La communauté indomptable d’André Forcier

La communauté indomptable d’André Forcier

-

Livres
192 pages

Description

L’œuvre cinématographique d’André Forcier est radicalement singulière. C’est en analysant les personnages, les lieux, les objets et la langue parlée, de Chroniques labradoriennes jusqu’à Embrasse-moi comme tu m’aimes, que Marie-Claude Loiselle montre combien les récits d’André Forcier sont ceux d’une Amérique issue de désirs, de délires et de rêves.
Dans cet univers merveilleux et cruel, la tragédie côtoie le comique, le sublime émane du grotesque, la mélancolie ne va pas sans l’exaltation. Ce cinéma, qui radiographie un Québec populaire et révèle un territoire en devenir, met en scène une communauté de gens rebelles, anarchistes, fantasques, excentriques, élevée au rang de mythe universel.
Marie-Claude Loiselle éclaire ces éléments avec précision et profondeur en reliant les forces vives de l’œuvre d’André Forcier à celles de Pier Paolo Pasolini, d’Aki Kaurismäki et de Gilles Carle comme à celles de Jacques Ferron, d’Hubert Aquin et de Gaston Miron. La communauté indomptable d’André Forcier permet d’éprouver dans toute sa richesse le travail de ce cinéaste incontournable.
Avec des photos d’André Forcier et de ses films, en couleur.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 22 juin 2017
Nombre de visites sur la page 0
EAN13 9782894196045
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page  €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
MARIE-CLAUDE LOISELLE LA COMMUNAUTÉ INDOMPTABLE D’ANDRÉ FORCIER LES HERBES ROUGES / ESSAI
LA COMMUNAUTÉ INDOMPTABLE D’ANDRÉ FORCIER
MARIECLAUDE LOISELLE
La communauté indomptable d’André Forcier essai
LES HERBES ROUGES
Les Herbes rouges remercient le Conseil des arts du Canada, ainsi que le Fonds du livre du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec, pour leur soutien financier.
Les Herbes rouges bénéficient également du Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres du gouvernement du Québec.
Financé par le gouvernement du Canada.
L’auteure remercie le Conseil des arts et des lettres du Québec pour son soutien à l’écriture de ce livre.
© 2017 Éditions Les Herbes rouges Dépôt légal : Bibliothèque et Archives nationales du Québec,  Bibliothèque et Archives Canada, 2017 ISBN : 9782894196052
1 Points d’ancrage
L’étincelle
L’univers qu’André Forcier a construit de film en film est composé de ces parcelles de rêve et d’espace affectif qui font corps avec lui depuis cinquante ans de création. Ce n’est pourtant pas que la nostalgie l’ait fait arpenter sans fin les chemins de sa mémoire, mais simplement que les lieux qui l’ont vu grandir occupent, parfois secrètement, parfois de manière plus évidente, chacun des films qu’il a réalisés. Or, c’est sur la Rive Sud de Montréal que tout a germé, durant une jeu nesse passée à sillonner les quartiers de cette banlieue hétéroclite à laquelle il reconnaîtra plus tard un carac tère unique et fécond. C’est là qu’il puisera une bonne part de la matière vive du réel qui donnera vie à la com munauté de personnages inoubliables qui habitent une œuvre si singulière. C’est toutefois par un concours de circonstances quele cinéma fait son entrée dans la vie du jeune André Forcier, alors qu’il étudiait à l’Externat classique de Longueuil (actuel cégep ÉdouardMontpetit) dirigé par les franciscains. À 16 ans, bien loin d’une quelconque velléité artistique, il rêvait de devenir criminaliste, et ce, avec assez de conviction pour délaisser ses cours afin de se rendre au Palais de justice entendre plaider ceux qu’il admire. À la suite d’un conflit avec un ensei gnant, on le sanctionne en lui retirant son choix de cours pour l’année de Versification, et lui impose des
9
cours d’arts. C’est ainsi qu’il fera la découverte de plu sieurs classiques de l’histoire du cinéma et qu’un nouvel horizon s’ouvrira à lui vers lequel il se sentira rapidement attiré. En même temps qu’un goût pour le cinéma se révèle chez lui un don pour l’écriture : il obtient la note maxi male pour une critique deTerre sans pain de Luis Buñuel que lui avait commandé son professeur de cinéma. Encouragé par cette réussite, il donnera libre cours à son talent en signant dans le journal étudiant des textes sur des films, mais aussi des poèmes et des nouvelles. C’est également au collège qu’il tourne en 8 mm son tout premier court métrage,La mort vue par…Présenté dans le cadre de l’émissionImages en têtede RadioCanada, il est primé par le jury, dont fait partie Gilles Carle, qui l’incite vivement à suivre la voie du cinéma. André Forcier a souvent rappelé combien le choc de la découverte deTerre sans paina été déterminant pour lui. Dans cet « essai cinématographique de géo graphie », tel qu’il est désigné au début du film, tourné en 1932 par Buñuel avec la communauté des Las Hurdes,qui habite une des régions les plus déshéritées de l’Espagne, on reconnaît l’impulsion initiale de l’œuvre entière de Forcier et ce qui a contribué, de toute évi dence, à fonder son regard de cinéaste sur le monde. On peut facilement deviner ce que l’adolescent a pu sentir de révolte et d’engagement dans la position de Buñuel, qui a filmé pendant près de deux mois au plus près de ces laisséspourcompte. N’épargnant rien au spectateur de la violence qu’ils subissent à travers la mort explicitement à l’œuvre tout au long du film, on
10