Itinéraire d

Itinéraire d'un enfant gâté

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Sam Lion, élevé dans le milieu du cirque, a dû se reconvertir comme chef d’entreprise. La cinquantaine passée, lassé de ses responsabilités, il décide de disparaître en Afrique. Mais son passé va le rattraper...

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Ajouté le 15 octobre 2013
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EAN13 9791022000529
Langue Français
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G é n é r i q u e
Un premier carton en lettres jaunes sur fond noir mentionne la production du film. Fondu
au noir et apparition d'un deuxième carton avec pour son seul le bruit violent de la pleine
mer sous la pluie et l'orage qui gronde. Un troisième carton apparaît avec une citation :
« Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île
déserte… »
Albert Cohen
La citation disparaît, pour laisser la place à la mention « À Jacques Brel » en bas à droite
du cadre et qui disparaît à son tour.Océan Atlantique, nuit
1. La mer immense, filmée en mouvement vers la gauche, les vagues projetées sur la
caméra par la houle. Une chanson mélancolique apparaît, accompagnée à l'accordéon, le
son comme lointain.Flashback. 1937, Paris, jardins du Sacré-Cœur, ext. jour
2. La chanson « Qui me dira » continue sur un plan américain de promeneurs devant un
manège au Sacré-Cœur avec le son d'ambiance du parc dans une après-midi d'automne.
L'image de toute la séquence tire vers le sépia.
Chanteuse
(Hors champ)
Qui viendra encore me faire le cirque / Des amours nostalgiques / Dans la
poussière…
(Une femme à droite, de dos, pauvrement vêtue, fait un geste d'adieu à un
petit garçon dans le manège)
Qui viendra encore me faire « J'ai peur » / Le couteau dans le cœur / Dans la
lumière…
(Travelling arrière et pano bas derrière les grilles du parc qui recadre la
scène en plan d'ensemble, le Sacré-Cœur tout en haut à l'arrière-plan. La
femme s'éloigne, un sac de voyage à la main, arrive vers le premier plan à
droite et se retourne une dernière fois, marche de dos vers la droite derrière
les grilles, ne quittant pas du regard le manège à gauche à l'arrière-plan,
suivi pano)
Qui viendra me traiter en tigresse / Le fouet comme une caresse / Sur la
musique…
(tandis que les paroles de la chanson passent au centre. Mouvement grue
vers le haut qui recadre un groupe dans le parc, à droite, entourant une
chanteuse – Patricia Grillo – et petit son orchestre, appartenant au cirque
Gruss)
Qui viendra me faire jongler parmi les ballons pathétiques / Des fois,
j'panique…
(La femme a disparu du cadre, seul reste le groupe et la chanteuse en plan
large et longue focale. La chanteuse entame le couplet, cette fois-ci avec un
peu plus d'entrain, distribuant aux promeneurs les paroles de sa chanson)
Qui me dira les mots d'amour qui font si bien du mal / Qui me tiendra quand tu
iras décrocher toutes les étoiles…
Sont apparues en grosses lettres rouges évoquant le cirque et en bas du cadre sur toute
sa largeur les noms des principaux interprètes puis celui du réalisateur.Océan Atlantique, nuit
3 suite 1. Retour présent. La chanson continue, accompagnée du bruit de la pleine mer.
Chanson
( O v e r )
Qui me voudra avec le nez rouge et le cœur en larmes / Qui m'aimera quand je
ne serai plus que la moitié d'une femme…
La caméra finit par rejoindre et dépasser par la gauche en plan large un voilier solitaire
fendant les vagues, la silhouette de son unique passager seul à la barre.Flashback. 1937, Paris, Sacré-Cœur, ext. jour
4. Plan rapproché longue focale sur une partie des promeneurs qui entourent la chanteuse
hors champ à droite : deux femmes, un gendarme, une petite fille à droite dans les bras de
sa mère hors champ. Tous chantent avec elle en suivant les paroles sur les partitions
distribuées.
Tous
Qui viendra encore me faire rêver / Le clown ou l'écuyer / Sortant de l'ombre…
(Pano droite sur le groupe puis sur la chanteuse au milieu d'eux)
Qui viendra me faire encore l'artiste / Le coup du trapéziste /
(Elle lève les yeux vers un trapéziste imaginaire)
Ça y est, il tombe…
(Suite du pano vers les accordéonistes, derrière eux, un homme brandit une
pancarte : « Ici on vend des tickets de tramways et d'autobus au détail »)
Qui viendra encore me jouer l'enfant / Devant des chiens savants / Ou des
vampires…
5. Autre axe. Plan serré longue focale. Pendant que la chanteuse continue, le propriétaire
du manège (Max Fournel), en amorce à gauche, interroge le petit garçon abandonné du
plan 2 (Nicolas Mallet), encore sur son cheval de manège. À l'arrière-plan, flou, le groupe
de la chanteuse des rues.
Patron du manège
Dis, t'as pas ton ticket ?
(L'enfant fait signe que non)
Et où elle est, ta maman ?
Sam
(Il se retourne, cherche à droite hors champ)
Là !
Patron du manège
Où, là ? Au café ?
Sam
(D'une petite voix)
Non, elle est plus au café… mais elle est là.
Patron du manège
Attends, attends, je vais regarder si elle est au café.
(Il descend du manège, mouvement arrière qui les cadre en plus large, et
rejoint des mères de famille assises autour du manège)
Mesdames, j'ai un petit garçon sans sa maman, là, il dit qu'elle est au café,
quelqu'un peut aller voir ? Vous voulez aller voir, madame ? Demandez la
maman du… du p'tit…
Sam
C'est la dame là-bas…
Patron du manège
(Revenant vers le gamin, recadrage)Eh bien, attends, dis donc voir, écoute… écoute voir, écoute voir. Comment tu
t'appelles ?
Sam
Sam.
Patron du manège
Sam ?
(Il aperçoit une feuille épinglée au revers de la veste de l'enfant)
Oh ! mais t'as… Fais voir ça… Qu'est-ce que c'est, ça ?
(Suivi droite, il prend la feuille)
Tu permets que je regarde ça ? C'est ta maman qui t'a laissé ça ?
(Sam acquiesce. Le son du dialogue commence à disparaître, tandis que la
chanson revient au premier plan)
C'est pas ta maman qui t'a laissé ça ?
6. Plan serré sur le petit Sam et recadrage bas droite sur le mot laissé par sa maman, que
le patron du manège tient dans les mains. Griffonné d'une main malhabile, le mot est ainsi
rédigé : « Sam a trois ans, je ne peux pas le gardé. Je suis désespere. Protege le, je
vous en supplie. » Le patron du manège retourne le mot. Y est inscrit : « Trois ans plus
tard… » La chanteuse termine le refrain de la chanson qui s'évanouit et qui s'enchaîne…Flashback. 1940, Cirque Gruss, int. soir
7.… avec les roulements de tambours de l'orchestre d'un cirque et les cris de joie des
enfants. Plan rapproché longue focale et travelling arrière vers le plan moyen sur le petit
Sam à 7 ans (Firmin Gruss), perché sur une petite carriole conduite par une oie. Suivi
gauche sur l'enfant qui fait le tour de la piste. La musique se fait plus symphonique, Sam,
en veste et béret sur la tête, passe en plan serré devant un public d'enfants qui applaudit
à tout rompre, zoom avant sur certains d'entre eux et plus particulièrement une petite
écolière aux anges, sa sucette à la main.
8. Ellipse. Plan rapproché et zoom arrière jusqu'au plan d'ensemble sur le petit Sam, tirant
à bout de bras deux grosses cordes que tirent à gauche et à droite deux chevaux de
cirque. Le dresseur fait évoluer les chevaux de son fouet. En haut du cadre, l'orchestre.
Le public en silhouette autour de la piste.
9 idem milieu du plan 8. Sam semble retenir de toutes ses forces les deux chevaux hors
champ. Mais soudain, il s'échappe de sa veste qui reste accrochée aux cordes et vient
saluer le public qui applaudit.
10. Ellipse. Plan rapproché longue focale sur un lion dans sa cage. Il se lève en rugissant.
11 idem fin 8. Raccord en plan d'ensemble, la cage du lion au centre de la piste. Zoom
avant sur la cage qu'un large dais rouge recouvre.
12 idem début 11. Le dais se soulève. À l'intérieur, le petit Sam a pris la place du fauve et
salue de la main. Applaudissements et zoom avant sur le garçonnet aux anges. La
musique attaque une reprise instrumentale de « Qui dira ».Flashback. 1943, Cirque Gruss, int. soir
13. Plan rapproché et zoom avant sur Sam à 13 ans (Stephan Gruss). En équilibre, les
mains appuyées sur des briques en équilibre sur des barres verticales, de dos, il incurve
son corps à l'horizontale et lève le bras. Insert de la mention « Sam 13 ans ».
14. Plan américain longue focale et suivi vers le haut sur un partenaire qui lance une
brique au jeune équilibriste depuis la piste. On a le temps d'apercevoir l'éléphant sur
lequel est en fait monté le jeune homme. Celui-ci rattrape de sa main libre la brique qu'il
place au-dessus des deux premières. Il pivote vers la droite, zoom arrière en plan moyen,
prend appui sur les trois briques de droite et lève l'autre main, prêt à rattraper d'autres
briques. Son seul de la musique sur la séquence.
15 suite 13. Raccord en plan rapproché longue focale. Sam rattrape une autre brique, la
place sur la deuxième barre sur laquelle il s'appuie et pivote une nouvelle fois à gauche.
Pano bas vers l'éléphant qui tient au bout de sa trompe levée une boule.
16. Plan moyen profil gauche sur Sam le corps à la verticale, en appui sur ses deux
mains. Une à une, il se débarrasse des briques (Zoom avant). Recadrage bas droite vers
le public qui applaudit à l'arrière-plan, la trompe de l'éléphant à mi-plan. Parmi le public, un
officier et plusieurs soldats allemands que de jeunes femmes accompagnent. La caméra
revient sur Sam debout sur son éléphant. Le garçon fait un tour de piste et salue. Suivi
caméra droite.
17. Subjectif filé vers la gauche depuis Sam sur le public debout qui applaudit.Bateau de Sam, nuit
18. Retour présent. Plan serré longue focale et contre-plongée. À la barre, Sam, quarante
ans plus tard, (Jean-Paul Belmondo) le regard perdu dans ses souvenirs. Le son des
applaudissements faiblit, ainsi que la musique mélancolique.Flashback. 1945, Cirque Gruss, int. soir
19. Reprise musique avec ponctuations de tambours. Insert : « Sam 16 ans... » Suivi
gauche sur un drapeau américain brandi en l'air.
20. Raccord mouvement en plan moyen. Sam, en justaucorps d'Arlequin, est debout sur la
croupe d'un cheval blanc qu'il fait galoper tout autour de la piste, suivi gauche. Le jeune
homme salue, son drapeau américain brandi fièrement au-dessus de lui, puis sort du
cadre à gauche, laissant à l'image en plan rapproché le public debout qui applaudit, des
soldats américains parmi eux. Bruit lointain des applaudissements à l'arrière-plan de la
musique.
21. Ellipse. Suivi gauche en plan moyen et zoom avant en plan rapproché. Debout sur son
cheval, Sam jongle avec des petits chapeaux qu'il finit par placer les uns au-dessus des
autres sur sa tête.
22. Ellipse. Plan moyen accentué au grand angle, la caméra placée au centre de la piste.
Suivi gauche sur Sam qui jongle avec des quilles, toujours debout en équilibre sur son
cheval blanc au galop.
23. Ellipse. Plan rapproché et suivi gauche en contre-plongée depuis le centre de la piste.
Toujours en équilibre sur son cheval au galop, Sam jongle à présent avec des torches en
flamme. Il les attrape toutes dans une main et se redresse pour saluer.
24. Ellipse. Accentuation des tambours dans la musique. Plongée en plan large sur la
piste. Sam est pendu par les pieds à un trapèze qui fait le tour de la piste tandis qu'un
dresseur fait galoper un cheval à l'opposé. Soudain, Sam lâche le trapèze et tombe sur le
dos sur un côté de la piste. Hurlements du public.
25. L'orchestre en plan moyen et longue focale à son balcon. Tous s'interrompent et se
lèvent.
26. Plan moyen sur le côté de la piste. Une danseuse rejoint le dresseur au chevet du
blessé et Monsieur Loyal (Alexis Gruss).
27. Plan serré. La danseuse tient dans sa main celle de Sam. Pano haut vers le jeune
homme, le nez ensanglanté, les yeux ouverts. On lui soutient précautionneusement la
nuque.Bateau Sam, nuit
28 retour 18. Retour présent. Sam à la barre dans la tempête, le regard troublé par ses
souvenirs.Flashback. 1945, Cirque Gruss, int. soir
29 reprise 27. Travelling arrière sur le jeune homme que l'on soutient jusqu'au plan
d'ensemble. La troupe et le public se sont amassés autour du blessé.Bateau Sam, nuit
30 retour 28. Retour présent. Sur Sam, silencieux, les yeux au bord des larmes.Flashback. 1945, Cirque Gruss, int. soir
31. Caméra subjective depuis le trapèze qui continue à se balancer, attrapant dans son
mouvement avant la foule autour du blessé et dans son mouvement arrière la piste vide.
La musique s'éteint alors sur une note finale.Bateau Sam, nuit
32 retour 30. Retour présent. La musique a disparu. Revient le bruit de la pluie sur la mer,
sur le visage immobile et le regard lointain de Sam de nos jours, que de furieux éclairs
illuminent.Océan Atlantique, jour
33. Plongée rapide en filé sur la surface calme de l'océan. Le vent a remplacé la tempête.
Début en filigrane de la chanson a cappella « Itinéraire d'un enfant gâté » (Chantée par
Nicole Croisille).
Chanson
Il a des reflets argentés / L'itinéraire d'un enfant gâté.
(Fixant le reflet argenté du soleil sur la mer, la caméra s'élève et recadre en
forte plongée le modeste voilier solitaire. Sur sa voile dont on entend le vent
qui souffle au-dedans, son nom : « Victoria »)
Il est semé de jouets cassés / L'itinéraire d'un enfant gâté…
34 même axe 32. Plan serré un peu plus large longue focale. Toujours à la barre, Sam
lève le regard vers le ciel puis regarde tout autour de lui. Mouvement de caméra qui
accompagne la houle du bateau.
Le curé
(Voix over scène suivante, discours)
La dernière fois que je l'ai vu, c'était quelques heures avant son départ…
35. Plan large et remontée droite sur le bateau, Sam à la barre, qui vient cadrer un instant
la voile blanche et le nom bleu géant de Victoria.
Curé
(Suite over du discours)
… et il attendait beaucoup de ce face-à-face avec lui-même. Cette traversée
en solitaire était un défi qu'il ajoutait à toutes les tempêtes qu'il avait
connues…Esplanade usine Victoria, ext. jour
36. La séquence de l'enterrement de Sam se déroule en fait dans le futur. Plan serré sur
le curé (Pierre Vernier), le cheveu battu par le vent, un immense dais rouge tendu derrière
lui.
Curé
(Au micro, le regard dans ses souvenirs de Sam)
Il me disait toujours : « Tu sais, quand je passe quelques heures avec toi, j'ai
envie de croire… quand je passe une soirée avec mes enfants… j'ai envie de
croire en la famille, quand je suis seul avec une femme, j'ai envie de croire en
l'amour. »
37. Plan serré. Victoria (Marie-Sophie L), la fille de Sam, une jolie jeune femme d'une
trentaine d'années, pleure doucement, assise dans l'assistance.
Curé
(Off en contrechamp)
C'était ça, Sam Lion. D'ailleurs, vous savez pourquoi il s'appelait Sam Lion.
(Recadrage bas sur le pull de la jeune fille : un clown tricoté avec un nœud
papillon de nylon jaune)
Il avait été trouvé près d'un cirque et quand il avait fallu lui donner un nom pour
l'état-civil…Flash-back. Chutes Victoria, jour
38. Plan large vu d'hélicoptère sur les majestueuses chutes Victoria.
Curé
(Suite over discours)
… comme il passait de longues heures devant les cages des fauves, le
directeur du cirque avait eu l'idée de l'appeler « Sam Lion ».
Montée son de la scène. La caméra pivote à gauche et recadre en amorce à gauche et
plan rapproché Victoria et son père, portant moustache et une belle veste de cuir brun
clair, dans l'hélicoptère qui survole le site.
Victoria
(Criant pour se faire entendre)
C'est le plus beau jour de ma vie !
Sam
(D'un grand geste de la main, heureux)
C'est normal, c'est l'un des plus beaux endroits du monde !
Victoria
Et toute cette eau va où ?
Une partie des chutes est alors à l'arrière-plan à droite.
Sam
Au lac Kariba ! Tu verras, c'est un endroit insensé avec des arbres qui sortent
de l'eau. Là, c'est vraiment magnifique !
(Levant le doigt)
Ça, c'est le plus bel endroit du monde.
Victoria
Et on va voir tout ça en vrai ? !
Sam
Ah oui, on va voir tout ça en vrai.
Victoria
Toi et moi ?
Sam
Toi et moi !
Victoria
(Heureuse)
Oh !
Il l'embrasse.
Sam
Oh ! Regarde là, vite !…
(Recadrage vers la droite tandis qu'il tend le bras)
Un arc-en-ciel, fais un vœu !
Curé(Reprise discours, voix over)
Rappelez-vous, il tombe de trapèze et comme il ne veut pas quitter ce monde
des forains, il devient camelot. À cette époque, il y avait un concours du
meilleur camelot...
(Tandis que la caméra reste sur l'extraordinaire paysage tumultueux)
Il le fait, le gagne et celle qui lui remet la coupe, c'est Yvette, qui deviendra sa
femme. Ils auront Jean-Philippe.
(À gauche, la courbe irisée d'un arc-en-ciel surplombe tout)
Et puis à Singapour, c'est le drame, le drame que nous connaissons, et il sera
alors obligé d'élever Jean-Philippe tout seul. Il lui faudra dix ans pour oublier
Yvette…
(L'hélicoptère fait un arc de cercle, la caméra est alors en plan large sur
l'immense forêt que dominent les chutes)
Dix ans pour rencontrer Corinne, dix ans pour passer du petit commerce au
grand business international.
(On revient alors sur le couple l'un contre l'autre, lui montrant à sa fille
l'immensité du ciel africain)
Dix ans pour sourire à nouveau devant le visage d'une enfant…