Dark Touch

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Une nuit, dans la campagne profonde, une maison isolée prend vie. Meubles et objets se rebellent contre les occupants, laissant Neve, une fillette de 11 ans, seule rescapée du massacre sanglant qui a décimé sa famille. Des proches la recueillent et s’efforcent de lui faire surmonter cette épreuve traumatique en l’entourant d’amour. Mais la violence continue de se manifester et Neve ne retrouve pas la paix…

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Date de parution 19 mars 2014
Nombre de visites sur la page 118
EAN13 9791022001533
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0030 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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DARK TOUCH
Scénario : Marina de Van
Réalisation : Marina de Van
Production: Ex Nihilo, Element Pictures, Filmgate Films
© Presses Électroniques de France, 2014Lire en V.O.1 GÉNÉRIQUE DÉBUT
Courbes et nuances de matières et textures - des meubles d’exposition sont mis en
valeur par des lumières travaillées.
Compositions mobilières impeccables - des intérieurs vides et immaculés défilent,
exposés dans un magasin.Lire en V.O.2 EXT. HAMEAU - CRÉPUSCULE
Des maisons isolées dans la campagne - sans vie apparente. Des routes et des
chemins droits, déserts, découpant les terres - la nature immobile. Des routes plus
étroites, dans une campagne boisée ; un vent léger se lève.
Le mouvement de l’eau sous l’effet du vent, un ruisseau.
Un bâtiment large, bas : une école, vide.
Par les fenêtres entrouvertes : des salles de classes.
Ça et là, le vent fait trembler un rideau, ou un vêtement oublié.
Le crépuscule est très sombre et le ciel devient orageux, couvrant la croisée des routes
et les habitations avalées par l’immensité de la nature.
Une pluie, légère, puis très drue. Le vent : un feulement. Dans une forêt noire, les
arbres sont tordus par la tempête. Les branches ploient vers nous en grinçant.Lire en V.O.3 INT. MAISON DE NEVE - NUIT
Dans la pénombre d’un intérieur, des silhouettes en contre-jours rappellent les
branches : corps et bras humains.
La tempête s’intensifie, comme si elle traversait la maison. Des éclats de voix, des
souffles et des cris, des bruits de heurts et de courses - étouffés par la violence de la
pluie et le gémissement du vent. Des expressions fugitives : souffrance, rage, terreur ;
des grimaces surprises puis escamotées par l’ombre.
Une joue humide, un profil violemment détourné, des cheveux en désordre, fouettant
l’air. Des éclairs de peaux nues, des membres étrangement petits.
Un corps en course, une chute.
Les arêtes dures des meubles.
L’étroitesse des fenêtres : des carrés de ciel bleu noir. Un meuble s’effondre avec
fracas. Ces flashes heurtés émergent de l’obscurité, par à-coups.
Ils suggèrent une situation de grande violence, dont ni le sens, ni les visages et
décors, ne sont lisibles.Lire en V.O.4 EXT. FORÊT - NUIT
Dans la violence de la tempête et de la pluie, des pieds nus glissent dans la boue.
Une petite fille court dans la forêt, en chemise de nuit.
Son visage ruisselle de pluie et de pleurs. Elle fuit, terrifiée. Un gémissement rauque et
animal émane d’elle.
Elle émerge de la forêt, et franchit encore...Lire en V.O.5 EXT. MAISON DES BRENNAN - NUIT
... de hautes herbes, des arbustes, une grille de fer, pour courir vers d’autres bois...
Un gros chien se dresse devant l’enfant en aboyant. L’enfant s’affole. Elle hurle.
UN HOMME
(Off)
Blackie ! Blackie !Lire en V.O.6 EXT. MAISON DES GALIN, FAÇADE - NUIT
Dans la nuit, une maison éteinte semble paisible. Une lumière s’allume à l’étage.Lire en V.O.7 EXT. MAISON DES BRENNAN / MAISON DES GALIN - NUIT
Depuis le seuil de la maison, Nat, inquiète, observe :
Lucas, en pyjama, court vers la lisière de la forêt où l’homme, M. Brennan, en pyjama,
retient le chien. Lucas attrape et regarde l’enfant brune qui se débattait sous le chien -
Neve, 11 ans :
LUCAS
Calme-toi... Neve ? ! Regarde-moi ! C’est toi ? !
M. BRENNAN
J’arrive, je vais l’attacher...
M. Brennan court avec le chien vers son jardin. Lucas se retourne vers Nat et lui crie :
LUCAS
C’est Neve !
Nat disparaît à l’intérieur de la maison.Lire en V.O.8 INT. MAISON DES GALIN - ESCALIER - SALON - NUIT
Dans le salon des Galin, Neve se débat si violemment que les adultes peinent à la
maîtriser et à l’examiner. Elle hurle d’une voix déformée, animale, tout en essuyant la
terre et les pleurs séchés sur ses joues, ses bras.
Les adultes crient pour dominer ses hurlements, et palpent ses membres sans trouver
de sang ni de morsure.
Nat, qui parlait au téléphone, raccroche et accourt.
LUCAS
Doucement Neve, ça va aller.
(À M. Brennan)
Qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce qu’elle faisait dans la forêt ? !
NAT
Ils arrivent. Ils pensent qu’elle a sauté de la fenêtre pour s’enfuir. Elle a peur de la
maison...
M. BRENNAN
Est-ce que le chien t’a mordue, Neve ?
NAT
(Criant)
Mon Dieu ! Lucas, regarde sa bouche !
Le visage de l’enfant qui se débat se découvre en pleine lumière : du sang s’échappe
de la bouche de Neve.
M. Brennan bloque entre ses coudes le visage de Neve qui hurle : Neve déglutit,
comme pour mastiquer, lèvres et menton en sang.
Lucas ouvre de force les dents de la fillette, et il touche la cavité buccale : dans le sang
et la salive.
NAT
(CONT’D)
Oh non ! ...
LUCAS
Merde... Elle a la langue sectionnée, on dirait une morsure... Mais qui t’a fait ça ? ! !
M. BRENNANC’est pas le chien ? !
Neve secoue la tête pour dire « Non » et veut parler. Mais elle n’émet que des sons
déformés et des gargouillis effrayants. Elle grogne, effarée par le sang sur les mains
adultes ; elle touche sa bouche.
LUCAS
Qu’est-ce qui s’est passé ? !
Nat court chercher un linge humide. Neve grogne et halète. Lucas regarde l’enfant,
désemparé. Les enfants Galin sont apparus dans l’escalier, en pyjama : Ryan et Lucy,
8 ans et 7 ans. Ils regardent la bouche sanglante de Neve et les mains souillées de
Lucas.
NAT
Ryan ! Lucy ! Remontez tout de suite !
Nat n’ose pas quitter Neve. Elle jette des regards inquiets à ses enfants immobiles.
Lucas nettoie la fillette, qui continue de trembler et de se dérober.
M. BRENNAN
Elle a des éraflures, des bleus. Elle a dû tomber, avec le chien, ou avant...
On entend un crissement de pneu. Le téléphone sonne.
M. BRENNAN
(CONT’D)
(Se levant)
Je vais répondre, ça doit être Juliette.
Les parents de Neve entrent en courant chez les Galin. C’est un couple élégant et
séduisant, de 35 ans - Henry et Maud. Affolés, ils se précipitent vers la fillette blessée :
elle se jette dans leurs bras.
MAUD
Chérie ! Mon Dieu ! C’est quoi ce sang...
Maud tient un garçonnet de 3 ans dans ses bras, qui grogne et geint - Ciaran. Neve
essaie d’agripper l’enfant. Maud écarte le petit de Neve et le donne à Nat ; puis elle
étreint sa fille. Henry observe la bouche de Neve.
MAUD
(CONT’D)
Oh non...HENRY
Mon dieu... Qui t’a blessée comme ça ? !
Neve grogne, ses mots ne sont pas compréhensibles. Henry palpe sa fille, avec les
gestes caractéristiques et méthodiques d’un médecin. Puis il la soulève et la berce
avec émotion. Maud embrasse son front.
HENRY
(CONT’D)
Est-ce que quelqu’un est entré ? Pourquoi tu as sauté ? Tu aurais pu te tuer !
Bouleversée, Maud se serre contre la fillette qui n’arrive pas à articuler. Elle secoue la
tête et fixe sa fille en pleurant. Lucas l’enlace. M. Brennan parle au téléphone, à voix
basse. Nat donne à Lucas Ciaran, désormais en pleurs, puis s’éloigne vers ses
enfants, toujours dans l’escalier. Elle veut les faire monter, mais ils gémissent.
NAT
Qu’est-ce que je vous ai dit, tous les deux ? !
Désemparée, Nat redescend l’escalier avec ses enfants. Au bord des larmes, ils sont
serrés contre elle.
M. BRENNAN
(Off)
Je sais pas si vous comptiez la soigner, c’est vous le médecin... Mais je peux vous
emmener à l’hôpital, pour que Maud rentre avec le petit... J’ai déjà prévenu Juliette...
Nat s’assied à distance des autres, et empêche ses enfants de regarder.
HENRY
(Off)
D’accord. Allons-y tout de suite !
Le regard de Nat reste fixé sur Neve qui geint tandis que son père franchit la porte
d’entrée. La fillette éclate en sanglots et se débat, elle grogne pour dire « non ». Nat
est bouleversée.
NEVE
Hon... Hon...
Un grand bruit de bris fait sursauter Nat et Lucas, qui vient de refermer la porte sur
Neve et les trois adultes : un large plat de porcelaine, glissé d’un guéridon, éclate sur
le sol du salon... Ryan s’écarte de la proximité du guéridon en criant.
RYANC’est pas moi...
LUCAS
(Off)
Nat ? Nat, je t’en prie...
Nat a pris sa tête dans ses mains. Elle ne répond pas et elle fuit le regard de Lucas, qui
approche. Elle pleure. Ryan est terrifié ; il se cache derrière Nat. Lucy se met à pleurer.
Ryan l’imite vite.
RYAN
(Off)
C’est pas moi papa...
LUCAS
(Off)
C’est pas grave chéri, c’est pas grave du tout. Allez venez, c’est fini... Maman est
fatiguée...
Fixant Nat, Lucas prend les enfants contre lui. Il leur sourit, les hissant dans ses bras,
sans prêter garde à ses mains encore souillées de sang. Les enfants les regardent
avec inquiétude ; ils observent le plat brisé, leur mère immobile. Lucas les berce en
montant, jetant un dernier regard à Nat, toujours assise au salon, en pleurs. Il soupire
et se détourne.Lire en V.O.9 EXT. CAMPAGNE - NUIT
La campagne s’apaise : bruissements et mouvements légers des branches et des
feuilles ; immobilité des routes et champs. La tempête s’est retirée ; elle semble tapie,
en attente...Lire en V.O.10 INT. MAISON DE TANYA - JOUR
Nat a les traits tirés. TANYA, une femme jeune et blonde, avec un accent d’Europe de
l’est, l’enlace et la réconforte. Elle lui sert du thé.
NAT
Elle pleurait, avec ce sang à la bouche. Mary aussi crachait du sang à la fin... J’arrive
pas à m’y faire. Je sais pas comment fait Lucas...
TANYA
Il se défend à sa manière.
NAT
Elles étaient tellement inséparables toutes les deux, je les ai vues grandir ensemble,
toutes petites.
TANYA
J’imagine que Neve ne se souvient pas de Mary ? Quand ses parents sont partis, elle
avait 6 ans, c’est ça ?
NAT
Oui. On s’est dit que maintenant, il valait mieux ne pas lui en reparler...
Tanya sourit avec affection, et serre Nat dans ses bras.
TANYA
Allez, bois ton thé, on va y aller.Lire en V.O.11 EXT. CENTRE VILLE HAMEAU - JOUR
Tanya porte un cabas et choisit des légumes dans une supérette. Elle est avec Nat,
mais aussi Lisbeth et son petit garçon. Encore fatiguée, Nat s’est égayée. Les femmes
sont rieuses.
LISBETH
La dernière fois j’ai tout raté, j’ai tout brûlé.
TANYA
Je te remontrerai, c’est un coup de main à prendre.
NAT
Tu parles. Faut commencer toute petite, moi j’ai jamais réussi. Cela dit, est-ce qu’on a
vraiment besoin de savoir faire des plats bulgares ? ...
Tanya donne un coup de coude affectueux à Nat, et aperçoit dehors Maud, la mère de
Neve, qui marche plus loin, seule sur la place commerçante, avec un gros sac de
courses.
LISBETH
(Off)
La petite s’est mordue de peur, c’est ça ? Ou en sautant de la fenêtre ?
NAT
Ils savent pas. Je vais l’embrasser.
TANYA
Je viens, j’arrive Lisbeth.
Tanya suit Nat qui se presse vers Maud ; Maud hoche sans cesse la tête - « bonjour,
bonjour » - pour saluer les nombreux visages qui la saluent avec sympathie.
UN HOMME
Ça va ? Elle va mieux la petite ?
MAUD
Oui, merci.
M. Brennan, sur la place, parle avec animation au papetier, qui désigne Maud du
menton. M. Brennan se précipite :
M. BRENNAN
Ça va ? Pas trop secoués ?MAUD
Un peu, si. C’est surtout Neve...
M. BRENNAN
La pauvre. Vous savez où nous trouver, si vous avez besoin de quelque chose ?
MAUD
Bien sûr. Merci.
Sur la place, beaucoup de visages adultes lui sourient ; des visages d’enfants la fixent,
impressionnés. Nous retrouverons régulièrement ces visages adultes et enfantins, à
l’école. Nat embrasse Maud, et la décharge d’une des anses de son cabas. Tanya les
rejoint et tend une carte.
TANYA
Bonjour. Je suis l’assistante sociale, on s’est déjà rencontrées à la mairie. Je peux
venir voir la petite quand vous voulez. Voilà mon numéro, ne vous gênez pas.
(CONT’D)
MAUD
Oui, je me souviens. C’est très gentil à vous, merci beaucoup.
TANYA
Je vous en prie. Je vous laisse...
Tanya s’éloigne de Maud et Nat, qui passent à la hauteur d’une pharmacie. Sur le pas
de la pharmacie, la pharmacienne et la marchande de journaux, Colette et Jenny,
discutent ; elles arrêtent Maud. Tanya marche vers Lisbeth, qui lui montre des potirons.
Tanya hoche la tête, et rejoint Lisbeth qui tend les légumes au vendeur.Lire en V.O.12 INT. MAISON DE NEVE - REZ-DE-CHAUSSÉE - JOUR
Neve est assise dans le salon et observe Henry, qui nourrit Ciaran dans la cuisine. La
bouche de la fillette est enflée. Elle étreint et caresse un vieil ours en peluche bleu. Elle
se détourne vers la fenêtre du jardin. Son regard plonge dans la campagne vide et se
fixe bientôt sur deux silhouettes enfantines éloignées, accroupies de dos. Neve fixe
leurs nuques, leurs dos voûtés - les deux enfants se retournent, comme s’ils avaient
senti son regard. Ils la cherchent des yeux, avant de la repérer. Désarçonnés, ils la
fixent, pensifs. Neve les fixe, très attentive. L’échange de regard est long et on entend
monter un chuintement, un sifflement - un son particulier. Neve sursaute en entendant
la voix toute proche de son père, qui l’a rejoint. Il met ses lunettes.
HENRY
(Off)
C’est qui ? Tu les connais ?
Neve secoue la tête, pour dire « non ». Henry hoche la tête, pensif, et s’éloigne. Quand
Neve regarde dehors, les enfants ont disparu.Lire en V.O.13 INT. MAISON DE NEVE - REZ-DE-CHAUSSÉE - JOUR
Chaleureux, Henry fait entrer les Galin au rez-de-chaussée. L’espace est clair, neuf.
HENRY
(Criant vers l’étage)
Maud ? Neve ? Descendez ! Venez voir qui est là !
(Aux Galin)
Asseyez-vous. Du thé ?
NAT
Oui merci. Ça va ? T’es pas trop chamboulé ? Elle avait l’air si terrifiée... Cette
blessure...
Les Galin rejoignent la salle à manger. Dans un renfoncement à l’écart du salon : un
divan sur lequel dort le garçonnet Ciaran, avec une couverture.
HENRY
Je sais pas quoi penser, je vais demander conseil à un copain psy, à Galway...
Maud et Neve descendent l’escalier : l’une est souriante, l’autre fermée et tendue.
LUCAS
Comment ça va, Neve ?
NAT
On est venu prendre de tes nouvelles !
MAUD
Tu dis bonjour Neve ? Il faut que ta langue travaille.
NEVE
Bonjour...
La voix de Neve est étrange, altérée par la blessure. Neve fuit le regard des Galin, mal
à l’aise, et se rend dans la cuisine : elle ouvre le frigo, prend un jus d’orange. Nat la
regarde et s’assombrit, elle baisse les yeux. Maud enlace Nat avec compassion.
MAUD
Ça va ?
NAT
Deux ans, pour moi, ça suffit pas...MAUD
Je regrette vraiment qu’on n’ait pas pu être là. Je sais que Mary adorait Henri, son
docteur préféré...
Tendus, tous s’asseyent. Henry sert le thé. Dans la cuisine, Neve reste sombre. Son
malaise est palpable. Elle grimace en buvant une gorgée de jus. Elle se retourne
nerveusement en entendant un bruit : une mouche cogne plusieurs fois la vitre d’une
fenêtre. Lucas sourit. Les parents de Neve soupirent. Ils se détournent de la fillette.
HENRY
J’espère qu’elle va s’habituer à la maison. Son étagère est tombée hier, c’est de ma
faute, j’ai dû mal la fixer. Mais elle croit que les objets bougent... La maison craque,
c’est normal, elle a plus l’habitude de la campagne. Et sinon, on devra changer, quitte
à déménager vers le centre... Au bout d’un mois, c’est un peu dommage, mais bon...
On va déjà refaire sa chambre, pour qu’elle choisisse vraiment tout elle-même. Elle se
sentira peut-être mieux. J’ai coupé les branches de l’arbre près de la fenêtre aussi, ça
faisait des ombres sur le mur.
Tandis que les adultes bavardent, Neve regarde discrètement vers Ciaran, au fond du
salon, et elle le rejoint.
NAT
(Off)
Ah oui, ça on a dû le faire pour les nôtres, ça les terrifiait. Laissez-lui une veilleuse.
HENRY
(Off)
Oui, j’ai acheté ça ce matin.
LUCAS
(Off)
Et vous, la ville vous manque pas ? Ta belle clientèle et tout ça...
HENRY
(Off)
Non, j’en avais marre. La campagne, c’est mieux pour les gosses... Enfin, malgré tout...
Neve observe son frère avec une attention aiguë, elle touche son visage. Elle soulève
la couverture et écarte les vêtements sur son corps : l’enfant porte un hématome à la
taille. Elle le palpe rapidement, avec les mêmes gestes méthodiques qu’un médecin -
comme Henry la palpait la veille. Depuis la table, Maud l’aperçoit. Paniquée, elle se
lève.
MAUD(Criant)
Ça suffit Neve ! Lâche-le !
Près du divan, Neve palpe les jambes de Ciaran, qui geint.
HENRY
(Se levant et criant, furieux)
Combien de fois, bon sang ! ! !
Henry se précipite et écarte la fillette du garçonnet. La violence du geste choque les
Galin. Maud étreint Neve, qui tremble, et elle revient s’asseoir avec elle. Henry apaise
Ciaran, qui grogne plus fort.
MAUD
(Aux Galin, gênée)
Je suis désolée. Neve est encore très jalouse de son frère. Elle ne pense pas à mal,
mais les enfants ne se rendent pas toujours compte de leur violence...
Gênée, Neve repousse sa mère. Elle a les larmes aux yeux et tremble, fuyant le regard
de tous. Maud lui caresse la joue.
MAUD
(CONT’D)
Tu es encore fatiguée, chérie. Va te reposer. Je monterai te voir.Lire en V.O.14 I/E. VOITURE DES GALIN - SOIR
Enlacés, les Galin s’éloignent de la maison de Neve, vers leur voiture garée plus loin.
Maintenant, le soir tombe.
LUCAS
Elle est encore très choquée...
Lucas se retourne vers la maison et reste saisi : une fenêtre de la maison émerge. Elle
est faiblement éclairée et l’image frappe comme un flash : Neve hurle avec désespoir,
les mains posées sur la vitre. On distingue des mouvements autour...
Il se retourne vers Nat, qui a gémi - elle ne s’est pas tournée vers la fenêtre, mais tient
sa propre oreille, le visage crispé. Elle se frotte l’oreille : on entend un chuintement, un
sifflement.
LUCAS
(CONT’D)
Ça va ?
NAT
Oui... J’ai une oreille qui siffle, je sais pas, c’est passé.
Lucas l’entraîne en la prenant par l’épaule.
LUCAS
Viens, dépêchons-nous, les petits nous attendent.
Nat se retourne vers la maison. Lucas suit son regard. À la même fenêtre, on ne voit
plus Neve, mais ses parents qui s’enlacent et leur adressent un signe d’au revoir. Nat
agite la main, puis sourit à Lucas, qui est troublé. Il se détend devant le visage heureux
de Nat, et l’embrasse.Lire en V.O.15 INT. MAISON DE NEVE - CHAMBRE DE NEVE - NUIT
C’est une autre nuit. Neve porte d’autres vêtements. Sa lèvre et sa langue sont
dégonflées. Elle est calme, seule. Elle s’assied sur le bord de son lit et se déshabille
pour enfiler une chemise de nuit, mais... elle entend des grincements - des pas. Dans
son dos, la porte de sa chambre grince... Elle se retourne, puis lève les yeux. Les yeux
de Neve sont éblouis - le plafonnier de la chambre brille trop fort et s’éteint. On entend
un grincement. Les ombres de Henry et Maud se profilent, et s’évanouissent. On
entend des chuchotements très proches : « Shhh... », « N’aie pas peur... », « Tout va
bien... », « Fais-nous confiance... ». Nous discernons peu de choses, mais des souffles
et le bruit des matières : une main masculine tourne une clef dans une serrure.
Une ceinture claque en se libérant des passants du pantalon. Des pieds d’homme se
défont de leurs chaussures, qui tombent du lit ; ses jambes s’agitent brutalement sur
les draps et un coup de pied brise une lampe de chevet allumée.
Dans l’ombre, une cigarette, tenue par une main féminine, s’écrase en grésillant sur
une surface indéterminée.
Une main féminine presse la bouche de Neve ; une bague et sa pierre blessent sa
lèvre, les ongles blessent sa joue. Une ceinture frappe des tissus.
Une main féminine attrape et immobilise la main de Neve. Du métal brille fugitivement
entre des draps. Le bras de Neve est pressé contre un barreau du lit qui marque sa
peau. On entend le bruit de quelque chose qui s’enflamme, qui se déchire, qui se
casse.
Des alliances brillent dans la pénombre, une chemise d’homme baille, un pendentif
féminin effleure une joue d’enfant, une montre masculine griffe la peau d’une cuisse
fine, des ongles féminins...
Les yeux écarquillés de Neve nous frappent tandis que son visage se rapproche et se
retourne, comme projeté et tordu par un coup. Elle crie...
... puis, c’est le silence profond. Mais l’image tremble, comme dans les perceptions
heurtées d’une personne agitée.
Les objets de la chambre sont immobiles : on voit des formes mobilières, lointaines, et
des détails étrangement proches... Neve halète dans l’obscurité de la chambre. Son
souffle oppressé se prolonge dans une image : la poitrine du petit Ciaran se soulève
très vite, tandis que des mains adultes se posent sur ses côtes, sa bouche, sa gorge...
Neve ferme les yeux et paraît somnoler. On entend des pleurs puis des gémissements
de bébé, qui se transforment en un souffle aigu, asthmatique. Ils insistent puis
deviennent de plus en plus lointains à mesure que les formes floues fixées par Neve se
précisent : les ombres devinées derrière le rai lumineux d’une porte close ; les ombres
rares et mobiles projetées par la fenêtre sur le mur tapissé.
Maud caresse la tête de Neve et lui sourit. Henry lui sourit, en retrait.
MAUDTu me fais un sourire ? Le bisou de la nuit ?
Neve semble hagarde, désorientée. Elle esquisse un sourire et embrasse la joue de
ses parents qui se penchent vers elle.
Plus tard : Il fait plus sombre, des draps remuent : c’est Neve, en chemise de nuit, qui
somnole dans son lit - seule. Elle change de position, remue, et se pelotonne. La
chambre est vide, calme - plus aucun bruit dans la maison. Couchée, Neve ne dort
pourtant pas. Elle pleure. Elle renifle et essaie de se calmer pour s’endormir, mais ses
larmes coulent. Elle s’essuie les joues et cale mieux son oreiller. Elle ferme les yeux
quand...
... dans le silence, des grincements commencent à monter. Terrifiée, Neve se
redresse, et regarde : la chambre semble paisible. Elle cherche des yeux. Elle fixe une
chaussure à talon oubliée, dont le cuir grince et le talon baille, dénudant ses vis. Une
ceinture d’homme est restée sur le sol, avec une chemise enfantine déchirée.
Neve fixe un cendrier où brille encore une cigarette mal éteinte, parmi des mégots. La
lampe brisée près de son lit s’allume seule et s’éteint - le filament noircit un coin
d’abat-jour. Neve gémit et se recroqueville dans le lit, cachant sa tête sous les draps,
mais les grincements s’amplifient. Quelque chose frôle le dos de la fillette... Neve se
redresse en s’exclamant brutalement, tremblante : l’angle de la table de chevet s’est
avancé et l’a frôlée...
Maintenant, les meubles de sa chambre sont immobiles, mais grincent. Une porte de
placard, puis un tiroir, s’ouvrent lentement. Le bureau d’enfant glisse sur le sol, une
étagère cède et tombe, le lustre éteint oscille comme un pendule...
Neve s’assied en pleurant et elle se recroqueville en étreignant ses genoux. Un
craquement plus fort la fait sursauter et elle court vers la porte : mais la porte est
fermée à clef... Neve recule, terrifiée, se retournant sans cesse. La porte verrouillée de
la chambre se déverrouille avec un bruit sec et s’ouvre seule, comme par magie...
Neve se retourne, hésite, et marche vers la porte. On entend toujours les mêmes
craquements ; la vibration du silence s’affirme, comme un bourdonnement d’insectes.Lire en16 INT - MAISON DE NEVE - PALIER ET CHAMBRES ATTENANTES - NUIT
V.O.
Sur le palier, trois portes sont entrouvertes. Neve va vers l’une d’elles en gémissant :
« Maman... Maman... ». Un nouveau grincement fort l’attire vers deux portes opposées.
Elle hésite et en pousse une, celle d’un petit bureau ; elle regarde avec angoisse les
formes des meubles et des objets dans l’ombre, immobiles. Elle ferme la porte. Elle
pousse la seconde porte et regarde une chambre d’enfant, austère et immobile, avec
un lit à barreau, vide. La pièce est silencieuse. Elle ferme la porte. Les grincements se
poursuivent et Neve sanglote de peur.
Elle revient vite vers la porte de la chambre de ses parents et la pousse en gémissant
« maman »... « papa »...Lire en V.O.17 INT. MAISON DE NEVE - CHAMBRE DES PARENTS - NUIT
Là, les tissus, vêtements, draps et rideaux, tremblent comme sous l’effet d’une brise, et
le lustre oscille aussi. Les meubles sont immobiles, mais décollés du mur. Une
commode est au milieu de la pièce, un fauteuil est renversé. Les parents de Neve
dorment sans rien entendre.
NEVE
Maman... Papa...
Neve observe l’espace qui sépare les corps rapprochés des adultes : un creux froissé
et arrondi dans les draps, qui semble avoir été occupé par un petit corps, puis déserté.
Neve sursaute en criant. Son petit frère Ciaran est assis sur le sol et touche sa jambe,
sa petite main tendue. Il paraît mal, suffoquant ; il émet un sifflement respiratoire
asthmatique, et lève vers Neve un visage rouge.
Neve prend l’enfant dans ses bras, et fixe désespérément ses parents endormis : ses
pleurs coulent et elle se contente maintenant de geindre de plus en plus fort. Mais les
bruits de grincements étouffent sa voix : elle regarde partout dans la chambre où les
fenêtres grincent dans leurs châssis, et où un meuble se décolle du mur. Le bruit
monte ; dans le lit, ses parents remuent. La main de Maud palpe le creux vide où
dormait le petit garçon ; elle grogne dans son sommeil, et se retourne, troublant le
sommeil de son mari.
Tous deux ne sont que peu dévêtus. Leurs vêtements de jour sont juste relâchés, ils
ne portent pas de vêtements de nuit. Neve fixe une armoire dont les portes se
fendillent, et recule en hurlant sur le palier ; les portes closes grincent dans leurs
gonds. La vibration de l’air s’intensifie. Les parents de Neve se réveillent en sursaut.
MAUD
C’est quoi ce bruit ? Qui a crié ?
HENRY
Où est le petit ?
NEVE
(Off)
Non... Non...Lire en18 INT - MAISON DE NEVE - PALIER ET CHAMBRES ATTENANTES - NUIT
V.O.
Sur le palier, Neve tremble en regardant partout, affolée par les bruits, serrant Ciaran
dans ses bras ; elle jette un œil vers sa chambre, puis descend l’escalier et remonte en
entendant un fracas brutal au salon. Elle hurle de peur.
HENRY
(Off)
Neve ? ! ! Mais qu’est-ce que tu fais ! ! Ramène ton frère, reste avec nous...
Henry court vers Neve, mais un bruit violent l’arrête : un meuble à tiroir troue une porte
fermée et la traverse. Henry s’écarte et le meuble s’écrase contre le mur qui jouxte la
porte de la chambre des parents, projetant ses éclats. Toutes les pièces grondent et
grincent. Henry se tient à la balustrade, effrayé. Il est frappé par un bureau sur le
pallier, qui glisse vers lui. Il crie de douleur, les jambes brisées.
HENRY
(CONT’D)
Neve ! Ciaran !
Henry agite ses bras vers ses enfants ; Neve veut s’approcher mais recule, effrayée.
NEVE
Papa ! Papa !
Maud apparue se retire en hurlant dans la chambre...Lire en V.O.19 INT. MAISON DE NEVE - CHAMBRE DES PARENTS - NUIT
... où quelque chose scintille en hauteur, dans l’ombre. Elle a à peine le temps de lever
les yeux : un lustre tombe et éclate derrière elle, sur le sol. Le dos de la chemise de
Maud se fend et se teinte de rouge. Le miroir de sa coiffeuse explose, avec flacons et
parfums. Les pieds nus de Maud courent sur le sol où brillent des éclats de verre. Elle
court vers le palier. Elle crie : un morceau de verre sort de sa cheville. Elle tombe sur
les éclats de verre. Ses mains sanglantes avancent sur le sol encombré. Ses jambes
sanglantes se traînent.Lire en20 INT - MAISON DE NEVE - PALIER ET CHAMBRES ATTENANTES - NUIT
V.O.
Sur le palier, Neve hurle. Elle tremble. Ciaran cache son visage dans le cou de sa
sœur.
HENRY
Neve ! Protège ton frère !
Neve veut fuir : elle regarde le rez-de-chaussée où on entend des bruits de vaisselle,
de métal. Un grésillement, un flash bleu puis blanc violent éclaire le salon : on perçoit
des mouvements, les meubles semblent avoir été placés n’importe où. Près de ses
pieds, la première marche de l’escalier se casse, et ses planches saillent,
compressées. Affolée, Neve regarde sa chambre : les rideaux tendus sont arrachés et
découvrent une vitre brisée.
Un nouveau violent fracas : la porte d’une armoire cède et une tringle chargée de
vêtements d’enfants encore pendus, va se ficher dans le mur d’en face, comme un
javelot. Les draps sont arrachés du lit... Un vêtement noué sur une chaise est tiré avec
une telle force que le montant en bois se brise... Des meubles convergent et se
heurtent, poussés hors du champ par le choc. Des sons violents, incessants,
suggèrent le déchaînement de heurts, coups, éclats de bois et de verre, fracas lourd
d’objets, de gros volumes, grincements plastiques aigus. Le bureau se recule. Henry
tente de se redresser, prenant appui sur la balustrade. Son pantalon est rougi, il se
vide de son sang. Neve hurle.
HENRY
(CONT’D)
Va t’en ! Va dans le jardin !
Neve hurle en se plaquant contre le mur. Ses avants-bras sont éraflés, elle serre son
petit frère. De la poussière tombe, elle lève les yeux : une poutre apparente glisse, se
décrochant du mur et menaçant de tomber.
Neve pleure et s’accroupit pour se protéger, paralysée par la peur. Mais son père crie
et l’exhorte encore :
HENRY
(CONT’D)
Descends ! Reste pas là, descends !
Neve hésite et court dans l’escalier défoncé, vers le salon.