Confessions d'un intermittent du spectacle

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Description

Tout à la fois témoignage sur les conditions de vie d’un acteur d’aujourd’hui, confessions d’un homme ordinaire, le talent en plus, cet ouvrage nous est utile comme le serait la rencontre avec quelqu’un autour d’une bière... un soir où on n’aurait pas envie de se coucher.
Car ici pas de dogme, pas d’analyse, pas de réflexion imposés au lecteur, juste des traces, des souvenirs, des repentirs, qui nous sont offerts pour qu’à notre tour nous construisions un personnage, nous imaginions la vie d’un intermittent du spectacle, nous reconstituions l’existence ordinaire d’un homme pour qui la scène est un espace de vie, pour qui la vie, quand elle ne fait pas trop mal, vaut le coup d’être racontée.
L’acteur propose, tente, écrit sur la scène des esquisses, des morceaux, des séquences, des images, il dessine l’espace, il invente un rythme, il trouve un regard, le metteur en scène accueille, reprend, laisse, réécrit. Le metteur en scène lit les signes : c’est ce que nous invite à faire Henri Cachia dans ses Confessions... Il fait un ensemble de propositions comme le fait l’acteur sur le plateau, à nous de les mettre en scène.
Ces rencontres-là, on décide de les garder en nous ou de les oublier, sachant la part de secret et de découvertes qu’elles recèlent...
Un éclairage étonnant en tout cas sur la vie au quotidien de ces intermittents du spectacle qui ont fait récemment la une de l’actualité.
Henri CACHIA fait l’acteur chaque fois que lui est proposé un rôle attachant, ou qu’une belle rencontre se présente. Aujourd’hui, il consacre de plus en plus de temps à l’écriture. Confessions d’un intermittent du spectacle est son troisième livre témoignage. Actuellement, il écrit des nouvelles.

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Date de parution 01 janvier 2008
Nombre de visites sur la page 2
EAN13 9782849240571
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0098 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Confessions d’un intermittent du spectacle
Chroniques d’un acteur indépendantdu même auteur :
Bribes d’un parcours théâtral : Naissance et évolution d’une jeune
compagnie, L’Harmattan, 2005
Un cancer du sang : Parcours d’un porteur de lymphome,
L’Harmattan, 2004Henri Cachia
Confessions d’un intermittent du spectacle
Chroniques d’un acteur indépendant
Éditions du CygneIllustration de couverture : Sans titre, de Nathalie Coulon
© Éditions du Cygne, Paris, 2007
editionsducygne@club-internet.fr
www.editionsducygne.com
ISBN : 978-2-84924-057-1Prélude
Ça y est ! J’ai sauté le pas. Après avoir dirigé une
compagnie théâtrale durant sept années et en avoir été le comédien
principal, maîtrisant tout de la chaîne de création – avec ma
compagne d’alors, metteur en scène – et de production, du
choix de la pièce au spectacle final, en passant par le rôle à
interpréter, et la composition de l’équipe tant artistique
qu’administrative, je pénètre dans un nouvel espace de
liberté, puisque délesté de tous les problèmes inhérents à la
production.
Je vais enfin pouvoir consacrer toute mon énergie,
uniquement à déployer mes ailes d’acteur, si longtemps
contenues, retenues dans un carcan administratif, forcément
limitatif. C’est en tout cas ce que je crois. Emporté par
l’exaltation d’une nouvelle aventure professionnelle, jointe à une
félicité amoureuse inédite, j’entrevois alors la vie comme
pouvant être non seulement vivable, mais devenant aussi,
séduisante. La suite se révèlera, petit à petit, plus un parcours
d’obstacles qu’une course de plat. N’étant plus un jeune
apprenti, sans être un cavalier hors pair, je me percevais
comme un jockey honnête, en devenir, en progression
constante, capable désormais de se frotter et de monter dans les
Groupes II. Ou si vous préférez, un bon joueur de Ligue II
prêt à sauter dans le grand bain de la Ligue I.
Mais revenons à ma métaphore hippique. Aux simples
courses de haies (tous obstacles identiques), je préfère les
steeple-chases aux obstacles variés (murs en pierre, fossés,
rivières, haies dures, souples ou en brosses), demandant des
5sauts toujours différents, tant en hauteur qu’en longueur,
obligeant le cheval et son cavalier à une attention et une
rigueur permanentes. Rester vivant à chaque seconde,
vigilant, aborder chaque difficulté ni trop vite, ni trop lentement,
affiner, ciseler comme un orfèvre l’appréhension de chaque
problème posé, afin d’améliorer et tendre vers le geste
parfait, jamais atteint, mais gardé perpétuellement en ligne de
mire. Alternance de satisfactions et de déceptions. Joies
intenses et découragements s’entrecroiseront dans une
intermittence, pas toujours bien vécue. Un coup plus, un coup
moins. Des vagues...
Sans attache avec une famille théâtrale, l’expérience du
comédien « freelance », désireux de résider en région est
particulièrement délicate. Rempli de bonheur à chaque fois
qu’on m’appelait, me propose, choisira pour un rôle, qu’on
m’aime donc, je fonds de plaisir et ne lâcherai ce métier pour
rien au monde. Quand le creux, l’absence, l’oubli se font trop
lourds et trop longs, je me transforme en mercenaire,
chasseur de contrats. La nécessité quotidienne de trouver des
engagements m’installe dans un inconfort psychologique,
prêt à accepter presque n’importe quoi, au point de signer
avec un metteur en scène ou un réalisateur, dont je sais
qu’entre ses mains je ne deviendrai qu’un simple outil. Dans
les mauvaises années, il faut bien songer aux fameuses cinq
cent sept heures, afin de bénéficier des allocations Assedic.
Juste pour survivre.
* * *
Devenir comédien indépendant en région, donc, cela veut
dire devenir bel et bien dépendant d’un certain nombre de
contraintes agréables, et d’autres moins agréables. Si jouer au
théâtre reste l’activité principale, d’autres sont nécessaires
6pour continuer à vivre de ce métier, comme animer des
ateliers hebdomadaires et stages théâtraux intensifs, pour
différents publics venant d’horizons socioprofessionnels
différents. Également ses dérivés, comme la « Prise de parole
en public », très cotée dans le monde de l’entreprise. Les
films pour la télé, mais aussi pour le patrimoine et
l’institutionnel. Un peu de doublage, aussi.Ce modeste ouvrage n’a donc rien à voir avec des
« mémoires d’acteur » de renom, mais tentera tout
simplement de faire mieux comprendre le quotidien d’un artisan de
province. Juste un témoignage. Pour la mémoire. Aussi et
surtout pour le plaisir. À côté des quarante ou cinquante
acteurs et actrices que l’on voit en permanence sur les écrans,
d’autres, bien plus nombreux – pratiquement inconnus du
grand public – ont des parcours qui n’en sont pas moins
intéressants.Révolution : la meilleure façon de changer ?
Fin 1988, J-L.M-B., alors directeur du Centre Dramatique
National de Béthune, me téléphone pour me proposer de
jouer Jean-Baptiste Drouet, rôle-titre dans « Un homme du
peuple sous la révolution », dont une adaptation du roman de
Roger Vailland et Raymond Manévy est prévue début mars
1989, date fixée pour le début des répétitions. Ce sera un
spectacle dit « léger », puisque la distribution sera composée
par deux comédiens et un musicien. A.L. me donnera la
réplique et A.D. composera et interprétera sur scène, à la
guitare classique, une musique originale qui soulignera et
ponctuera le récit. Bien que très heureux d’avoir été choisi
(pour cette création, pas de doute maman, je suis bien le
préféré), je me questionne sur l’intérêt artistique de cette
première collaboration.
J-L.M-B. ne jouissait pas, dans le Nord, d’une excellente
réputation. Il était boudé, sinon méprisé par la plupart des
professionnels de notre région, contrairement à leurs
homologues parisiens avec qui j’ai eu l’occasion de travailler, qui ne
tarissaient pas d’éloges à son égard. J’arrivai donc en salle de
lecture, avec un enthousiasme mesuré, bien décidé
néanmoins à honorer scrupuleusement mon engagement. Les
premiers jours furent consacrés à l’affinement de l’adaptation
théâtrale, pendant lesquels je me sentis plutôt mal à l’aise,
n’étant jamais satisfait des quelques réflexions que je me
permis d’émettre sur telle ou telle situation, manquant
manifestement de références pointues quant à cette période
révolutionnaire.
9Toutefois, le contact avec A.L. et J-L.M-B., des plus
chaleureux, me permit de passer assez bien les premiers
jours, où l’on fait connaissance théâtralement, pas toujours
facile pour moi. Toutes les rumeurs négatives émanant du
microcosme culturel régional, qui m’étaient parvenues
jusque-là concernant les compétences professionnelles de
J-L.M-B., tombèrent une à une avec le temps. Chaque jour,
j’investis les répétitions avec toujours un peu plus de plaisir,
côtoyant Robespierre, Marat, Babeuf et les autres. Je réalisai
un vieux rêve : interpréter un orateur derrière sa tribune,
envoyant en direction d’un public des plus attentif, des
révélations explosives. En se servant de celui-ci comme autant de
figurants, l’intégrant dans la séquence de manière feinte par
un jeu de « fausse adresse ». Il en fut ainsi lorsque par ma
bouche, mon corps, Jean-Baptiste Drouet transpira son récit
à l’Assemblée devant des députés stupéfaits :
« ... Le 21 juin, sur les sept heures et demie du soir, deux voitures
et onze chevaux arrivèrent à la poste de Sainte-Menehould pour y
relayer. Je crus reconnaître dans l’une des voitures les traits de la reine,
que j’avais déjà vue, et je fus frappé de la ressemblance de celui qui
l’accompagnait avec l’effigie du roi empreinte sur un assignat de cinquante
livres...
Toutes ces circonstances me confirmèrent dans le soupçon que la
famille royale voulait sortir de nos frontières. Cependant, craignant
d’être l’auteur d’une fausse alerte, qui aurait pu rendre toute mesure
inutile et me trouvant alors seul, sans pouvoir consulter personne – j’ai
l’honneur d’observer à l’Assemblée que ma maison est la dernière de
Sainte-Menehould – je laissai partir les voitures ;...je courus au corps de
garde, je fis battre la générale et, sur mes propositions, on prit des
mesures...Alors, me croyant suffisamment convaincu, je me mis à la
poursuite des voitures, accompagné du sieur Guillaume, et nous prîmes
la route de Verdun que les voyageurs avaient annoncé devoir suivre.
Arrivés près de Clermont, nous fûmes instruits qu’ils avaient pris la
10route de Varennes ; alors, nous passâmes par derrière Clermont et nous
gagnâmes Varennes par des chemins de traverse, assez tôt pour être
auprès du roi avant qu’il partît. Il était alors onze heures du soir. Il
faisait très noir lorsque nous entrâmes dans la ville, tout le monde était
couché, les voitures étaient tapies le long des maisons...
Je parlai à l’aubergiste, je le tirai à part parce qu’il y avait autour
de lui beaucoup de personnes et je ne voulais pas être entendu. Je lui dis :
– Camarade, es-tu bon patriote ?
– Oui, n’en doute pas, me répondit-il.
– Eh bien ! Mon ami, si cela est, cours vite avertir ce que tu connais
d’honnêtes gens, dis-leur que le roi est en haut de Varennes, qu’il va
descendre et qu’il faut l’arrêter.
Alors, il s’en alla effectivement avertir du monde...
Nous courûmes ensuite chez M. le Maire et chez M. le
Commandant de la garde nationale. Dans l’espace d’un demi-quart
d’heure nous eûmes huit à dix hommes de bonne volonté dont je dirai les
noms en temps et lieu. Nous arrivâmes justement quand le roi
descendait. Alors, le procureur de la commune et le commandant de la garde
nationale approchèrent de la voiture et interpellèrent les voyageurs, leur
ordonnant de dire qui ils étaient... »
Et de la sorte, durant une quinzaine de minutes, avec
moult détails.
Créé à Vervins, le spectacle prit encore un relief
particulier lors des trois représentations dans la salle de l’ex-Bourse
du travail, aujourd’hui transformée et rebaptisée « Studio
théâtre », un des lieux de représentations du C.D.N. Obscur
homme du peuple, Jean-Baptiste Drouet était promu au tout
premier plan de l’évènement historique, grâce à son sens de
l’observation, son intuition et sa vivacité. Jouer à
SainteMenehould eut aussi un goût particulier. Impossible de ne
pas m’identifier plus intensément encore à « L’homme du
peuple » venant relater à ses concitoyens, les heurs et
malheurs d’un régicide. Je ne résistai pas à la proposition de
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