gisements suédois. Il créa donc en 1788 une société destinée à l’exploitation du porphyre d’Älvdalen, société dont le conseil d’administration accueillit Louis Masreliez. Cet artiste français avait accompagné en Suède son père, Adrien Masreliez, lorsque ce der-nier y avait été appelé par Gustaf III pour exécuter le rideau de l’Opéra. Ce fut le début de sa carrière de peintre et de décorateur des Bâtiments royaux et c’est à lui que revint l’épanouissement en Suède du style romain à l’antique. Son frère, Jean-Baptiste (1753-1803), né à Stockholm, obtint la succession de la charge d’Adrien. L’entreprise d’Älvdalen se développa fortement sous l’impulsion de Gustaf III puis déclina après sa mort tragique, qui déstabilisa le pays et provoqua un long marasme économique. C’est alors que Carl-Johan acquit l’entreprise au nom de son fils Oscar et en relança l’activité. Le porphyre de Suède fut exporté dans toute l’Europe sous de multiples formes : vases – cer-er tains mesuraient plus de 3 mètres de diamètre, comme celui qui fut offert à Nicolas I –, can-délabres, bustes, colonnes, urnes, tables précieuses… Ces somptueux objets d’art étaient des-tinés à orner les châteaux et les palais ou bien à être offerts aux hôtes de marque et aux sou-
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verains étrangers. Ces œuvres étaient le plus souvent serties de bronze, ce qui amena Carl-Johan à faire venir de France des bronziers de qualité. C’est ainsi que des ateliers de ciseleurs de bronze français collaborèrent étroitement avec la taillerie de porphyre dalécarlienne. À Paris, sous les arcades du Palais-Royal, des boutiques d’art exposaient et vendaient ces objets de luxe ainsi que des objets d’art dans le style antique, tant à la mode alors. Le grand portrait d’apparat de Carl XIV Johan par Mazéré (1843), conservé au château de Rosersberg près de Stockholm, illustre bien le symbole de puissance que fut le porphyre : le souverain s’y dresse majestueusement au milieu d’objets fabriqués dans cette pierre (urnes, candélabres, boîtes diverses). Autant que d’« apparat », on pourrait qualifier ce grand tableau de « publicitaire ». Pendant toute la période où la taillerie de porphyre appartint à la famille Bernadotte, sa réputation fut grande à travers toute l’Europe. Que ce soit la reine Victoria ou le président Poincaré, la plupart des chefs d’État possédaient des objets d’art en émanant. Puis le roi er Oscar I vendit la taillerie d’Älvdalen.
LE CHÂTEAU DEROSENDAL
Une autre réalisation révèle l’intérêt de Carl-Johan pour les arts : il s’agit du château de Rosendal. Il fut construit entre 1823 et 1826 au nord de l’île de Djurgården sur les indica-tions du roi. Son luxueux aménagement dans le style Empire, alors à la mode, prit plusieurs années – un style dont il devint d’ailleurs le plus bel exemple et qui a pris en Suède le nom de « style Carl-Johan ». L’aménagement et les décors intérieurs montrent un tel raffinement
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dans les objets d’art, le mobilier et les coloris que l’on comprend que Carl-Johan ait consa-cré autant de temps à la réalisation de ce chef-d’œuvre qui répondait à ses souhaits.
Carl-Johan fut un amateur d’art éclairé et tous ses descendants montrèrent un goût affir-mé pour la peinture, la musique ou le dessin puis, à l’époque moderne, pour le design, l’écriture ou l’archéologie. Certains même y firent preuve d’un très réel talent artistique, ainsi que nous le verrons. er À la mort du roi, son fils unique lui succéda sous le nom d’Oscar I . Ce prénom, nouveau dans la lignée monarchique, provient d’un poème d’Ossian qui, de nombreuses années auparavant, avait séduit la mère du nouveau roi, Désirée Clary. Toute jeune, elle avait lu ce 4 poème à Bonaparte.Désirée rentra d’ailleurs en Suède à l’occasion du mariage de son fils, en 1823, et résida dans le château de Rosersberg, situé aux environs de Stockholm. Ce châ-teau lui avait été attribué comme douaire et c’est là qu’elle s’éteignit en 1860. C’est à Oscar qu’il revient d’avoir assuré la pérennité de la lignée Bernadotte.
NOTES 1. Ces pages doivent beaucoup àLäsande och skrivande Bernadotter, par Adam Heymowski, Läckö Stiftelsen Läckö Institutet, 1991, pp. 150-158. 2.Cf.Jörgen Weibull,Bernadotterna, en krönika om vårt Kungahus i kultur och politik, p. 42. 3. Les autres gisements se trouvaient en Égypte, en Italie, en Russie, dans les Balkans et en Turquie où, depuis des siècles, on appelait « porphyrogénètes » les personnages de lignée qui avaient vu le jour dans une salle tapissée de porphyre rouge. 4.Cf.Eva-Lena Bengtsson,Läckö, op. cit., p. 143.