Le Pianiste

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Wadyslaw Szpilman est un pianiste hors-pair issu d'une famille juive polonaise. Alors que les affres de l'occupation réduisent le pays à feu et à sang, la famille Szpilman use de tous les stratagèmes pour éviter la déportation, sans succès... Laissé à son triste sort, Wladyslaw mène une vie de reclus jusqu'à sa rencontre avec un certain capitaine de l'armée allemande...

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EAN13 9191022001601
Langue Français

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LE PIANISTE
Scénario : Roman Polanski, Ronald Harwood
Réalisation : Roman Polanski
D'après l'œuvre de Wladyslaw Szpilman
© Presses Électroniques de France, 2014Ouverture au noir. Le film débute par quelques images d’actualité en noir et blanc de
Varsovie en 1939, avant l’occupation allemande. Il fait beau, la foule s’active dans une
ville gaie et pleine de charmes. En fond musical, la « Nocturne en ut dièse mineur » de
Frédéric Chopin, interprétée au piano par Wladyslaw Szpilman, rythme paisiblement les
images d’actualité.1. Varsovie, ext. jour
Plan d’ensemble d’une des grandes artères de la capitale polonaise, baignée de soleil, au
centre de laquelle circulent quelques tramways.2 .
Plan moyen. En silhouette au premier plan, une statue de Christ levant le bras surplombe
une place où circulent quelques passants et un cycliste.3 .
Plan moyen. Les tramways, voitures et vélos se partagent la chaussée d’une rue très
animée.4 .
Plan moyen. Un charrette tirée par un cheval traverse la cadre de gauche à droite.5 .
Plan d’ensemble du Théâtre National de l’Opéra de Varsovie.6 .
Plan large. La bourgeoisie polonaise se promène, insouciante, dans un parc boisé de la
ville. La mention « Varsovie 1939 » apparaît alors en surimpression, le temps du plan, en
lettres capitales blanches.7 .
Plan large. Une des extrémités du parc donne sur les arcades d’un bâtiment officiel. Léger
recadrage panoramique haut-bas sur les promeneurs.8 .
Plan large en légère plongée sur une des allées du parc où se promènent les passants.9 .
Plan américain. Des passants circulent tandis que d’autres flânent sur des bancs publics
près d’une des entrées du parc.1 0 .
Plan moyen. Les voitures des familles bourgeoises sont garées en épi le long des
trottoirs, surveillées de près par leurs chauffeurs, tandis que la foule s’amasse sur la
chaussée à proximité du parc.1 1 .
Plan américain. Quelques passants attendent à un arrêt de tramway dans une rue
animée. Un tramway s’immobilise à l’arrière-plan, laissant descendre un passager.1 2 .
Plan américain à plan serré. Un vendeur de journaux avance en courant face caméra, une
liasse de journaux sous le bras gauche. Suivi panoramique gauche-droite à mesure qu’il
se rapproche.13. Varsovie, studio d’enregistrement de Radio-Pologne, int.
jour
Passage à la couleur. Plan très serré sur les mains d’un pianiste (il s’agit de Wladyslaw
Szpilman) assis légèrement de trois quarts dos, en amorce à droite du cadre. Il continue
d’interpréter la Nocturne que nous entendons depuis les premières images du film. Très
légère plongée sur le clavier. Après un temps, la caméra effectue un lent mouvement
d’élévation dolly couplé d’un panoramique gauche-droite venant cadrer le visage du
pianiste (Adrien Brody) de profil. Celui-ci est vêtu d’un costume gris clair et d’une cravate.
À l’arrière-plan, plusieurs pupitres de partitions et une contrebasse évoquent le studio
d’enregistrement. Wladyslaw Szpilman semble très concentré dans son travail.1 4 .
Contrechamp. Plan américain. Derrière la vitre rectangulaire le séparant du studio, le
présentateur radio est attablé de trois quarts face caméra derrière son microphone.
Derrière lui, à l’arrière-plan, les rubans adhésifs collés en croix sur les vitres des fenêtres
évoquent les bombardements de la ville par les Allemands. L’animateur, vêtu également
d’un costume-cravate, suit attentivement la musique de Chopin sur une partition.1 5 .
Contrechamp. Plan serré sur l’interprète assis à son piano de trois quarts face caméra.
Tandis qu’une explosion assez lointaine se fait entendre à l’extérieur, il relève calmement
les yeux vers la fenêtre hors cadre en contrechamp à gauche, mais ne s’arrête pas de
jouer pour autant.16 idem 14.
Contrechamp. Le présentateur radio se retourne lui aussi plusieurs fois vers la fenêtre,
plus inquiet.17 idem 15.
Contrechamp. Une forte explosion plus proche retentit alors. Le pianiste sursaute et se
penche alors rapidement sur le côté comme pour se protéger. Mais il poursuit cependant
son interprétation.18 idem 16.
Contrechamp. Tandis que sous le souffle de l’explosion, les vitres des fenêtres volent en
éclats, le présentateur se lève brusquement et regarde Wladyslaw Szpilman (Wladek)
sans savoir trop quoi faire.19 idem fin 13.
Contrechamp. Plan très serré sur le visage de Wladek. Celui-ci reste imperturbable et
continue de jouer alors même qu’il reçoit des morceaux de plâtre tombant du plafond. Les
explosions se font plus pressantes à l’extérieur.20 idem 18.
Contrechamp. Un homme plus âgé, sans doute un directeur, rejoint alors le présentateur
derrière la vitre du studio et lui fait signe d’arrêter immédiatement l’émission.21 idem 19.
Contrechamp. Wladek regarde, tout en jouant, en direction des deux hommes, l’air
préoccupé.22 idem 20.
Contrechamp. Ceux-ci lui font signe d’arrêter de jouer. Le directeur quitte la pièce.23 idem 21.
Contrechamp. Wladek fait signe au présentateur impatient qu’il refuse d’interrompre le
morceau.24 idem 22.
Contrechamp. Le présentateur va débrancher quelques fils puis se hâte aussitôt hors du
studio.25 idem 23.
Contrechamp. Wladek poursuit son interprétation malgré tout.2 6 .
Plan américain. Wladek est assis au premier plan, de trois quarts dos caméra, à son
piano. À l’arrière-plan, derrière la vitre du studio d’enregistrement, les fenêtres volent en
éclats sous le souffle violent d’une nouvelle explosion, laissant entrer un épais nuage de
fumée grise. À son tour, la vitre du studio explose tandis que Wladek, projeté en arrière,
disparaît rapidement derrière le piano.2 7 .
Contrechamp raccord. Plan serré. Au sol, Wladek se redresse rapidement face caméra
dans le studio envahi de fumée grise.28. Hall de Radio-Pologne, escalier, int. jour
Plan américain en contre-plongée. Les hommes et les femmes présents dans le bâtiment
se précipitent en criant dans l’escalier enfumé et descendent rapidement les marches
face caméra vers la sortie. À l’extérieur, une sirène retentit. La caméra vient alors
recadrer en plan serré – suite à un panoramique suivi gauche-droite – une jolie jeune
femme blonde entraînée dans le mouvement général. Il s’agit de Dorota (Emilia Fox).
Ayant aperçu Wladek qui arrive par un escalier opposé (hors cadre en contrechamp à
droite), elle s’immobilise et se retourne légèrement vers lui.2 9 .
Plan américain à plan serré. Wladek s’avance face caméra parmi la foule affolée,
débouchant d’un escalier opposé. Il a une légère entaille au front.30 idem fin 28.
Plan serré. Wladek passe dos caméra à hauteur de Dorota, debout de trois quarts face
caméra.
DOROTA
Monsieur Szpilman ?
WLADEK
(Il s’arrête et se tourne de profil vers Dorota)
Bonjour.
DOROTA
(Heureuse de rencontrer l’artiste, oubliant de fuir)
Je suis venue exprès pour vous rencontrer. J’adore votre façon de jouer.
WLADEK
(Ignorant lui aussi le mouvement de panique générale régnant dans le hall,
comme hypnotisé par la beauté de la jeune femme)
Comment allez-vous ?
DOROTA
Je m’appelle Dorota.
(Son frère, Jurek – Michal Zebrowski –, apparaît alors, les rejoignant face
caméra en montant quelques marches. Dorota se tourne un instant vers lui)
Je suis la sœur de Jurek.
(Puis, découvrant la blessure au front de Wladek, inquiète)
Vous saignez ?3 1 .
Plan serré sur Wladek debout face caméra près de Dorota debout au premier plan dos
caméra en amorce à gauche du cadre.
W L A D E K
(Se passant son mouchoir sur la plaie, tout en souriant)
Ce n’est rien. C’est juste...
J U R E K
(Off)
Viens Dorota...32 idem 30.
JUREK
(In, descendant déjà les marches)
... Tu lui écriras une lettre d’admiration plus tard. Allez, c’est pas vraiment le
meilleur moment.
Dorota le rejoint sans quitter Wladek du regard. Léger recadrage haut-bas.3 3 .
Contrechamp. Plan serré sur Wladek debout face caméra. Contre-plongée depuis le bas
des marches.
W L A D E K
Jurek ! ...3 4 .
Contrechamp. Plan américain. Légère plongée.
W L A D E K
(Poursuivant Jurek et Dorota qui s’éloignent dans le hall dos caméra à
l’arrière-plan)
Pourquoi l’avais-tu cachée ?
Une nouvelle explosion fait voler en éclat les vitres d’une fenêtre. Une épaisse fumée
grise uniforme envahit alors l’intérieur du bâtiment.35. Appartement des Szpilman, rue Sliska, int. fin de journée
Plan serré. Henryk (Ed Stoppard), le frère de Wladek, est assis de trois quarts dos
caméra près du poste de radio, cherchant à régler une fréquence. Il porte une chemise à
rayures et un pull jacquard. Au mur est fixée une vaste tapisserie. Nous sommes dans un
appartement bourgeois.
LE PÈRE
( O f f )
Je ne sais pas quoi prendre.
LA MÈRE
( O f f )
Tu prends toujours trop de choses.36.
Plan américain. La mère de Wladek (Maureen Lipman) entourée de ses deux filles,
Regina (Julia Rayner) et Halina (Jessica Kate Meyer), s’agite dans la salle à manger, une
pile de vêtements dans les bras. Des valises ouvertes çà et là font penser à un départ
imminent. Off, la sirène retentit toujours à l’extérieur.
REGINA
Combien de valises est-ce que tu prends ?
HALINA
Je prends ma robe rouge.
Tandis que les deux jeunes filles sortent de la pièce, la caméra recadre la mère qui
s’agenouille de profil devant une valise ouverte posée sur le sol. Léger travelling avant et
panoramique haut-bas. Plan serré. Un portrait encadré et tenu par le père de Wladek
(hors cadre) entre alors dans le champ en amorce à droite.
LE PÈRE
(Off)
Dis-moi... tu crois... tu crois que je devrais prendre le portrait de l’oncle
Simon ?
Travelling arrière et recadrage à droite incluant le père (Frank Finlay), debout de profil
près de sa femme.
LA MÈRE
(Débordée et inquiète à la fois)
Prends-le, le prends pas... prends ce que tu veux !
(Halina entre à nouveau dans le salon à l’arrière-plan, une robe rouge à la
main)
Tu ne vois pas que je suis morte d’inquiétude !
LE PÈRE
(S’éloignant de sa femme)
Oh... il va rentrer ! Tout ira bien.
Recadrage suivi à droite.3 7 .
Plan américain. La porte d’entrée s’ouvre sur Wladek à l’arrière-plan à droite. Il entre face
caméra tandis que sa sœur Regina, au premier plan à gauche, s’immobilise et se retourne
un instant vers lui.
H A L I N A
(Off)
On devrait prendre une autre valise, juste pour les chaussures.
R E G I N A
(Découvrant son frère)
Wladek !
(Sortant du cadre à gauche, soulagée)
Maman,
(Off)
Wladek est rentré.
Wladek s’avance, posant ses clés au passage sur un meuble dans l’entrée.38.
Plan américain. Regina rejoint sa mère toujours agenouillée près de la valise. Off, on
entend faiblement une voix provenant de la radio.
LA MÈRE
(Se relevant, soulagée elle aussi. Les deux femmes se tournent face caméra
vers Wladek, hors cadre en contrechamp à droite)
Oh ! Dieu soit loué ! Wladek...
(Tandis que celui-ci entre au premier plan de trois quarts dos à droite du
cadre, sa mère découvre sa blessure au front. Inquiète)
Tu es blessé !
WLADEK
(Avançant dans la pièce et découvrant avec ahurissement les valises autour
de lui. Suivi travelling avant et pano droite-gauche)
Non, non, non... C’est juste une égratignure.
LA MÈRE
Je m’inquiétais terriblement.
Halina apparaît dans le mouvement à gauche du cadre, en train de plier sa robe rouge.
HENRYK
Je lui ai dit de ne pas s’en faire...
Wladek se retourne alors vers son frère, assis hors cadre en contrechamp à gauche.39 idem 35.
Henryk est assis près de la radio, à moitié tourné face caméra vers son frère hors cadre
en contrechamp.
HENRYK
(Avec une froide ironie)
Tu avais tes papiers sur toi. Si une bombe t’avait frappé, on aurait su où
t’emmener.
Il se tourne à nouveau vers la radio. Rires de Halina, off.40 idem fin 38.
Halina s’éloigne et sort à droite du cadre tout en riant.
LA MÈRE
( C h o q u é e )
Henryk ! Henryk, ne dis pas... ne dis pas des choses pareilles !
Regina entre dans la champ et vient prendre des objets empaquetés posés sur la table.
LE PÈRE
Je ne trouve rien !
LA MÈRE
Dieu nous en préserve ! Dieu nous en préserve !
HALINA
( O f f )
Papa, Papa...41.
Plan américain. Halina rejoint son père qui s’avance face caméra dans une pièce voisine,
son violon dans les mains.
HALINA
(In, à l’arrière-plan)
Wladek est rentré.
LE PÈRE
Qu’est ce que je t’avais dit ? ! ...
Il sort rapidement du cadre au premier plan. Halina le suit face caméra.
WLADEK
(Off)
Qu’est-ce que vous faites ?42 idem 40.
Sur Wladek, debout de trois quarts face caméra dans la salle à manger au milieu de
l’agitation générale. Son père entre dans la pièce, aussitôt rejoint par ses filles.
HALINA
(Off puis in)
Est-ce que quelqu’un a vu mon grand chapeau ?
REGINA
Qu’est-ce que tu crois qu’on est en train de faire ? ...
Travelling avant sur Wladek. Recadrage en plan serré.
WLADEK
Je sais pas...
(Se tournant vers Henryk, hors cadre en contrechamp à gauche)
Ils nous ont bombardés, la radio n’émet plus.43 idem 39.
HENRYK
(À moitié tourné vers son frère hors cadre, agacé)
Radio-Pologne n’est pas la seule radio qui existe.44 idem 42.
LA MÈRE
(S’avançant depuis l’arrière-plan vers son fils, debout au premier plan de trois
quarts face caméra)
Hein ? Fais tes valises, chéri, ramasse tes affaires et fais tes valises.
WLADEK
Où allons-nous ?
LA MÈRE
Loin de Varsovie.
Elle sort du cadre à droite.
WLADEK
Loin de Varsovie ? Où ça ?
REGINA
(Occupée à emballer l’argenterie debout face caméra à l’arrière-plan à
gauche)
Tu n’es pas au courant ?
WLADEK
(Se tournant de profil vers Regina)
De quoi ?
REGINA
Tu n’as pas lu le journal ? ...
LA MÈRE
Emballez la porcelaine et les couteaux dans deux paquets différents.
REGINA
Oh ! ... Où est le journal ?4 5 .
Plan américain sur Halina poursuivant ses rangements dans le bureau voisin. .
H A L I N A
(S’avançant face caméra)
Je m’en suis servi pour emballer.
R E G I N A
(Off)
Oh ! ...46 idem 43.
REGINA
(In, agacée)
Elle s’en est servi pour emballer ! ...
Léger recadrage panoramique à droite tandis que le père de Wladek entre dans le champ
de dos à droite, rejoignant la salle à manger des revues à la main.
LE PÈRE
(Passant à hauteur de Wladek)
Le gouvernement s’est installé à Lublin.
HALINA
(Off)
Tous les hommes valides...47 idem 45.
HALINA
(Debout face caméra, à la porte du bureau donnant sur le salon, il s’adresse
à Wladek, hors cadre en contrechamp)
... doivent quitter la ville, traverser le fleuve et établir une nouvelle ligne de
défense. Voilà ce qu’ils disent.48 idem 46.
LE PÈRE
(Ayant posé ses revues à l’arrière-plan, il revient sur ses pas face caméra)
Il n’y a pratiquement plus personne dans l’immeuble.
(Et passe à hauteur de Wladek ; léger travelling arrière)
Rien que des femmes, les hommes sont partis...
Le Père sort du cadre au premier plan.
WLADEK
(Le rejoignant alors, panoramique suivi gauche-droite)
Et vous allez établir une nouvelle ligne de défense en trimbalant vos valises ?
Plan américain. Wladek s’arrête près de son père, occupé à récupérer ses documents
dans le salon voisin.
LA MÈRE
(Off, hors cadre en contrechamp dans la salle à manger)
Fais tes valises, Wladek. On n’a pas le temps de discuter.
WLADEK
(À sa mère)
Je ne vais nulle part.49.
Plan serré sur Halina.
HALINA
(Se retournant rapidement face caméra vers son frère hors cadre en
contrechamp à droite, surprise et heureuse à la fois de cette déclaration)
Très bien !
(Elle s’assoit, l’air décidé)
Je ne pars pas non plus.
LA MÈRE
(Off)
Ne soyez pas ridicules ! ...50 idem fin 48.
Le père de Wladek passe près de son fils debout face caméra, l’épaule contre la porte, et
sort au premier plan en rejoignant la salle à manger.
LA MÈRE
(Off)
Il faut rester ensemble.
ANNONCEUR RADIO
(Plus audible désormais, off)
Votre attention, s’il vous plaît... voici un communiqué important...
WLADEK
Non, écoute... Si je dois mourir, je préfère mourir chez moi.
LA MÈRE
(Off)
Dieu nous préserve.
HENRYK
(Off)
Chuuut ! Taisez-vous ! ...51.
Plan très serré sur Henryk assis de trois quarts dos, penché vers la radio.
HENRYK
(Réglant la fréquence)
Je capte quelque chose. Écoutez !
ANNONCEUR RADIO
(Très clairement désormais)
Nous apprenons de la BBC à Londres...
(Travelling arrière en plan serré. Chacun vient prendre place autour de la
radio, s’asseyant ou restant debout)
que le gouvernement britannique n’ayant pas reçu de réponse à l’ultimatum
adressé au gouvernement allemand... a déclaré la guerre à l’Allemagne nazie.
Tous se redressent légèrement en entendant cette nouvelle, l’air soulagé.
LE PÈRE
(Debout de trois quarts face caméra, contre le poste de radio)
Oh, oh, oh ! C’est merveilleux ! Merveilleux !
ANNONCEUR RADIO
On s’attend à ce que...
Brouillage avec une radio allemande. Henryk et son père commencent à taper
furieusement sur l’appareil pour rétablir la fréquence.
WLADEK
(Assis de trois quarts, dos caméra au premier plan à droite, il leur fait signe
d’arrêter)
Attendez...
ANNONCEUR RADIO
(Redevenant audible)
... dans les prochaines heures, la France fasse une déclaration similaire.
(Tous semblent à nouveau soulagés)
La Pologne n’est plus seule.
Ils se lèvent et se rapprochent les uns des autres. Wladek vient les prendre dans ses
bras. Tous s’étreignent et s’embrassent longuement tandis que la radio entonne un hymne
officiel.
LA MÈRE
Dieu soit loué !
LE PÈRE
(Heureux et ému à la fois)
Oh, oh, oh ! C’est fantastique ! C’est merveilleux ! Merveilleux !52. Salle à manger Szpilman, int. soir
Plan serré en légère plongée : le père, debout en amorce de profil à gauche, est en train
de se remplir un verre. Travelling arrière et recadrage en plan américain sur la famille
réunie autour de la table. C’est la fin du repas. La joie est présente. La mère de Wladek,
debout à droite du cadre face à son mari, à l’autre extrémité de la table, commence à
débarrasser le couvert.
HENRYK
(Assis face caméra près de sa sœur Halina, il allume une cigarette, l’air repu)
Maman, tu nous as fait un excellent dîner !
WLADEK
(Assis face à son frère, près de Regina, de trois quarts dos caméra)
Mumm ! Ça, c’est bien vrai.
LA MÈRE
Une telle occasion méritait bien de faire des efforts.
LE PÈRE
(Levant son verre)
À la Grande-Bretagne et à la France !
(Tous se lèvent et tendent leur verre au-dessus de la table)
Qu’est-ce que je vous avais dit ? ! Hein ? ...53.
Plan serré sur le père, debout face caméra, le bras tendu vers les autres verres portés en
amorce au premier plan.
LE PÈRE
Tout ira pour le mieux !
(Ils font tinter leurs verres les uns contre les autres, renversant un peu
d’alcool au passage)
Oh ! ...54. Varsovie, rue, ext. jour
Plan large. Une importante garnison allemande avance au pas cadencé par rangées de
trois dans une rue de Varsovie dont certains bâtiments ont été endommagés par les
bombardements. Au loin, le cadavre d’un cheval gît sur la chaussée. Le bruit régulier des
bottes raisonne fortement sur le pavé, et ce durant toute la séquence.5 5 .
Plan serré. Wladek, entouré de son père et de son frère Henryk, tous trois debout
immobiles face caméra, regarde sans dire un mot et le visage circonspect, les soldats qui
passent devant eux hors cadre en contrechamp.5 6 .
Plan moyen. Les soldats avancent de trois quarts face caméra dans la rue dont on voit
mieux à l’arrière-plan les dommages subis, suite aux bombardements aériens. Au premier
plan, deux soldats chargés de la circulation observent leurs homologues, debout
immobiles de trois quarts dos caméra près de leur véhicule en amorce à gauche.57 idem 55.
Dégoûté par ce spectacle, Henryk tourne le dos et s’éloigne dos caméra, aussitôt suivi
par son père, tandis que Wladek reste figé un instant.5 8 .
Plan moyen raccord. Wladek, debout dos caméra, regarde encore un moment les soldats
passer devant lui à l’arrière-plan tandis que son père sort du cadre à droite. Wladek ne
tarde pas à le rejoindre et sort à son tour à droite.5 9 .
Plan moyen. L’armée allemande passe devant la statue aperçue dans les images
d’archives en noir et blanc au début du film. À l’écart, un soldat caméraman filme la scène.
Le cadrage est semblable à celui du plan d’actualité (cf. plan 2).60. Appartement des Szpilman, int. jour.
Plan américain. Halina et sa mère, debout dos caméra devant le fenêtre de la salle à
manger, collent du ruban adhésif en X sur chacune des vitres.61.
Plan serré. Le père de Wladek, assis à la table face caméra, finit de compter l’argent qui
leur reste. À l’arrière-plan, Wladek attend distraitement, debout face caméra contre la
porte donnant sur le salon, arrachant quelques notes des cordes d’un violon avec ses
doigts.
LE PÈRE
(Déposant les dernières pièces de monnaie sur une liasse de billets de
banque posée devant lui sur la table)
Cinq mille trois.62.
Plan serré sur Halina et sa mère, debout dos caméra devant la fenêtre.
LA MÈRE
(Se retournant vers son mari hors cadre en contrechamp, inquiète)
C’est tout ?
LE PÈRE
(Off)
Oui.63 idem 61.
LE PÈRE
Cinq mille trois zlotys. C’est tout ce qu’il nous reste.6 4 .
Plan moyen sur Regina, assise face caméra derrière le bureau dans la pièce voisine, vue
depuis la salle à manger.
R E G I N A
(Posant devant elle le journal qu’elle était en train de lire)
C’est trois mille trois zlotys de trop !65 idem 63.
Le père de Regina tend l’oreille vers sa fille qui apparaît alors, sortant du bureau à
l’arrière-plan, face caméra.
REGINA
(Lisant le journal tout en avançant)
Écoutez : « Nouvelles restrictions concernant les liquidités... »6 6 .
Plan américain raccord. Elle sort du bureau et s’avance face caméra en lisant le journal.
R E G I N A
« ... les Juifs ne pourront garder chez eux que deux mille zlotys ».
Elle s’immobilise en plan très serré.67 idem 65.
Raccord. Regina, en amorce à gauche du cadre à hauteur de son père, jette le journal sur
la table devant celui-ci.
LA MÈRE
(Off)
Qu’est-ce qu’on va faire du reste ?
Son mari lève les yeux vers elle, soucieux.
HALINA
(Off, sûre d’elle)
Le mettre...68 idem 62.
Halina est assise de trois quarts face caméra contre le rebord de la fenêtre, près de sa
mère debout face caméra.
HALINA
... en banque. Dans un compte bloqué.
HENRYK
(Off, l’interrompant sèchement)
Une banque ! ...6 9 .
Plan serré sur Henryk, assis de trois quarts face caméra sur le canapé.
H E N R Y K
(Regardant en direction de sa sœur, hors cadre en contrechamp à droite)
Qui serait assez stupide pour déposer son argent dans une banque
allemande ? !
R E G I N A
(Off)
On pourrait le cacher...70 idem 60.
Plan américain.
REGINA
(S’avançant vers la plante verte posée devant elle)
Regardez...
(Elle la soulève tout en regardant son père hors cadre en contrechamp)
... on pourrait cacher l’argent sous le pot de fleurs.
LE PÈRE
(Off)
Non, non...71 idem 67.
LE PÈRE
Voilà ce qu’on va faire. Employons de bonnes vieilles méthodes.72 idem 70.
LE PÈRE
( O f f )
Pendant la dernière guerre...73 idem 71.
LE PÈRE
(Se levant de table – recadrage bas-haut)
... on faisait un trou dans le pied de la table...
(Il se penche en avant et cogne trois fois sous la table de sa main –
recadrage haut-bas – puis se redresse à nouveau – recadrage bas-haut)
et on y cachait l’argent.
Wladek s’approche de lui face caméra depuis l’arrière-plan.74 idem 69.
HENRYK
(À son père, hors cadre en contrechamp à gauche)
Et s’ils prennent la table ?75 idem 72.
LA MÈRE
( I n q u i è t e )
Qu’est-ce que tu veux dire ?
HENRYK
( O f f )
Les Allemands...76 idem 74.
HENRYK
(À sa mère, hors cadre en contrechamp à droite)
... entrent chez les Juifs et ils prennent tout ce qu’ils veulent : les meubles, les
objets de valeur...
(Il se lève – recadrage bas-haut et droite-gauche)
... tout ce qu’il veulent.
LA MÈRE
(Off)
Vraiment ?77 idem fin 73.
Wladek a rejoint son père et se tient debout derrière lui, face caméra, le violon à la main.
Plan serré.
LE PÈRE
Imbécile ! Qu’est-ce qu’ils pourraient bien faire avec une table comme
cellelà ?78.
Gros plan de l’extrémité de la table derrière laquelle se tient le père. Sa main saisit une
latte de bois la recouvrant et la tire vivement. Celle-ci se détache aussitôt du meuble sur
toute la longueur.
LA MÈRE
(Horrifiée, off)
Oh ! ...79 idem 75.
LA MÈRE
(S’avançant face caméra)
Mon Dieu ! Qu’est-ce que tu fais ? !
Elle s’arrête en plan très serré, fixant la table hors cadre devant elle en contrechamp.
HALINA
(Scrutant toujours les plantes vertes à l’arrière-plan)
Non, écoutez ! ...80 idem 77.
Wladek regarde la table, légèrement amusé, tandis que son père ne sait pas trop où se
mettre.
HALINA
(Off, personne ne l’écoutant vraiment)
C’est vraiment la meilleure place pour le cacher.81 idem 78.
De la main, le père de Wladek tente de remettre le morceau de bois à sa place.
HALINA
( O f f )
Personne n’ira regarder sous le pot de fleurs.8 2 .
Plan serré sur Henryk debout face caméra.
H E N R Y K
(Venant prendre appui sur la table)
Non, non, non. Écoutez, écoutez. J’ai longuement réfléchi.83 idem 80.
WLADEK
(Jetant un regard vers son frère, hors cadre à gauche. Avec ironie)
Ah ! Ça c’est nouveau !
Lui et son père se tournent vers Henryk.
HENRYK
(Off)
Vous savez ce qu’on va faire ? ...84 idem 82.
HENRYK
(Très sérieusement)
On va user de psychologie.
WLADEK
(Off)
User de quoi ? ...
HENRYK
(Se penchant vers la table hors cadre devant lui)
On laisse l’argent...85 idem 81.
Gros plan sur les mains d’Henryk.
HENRYK
(Faisant glisser l’argent et la montre à gousset l’un contre l’autre)
Et la montre sur la table...
(Puis, saisissant le journal, il les en recouvre alors)
Et on les recouvre comme ça... bien en évidence.86 idem 84.
Henryk se redresse, l’air satisfait de son stratagème.
HALINA
( O f f )
Ah, ah, ah !8 7 .
Plan serré sur Halina éclatant de rire derrière sa mère.
H A L I N A
... Ah, ah, ah...88 idem 83.
WLADEK
T’es idiot ou quoi ?
HENRYK
( O f f )
Les Allemands...89 idem 86.
HENRYK
( I n )
... vont chercher dans tous les recoins, je suis sûr qu’ils ne remarqueront rien.90 idem 88.
WLADEK
C’est complètement idiot !
Il se penche vers la table.91 idem 85.
WLADEK
(Déplaçant le journal de sa main, il laisse paraître l’argent et la montre)
Bien sûr qu’ils vont le remarquer.
(D’une main, il saisit alors un billet de banque et commence à le plier, tandis
que l’autre main tient toujours le violon – léger recadrage bas-haut)
Regardez... regardez...92 idem 90.
WLADEK
(Jetant un regard vers son frère)
Quel idiot !93 idem fin 91.
D’une main, il fait mine de glisser le billet dans l’âme du violon.
HENRYK
(Off, amusé)
Oh, oh ! ...94 idem 89.
HENRYK
Et c’est moi qui suis l’idiot !95 idem 87.
LA MÈRE
Non, c’est une bonne idée. C’est bien le dernier endroit où...96 idem 94.
HENRYK
(Interrompant sa mère)
Ça prendra des heures...
LA MÈRE
(Off)
On n’est...97 idem 95.
LA MÈRE
On n’est pas pressés.98 idem 92.
WLADEK
Ça ne sera pas si long.99 idem 96.
HENRYK
( I m p a t i e n t )
Et comment tu les sors ? Dites-le moi...100 idem 98.
Le ton monte et tous commencent à parler en même temps. Le père de Wladek semble
dépassé par les événements.
HENRYK
( O f f )
C’est ça, c’est ça... j’aimerais vraiment savoir comment tu vas les sortir de là.
REGINA
( O f f )
Du calme, s’il vous plaît...
WLADEK
Je sais pas... avec une pince à épiler. Pourquoi es-tu toujours contre ? ...101 idem 99.
WLADEK
(Off)
Toujours ! ...
HENRYK
(Mimant une pince à épiler)
Une pince à épiler ! ... Et tu vas les prendre un par un...102 idem 97.
HENRYK
(Off)
Pourquoi est-ce que je suis contre ? ! ...
REGINA
(Off)
Du calme, du calme... pas tous à la fois !
HALINA
(Soulevant une fois encore sa plante verte)
Personne ne m’écoute. Personne ne m’écoute...1 0 3 .
Plan très serré sur Halina, debout face caméra.
H A L I N A
(Off)
C’est vraiment le meilleur endroit pour...
R E G I N A
(Cherchant à faire revenir le calme)
Un peu de calme, s’il vous plaît. Silence ! Chacun son tour ! Allons ! S’il vous
plaît !104 idem 102.
Halina s’avance face caméra, rejoignant sa mère.
HALINA
(Se moquant à son tour de sa sœur, hors cadre en contrechamp à gauche)
L’avocate a parlé. Elle aime l’ordre.
REGINA
(Off)
Écoutez...105 idem 103.
Le calme est enfin revenu dans la pièce.
REGINA
... écoutez un peu. On va mettre la montre sous le pot de fleurs et les billets
dans le violon.106 idem 104.
Sa mère accuse alors une moue signifiant qu’elle n’est ni pour ni contre cette nouvelle
proposition qui a au moins pour mérite de mettre tout le monde d’accord.107 idem 101.
HENRYK
(Dubitatif, il n’ose plus rien dire)
H u m m . . .108 idem 100.
LE PÈRE
(Davantage préoccupé par son violon)
Je pourrais encore en jouer ?
WLADEK
(D’un ton calme et rassurant)
Tu verras bien...109. Pharmacie, int. jour
Plan serré sur Wladek, debout de trois quarts dos caméra au téléphone, dans un angle du
magasin, face à une vitre donnant sur la rue animée et au centre de laquelle est gravé un
caducée de pharmacien.
WLADEK
Jurek ? ... Wladek Szpilman.
JUREK
(Off, à l’autre bout de la ligne)
Wladek !
WLADEK
Oui.
JUREK
Comment vas-tu ?
WLADEK
(Sans grand enthousiasme)
Ça va. Ça va, merci... Et toi ?
JUREK
Bien, étant données les circonstances. Je sais pourquoi tu appelles...
(N’attendant même pas les raisons de l’appel de son interlocuteur)
... mais nous ne pouvons rien faire. Ils ne rouvriront pas la station.
WLADEK
Oui, je sais... mais, Jurek...
JUREK
(L’interrompant)
Plus de musique ! Rien ! Même plus de radio pour les Polonais !
WLADEK
(Cherchant à prendre la parole)
Je sais. Jurek...
JUREK
(Continuant sans écouter)
Mais tu vas trouver du travail. Un pianiste comme toi, Wladek ! ...1 1 0 .
Contrechamp. Plan serré sur Wladek debout face caméra au téléphone. À l’arrière-plan, le
pharmacien en blouse blanche est en train de servir des clients.
W L A D E K
(Amusé par le discours de son ami)
Peut-être bien... Peut-être que non... Enfin, ne m’en veux pas mais... je ne
t’appelle pas au sujet de ma carrière à venir...111. Ruelle menant au café Paradiso, ext. jour
Plan moyen à plan serré. Wladek et Dorota marchent côte à côte face caméra dans une
ruelle de Varsovie, au charme typique des pays d’Europe de l’Est. À l’arrière-plan, une
maison construite au-dessus de la rue déserte et formant une arche au-dessus de la
chaussée, laisse paraître des traces éparses de coups de feu. Wladek et Dorota portent
tous deux de longs manteaux chauds, des gants de cuir et un chapeau. Quelques feuilles
mortes jonchent le sol de part et d’autre de la rue pavée. Après s’être recentrée à gauche
sur les personnages suite à un mouvement dolly haut-bas, la caméra commence un
travelling d’accompagnement suivi arrière.
DOROTA
J’ai harcelé sans cesse Jurek pendant des semaines. Alors il a craqué et il m’a
dit de venir avec lui le lendemain. Alors je viens et ils bombardent la station ! ...
Les personnages avancent face caméra en plan serré.
WLADEK
(Ne quittant pas Dorota des yeux)
Ce fut merveilleux de vous rencontrer dans de telles circonstances.
DOROTA
(Regardant Wladek avec une admiration troublée)
Vraiment ?
WLADEK
Vraiment. C’était... c’était inoubliable.
Un cycliste s’approche par l’arrière-plan et les double à droite du cadre en faisant tinter sa
sonnette.
DOROTA
J’ai toujours aimé votre façon de jouer, Monsieur Szpilman.
WLADEK
Appelez-moi Wladek, s’il vous plaît.
DOROTA
(Ne l’écoutant pas)
Personne ne joue Chopin comme vous.
Ils croisent une mère et son fils qui s’éloignent vers l’arrière-plan.
WLADEK
J’espère que c’est un compliment.
DOROTA
Mais bien sûr !
WLADEK
Qui sait ? Mais je plaisante.
(Indiquant le café du doigt)
On prend un café au Paradiso ?
DOROTA
Avec plaisir.Leurs yeux se croisent, brillant du bonheur d’être ensemble.
WLADEK
(Cherchant à fuir l’embarras)
Et vous, que faites-vous ?
Ils bifurquent au bout le la ruelle vers la droite. Le travelling arrière d’accompagnement se
poursuit.
DOROTA
Oh, j’ai fini le conservatoire.
WLADEK
Vous êtes musicienne ?
Deux soldats passent derrière eux à l’arrière-plan.
DOROTA
Oui.
WLADEK
(L’interrompant)
Quel instru...
DOROTA
Enfin, débutante.
WLADEK
Veuillez m’excuser. Quel instrument ?
DOROTA
Le violoncelle.
WLADEK
J’adore voir une femme jouer du violoncelle.
(Ils s’approchent du Café Paradiso et s’apprêtent à entrer)
Nous y voici.
Fin travelling. Leurs regards sont aussitôt attirés par une pancarte accrochée à la porte
d’entrée.1 1 2 .
Gros plan de la pancarte sur laquelle est inscrit en polonais : « INTERDIT AUX JUIFS ».
En amorce à gauche du cadre, le bras de Wladek s’apprêtant à ouvrir la porte.
D O R O T A
( O f f )
Quelle...1 1 3 .
Plan très serré. Dorota, debout de trois quarts face caméra devant la porte du café, près
de Wladek debout de trois quarts dos à gauche du cadre.
D O R O T A
(Les yeux rivés sur la pancarte, l’air abattu)
... honte ! Comment osent-ils ? !
Elle lève le regard vers Wladek qui cherche à dissimuler son embarras.
W L A D E K
(Évitant le regard de la jeune femme)
Vous savez comment sont les gens... Ils se veulent meilleurs nazis qu’Hitler
luimême.
D O R O T A
(S’apprêtant à entrer dans le café, outrée)
Je vais aller me plaindre.
W L A D E K
(La retenant aussitôt par le bras)
Non, ne faites pas ça. Il ne vaut mieux pas, croyez-moi.
D O R O T A
Quelle humiliation pour quelqu’un comme vous !
La porte s’ouvre alors sur une cliente.
C L I E N T E
(S’apprêtant à sortir du café)
Au revoir.