Le cinéma d'Isabel Coixet :

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Français
264 pages
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Description

La réalisatrice espagnole Isabel Coixet surprend et déconcerte. A travers une analyse de ses longs métrages de fiction, cette étude souhaite montrer qu'elle refuse peu à peu les anecdotes de l'évidence pour s'opposer à un cinéma du "trop plein". Les motifs récurrents qui ponctuent ses films soulignent la vacuité de la société contemporaine. La pudeur des images s'allie à la force du silence pour exposer la vulnérabilité de l'être humain. C'est un cinéma de l'absence, du doute, mais aussi parfois un cinéma de l'espoir retrouvé, du désir de vivre.

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Date de parution 01 septembre 2013
Nombre de lectures 9
EAN13 9782336323152
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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LE CINÉMA D’ISABEL COIXET :
FIGURES DU VIDE ET DU SILENCE
Préface d’Alain Fleischer
Isabelle Prat-Steffen
LE CINEMA D’ISABEL COIXET : FIGURES DU VIDE ET DU SILENCE
Champs visuels Collection dirigée par Pierre-Jean Benghozi, Raphaëlle Moine, Bruno Péquignot et Guillaume Soulez
 Une collection d'ouvrages qui traitent de façon interdisciplinaire des images, peinture, photographie, B.D., télévision, cinéma (acteurs, auteurs, marché, metteurs en scène, thèmes, techniques, publics etc.). Cette collection est ouverte à toutes les démarches théoriques et méthodologiques appliquées aux questions spécifiques des usages esthétiques et sociaux des techniques de l'image fixe ou animée, sans craindre la confrontation des idées, mais aussi sans dogmatisme.
Dernières parutions
Eric COSTEIX,Alain Resnais. La mémoire de l’éternité, 2013. Florent BARRÈRE,Une espèce animale à l’épreuve des médias. Essai sur le cœlacanthe, 2013. Aurélie BLOT,50 ans de sitcoms américaines décryptées. DeI love Lucy à Desperate Housewives, 2013. Sébastien FEVRY,La comédie cinématographique à l’épreuve de l’histoire, 2012. Philippe LEMIEUX,L’image numérique au cinéma. Historique, esthétique et techniques d’une révolution technologique, 2012. Pierre DEVIDTS,Andreï Tarkovski. Spatialité et habitation, 2012. Angélica Maria Mateus MORA,Cinéma et audiovisuel latino-américains. L’Indien : images et conflits, 2012. Daniel WEYL, Mouchette,de Robert Bresson ou le cinématographe comme écriture, 2012. Claude HODIN,Murnau ou les aventures de la pureté, 2012. François Amy DE LA BRETEQUE, Emmanuelle ANDRE, François JOST, Raphaëlle MOINE, Guillaume SOULEZ, Jean-Philippe TRIAS (dir.),Cinéma et audiovisuel se réfléchissent. Réflexivité, migrations, intermédialité, 2012. Catherine BRUNET,Le monde d’Ettore Scola. La famille, la politique, l’histoire, 2012. Angela BIANCAFIORE,Pasolini : devenir d’une création, 2012. Vincent HERISTCHI,La vidéo contre le cinéma. Neige électronique. Tome 1,2012. Vincent HERISTCHI,Entre vidéo et cinéma. Neige électronique. Tome 2,2012. Florent BARRÈRE,Une espèce animale à l’épreuve de l’image. Essai sur le calmar géant, 2012.
Isabelle PRAT-STEFFEN
LE CINEMA D’ISABEL COIXET :
FIGURES DU VIDE ET DU SILENCE
Préface d’Alain Fleischer
© L’HARMATTAN, 2013 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-00825-7 EAN : 9782343008257
PREFACE
Préface
Je me plais à imaginer qu’Isabel Coixet n’existe pas, qu’il n’y a pas de cinéaste espagnole née à Barcelone en 1960, connue sous ce nom. Je suis tenté par cette hypothèse, principalement par le fait que je n’ai vu aucun film réalisé par Isabel Coixet. Renseignements pris auprès d’amis cinéastes, ou responsables d’institutions cinématographiques (producteurs, programmateurs, cinémathèques), que j’interrogeais sur les films d’Isabel Coixet et sur la possibilité de les visionner, j’ai constaté qu’ils ont été peu distribués en France, et de façon relativement confidentielle, ce qui a légèrement soulagé ma mauvaise conscience. Car si je n’étais pas surpris de ne rien connaître du cinéma d’Isabel Coixet, c’est parce que depuis la belle époque où je voyais cinq ou six films par semaine, j’accumule les lacunes dans la connaissance de la production contemporaine. Au cours de mes recherches, il est arrivé qu’un de ces cinéphiles pointus (que je ne suis plus), qui ont tout vu, dont Paris est la capitale mondiale, se souvienne avoir assisté à la projection d’un film d’Isabel Coixet ou d’avoir entendu parler d’elle. En allant tout simplement sur Internet, je n’allais pas tarder à découvrir qu’Isabel Coixet est une cinéaste de renom, dont les films ont été présentés dans des festivals internationaux comme ceux de Cannes, Venise ou Berlin, qu’elle a été lauréate d’importantes récompenses officielles en Espagne, que ses films ont bénéficié de coproductions avec les Etats-Unis, le Canada, la France ou, dans son pays, avec la société de production de Pedro Almodovar. Elle a tourné à Hollywood son filmLovers, en 2008, adapté d’un roman de Phillip Roth,La bête qui meurt, avec des acteurs célèbres comme Penelope Cruz et Ben Kingsley. Elle a publié certains de ses scénarios, ainsi que des essais. Des études monographiques lui ont été consacrées, ainsi que d’innombrables articles, presque exclusivement en espagnol. Pour une fois donc, le milieu cinématographique français, connu comme le plus ouvert, le plus curieux, le plus attentif, le plus connaisseur de l’histoire et de la théorie du cinéma, avec des revues qui font autorité à travers le monde (Les Cahiers du cinéma, Positif, Traffic…), et une offre de programmes inégalée (quelques cinq cents films chaque semaine à Paris), est pris en défaut. Restons cependant dans l’hypothèse qu’Isabel Coixet est un personnage de fiction : l’impressionnant travail d’analyse de son œuvre par
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Le cinéma d’Isabel Coixet : Figures du vide et du silence Isabelle Prat-Steffen devient un splendide roman, d’une riche écriture qui, pour faire vivre la figure centrale d’une cinéaste espagnole d’une cinquantaine d’années, invente son œuvre, la décrit, la commente, la situe, l’analyse, et tout cela à la faveur d’un double savoir : celui de la langue, de la culture et de la société espagnoles contemporaines d’une part, celui de la théorie, de la sémiologie, de l’histoire et de la technique du cinéma d’autre part. Les chapitres portent des titres et des sous-titres qui oscillent entre la poésie, l’énigme romanesque, l’essai :L’immobilisme, Exil intérieur et frontières de l’âme, Claustrophobie de l’intime, Cartographies des solitudes urbaines, Un monde utérin : l’anonymat des espaces clos, Ritualisation de la vie quotidienne, Des ténèbres bourrés d’organes, Corps brutalisés : le meurtre, Corps fiévreux : la consomption amoureuse, L’érotisme vaincu, L’exaltation sensuelle, La voix hors d’elle-même, Voix déficelées, Voix emboîtées, L’invention du silence, L’éloquence silencieuse, La contradiction lumineuse, L’œil discret, De l’évidence à la béance, Obsédante solitude, Désespoirs profonds et folies douces… Après une première partie intitulée Une poétique de l’absence, comme pourrait l’être un essai, la deuxième partie a pour titreLa déchirure intérieure, et la troisièmeL’avènement du vide: trois thèmes de l’univers poétique ou. Absence, déchirure, vide romanesque. Isabelle Prat-Steffen pourrait donc être une romancière dont le projet aurait consisté à inventer et à décrire un personnage de cinéaste, dans l’Espagne d’aujourd’hui, n’ayant connu le franquisme que pendant son adolescence et dont la jeunesse a correspondu avec le grand mouvement de libération des mœurs, d’émancipation, d’ouverture sur l’Europe, de modernisation, de prospérité économique, et de cette révolution culturelle qui s’est appelée laMovida. L’auteure aurait situé l’action dans le milieu de la production cinématographique espagnole et internationale, des comédiens, des producteurs. Et l’analyse fait appel à toutes les ressources de la théorie des images en général, du cinéma en particulier, comme en témoigne la bibliographie extrêmement complète, fournie en référence en fin de volume. Mais Isabel Coixet est une cinéaste bien réelle, même si je peux considérer qu’à mes yeux elle n’existe pas, puisque je ne connais toujours aucun de ses films. Me voici donc dans la situation inconfortable d’écrire la préface d’un grand travail d’analyse, sans rien connaître du sujet analysé. Quelle est donc ma légitimité, quelle est donc la valeur de ce que je peux dire ? C’est en tant qu’hispanisant et que cinéaste que j’ai été amené à connaître le travail considérable d’Isabelle Prat-Steffen sur Isabel Coixet. Etrangement, je me suis aussitôt senti de plain-pied avec le discours qui est tenu, les références,
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Préface
le type d’analyse, le mode de pensée, et cela sur le double terrain de la culture hispanique et de la culture cinématographique. Ce que j’ai voulu faire sentir avec l’hypothèse qu’Isabel Coixet est un personnage de fiction, et que le livre intituléLe cinéma d’Isabel Coixet : figures du vide et du silenceest un roman, c’est que la supposée romancière, Isabelle Steffen-Prat, fait preuve dans son œuvre d’une virtuosité double – connaissance approfondie de l’Espagne, connaissance du cinéma en spécialiste –, qui transcende son sujet, qui le font exister, même aux yeux de celui pour qui il n’existe pas, qui le donne à comprendre, à apprécier, à évaluer, à un lecteur partageant la même double culture, avec lequel on ne peut tricher ni d’un côté ni de l’autre, ni sur l’Espagne ni sur le cinéma, et pour la satisfaction de qui tout est dit, tout est décrit, tout est compris, d’une cinéaste espagnole d’aujourd’hui, bel et bien à l’œuvre dans un pays où le cinéma a connu depuis trois décennies, un exceptionnel renouveau. Et tout cela, bien que pour ce lecteur, moi en l’occurrence, cette cinéaste reste un personnage fictif. Paradoxalement, ma position de présentateur à l’aveugle, de préfacier ignorant, n’est pas sans quelque avantage : si je connaissais Isabel Coixet et ses films, courts et longs métrages, documentaires et fictions, le livre qu’Isabelle Prat-Steffen lui consacre, et qu’on va découvrir, se présenterait à moi sur un terrain déjà repéré, balisé, ayant suscité de ma part des impressions, des points de vue, des jugements : en écrivant ces lignes, je fonctionnerais inévitablement par reconnaissance, par évaluation comparative (avec ma propre perception) de la description et de l’analyse. Par adhésion ou par divergence, ce serait en fait mes idées sur le cinéma d’Isabel Coixet, qui se révèleraient à moi-même à travers celles d’Isabelle Prat-Steffen. Ayant lu le livre, sans avoir vu aucun film, me voici connaissant l’œuvre d’une cinéaste que je ne connais pas, mieux que si je la connaissais. Ce n’est pas que, ne connaissant pas le cinéma d’Isabel Coixet, tout ce qu’en dit Isabelle Prat-Steffen est bon à prendre, bon à apprendre, c’est plutôt que par la finesse et la pertinence du décryptage, par la qualité du regard, de la pensée et de l’écriture, une œuvre de cinéma existe pour moi sous forme d’un livre, et en attendant, sous cette unique forme-là. Pour ceux qui, comme moi, liront ce livre sans connaître Isabel Coixet, son œuvre ne sera pas constituée de films : elle sera un savoir sur les modes d’écriture, sur les sujets, sur les personnages, d’un certain cinéma. Pour les autres, pour ceux qui ont vu un ou plusieurs films de la cinéaste catalane, cet ouvrage sera l’occasion d’un précieux approfondissement, et d’une connaissance savante. Dans tous les cas, il me semble qu’Isabel Coixet pourrait avoir fait ses films pour que soit écrit sur eux ce livre-là. Alain Fleischer
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Introduction
INTRODUCTION En vingt-quatre ans et sept long-métrages, le quotidien humain est devenu le fil conducteur de l’écriture cinématographique d’Isabel Coixet. En effet, de 1988 à 2012, son cinéma s’est déployé autour d’une même préoccupation : rendre compte avec justesse de vies simples sans occulter toutefois la gravité profonde que peuvent revêtir les événements de chaque jour. Conçu par une réalisatrice, le cinéma de Coixet n’est pas pour autant un « cinéma de femmes », encore moins un cinéma féministe car la revendication directe ou la dénonciation immédiate d’une certaine forme de condition féminine en sont totalement absentes. Ses films puisent dans le « réalisme timide » apparu en Espagne à la fin des années quatre-vingt-dix, un cinéma aspirant à une forme de retour au réel, un cinéma qui souhaitait démonter que, selon Àngel Quintana: « le cinéma pouvait analyser, à partir d’histoire individuelles pleines d’émotion, quelques uns des problèmes qui figurente dans les pages 1 ‘Société’ des journaux. » 2 3 Des films commeBarriode Fernando León de Aranoa,Solasde 4 Benito Zambrano ouEl bolad’Achero Mañas posèrent les premiers jalons de ce réalisme timide, suivis peu après par d’autres films à la renommée 5 6 internationale commeMar adentrode Alejandro Amenábar ouVolverde Pedro Almodóvar. Tout comme ce réalisme timide, Isabel Coixet s’appuie sur un scenario très structuré, élaboré autour de la volonté de refléter le monde réel et de dépasser certains cadres fictionnels figés. Elle présente l’homme avec discrétion et pudeur, elle filme la routine et la banalité, la joie 1 Àngel Quintana, « Modèles réalistes en temps d’émergence du politique », in Vicente Sánchez-Biosca et Vicente Benet,: de la guerre à laLes enjeux du cinéma espagnol postmodernité, Paris, L’Harmattan, 2010, p. 228. 2 Fernando León de Aranoa,Barrio, 1998. 3 Benito Zambrano,Solas, 1998. 4 Achero Mañas,El bola, 2000. 5 Alejandro Amenábar,Mar adentro, 2004. 6 Pedro Almodóvar,Volver, 2006. 9