La Comédie italienne

La Comédie italienne

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204 pages

Description

Du Pigeon de Monicelli (1958) à La Terrasse d’Ettore Scola (1980) – sans oublier d’évoquer les films précurseurs ainsi que les œuvres plus discrètes du mouvement proprement dit – il est question ici de mettre en évidence la richesse d’un genre proche des traditions expressives de l’Italie (la commedia dell’arte et le néoréalisme) mais toutefois attentif aux mœurs de ses contemporains en tant que révélateurs des évolutions historiques, sociologiques et cinématographiques du pays.
Ainsi, l’enjeu de cette étude est de montrer comment les grands cinéastes du cinéma comique dessinent le portrait d’une Italie complexe qui se révèle être l’objet de mutations historiques et sociales essentielles au cours du XXe siècle. Mais surtout, la plus grande ambition de cet ouvrage est de démontrer que la comédie italienne est le formidable exemple d’un cinéma de divertissement comique et populaire capable de produire des œuvres qui sont de riches objets de réflexion.

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Date de parution 27 novembre 2016
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EAN13 9782367160757
Langue Français

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La comédie italienne

Du même auteur
L’Histoire de l’Italie
à travers l’œuvre d’Ettore Scola(éd. LettMotif)

ISBN 978-2-36716-174-7
Dépôt légal août 2016

Imprimé dans l’Union européenne
Maquette : www.lettmotif-graphisme.com

Éditions LettMotif
105, rue de Turenne
59110 La Madeleine – France
Tél. 33 (0)3 6697 46 78
Télécopie 33 (0)3 5935 00 79
E-mail : contact@lettmotif.com
www.edition-lettmotif.com

Photos de couverture : Mes chers amis,
Séduite et abandonnée, La Marche sur Rome.

Charles Beaud

La comédie italienne
(1958-1980)
Les cent visages
de l’Italie

Introduction
Humour
et discours

Comédie et société
Le genre comique fait pleinement partie du panthéon du
cinéma occidental. Malgré des variations évidentes et
significatives en termes d’expression comique (qui dépendent entre
autres choses d’une tradition artistique dont les comédies sont
forcément les héritières), le genre nous renseigne à la fois sur
les sociétés qui lui permettent d’exister ainsi que sur les publics
qui le font vivre. Les cinémas comiques sont donc porteurs
d’une identité sociologique fortement marquée. En ce sens, la
vie sociale est – comme le dit Bergson – le « milieu naturel »
de ces productions. Il y a dans la démarche comique une
volonté mimétique (le fait de reproduire une réalité) et une
volonté critique (le fait d’exprimer un discours) qui met en
exergue les questionnements, les doutes, les valeurs et les
inégalités d’une société. En effet, la comédie remplace le réel par
son interprétation, porteuse d’un discours et d’une remise en
question: les normes sociales sont fortement questionnées et
parfois remises en cause par les auteurs comiques.
C’est donc avec une forte dimension critique que le
comique s’attaque à la cruauté du monde et permet aussi une
libération par rapport à des interdits et/ou des tabous sociaux.
De plus, le comique exprime une tendance à l’exagération qui

1. Henri Bergson, Le Rire. Essai sur la signification du comique, Presses
universitaires de France, 1991, p. 131.

INTRODUCTION

1

7

a pour fonction de rendre le discours intelligible et de
soumettre son destinataire à la réflexion. Par exemple, la
caricature (quelle que soit sa forme) est un moyen très partagé par
les différents arts pour provoquer l’effet comique et pour
exprimer un discours. Mais cette forte discursivité s’exprime
avec beaucoup de légèreté et de recul, ce qui favorise
l’exercice critique du spectateur confronté à un sujet grave.

La comédie est également un contrat entre un auteur et
son public. L’appellation « comédie » indique grossièrement
au spectateur qu’il va trouver matière à rire à l’intérieur du
film. tse ern éicossae yp tunisla pde tnurie et pyÀ chaque ge
de traitement des différentes péripéties qui se succèdent au
cours du récit. Il y a donc des attentes à satisfaire pour
respecter le pacte fictionnel. De ce point de vue-là, le rire est le
résultat d’une relation (comme le défend Genette) : un
allerretour entre ce qui se passe sur l’écran et la manière dont le
spectateur réagit. Louis de Funès l’avait bien compris puisque
ce dernier allait anonymement dans les salles pour mesurer
l’intensité des effets comiques. Le rire est donc le résultat
d’une direction du spectateur que l’on amène à rire par une
mise en scène qui use de nombreux ressorts : le comique de
mots, de situation, le comique de caractère et de répétition.

La comédie et ses effets
La surprise, le retournement de situation ou bien la chute
sont des ingrédients essentiels au comique. La chute se doit
d’être efficace, que ce soit à l’échelle d’une scène, d’un
longmétrage ou d’un film à sketches. En ce sens, L’Arroseur arrosé
des frères Lumiere apparaît comme le premier effet comique
de l’histoire du cinéma.
Le comique de répétition est une technique de narration
fréquente. Cet effet consiste à reproduire une situation ou un

8

LA COMÉDIE ITALIENNE

dialogue qui ont dejà eu lieu dans une forme similaire ou
légèrement différente. Le spectateur n’est pas face à quelque chose
de nouveau. Au contraire, il est confronté à quelque chose qu’il
connaît déjà et à un schéma qui se répète. Cela permet de créer
un lien entre l’œuvre et son spectateur. La répétition est
constituante du style de Molière, ce qui bouscule la réception
artistique basée classiquement sur l’évolution de la situation
2
initiale. Et « la vie ne devrait pas se répéter », comme l’affirme
Bergson. C’est cette anomalie qui provoque l’hilarité et crée
une complicité avec le destinataire. La réalité devient
mécanique et le procédé de « la mécanique plaquée sur du vivant »,
qui est la thèse du Rirerpneno ,tus dotens.on sgser Bde

La place de l’acteur
L’acteur occupe une place essentielle puisqu’il incarne
l’effet comique. On rit des faiblesses du personnage, de ses
imperfections et de son inadaptation à la société. De Funès
« déborde » tellement la mise en scène par son jeu
grandiloquent que l’on parle des films de Louis de Funès alors qu’il
n’est pas à l’origine de leur conception. Pourtant, de Chaplin
à Moretti, on constate que dans le comique, bien plus que
dans le drame, il existe une tradition d’auteurs/acteurs. Autre
particularité : dans la comédie, l’acteur ne rit pas. Rire serait
rompre une barrière symbolique, extraire le comique de son
cadre fictionnel et dévoiler le dispositif filmique.
Dans le cadre du burlesque, le jeu de l’acteur est robotique,
proche de la maladresse enfantine. Le décalage est un ressort
essentiel du dispositif comique. Le gros et le maigre, le grand
et le petit, le riche et le pauvre, le calculateur et l’ingénu: les
duos d’acteurs comiques sont abondants dans les comédies et
pas seulement cinématographiques. Le personnage comique

2. Ibid, p. 52.

INTRODUCTION

9

est bien souvent réductible à un trait de caractère (le comique
de caractère). Il peut être avare, jaloux, distrait, maladroit,
prétentieux ou naïf. Le comique exprime « une certaine
inadap3
tation particulière de la personne à la société », toujours selon
Bergson. La mise en scène a, en quelque sorte, pour objectif
de donner de la profondeur et de l’épaisseur à ce personnage
pour qu’il ne reste pas une idée ou un concept mais qu’il
prenne chair et qu’il gagne en humanité.

Comédie et drame
L’effet comique peut également trouver sa place dans le
drame et, dans le meilleur des cas, lui donner du relief. Mais
il s’agit alors de parenthèse comique, de respiration, de
détente humoristique. D’autre part, la comédie peut
également comporter des moments dramatiques. L’usage du
tragique dans la comédie italienne est particulièrement brillant
et habile. Cela donne de la profondeur aux productions de la
fameuse période 1958-1980 dont il est question dans cette
étude. Les auteurs manifestent une véritable aisance à
articuler et mélanger les deux formes d’expression.
En effet, au niveau dramaturgique, l’effet comique permet
une relâchement de la tension. Kant dans sa Critique de la
faculté de jugerparle d’une attente. Dans Des genres et des
œuvres, Genette le cite : « Le rire est un affect qui résulte du
4
soudain anéantissement de la tension d’une attente ».De
manière générale, pour provoquer le rire, les films comiques
usent de situations qui sont angoissantes par nature. Cela crée
une tension, même si le spectateur sait qu’à la fin rien de grave
ne va se produire. C’est l’idée d’« anesthésie momentanée du
cœur » qu’évoque Bergson dans Le Rire.

3. Ibid, p. 101.
4. Gérard Genette,

10

Des genres et des œuvres, Points, 2012, p. 54.

LA COMÉDIE ITALIENNE

La comédie italienne
Une comédie réussie tend donc à traiter des sujets très
sérieux sans tomber dans une lourdeur expressive dans
laquelle le mediumserait un prétexte pour exprimer une
pensée politique au sens large du terme. À l’occasion d’un
entretien, le scénariste Age raconte une anecdote riche en
enseignements. Il évoque la présentation du film C’eravamo
tanto amati(Nous nous sommes tant aimés, 1974) d’Ettore Scola
en ex-URSS : « Quand le film fut présenté au festival de
Moscou, les journalistes soviétiques qui l’avaient bien aimé nous
demandèrent pourquoi un film substantiellement politique
avait une allure parfois comique, ironique, parfois touchante.
“Eh bien, avons-nous répondu, c’est une façon italienne de
faire un film qui soit aussi politique”. Et ils dirent : “Mais chez
nous, on fait un film qui est directement politique”. J’expliquai
qu’en Italie, faire ouvertement un discours sur l’évolution
politique qui suivit l’avènement de la République […] ce serait
5
accepté par ceux qui sont d’accord, et refusé par les autres. »
Le comique est donc le support d’une expression
politique, d’un engagement idéologique qui n’occulte pas la
nécessité de produire du spectacle qui sert à la fois la diffusion
d’un message et la rentabilité économique du film. Dans cette
même logique, Jean Gili utilise le terme de « divertissement
méditatif » pour qualifier les œuvres des maîtres de la
comé6
die italienne. À travers le genre comique, les cinéastes italiens
expriment leur point de vue sur la dynamique sociale et
historique de leur pays.

En effet, à partir de l’après-guerre, la comédie italienne
va connaître une libération de ses thématiques et de son
esthétique. Dès la fin des années 1950, les films comiques,

5. Lorenzo Codelli, «Entretien avec Age et Scarpelli», Positif, mai 1977 (n°193), p. 12.
6. Jean Gili dans la préface du livre de Valerio Caprara intitulé Dino Risi, Maître de
la comédie italienne, Gremese Editore, 1993, p. 11.

PRÉFACE

11

dans la lignée du néoréalisme, évoquent la situation sociale,
économique et politique de l’Italie avec humour, ironie et
amertume en ce qui concerne les films plus tardifs.
La comédie est soutenue économiquement par de riches
producteurs. La conjoncture d’après-guerre est
économiquement favorable. Après la reconstruction, la période appelée
« miracle économique » (1953-1973) apporte d’importants
capitaux qui permettent au cinéma italien de se développer.
Avec des films qui séduisent le public transalpin, la comédie
italienne est une valeur sûre pour les producteurs. Le cinéma
comique des années 1960 et 1970 est le produit d’une
cohérence très forte entre les producteurs (Alfredo Bini, Dino De
Laurentiis, Franco Cristaldi…), les cinéastes (Mario Monicelli,
Luigi Comencini, Pietro Germi, Dino Risi, Ettore Scola…), les
scénaristes (Agenore Incrocci, Furio Scarpelli, Ruggero
Maccari, Sergio Amidei…) et les acteurs (Alberto Sordi, Nino
Manfredi, Vittorio Gassman, Ugo Tognazzi…). Les grands cinéastes
de cette période sont tous nés entre 1914 et 1925. En 1958,
année de la sortie du film I soliti ignoti(Le Pigeon, Mario
Monicelli), ces derniers ont une quarantaine d’année. Ce film est le
point de départ de ce que certains critiques méprisants
appellent la comédie « à l’italienne ». Ce terme est resté par
commodité, même si le regard sur le mouvement comique a
changé au fil du temps.

Cette étude sur la comédie italienne se concentre sur la
période faste du mouvement (1958-1980) : du Pigeonde
Monicelli au film La terrazza(La Terrasse) d’Ettore Scola, le plus jeune
de cette génération de cinéastes comiques. La première œuvre
citée est considérée comme le manifeste de la comédie
italienne alors que la deuxième est intéressante car elle exprime
la fin d’une époque. Entre ces deux célèbres références du
cinéma italien, les grands réalisateurs de ce mouvement
mettent en scène de magnifiques œuvres telles que Il segno di

12

LA COMÉDIE ITALIENNE

Venere(Le Signe de Vénus, 1955), Una vita difficile(Une vie
difficile, 1961), Il sorpasso(Le Fanfaron, 1962) de Dino Risi ; Lo
scopone scientifico(L’Argent de la vieille, 1972) de Luigi Comencini ;
Divorzio all’italiana(Divorce à l’italienne, 1962), Sedotta e
abbandonata(Séduite et abandonnée,1964) de Pietro Germi ;
C’eravamo tanto amati(Nous nous sommes tant aimés, 1974)
ou encore Brutti, sporchi e cattivi(Affreux, sales et méchants,
1976) d’Ettore Scola.

L’enjeu et l’ambition de cette étude est de montrer de
quelle manière ces grandes réalisations du cinéma comique
dessinent le portrait d’une Italie complexe qui se révèle être
l’objet de mutations historiques et sociales essentielles au
e
cours du XXsiècle.

Cette identité forte évoquée un peu plus haut, tant sur le
plan esthétique que culturel, sera le point de départ de cette
étude sur l’âge d’or de la comédie italienne. Comment, de
manière progressive, la comédie va faire des réalités
nationales sa thématique principale ? Comment les individus ont
apporté leur pierre à l’édifice d’un genre à la fois homogène
et en perpétuelle évolution ? Comment comprendre
l’immense décalage entre la réception publique et la réception
critique de ces vingt ans de production comique ?

Par la suite, l’approche sera centrée sur les grandes
thématiques de la comédie italienne. Il s’agira d’expliciter les thèmes
chers au genre que sont l’Histoire, la société et la culture
italiennes. Comment la comédie produit-elle une
contre-histoire ? Quel regard porte-t-elle sur la dynamique sociale d’une
Italie en pleine euphorie du boom économique? De quelle
manière les films « bilans » sont-ils l’expression des
désillusions à la fois historiques et cinématographiques de l’Italie ?

PRÉFACE

13

La comédie
italienne
origines et évolutions du genre comique

I. De lacommedia
dell’arteà la
comédie italienne

1. Le masque et son parcours picaresque
Lacommedia dell’arte
Lacommedia dell’artemr eedt pémhotrâievréis est une fo
e
qui apparaît au XVIsiècle et que l’on oppose
traditionnellement au théâtre littéraire, considéré comme plus proche des
attentes culturelles des élites. Angelo Beolco (connu pour son
interprétation de Ruzzante, un paysan) est considéré comme
le créateur de ce mouvement dont le public est
fondamentalement populaire. Lacommedia dell’arterei qu, xd ueneetrpsé
cent cinquante ans d’existence, a encore aujourd’hui une forte
influence sur l’art et le spectacle en Italie.
Ce type de théâtre a bénéficié d’une grande influence en
e
Europe. Dès le dernier tiers du XVI siècle, la France se montre
sensible au mouvement théâtral: elle accueille les troupes les
plus célèbres, à l’origine itinérantes. Si le nombre de
comédiens présents sur scène est variable, la structure d’une pièce
se compose de deux vieillards (Pantalon et le Docteur), le
Capitan,és sedd ue xejnues hommes etelmosaeuur(cx poom
de deux jeunes femmes), deux valets (les zanni aine),’unuisq
ou deux servantes. Si la société est mise en scène dans les
représentations, le thème amoureux est essentiel. Si ce
théâtre est improvisé, il est toutefois soumis à des schémas
narratifs. Par exemple, les valets sont au centre de l’intrigue et le
vieillard est toujours la victime des pièges et des bassesses
que les personnages s’adressent.

DE LACOMMEDIA DELL’ARTEÀ LA COMÉDIE ITALIENNE

17

Goldoni (1707-1793), partisan des pièces écrites, est le
grand réformateur de la commedia dell’arte quedère .isnoc lI
le genre peine à se renouveler et dénonce son aspect répétitif.
Norbert Jonard va à l’encontre de ces considérations limitées :
« Il y a, certes, une continuité dans le changement qui donne
une impression de permanence, de stabilité, d’immuabilité,
mais il suffit de regarder les masques, avec le recul du temps,
à travers les différents canevas pour s’apercevoir que cette
impression est trompeuse. Elle tient seulement à un certain
nombre de caractères essentiels dont le personnage ne peut
7
s’affranchir sous peine de n’être plus lui-même. »On oppose
souvent Goldoni, qui symbolise la comédie bourgeoise, à
Carlo Gozzi qui est un farouche défenseur et représentant du
genre avant de devenir un auteur dramatique.

Ce mouvement témoigne d’un certain mépris des élites
pour les formes artistiques populaires.À l’image de
lacommedia dell’arteda selcaa sésser l,ctpe sesbreardnn mo ulpsug
ont toujours été l’objet de vifs débats. Une donnée simple
permet de comprendre ce phénomène: le comique tente de
représenter l’homme dans son environnement quotidien
contrairement à la tragédie qui met en scène des personnages
exemplaires issus d’une haute lignée. La commedia dell’arte
est alors perçue comme une « vulgarisation de la comédie
8
érudite de la Renaissance ». Pourtant, en France, Boileau et
Diderot appréciaient les représentations comiques de ce
genre théâtral. Molière s’est fortement inspiré du personnage
de Brighella qui a donné le personnage de Scapin, un
incontournable de l’œuvre de Molière.

En termes d’accueil critique, il y a des points communs
entre la commedia dell’arteet la commedia all’italianae Mêm.
les réalisations cinématographiques les plus réussies de la

7. Norbert Jonard,
8. Ibid, p. 20.

18

La Commedia dell’arte, Éditions L’Hermès, 1982, p. 40.

LA COMÉDIE ITALIENNE

comédie italienne ont été victimes de critiques méprisantes.
La France a toujours apprécié les comiques italiens. Les
œuvres comiques de Monicelli, Risi, Comencini ou Scola ont
e
reçu un très bel accueil, comme c’était le cas au XVIIsiècle
pour le théâtre comique italien.

Il faut dire que la réforme du mouvement (son
embourgeoisement en quelque sorte) l’a conduit à sa perte. Un déclin
accéléré par le manque de renouvellement des comédiens (à
e
partir du XVIIsiècle), une certaine lassitude du public alors
que, dans le même temps, l’opéra gagne en popularité. Si le
e
genre connaît une décadence complète au XIX siècle, il a
exercé une influence sur le cinéma comique.

Bernard Benech donne une définition très éclairante de
la commedia dell’artetiduré’lp el te reaiulop aleel, : «ant Mêl
donné naissance à des types qui, servis par l’art de grands
comédiens, ressuscités grâce aux scénarios, aux canevas et
aux lazzi, n’ont cessé d’influencer les arts du spectacle jusqu’à
9
nos jours. »L’influence du mouvement est donc
fondamentale pour la comédie italienne qui est imprégnée par les
traditions expressives anciennes comme la commedia dell’arte
que nous venons d’évoquer mais également le théâtre
diae
lectal du XIXsiècle.

Laurence Schifano qualifie même la comédie italienne de
10
« commedia dell’arte contemporaine ».Dans un article
dédié à la comédie italienne, Jean Gili analyse de manière très
intéressante l’assimilation de ces racines théâtrales en
estimant que « la comédie italienne repose sur la typification des
personnages (celle des comparses n’est pas moins grande que
celle des vedettes) et sur la multitude de traits qui en assurent

9. Table ronde « Réalisme et tradition théâtrale dans la comédie italienne »,
Michel Serceau (dir.), La Comédie italienne de Don Camillo à Berlusconi,
CinémAction, Cerf, 1987 (n°42), p. 69.
10. Laurence Schifano, Le Cinéma italien de 1945 à nos jours. Crise et création,
Armand Colin, 2005, p. 71.

DE LACOMMEDIA DELL’ARTEÀ LA COMÉDIE ITALIENNE

19

le renouvellement d’un film à l’autre. Là encore, on retrouve
un héritage des méthodes de la commedia dell’arte.
L’improvisation même n’est d’ailleurs pas absente du tournage de
certains films. Le régionalisme ne l’est pas non plus – le cas
limite et révélateur étant celui de Age, fils d’acteurs ambulants
11
qui connaît la plupart des dialectes de la péninsule ! »
Concrètement, l’influence de la commedia dell’arte ralus
comédie italienne se manifeste de manière multiple. D’une
part, le cinéma comique manifeste une propension au
divertissement et au spectacle ainsi qu’une volonté de séduire un
public populaire et de transmettre un discours sur les réalités
nationales. D’autre part, une place déterminante est accordée
au personnage autour duquel la mise en scène est élaborée.
Ces deux éléments majeurs permettent d’établir la forte
filiation entre ces deux mouvements éloignés dans le temps.

Lacommedia dell’artedot ànceson traditiend eall o’irig
spectaculaire, fortement exploitée dans la comédie italienne.
D’ailleurs, les grands auteurs comiques de l’après-guerre
affirment et revendiquent sans complexe leur goût pour les
œuvres accessibles au public dont les intrigues prennent
racine dans la réalité quotidienne.

Il y a un cinéaste dont le travail manifeste une proximité
explicite avec les traditions expressives de la péninsule: Mario
Monicelli. Ce dernier intègre à son esthétique lacommedia
dell’arte. Le Pigeonen-ttêerl e tsp uee urluilmea leil.artsnoit
En effet, la présence de Totò et de Gassman dans le
prestigieux casting du film est l’expression d’une transition qui
s’opère entre une comédie « ancienne » et une comédie qui
entre dans la « modernité ». D’ailleurs, cette modernité
s’illustre et s’affirme pleinement trois ans plus tard dans Le
Fanfarone Didsi.ionR

11. Jean Gili, « La comédie italienne », Encyclopédie Universalis.

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LA COMÉDIE ITALIENNE