L

L'image du corps féminin dans "Les Silences du palais"

-

Livres
216 pages

Description

Cet ouvrage analyse la représentation, l'image et la place accordées à la femme maghrébine dans "Les Silences du palais". Les personnages féminins semblent incarner un mécanisme de perturbation dans la hiérarchie des genres, une source de rupture et de libération à travers la fiction. Parallèlement, il y a une autre face de la représentation féminine montrant une docilité et une soumission prépondérantes. L'oeuvre évoque, ainsi, un paradoxe certain de la condition féminine arabe : d'un côté, la représentation de la femme soumise et obéissante; de l'autre, le portrait d'une femme rebelle.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 28 mars 2019
Nombre de visites sur la page 2
EAN13 9782140117794
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page  €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème

L’image du corps féminin
dans Les Silences du palais
Corps opprimé ou rebelle
Les Silences du palais se propose d’étudier la représentation,
l’image et la place accordées à la femme maghrébine. Les
personnages féminins semblent incarner un mécanisme de
perturbation dans la hiérarchie des genres, une source de
rupture et de libération à travers la ction. Ainsi, l’ordre établi
dans la société est renversé par les personnages féminins
qui af chent leur colère à l’écran. Ces femmes réveillent les
craintes face à un pouvoir masculin qui se maintient par la
brutalité. Ces révoltées véhiculent l’image d’un désordre
créateur et rédempteur. Parallèlement, il y a une autre face
de la représentation féminine montrant une docilité et une
soumission prépondérantes. Le corps n’est donc envisagé
par la femme que dans ses rôles qui marquent à la fois sa
dépendance envers l’homme et l’emprise que celui-ci exerce L’image du corps féminin
librement. L’œuvre évoque, ainsi, un paradoxe certain de
la condition féminine arabe : d’un côté, la représentation de dans Les Silences du palais
la femme soumise et obéissante, de l’autre, le portrait d’une
femme rebelle. Corps opprimé ou rebelle
Docteur en lettres modernes et cinéma, enseignante,
écrivaine, chroniqueuse, scénariste et sémiologue de
cinéma, Laakri Cheri poursuit depuis quelques
Laakri Cheri années des recherches sur le cinéma maghrébin,
français et américain, ainsi que l’histoire des Berbères
en Afrique du Nord. Elle est l’auteur de deux ouvrages
cinématographiques et d’un scénario de court métrage.
En couverture :
photographie tirée des Silences du palais.
ISBN : 978-2-343-16705-3
21,50 €
Laakri Cherifi
L’image du corps féminin dans Les Silences du palais










L’image du corps féminin dans
Les Silences du palais





Champs visuels
Collection dirigée par Pierre-Jean Benghozi,
Raphaëlle Moine, Bruno Péquignot et Guillaume Soulez

Une collection d'ouvrages qui traitent de façon
interdisciplinaire des images, peinture, photographie, B.D.,
télévision, cinéma (acteurs, auteurs, marché, metteurs en scène,
thèmes, techniques, publics etc.). Cette collection est ouverte à
toutes les démarches théoriques et méthodologiques appliquées
aux questions spécifiques des usages esthétiques et sociaux des
techniques de l'image fixe ou animée, sans craindre la
confrontation des idées, mais aussi sans dogmatisme.


Dernières parutions

Éric COSTEIX, Georges Franju. L’image désincarnée, 2019.
Noël BURCH et Geneviève SELLIER, La drôle de guerre des
sexes du cinéma français (1930-1956), 2019.
Franck TOURRET, Alain Resnais, le pari de la forme, 2019.
Florent BARRERE, Cœlacanthe. Une espèce animale à
l’épreuve des médias, 2018.
Alexia ROUX et Saad CHAKALI, Humanité restante. Penser
l’évènement avec la série The leftovers, 2018.
Guillaume LAVOIE, L’imaginaire du chemin de fer dans le
western américain. Essai sur un mythe cinématographique,
2018.
Jean MONTARNAL, La « qualité française ». Un mythe
critique ?, 2018.
François MARTIN (dir.), Animer Starewitch, 2018.
Isabel NOGUEIRA, L’image dans le cadre du désir,
Transitivité dans la peinture,la photographie et le cinéma,
2018.
Florent BARRERE, Une espèce animale à l’épreuve de
l’image. Essai sur le calmar géant. Nouvelle édition revue et
augmentée, 2017.
Eric BONNEFILLE, Maurice Tourneur. Une vie au long cours,
2017.

Laakri CHERIFI













L’image du corps féminin dans
Les Silences du palais

Corps opprimé ou rebelle





































































































































































































































































© L’Harmattan, 2019
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

ISBN : 978-2-343-16705-3
EAN : 9782343167053

Remerciements
Ce travail n’aurait pu être réalisé sans l’aide précieuse, le
soutien et l’encouragement de mes très chers parents à qui je
dédie ce livre.
Mes vifs remerciements vont également à ma chère amie
Colette-Aurore Gladu qui a relu, commenté mon livre et
souligné toute l’importance d’une lecture minutieuse d’un
texte. Qu’elle trouve dans ce travail un hommage vivant à sa
haute personnalité.
Enfin, je tiens également à remercier toutes les personnes
qui ont participé de près ou de loin à la réalisation de ce
travail.
7 La représentation d’un événement « tourné » à
rebours et projeté à l’endroit, nous révèle un
espace-temps où l’effet remplace la cause ; où
tout ce qui devrait s’attirer, se repousse ; où
l’accélération de la pesanteur est un
ralentissement de la légèreté, centrifuge et non centripète ;
où tous les vecteurs sont inversés. Et pourtant cet
univers n’est pas incompréhensible, et la parole
même, avec de l’habitude, peut y être devinée.
Alors on songe au redressement mystérieux des
images rétiniennes, à ce dormeur construisant un
rêve qui paraît se conclure sur la sonnerie d’un
réveil, alors qu’il est parti d’elle. Et l’on se
demande qui connaît le véritable sens de
l’écoulement du temps ?
Jean Epstein
Sommaire
Remerciements ...................................................................... 7
Introduction ......................................................................... 13
Première partie : Narration et énonciation littéraire et
cinématographique ............................................................. 19
Résumé de l’œuvre filmique Les Silences du palais........... 20
Chapitre I. Narration littéraire et filmique ........................... 21 e II. L’énonciation littéraire et filmique .................. 31
Chapitre III. Narrativité et temporalité ................................ 37 e IV. Focalisation et points de vue .......................... 45
Conclusion ............................................................................ 54
Deuxième partie : Lecture fictionnelle des Silences du
palais ..................................................................................... 57
Chapitre I. L’entrée du spectateur dans la fiction ............... 59 e II. Le lancement du récit ....................................... 75
Chapitre III. Vers un régime fictionnel stable ................... 133
Chapitre IV. Le système des relations diégétiques et des
relations filmiques .............................................................. 137
Conclusion .......................................................................... 179
Troisième partie : Construction diégétique de la
claustration ..................................................181
Chapitre I. Composition filmique de l’espace diégétique de
la claustration ...................................................................... 183
Chapitre II. La polysémie de la claustration ...................... 187
Conclusion générale ......................................................... 197
Bibliographie ..................................................................... 199
Table des matières ............................................................ 205

11 Introduction
La problématique fondamentale du rapport – souvent
controversé – qu’entretiennent le flash-back, sa
représentation au cinéma, la mémoire de l’événement et le
positionnement du spectateur au sein d’un dispositif qui fait appel à
ses affects, à son « flot mémoriel », à ses souvenirs et à ses
oublis, a toujours été au cœur de la réflexion sur le cinéma.
De cela découle la question de créativité face à la
reconstitution, ainsi que celle relative aux tentatives
d’authenticité et de fidélité dans la représentation du passé,
dans une fiction. Ces questions s’imposent comme des
interrogations déterminantes pour un spectateur qui est
devant des images qui sont elles-mêmes, ontologiquement,
une reconstruction. Cela rappelle la réalité première de toute
image cinématographique : elle est le signe d’un instant qui
1n’est plus là l’indice d’un « Ça a été » barthien . L’image
audiovisuelle construite dans l’espace de la réception et non
donnée par le film, définie par une tension entre durée et
mouvement, sera tantôt égale, parfois même supérieure au
plan ou à cheval sur deux plans. À partir de là se dessinent
deux niveaux d’approches ou deux échelles d’observation
du film : le niveau de l’image et un niveau supérieur à
l’image dans lequel la mémoire joue un rôle fondamental.
L’image ferait-elle alors office de mémoire à partir de ses
particularités « présence », « absence » et « antériorité » qui
la définissent comme un signe ? Paul Ricœur en fait
l’analogie en évoquant ce qu’il appelle « image – souvenir :
celle-ci, énigme de la représentation du passé, est d’abord la
1 Barthes (Roland), La Chambre claire, Paris, GALLIMARD, 1989,
25 p.
13 présence de l’image même. Elle est ensuite absence de la
chose représentée, ce qui pose le problème de la frontière
entre la mémoire et l’imagination, le souvenir et la fiction.
Elle est enfin un avoir été qui lui confère le trait de
2l’antériorité et le sentiment de la distance temporelle  ».
Ce travail tourne autour de deux grands blocs de
questions : d’un côté, la narration et l’énonciation littéraire
et filmique ; de l’autre, le flash-back (le récit, la diégèse, la
musique, l’espace et le temps filmique, la lecture filmique
de l’œuvre). Le lieu et le flash-back ont en commun de
s’ancrer dans l’image pour s’échouer dans la mémoire. Ces
deux grands blocs (espace/temps et flash-back) sont dans un
rapport étroit de détermination réciproque. L’espace « clos »,
majoritairement figuré sous forme d’espace-enveloppe,
appelle le souvenir et le récit du passé. Ce récit peut prendre
plusieurs formes : ou bien il est oral, non visualisé, et il
s’agrippe, il colle à l’espace et se lit à travers lui et les objets
qui le peuplent. Dans ce cas, par l’intermédiaire du récit oral
d’un personnage, deux temporalités se superposent en un
espace unique synthétique : celle de la narration et celle de
l’histoire narrée. C’est l’image du lieu qui fait ressurgir le
passé. Ou bien le récit du passé est transvisualisé, traité en
flash-back, introduit par une voix off, pris en charge par un
narrateur délégué, crée des cavités narratives, installe la
clôture ou du moins la frontière dans l’architecture du récit
et s’échappe momentanément du lieu clos du présent de la
diégèse. Ces deux modalités d’intervention du passé ne
s’excluent nullement. Ou bien encore, le passé se mêle au
présent sans faire l’objet d’un récit et donc sans intervention
d’un narrateur, sans mise en scène de la remémoration : le
lieu ne suscite pas le souvenir chez le personnage, le
souvenir advient et émane du lieu même qui devient pour
ainsi dire narrateur.
2 Ricoeur (Paul), « Entre la mémoire et l’histoire », in Transit,
Europaeische - Revue, 2002, n° 22, p. 22.
14
Le film choisi dans le cadre de cette analyse est
principalement un film tunisien (Les Silences du palais),
réalisé par Moufida Tlatli en 1994. Cette œuvre permettra de
comprendre certains des mécanismes mis en œuvre pour
régir la relation avec le spectateur, notamment à travers ses
séquences introductives. En fait, l’introduction filmique
forme souvent une sorte de contrat moral qui est scellé avec
le spectateur, pour l’impliquer et lui faire croire en ce qu’il
voit, plus précisément pour mettre en place des passerelles
entre la fiction, la mémoire et l’histoire représentée.
À l’intérieur de l’espace clos des Silences du palais de
Moufida Tlatli, les personnages se trouvent, d’une manière
ou d’une autre, condamnés à tourner en rond, emprisonnés,
aspirés dans le tourbillon des événements qui se répètent.
Une porte ne s’ouvrira sur le dehors qu’à la condition de
faire retour sur le passé, d’en accompagner les secrets et les
mensonges qui se nichent, eux aussi, dans des micro-lieux
clos du palais. Ce retour aux origines, cette recherche de
l’identité perdue, permet à la narratrice-héroïne, Alia,
d’intervenir sur le cours des événements et d’éviter la
répétition naturelle des actes, ouvrant sur le
désemprisonnement et sur l’élargissement de l’espace. Lieu, récit,
flashback se font écho.
S’agit-il donc de donner un point de vue subjectif sur
l’histoire de l’héroïne ou de pénétrer dans son mental ? Car
la narratrice, en tant que telle, s’efface dans quelques
séquences : elle ne peut pas connaître tous les événements
racontés, encore moins y avoir assisté, et bien souvent plus
rien ne nous rappelle, jusqu’au retour dans le présent, que
nous sommes dans sa mémoire. À telle enseigne d’ailleurs
que le flash-back peut très bien ne pas affecter l’efficacité
d’une intrigue, même si on en connaît d’avance l’issue.
D’autre part, y a-t-il vraiment une fonction purement
utilitaire du flash-back ? Un bref retour dans le passé peut-il
aider le spectateur à connaître un personnage et à
15
comprendre ses réactions ? Le flash-back est-il un dispositif
de présentation, chargé de faire glisser le spectateur au cœur
du récit et/ou de le bercer par la « voix-je » qui souvent ne
s’élève que pour mieux se taire ensuite, cédant la place aux
dialogues ? Comment le spectateur entre-t-il dans une
fiction ? Sur quelles bases comprend-il le monde qui s’offre
à lui ? Comment le film oriente-t-il sa lecture ?
Le mystère du flash-back chez Moufida Tlatli doit-il être
cherché du côté de sa biographie en faisant une étude
psychanalytique de la réalisatrice, ou est-elle tout
simplement une essayiste masquée en fictionniste qui est
passionnée par la mise en contact des images et des sons, car
elle pense que de ce contact naîtra un savoir, si minime
soitil, sur notre présent ?
La première partie est consacrée à la description du mode
narratologique et de l’énonciation littéraire et filmique. Nous
commençons par un bref résumé du film, pour continuer
ensuite avec une étude approfondie des différentes
composantes du récit filmique, selon une analyse
narratologique qui implique les rapports personnage/
narrateur et l’énonciation. Parmi ces composantes figurent
également les voix au cinéma, la musique, etc. Les
processus constitutifs sont identifiés puis analysés : narration
(chapitre I), énonciation (chapitre II), narrativité et
temporalité (chapitre III), focalisation et points de vue
(chapitre IV).
En effet, si le cinéma, production culturelle collective
tant au niveau de sa fabrication que de sa consommation, est
sans doute un lieu privilégié d’expression de l’imaginaire
social, il n’en constitue pas moins un langage propre, dont
les codes très complexes et très diversifiés (narration,
fiction, flash-back, personnages, lumières, décors, spectacle,
musique, dialogues, etc.) nécessitent une approche
spécifique, comme pierre Francastel le revendiquait jadis
pour la peinture. Notre projet est donc venu d’un désir
16
d’exposer certains apports de la narratologie littéraire et
l’objet cinéma.
La seconde partie propose une série de lectures. Quatre
chapitres (chapitres I et II) montrent la lecture fictionnelle en
action sur Les Silences du palais de Moufida Tlatli :
L’entrée du spectateur dans la fiction (chapitre I). Le
lancement du récit (chapitre II). Vers un régime fictionnel
stable (chapitre III). Le système des relations diégétiques et
des relations filmiques (chapitre IV).
Dans la troisième partie, deux autres chapitres se servent
du modèle de la fictionnalisation pour tenter de comprendre
le fonctionnement d’autres modes : Construction filmique
de l’espace diégétique de la claustration (chapitre I), La
polysémie de la claustration (chapitre II).

17 PREMIÈRE PARTIE
Narration et énonciation littéraire
et cinématographique Résumé de l’œuvre filmique
Les Silences du palais
Les Silences du palais, (Moufida Tlatli, 1994) : Une
jeune femme, Alia, n’a pu trouver d’autre emploi pour sa
magnifique voix que de chanter dans les mariages et les
grandes fêtes de famille. Son compagnon, Lotfi, dont elle est
enceinte, ne veut pas s’engager et lui demande d’avorter...
Elle apprend alors la mort d’un prince (appartenant à la
famille du bey), Sid-Ali, son ancien maître chez qui elle a
passé toute sa jeunesse. De retour au palais, elle rencontre la
vieille servante, Khalti Hadda, qui fait déclencher les
souvenirs à rebours. À travers ses pérégrinations dans
l’espace clos du palais, Alia y revoit les images cruelles de
sa mère, Khédija, des servantes, des années de soumission et
de souffrance. Elle y est née de père inconnu, bien que tout
laisse à penser qu’elle soit la fille naturelle du prince. Le
silence reste de règle. Sa mère est morte sans rien révéler,
esclave des seigneurs du palais qui l’ont achetée à l’âge de
dix ans, pour les servir en tant que servante, cuisinière,
courtisane, danseuse...
20