L'Armée du crime

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Description

Dans Paris occupé par les Allemands, l’ouvrier-poète Missak Manouchian prend la tête d’un groupe de très jeunes Juifs, Hongrois, Polonais, Roumains, Espagnols, Italiens, Arméniens, déterminés à combattre pour libérer la France qu’ils aiment, celle des Droits de l’Homme. Dans la clandestinité, au péril de leur vie, ils deviennent des héros...

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EAN13 9791022000109
Langue Français

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0 GÉNÉRIQUE DÉBUT - IMAGES D'ARCHIVES
Des images d'archives se succèdent pendant le générique de début.
Images du génocide arménien, de la révolution russe, du front populaire, de la guerre
d'Espagne et de l'occupation allemande à Paris.1 EXT. RUE PARIS (PETIT CRIEUR #1) - JOUR.
On voit maintenant un petit crieur de journaux, dans le style de Gavroche, agiter un
exemplaire de Paris-Soir, en date du 23 juin 1941.
LE PETIT CRIEUR #1
Demandez Paris-Soir ! Les troupes allemandes envahissent la Russie ! Le
pacte germano-soviétique est rompu ! C'est l'enterrement du front populaire !
Demandez Paris-Soir !
Des passants s'arrêtent pour acheter le journal.
Parmi eux, Mélinée Manouchian (elle a 28 ans à cette époque). On voit bien,
contrairement à d'autres qui semblent s'en réjouir, que cette nouvelle l'accable.2A EXT. /INT. IMMEUBLE MANOUCHIAN #1 - JOUR
Mélinée marche dans sa rue.
Elle aperçoit soudain sur le seuil d'une porte cochère son concierge qui lui fait signe de
déguerpir en vitesse.
Une traction Citroën noire est garée à proximité de l'entrée. Mélinée reste un instant
clouée sur place. Le concierge continue de lui adresser des petits gestes affolés.
Pressant le pas, Mélinée gagne rapidement le seuil de son immeuble.
CONCIERGE
C'est la police madame Manouchian ! Sauvez-vous vite !2 B
Elle se précipite vers la cage d'escalier. Mélinée grimpe les marches à grandes
enjambées.3 INT. IMMEUBLE MANOUCHIAN #1
(ESCALIER/PALIER/APPART) - JOUR
Au deuxième étage la porte de son appartement est grande ouverte. Elle a été défoncée.
Depuis le palier elle aperçoit deux policiers français qui mettent tout sens dessus
dessous. Les livres de la bibliothèque sont piétines, le canapé et les coussins éventrés.
Missak Manouchian se tient debout, impassible, les mains entravées par une paire de
menottes.
Il aperçoit sa femme. D'un regard il lui fait désespérément signe de s'enfuir. Elle ne bouge
pas. Un troisième policier déboule d'une chambre. Il brandit une boîte à chaussures pleine
de tracts qu'il fourre sous le nez de Manouchian.
POLICIER
C'est quoi ça ? Hein fumier c'est quoi ?
MANOUCHIAN
Des tracts contre les salopards...
POLICIER
C'est qui les salopards ? Vas-y métèque... Dis-le qu'on s'amuse un peu !
MANOUCHIAN
(Très calme)
Je vous laisse deviner.
Le coup de poing en pleine figure va partir. Mélinée s'avance dans la pièce.
MÉLINÉE
Qu'est-ce qui se passe ?
Le flic qui s'apprêtait à cogner retient son geste.
MANOUCHIAN
(Devançant la question)
C'est la voisine d'en dessous,
(À Mélinée)
Restez pas là madame ça ne vous regarde pas...
MÉLINÉE
J'ai quand même le droit de savoir ce qui se passe dans mon immeuble !
POLICIER 2
Tu veux qu'on t'embarque toi aussi ?
Le regard de Manouchian en direction de sa femme se fait suppliant.
À contrecœur, Mélinée obéit, rebrousse chemin et commence à redescendre l'escalier.
Tout va alors très vite. Manouchian est empoigné et poussé sans ménagement dans
l'escalier. Les policiers bousculent Mélinée au passage. Elle les voit disparaître dans la
cage d'escalier. Elle entend les claquements des portières et la traction Citroën qui
démarre.
Bouleversée, Mélinée remonte les marches. La porte de son appartement est restéegrande ouverte.
À l'intérieur, le désordre est total. Mélinée ramasse un tract qui est tombé de la boîte à
chaussures. Puis un livre de Romain Rolland. Elle ne sait pas par où commencer.
Découragée, elle se laisse tomber sur une chaise et contemple impuissante les tiroirs
vidés et les papiers qui jonchent le soi.
Puis elle aperçoit un des petits cahiers d'écolier où Manouchian a l'habitude d'écrire ses
réflexions et ses poèmes. Elle l'ouvre au hasard et tombe sur cette phrase, dans le
silence de la pièce, la voix de Manouchian semble provenir d'outre-tombe:
VOIX MANOUCHIAN
Si j'ai le droit de dire en français, aujourd'hui, ma peine et mon espoir, ma
colère et ma joie, si rien ne s'est voilé, définitivement, de notre rêve immense
et de notre sagesse...4A INT. MÉTRO AÉRIEN (RAME) - JOUR
Dans un wagon du métro aérien on découvre deux adolescents assis face à face sur un
siège de bois. L'un se nomme HENRI KRASUCKI et il a 17 ans à cette époque. L'autre
est MARCEL RAYMAN, d'un an son aîné.
Peu de monde dans le wagon, si ce n'est deux sous-officiers allemands qui parlent fort. Ils
descendent à la station Barbès-Rochechouart.
Marcel se penche et sort de la sacoche qu'il a glissée sous le siège un paquet de tracts
qu'il glisse rapidement par l'ouverture de la vitre...4B EXT. MÉTRO AÉRIEN (STATION) - JOUR
En contre-plongée on aperçoit la nuée de tracts qui se dispersent, dans une avenue.
Un tract atterrit au pied d'un passant qui le ramasse. On le lit avec lui:
FRANÇAIS, POUR LE 25e ANNIVERSAIRE DE L'ARMÉE ROUGE, ENGAGEZ-VOUS
DANS LES FRANCS TIREURS ET PARTISANS !
Le passant froisse rageusement le tract et l'expédie dans le caniveau.5 INT. APPARTEMENT AZNAVOURIAN (ENTRÉE/SÉJOUR) - NUIT
Une valise à la main, Mélinée frappe à la porte de Knar et Micha Aznavourian. À peine
entrée, Mélinée fond en larmes. Le couple des Aznavourian comprend aussitôt qu'il vient de
se passer quelque chose de grave.
MICHA
Missak ?
MÉLINÉE
Ils l'ont emmené à la Gestapo...
KNAR
Tu vas t'installer chez nous. Personne ne t'a suivie ?
Elle fait « non » de la tête et se laisse tomber sur le canapé.
MÉLINÉE
J'ai toujours ma chambre rue de Louvois...
MICHA
On verra ça demain. Je préviendrai les camarades,
(À sa femme)
Il reste du potage ?
Mélinée, prostrée, n'a même pas retiré son manteau. Knar se précipite dans la cuisine. Micha
vient s'asseoir près de Mélinée.
MICHA
On va le sortir de là...
MÉLINÉE
(Après un silence)
Tu te souviens quand j'ai failli me noyer ?
MICHA
Bien sûr que je m'en souviens.
MÉLINÉE
J'avais dû faire une indigestion... Vous étiez tous au soleil...
On avait pique-nique sur l'herbe...
MICHA
Et Missak a plongé tout habillé pour te sauver... Qu'est-ce qu'on a ri ce jour-là !
(Il lui arrache enfin un sourire)
Je te promets qu'on rira encore tous ensemble.
MÉLINÉE
Maintenant c'est à moi de le sauver.6. EXT. SQUARE MÉLINÉE/DUPONT - JOUR
Un petit homme binoclard et tout en rondeur lit son journal, assis sur un banc. Il a un béret
enfoncé jusqu'aux oreilles. Mélinée passe devant lui. L'homme replie son journal et se lève. Il
passe à côté d'elle et lui dit à voix basse:
DUPONT
Suivez-moi.
Elle le suit à distance dans les allées. Il finit par s'asseoir non loin d'une petite foule qui
assiste à un concert donné par un groupe d'officiers Allemands.
Leur conversation est accompagnée par la musique qu'interprète le quatuor.
MÉLINÉE
Il faut m'aider monsieur Dupont...
« Monsieur Dupont » s'exprime avec un accent à couper au couteau.
DUPONT
Toutes les personnes arrêtées hier ont été emmenées au fort de Romainville.
MÉLINÉE
Merci.
DUPONT
Quoi merci ? Vous ne faites rien. Vous attendez les ordres. Pas question de
retourner dans votre appartement. Avec l'invasion de la Russie, la chasse aux
communistes ça va être terrible, vous comprenez ? Terrible !
MÉLINÉE
Je comprends.
DUPONT
Où est-ce que vous logez ?
MÉLINÉE
Cette nuit j'ai dormi chez les Aznavourian.
DUPONT
(Secouant négativement sa tête)
Très mauvais. Vous les mettez en danger. On doit protéger nos camarades... Vous
comprenez ?
Elle ne dit rien, regardant droit devant elle. Il finit par soupirer.
DUPONT
Mélinée... Nous aimons tous Manouchian. Depuis longtemps.
MÉLINÉE
Vous voulez dire. C'est comme s'il était déjà mort ?
Elle se lève d'un bond et le laisse en plan. Embarrassé, Dupont la regarde s'éloigner dans
l'allée.7 INT. PRÉFECTURE DE POLICE (GUICHET ACCUEIL) - JOUR
Mélinée se présente à un guichet de la préfecture de police.
MÉLINÉE
(À l'employée)
Bonjour madame... Je voudrais avoir des nouvelles de mon mari qui a été
arrêté...
EMPLOYÉE PRÉFECTURE
(Lui tendant un formulaire)
Nom... Prénom... Date de naissance... Nationalité... Objet de la demande...
Vous savez écrire ?
MÉLINÉE
Bien sûr !
Mélinée remplit le formulaire. Un gros flic rougeaud en uniforme qui tape à la machine se
retourne.
POLICIER PRÉFECTURE
Tu viens d'où ?
MÉLINÉE
Je suis arménienne.
POLICIER PRÉFECTURE
T'as tes papiers en règle ?
Mélinée sort sa carte de séjour. Le flic prend la carte et le formulaire que Mélinée vient de
remplir.
POLICIER PRÉFECTURE
Tu bouges pas de là.
Il s'éloigne et disparaît derrière une porte.
EMPLOYÉE PRÉFECTURE
Ça va s'arranger... Allez vous asseoir sur le banc.
(À la cantonade)
Suivant !
Mélinée obéit et va s'asseoir sur un banc. Il y a foule. On sent l'angoisse sur chaque
visage.
Un vieil homme s'approche timidement du guichet. Il sort son permis de séjour.
EMPLOYÉE PRÉFECTURE
C'est pas ici monsieur. Escalier F, premier étage. Les Affaires Juives c'est le
bureau 205... Vous avez compris ? Vous parlez français ?
Le flic en uniforme sort d'un bureau. Il est accompagné par un collègue en civil à l'air
mauvais. Le policier en uniforme pointe son index vers Mélinée qui est assise dans le
couloir.
POLICIER PRÉFECTUREC'est elle.
INSPECTEUR MATHELIN
Inspecteur Mathelin. Venez avec moi.
MÉLINÉE
Pour quoi faire ?
L'inspecteur Mathelin l'empoigne brutalement.
INSPECTEUR MATHELIN
Tu vas voir pour quoi faire !
Il entraîne Mélinée dans le couloir. Elle est terrorisée. Les gens qui attendent sur les
bancs détournent leur regard.
L'inspecteur ouvre une porte et pousse brutalement Mélinée à l'intérieur.8 INT. PRÉFECTURE DE POLICE (BUREAU MATHELIN) - JOUR
La pièce est vide. Mélinée imagine le pire.
L'inspecteur met un doigt sur sa bouche pour lui faire comprendre que tout ça n'est qu'une
mise en scène. Elle n'en croit pas ses yeux. Elle a du mal à se calmer.
INSPECTEUR MATHELIN
Faut pas se jeter comme ça dans la gueule du loup ma petite dame ! Vous
savez qu'il est fiché votre mari ? Vous voulez vous retrouver dans un camp
vous aussi ?
Toujours méfiante, Mélinée le regarde sans savoir quoi répondre.
INSPECTEUR MATHELIN
Heureusement qu'on est débordés...
(Il fouille dans sa poche et lui rend sa carte de séjour)
Bon... Il a été transféré à Cormeilles. C'est un vieux fort transformé en camp
d'internement par les Allemands. Son matricule c'est le 351. C'est tout ce que
je peux vous dire.
MÉLINÉE
C'est déjà beaucoup. Vous croyez que...
INSPECTEUR MATHELIN
(La coupant)
Si j'ai un conseil à vous donner c'est de vous tenir à carreau. Et ne remettez
plus les pieds ici !
MÉLINÉE
Je vous remercie.
(Elle regarde la porte)
Je peux sortir ?
INSPECTEUR MATHELIN
Va quand même falloir que je vous abîme un peu. Vous comprenez ? C'est
visà-vis de mes collègues... Sinon ça peut me retomber dessus.
MÉLINÉE
Je comprends...
INSPECTEUR MATHELIN
Désolé j'ai pas le choix...
Mélinée s'approche du flic. Elle ferme les yeux. Du revers de sa main il lui balance une
violente gifle. Elle perd l'équilibre. Elle a une lèvre fendue et saigne.
INSPECTEUR MATHELIN
Ça ira ?
Elle fait « oui » de la tête.
MÉLINÉE
(S'essuyant la lèvre)
Encore merci inspecteur.Il ouvre la porte et lui fait signe de franchir le seuil. Il se met à hurler:
INSPECTEUR MATHELIN
Des saloperies comme toi on n'en veut pas chez nous ! Allez fous le camp !
Fous le camp je te dis !
Elle longe le couloir d'un pas rapide et passe devant ces mêmes gens qui attendent on ne
sait quoi et font toujours comme s'ils ne voyaient rien.9 EXT. ROUTE DE CAMPAGNE - JOUR
Une magnifique journée d'été sur une route de campagne.
On découvre Mélinée et Micha Aznavourian qui pédalent côte à côte.
Mélinée a arrimé sur le porte-bagages de sa bicyclette une grosse valise dont le poids la
fait tanguer. Elle évite comme elle peut les nids de poule sur le macadam défoncé.
MICHA
(Criant)
Regarde bien la route ! T'as envie d'un œil au beurre noir en supplément ?
L'énergie de Mélinée est surprenante. C'est Micha qui a presque du mal à suivre le
rythme.
MICHA
(Criant à nouveau)
Mélinée ! On fait une pause !
MÉLINÉE
(Continuant de plus belle)
C'est la troisième depuis Paris !
Elle se retourne. Elle voit Micha qui est descendu de son vélo. Il est en nage et boit au
goulot d'une gourde.
À contrecœur, elle fait demi-tour pour le rejoindre.
MICHA
(Lui tendant sa gourde)
T'en veux ?
Mélinée prend la gourde et se désaltère à son tour. Micha la regarde, attendri.10 EXT. FORT DE CORMEILLES (ABORDS) - JOUR
Au bout d'un terrain vague, de hauts barbelés électrifiés permettent de voir les bâtiments
du camp, encadrés par des miradors.
Mélinée pose son vélo et prend la valise sur le porte-bagages.
MICHA
On y va ensemble.
MÉLINÉE
Non Micha. Attends-moi là. Cache-toi.
Elle s'avance vers le poste de garde.