LES ÉCRANS NOSTALGIQUES DU CINÉMA FRANÇAIS

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Français
312 pages
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Description

Le dernier tome avec toujours ces tableaux si précieux des films incontournables de ces années-là, pour nous aider à nous rendre compte de la quantité et de la qualité de films produits et ainsi aiguiller nos recherches vers des films à voir ou à revoir. Avec cette trilogie, l'auteur nous incite à le suivre dans un voyage de découverte de ces films qui font revivre les grandes émotions des Années Trente.

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Date de parution 01 janvier 2002
Nombre de lectures 170
EAN13 9782296290846
Langue Français
Poids de l'ouvrage 6 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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-LES ÉCRANS NOSTALGIQUES
DU CINÉMA FRANÇAIS
Tome III
L'Avant Guerre 1937-1939(Ç)L'Harmattan, 2002
ISBN: 2-7475-2601-1Christian GILLES
LES ÉCRANS NOSTALGIQUES
DU CINÉMA FRANÇAIS
Torne III
L'Avant Guerre 1937-1939
L'Harmattan L'Harmattan Hongrie L'Harmattan Italia
5-7, rue de l'École-Polytechnique Hargita u. 3 Via Bava, 37
75005 Paris 1026 Budapest 10214 Torino
France HONGRIE ITALIEDu même auteur
a Arletty, biographie, 1988.
a L'Année du Théâtre, Ergo Press, 1989.
a Les Directeurs de la Photographie et leur Image, Dujarric,
1990.
a Christophe Malavoy, biographie, Ergo Press, 1990.
a Les Déesses du Cinéma Français, Atlas, 1992.
Chez L'Harmattan
a Le Cinéma des Années Trente par ceux qui l'ont fait :
Les Débuts du Parlant (1929-1934),2001.
a Le Cinéma des Années Trente par ceux qui l'ont fait :
L'Avant-Guerre (1935-1939),2001.
a Le Cinéma des Années Quarante par ceux qui l'ont fait :
L'Occupation (1940-1944),2001.
a Le Cinéma des Années Quarante par ceux qui l'ont fait :
L'Après-Guerre (1945-1950),2001.
a Le Cinéma des Années Cinquante par ceux qui l'ont fait :
La Qualité Française (1951-1957),2001.
a Arletty ou la Liberté d'Être, biographie, 2001.
Q Ginette Leclerc, Le Désir des Hommes, biographie, 2001
a Théâtre Passions, 2001"Tout ce qui bouge sur un écran est du cinéma".
Jean RenoirPREMIERE PARTIE
~
LE CINÉMA
EST UNE INDUSTRIE
~Situation du Cinéma Français
Le cinéma connaît son âge d'or dans les années trente.
Pourtant les problèmes posés par les débuts du sonore
abondent.
Rappelons-en les grandes lignes:
. à l'aube de la décennie, le grand trouble provoqué par
le film parlé amène des productions imparfaites, au
point de vue technique comme au niveau de
l'interprétation,
. bien des acteurs, mal dirigés, évoluent dans des mises
en scène souvent inexistantes,
. après la surprise du film musical, de l'opérette et du
théâtre filmé, l'art du film aurait pu, comme l'avait
prédit la critique, retomber au point mort et toute la
profession se pose alors les mêmes questions: le
succès du cinéma parlant va-t-il être durable? Le
cinéma va-t-il se relever de la crise?
Quelques chiffres
La production française se compose d'un peu moins de
cent longs métrages par an, à l'époque muette. Puis on
compte:
. 98 films en 1930
. 156 en 1931 (coproductions avec Berlin et Hollywood
comprises)
. 157 en 1932 (chiffre toujours gonflé par les doubles
versions)L'Avant Guerre 1937-1939
On enregistre ensuite une baisse importante: à peine 100
en 1935 - 1936. Enfin, on atteint le chiffre de 122 longs
métrages en 1938.
Berlin est au début du Parlant le centre cinématographique
de l'Europe, avec en particulier la toute puissante UFA. La
plupart des coproductions tournées là-bas affichent des stars
polyglottes:
. Lilian Harvey (Le Congrès s'amuse, Erick ChareIl,
1931)
. Kate de Nagy (Au bout du monde, Gustav Ucicky,
1933)
. Brigitte Helm (L'Atlantide, Georg W Pabst, 1932)
Ces stars tournent trois versions d'un même film:
l'allemande, la française et l'anglaise. Un tel marché a pour
but de favoriser les échanges de vedettes (les acteurs français
séjournent pendant ce temps à la fameuse Pension Impériale)
et d'augmenter le potentiel commercial du film. On tourne
aussi, parfois, en suédois, en espagnol, en tchèque... Pour
certaines productions on ne compte pas moins de dix
moutures. Par exemple l'équipe allemande tourne le matin, la
française l'après-midi, l'anglaise, de nuit, se relayant dans les
mêmes décors, avec souvent le même metteur en scène.
Pour répondre à cette industrie prospère, les Américains
de la Paramount s'implantent un peu partout en Europe; en
France: à Joinville. On assiste alors à une véritable éclosion
de films faciles, très vite confectionnés, qui ne sont ni plus ni
moins que des adaptations francisées de films américains.
Toute pièce de théâtre est également la bienvenue. C'est ainsi
que Marcel Pagnol avec Marius (Alexander Korda, 1931)
trouve la gloire. Pourtant le système n'est pas aussi rentable
12Les écrans nostalgiques du cinéma français
que les producteurs avaient bien voulu l'espérer et la
Paramount de Joinville disparaît très rapidement.
Déjà la crise...
De tout temps, on le sait, le Septième Art a subi des crises
financières. A ce sujet laissons la parole à un prestigieux
contemporain, le cinéaste Henri Fescourt 1:
"Et voici qu'une effroyable crise s'abattit encore sur notre
cinéma français, ce cinéma parlant né depuis trois ans à
peine. Les grandes sociétés Haïk, Osso, Braunberger, etc... si
aisément formées et sur l'avenir desquelles on avait fondé
tant d'espoirs, entraient, presque toutes ensemble, en
liquidation. Pathé-Natan faisait entendre les premiers
craquements. Il ne devait cependant crouler que quatre ou
cinq ans plus tard, mais dès 1932, il n'inspirait plus
confiance. Les productions Haïk, renonçant à leur activité, les
metteurs en scène engagés se trouvèrent de trop. (H')
Vers cette époque, vers 1933, Charles Burguet, le
président de l'Association des Auteurs de Films, eut l'idée de
former une coopérative de production entre metteurs en
scène: Burguet, L'Herbier, Feyder qui rentrait d'Hollywood,
Germaine Dulac, Henry Roussell, Léon Poirier et moi-même.
Nous nous réunîmes plusieurs fois pour constater que le
moment était peu propice à la production des trop nombreux
films que nous envisagions alors que les capitaux
s'envolaient. "
La situation est en effet très alarmante.
1
La Foi et les Montagnes, éditions Paul Montel.
13L'Avant Guerre 1937-1939
"La situation de l'économie française chancelle, rappelle
Francis Courtade!. La diminution du pouvoir d'achat (et
aussi, dans de nombreuses salles, du prix des entrées)
explique en partie les 4% de baisse annuelle des recettes dans
les cinémas depuis 1932. (o..)
P. A. Harlé souligne la nécessité d'un rendement accru de
l'exploitation et d'une aide substantielle de l'Etat, en
particulier: un appui à l'exportation, un crédit à la production
et une réduction des taxes. (H')
Le fléchissement des recettes dans les salles de cinéma
commencé dès 1932 se poursuit régulièrement jusqu'en
1935 : de 933 millions en 1932, on passe successivement à
878 millions en 1933,832 en 1934,750 en 1935."
Francis Courtade précise pourtant qu'avec 4 825 salles
équipées la France occupe la deuxième place en Europe,
derrière l'Allemagne (5 100 cinémas).
Demandez le programme
En 1934, les 430 films présentés sur les écrans parisiens se
décomposent ainsi:
153 films étrangers en version originale,
143 films doublés,
31 films parlant français (mais, en fait, étrangers car il
s'agit de simples versions françaises de films
élaborés et tournés à l'étranger),
103 films français.
Soit un total de 327 films étrangers contre seulement 103
français.
I
Les Malédictions du Cinéma Français, Editions Alain Moreau.
14Les écrans nostalgiques du cinéma français
Le combat est donc disproportionné et cette concurrence
sauvage amène certaines revues à plébisciter en premier lieu
les productions françaises.
La société Pathé-Natan fait faillite en 1936. Puis le
scandale éclate avec l'emprisonnement de Natan lui-même.
Deux ans plus tard c'est le tour de Gaumont-Franco-Film
Aubert, mais après tant de films médiocres (Chourinette...)
s'en étonnera-t-on?
La Tobis, dès l'avènement du nazisme, ne s'illustre
qu'épisodiquement en France. L'organisation de l'industrie du
film accuse de nombreuses failles, jusque dans sa conception
(un plan d'action efficace n'apparaît qu'au début de la guerre,
seulement). Tout n'est cependant pas noir dans la situation du
cinéma français et plusieurs hommes avisés comptabilisent de
sérieux profits: Simon Schiffrin, Michel Safra, Alexandre
Kamenka, Raoul Ploquin...
C'est le temps, comme le souligne Henri Fescourt1, des
"témérités financières" :
"L'application d'un certain nombre de procédés risqués
(connus à Paris mais pratiqués avec réserve) contribua à créer
dans notre profession un climat fâcheux. Si l'on ajoute que,
mal influencée par la chute de nos grandes sociétés OÛ la
fragilité de celles qui subsistaient, la Banque de France
adopta une position méfiante à l'égard de tout effet émis par
n'importe quelle firme productrice de films, on comprendra
dans quel marasme se débattait la corporation.
Le résultat fut de vouer les traites refusées par les grandes
banques à la main mise d'escompteurs moins difficiles mais
fréquemment usuriers. Une politique financière
gouvernementale mieux inspirée eut, au contraire, en dépit
I La Foi et les Montagnes, éditions Paul Montel.
15L'Avant Guerre 1937-1939
des erreurs, judicieusement soutenu une industrie qui est
avant tout de prestige. Ce fut donc contre une paralysie
envahissante qu'il fallut lutter.
Je crois devoir rappeler (...) comment des indépendants
opéraient le "financement" de leurs productions. Ils
disposaient, principalement par voie d'emprunt, d'une mise de
fonds liquides d'environ 2 à 300 000 Francs pour un devis
prévu de 900000 à 1 000000 Francs (en 1933, on évaluait la
somme nécessaire à une production moyenne à 600 000
Francs. La mise de fonds devait être de 200 000 Francs cash
comme ne manquaient jamais de dire les intéressés). Cette
somme leur permettait d'acquérir les droits d'auteur d'un
scénario ou de prendre une option sur ceux-ci, en même
temps que sur un metteur en scène et des interprètes connus.
Ils présentaient, aussi attirant que possible, leur projet à un
distributeur et sollicitaient de lui une garantie de "bonne fin
du film" et, de plus, des avances sur les rentrées futures des
bénéfices en France, payables par échelons. Pour la location
du studio, l'achat de la pellicule, les trais de laboratoire, etc.,
ils obtenaient des crédits couverts par l'espérance de la vente
du film aux pays étrangers, en premier lieu la Suisse et la
Belgique.
Ainsi la marchandise était négociée alors qu'elle n'existait
pas. Le nombre d'impayés qui couronna ces coups de dés
dépasse l'imagination. Qu'une industrie ait résisté à un tel
défi, cela tient du miracle."
La situation du cinéma français, en 1936, tend à
s'améliorer légèrement:
"On pourrait croire néanmoins à un regain de vitalité de la
production française: celle-ci passe de 128 à 144 films et,
alors que 1935 a vu l'apparition de 158 sociétés nouvelles, il
en surgit 175, soit 17 de plus en 1936. Mais leur capital
16Les écrans nostalgiques du cinéma français
global a diminué, tombant de 17 à 12 millions.
Simultanément, le nombre des firmes en faillite s'accroît (52
en 1935, 65 en 1936). Enfin, les grandes maisons de
production semblent sur le point de disparaître. Pathé ne
1.81produit plus qu'un film, contre six l'année précédente (...)
Autre problème: sur quelles défenses les hommes de
métier peuvent-ils compter?
"Rivales entre elles, rappelle Geneviève
GuillaumeGrimaud dans son précieux livre "Le Cinéma du Front
Populaire" (éditions Lherminier), les organisations cégétistes
doivent aussi lutter contre les syndicats "libres". Ainsi
lorsque l'Union des Artistes rejoint la C.G.T., se forme un
Syndicat Professionnel du Spectacle présidé par Jules Berry
lui-même; fondé en décembre 1936, il comprenait 1 500
adhérents en mai 1937. De façon identique, le Syndicat des
Artisans du Film de Léon Poirier concurrence l'organisation
d'André Berthomieu. Mais en 1937, sous l'impulsion de
Marcel L'Herbier (futur président en 1938), ce syndicat
devenu le Syndicat des techniciens de la Production
cinématographique, se rallie à la C.G.T. Poirier, L'Herbier et
Benoît-Lévy prennent une part active à la préparation de la
Convention collective de la production. Germaine Dulac,
Marcel L'Herbier et Jean Benoît-Lévy envisagent même une
Coopérative des artisans d'art du Cinéma tournée vers la
production...8I
Malgré cette tension financière, le niveau qualitatif des
films s'élève. Les difficultés forcent l'imagination, c'est bien
connu! Ce qui permet à des cinéastes, des vedettes, des
seconds rôles, des techniciens, des auteurs de films, pour la
plupart exceptionnels, de faire progresser le cinéma français
1
Les Malédictions du Cinéma Français, éditions Alain Moreau.
17L'Avant Guerre 1937-1939
et de le hisser, sinon au sommet, du moins à un niveau de
qualité enviée.
Les files d'attente devant les cinémas, qui s'étaient quelque
peu amenuisées à cause de la crise économique, s'allongent.
Certains films comme Un Carnet de bal (Julien Duvivier,
1937), Naples au baiser de feu (Augusto Genina, 1937)
remplissent des salles pendant des semaines. Il n'est pas rare
alors qu'un titre reste à l'affiche six mois, neuf mois, ou
davantage.
Les films français à l'étranger
La diffusion des films français à l'étranger est toujours très
restreinte. Pourtant quelques uns de nos longs métrages sont
des succès en Europe, aux Etats-Unis. Le triomphe des films
de Marcel Pagnol dépasse largement les frontières. Les films
primés à la Mostra de Venise n'ont pas de mal à s'exporter:
La Grande illusion (Jean Renoir, 1937) ou Quai des brumes
(Marcel Carné, 1938). La réputation des films français est
même très acceptable sur le marché mondial.
Certaines vedettes françaises sont également considérées
comme des facteurs de succès. Annabella avec Suez (Allan
Dwan, 1938) et Simone Simon avec Dortoir de jeunes filles
(Girls' dormitory, Irving Cummings, 1936) sont engagées à
grand renfort de publicité. Charles Boyer (Marie Walewska,
Clarence Brown, 1937) et Maurice Chevalier (La Veuve
joyeuse, The merry widow, Ernst Lubitsch, 1934) sont
acceptés d'emblée par le public américain.
Il sera même considéré comme très chic de prendre un
accent français dans les films américains et par exemple,
après la guerre, il sera de bon ton de confectionner des films
18Les écrans nostalgiques du cinéma français
sur la vie française (avec les plans habituels de Montmartre et
du Sacré Cœur) avec ses artistes bohèmes et ses grands
couturiers parisiens.
Le public des années trente
Comme aujourd'hui les films américains ont la préférence
du plus large public. Elle s'explique, en général, par le grand
souci d'évasion du cinéma hollywoodien qui a pour atout des
moyens considérables pour les superproductions dont ne
disposent pas les cinéastes en France.
Les stars "américaines" sont en vogue: Greta Garbo,
Marlene Dietrich, Claudette Colbert, Carole Lombard, Clark
Gable, Gary Cooper, Tyrone Power...
Les stars allemandes bénéficient également d'un certain
engouement, tout spécialement vers 1931 - 1935: Magda
Schneider, Lil Dagover, Emil Jannings, pendant le plein essor
d'un genre florissant: le cinéma "crème fouettée". Cette
appellation, qui peut paraître singulière, provient des films
viennois, par analogie avec les jupons des jeunes femmes que
l'on devine, que l'on aperçoit parfois, au cours de
tourbillonnantes valses de Strauss, des opérettes sucrées à la
Franz Lehar (La Guerre des valses, Ludwig Berger, 1933).
C'est une mode qui fait fureur, un véritable phénomène
d'idylles princières, de romances rose et or accompagnées de
musiques tziganes. Ce courant se répand dans tout le cinéma:
en France on tourne Trois valses (Ludwig Berger, 1938) -
une nouvelle occasion pour le couple Pierre Fresnay et
Yvonne Printemps de briller - et à Hollywood, par exemple
Parade d'amour (Love parade, 1929, Lubitsch). Martha
19L'Avant Guerre 1937-1939
Eggerth est la reine du cinéma viennois. Yvonne Printemps et
Jeanette MacDonald ne se débrouillent pas mal non plus.
La popularité de ces films allemands, ou autrichiens, pour
la plupart, s'estompe plus ou moins avec la guerre. D'autant
plus que dès 1937 l'entente politique entre l'Allemagne et la
France est de plus en plus compromise.
Mais qui va au cinéma dans les années trente?
Si aujourd'hui la majorité des spectateurs se compose de
jeunes de moins de vingt-cinq ans, voire même de moins de
vingt ans, le cinéma, au cours de cette décennie, est
principalement familial, et cependant assez diversifié pour
intéresser toutes les tranches d'âge. L'écran d'alors n'est pas
élitiste, il yen a pour tous les goûts, toutes les cultures.
Comment se déroule une séance?
Elle se compose en général d'actualités filmées, d'un ou
plusieurs dessins animés, parfois d'un court métrage en
principe d'un caractère comique. Puis c'est l'entracte.
L'orchestre joue les airs à la mode le temps des attractions:
un jongleur, un illusionniste, un chanteur, des clowns. Les
numéros varient d'importance suivant la notoriété du lieu. Les
meilleurs artistes sont donc dans les meilleures salles, dont le
prix d'entrée est légèrement plus cher, en principe à Paris et
dans les grandes villes.
Il se produit même un fait curieux: la qualité de
l'orchestre ou des numéros présentés influence davantage la
fréquentation d'une salle que le "grand film" en lui-même.
Après l'entracte et les publicités, le "grand film" est malgré
tout accueilli avec les exclamations d'usage, car il fallait être
patient autrefois avant de voir le spectacle de son choix!
20Les écrans nostalgiques du cinéma français
Le public est fidèle à "son" cinéma, presque à "son"
fauteuil. En moyenne, on se rend une fois par semaine au
cinéma, mais trois fois n'est pas un record.
Au cinéma on ne pratique pas le tarif unique: les premiers
rangs payent moins cher, l'orchestre et le balcon sont réservés
aux plus favorisés.
On remarque que la séance ne dure pas comme aujourd'hui
l'espace d'un seul film, c'est en fait tout un programme qui est
présenté.
Certains cinémas offrent la possibilité de voir deux
moyens métrages dans une même séance - ce sont des
productions B, d'environ une heure chacune - cela pour la
plus grande joie des quartiers populaires. En dehors des
grandes villes de province, dans le milieu rural et dans les
campagnes reculées, le cinéma est principalement forain (il
ne faut pas être trop difficile quant à la qualité de la
projection !). Ce système évoluera peu jusqu'à l'après-guerre.
Paul Léglise, dans son "Histoire de la politique du cinéma
français" (Lherminier) se souvient:
- "Pour 2,75 francs le public du jeudi avait droit:. au spectacle comprenant deux grands films,. à un bock,. à un casse-croûte (frites ou sandwiches).
- Le samedi, pour trois francs, casse-croûte, au choix, malS
pas de bock.
- Le dimanche, pour trois francs, des frites seulement.
Dans 1"'Est républicain", la publicité d'un grand cinéma de
Nancy, pour une matinée enfantine à un franc la place,
comportait la mention: "on peut même marchander"... avec
toujours deux grands films au programme."
21L'Avant Guerre 1937-1939
Le Prix Louis DELLUC
Destiné à récompenser un film français, alors que les
festivals en tous genres n'existaient pas encore, du moins à
l'échelle prolifique d'aujourd'hui, le Prix Louis Delluc est créé
en 1937 par deux journalistes ambitieux: Maurice Bessy et
Marcel Idzkowski.
Cette "marque honorifique" choisit délibérément de porter
le nom illustre de Louis Delluc, le père de la critique
française et réalisateur du classique La Femme de nulle part
(1922). Son but: concurrencer l'austère et semble-t-il très
contesté Grand Prix du Cinéma Français.
Le premier jury, en plus de ses fondateurs, comprend:
Marcel Achard, Georges Altman, Claude Aveline, Pierre
Bost, Henri Jeanson, Roger Régent, Jean Vidal...
Grand classique désormais, Les Basfonds (Jean Renoir,
1936), avec Louis Jouvet et Jean Gabin, est le premier film à
qui l'on décerne le prix. Son message de gauche n'est sans
doute pas étranger à ce choix.
En 1938, c'est le tour du Puritain (Jeff Musso, 1937), avec
Jean-Louis Barrault, Pierre Fresnay et Viviane Romance.
En 1939, Quai des brumes (Marcel Carné, 1938) interprété
par Jean Gabin, Michel Simon, Michèle Morgan et Pierre
Brasseur.
Après la guerre c'est E5poir, sierra de Teruel, le film
d'André Malraux réalisé en 1939, qui est récompensé (1945).
Le film en couleurs
On croit, bien à tort, que le film en couleurs est un procédé
récent, surtout dans le cinéma français. Pourtant, déjà au
22Les écrans nostalgiques du cinéma français
temps du muet, plusieurs films sont présentés en couleurs. Il
s'agit de longs métrages coloriés au pochoir comme La
Sultane de l'amour (René Le Somptier, - 1919 sortie en noir
et blanc - 1923 sortie en couleurs) et la La Dame de
Monsoreau (Le Somptier, 1923 en noir et blanc, ressortie
couleurs en 1925). Deux films sont tournés avec le procédé
Keller-Dorain : La Femme du voisin (Jacques de Baroncelli,
1928) et Paris girls (Henry Roussell, 1929).
Au cours de la décennie suivante, on compte cinq
procédés de film en couleurs qui servent la plupart du temps
pour l'expérimentation de courts métrages, de bandes
d'actualités, de documentaires: Francita, Gasparcolor,
Ondiacolor, Combes, Dufaycolor.
Le procédé Francita sert de promotion à deux longs
métrages parlants, Jeunes filles à marier (1935) et La Terre
qui meurt (1936), réalisés par Jean Vallée. On agrémente leur
sortie de cet épithète évocateur: "les premiers films français
en couleurs naturelles".
Ce procédé consiste à filmer trois images à l'aide de filtres
bleu, rouge et vert et à les projeter avec un objectif
permettant leurs superpositions. On note malheureusement
des imperfections, en particulier des halos lumineux
apparaissent autour des personnages, et son exploitation
s'arrête de ce fait très rapidement.
Premier long métrage de ce type, distribué par Paris-color
Films, Jeunes filles à marier est une comédie sans prétentions
interprétée par Jules Berry, Josseline Gaël et Maurice
Escande. Henry Roussell, un metteur en scène qui joue aussi
souvent à l'acteur, supervise le tournage.
Le second, La Terre qui meurt est plus captivant. C'est le
remake d'un film muet de Jean Choux (1926), un mélodrame
situé dans l'univers paysan. Pierre Larquey incarne ce fermier
23L'Avant Guerre 1937-1939
vieillissant, attaché à sa terre et qui voit ses enfants quitter un
à un la petite exploitation familiale. La réalisation est d'une
qualité moyenne mais on n'a pas décrit si souvent le milieu
rural en ces années trente pour que ce film ne présente pas
d'intérêt.
Malgré le problème que pose l'équipement dans les salles,
un battage commercial important est organisé autour de ces
films dans l'espoir de concurrencer les premiers succès
américains en Technicolor trichrome qui sortent en même
temps sur les écrans français: le très beau Becky Sharp
(Rouben Mamoulian, 1935) avec une ravissante Miriam
Hopkins, Ramona (Henry King, 1936), joli mélodrame indien
avec Loretta Young et Don Ameche, enfin La Fille du bois
maudit (The trail of the lonesome pine, Henry Hathaway,
1936), avec Sylvia Sidney, Henry Fonda et Fred MacMurray,
dont les couleurs, principalement pour des scènes d'extérieurs
en forêt, ravissent l'œil à chaque instant. Une fois de plus
l'industrie française du film essaye de se battre pour contrer
l"'envahisseur" étranger. C'est un échec.
Ce n'est qu'en 1946 qu'un autre film en couleurs français
paraît sur J~s écrans: Le Mariage de Ramuntcho (Max de
Vaucorbeil), une opérette distrayante avec André Dassary,
qui utilise le procédé Agfacolor.
24Les écrans nostalgiques du cinéma français
Le premier Festival de Cannes
Une fort belle affiche de Jean-Gabriel Domergue témoigne
1erau 20 septembre 1939, und'un festival fantôme, prévu du
projet enrayé par les dramatiques événements qui vont
SUIvre...
A l'évidence l'idée d'un tel festival vient concurrencer la
fameuse Mostra de Venise. Pourtant, en cette année 1937, les
films français sont à l'honneur puisqu'on ne compte pas
moins de trois lauréats: Un Carnet de bal (Julien Duvivier,
1937), La Grande illusion (Jean Renoir, 1937), Les Perles de
la couronne (Sacha Guitry et Christian-Jaque, 1937).
Seulement, le festival de Venise est régi par le gouvernement
mussolinien et l'influence fasciste écarte indubitablement
certaines productions jugées dérangeant es au goût de
l'Alliance italo-germanique. Aucun film américain, par
exemple, n'a le droit de figurer.
C'est ainsi qu'au printemps 1939, alors que la situation
politique de l'Europe est de plus en plus tendue, le projet d'un
festival "français" est définitivement adopté. L'efficacité du
Ministre de l'Education Nationale, Jean Zay, est de premier
ordre. Philippe Erlanger s'occupe au plus vite d'organiser la
manifestation. On décide qu'elle suivra de peu la clôture de la
Mostra de Venise qui s'étale du 8 au 29 août, et qu'elle se
déroulera pendant vingt jours, dans le Midi de la France.
Après délibération, Cannes est choisie. La position
géographique favorable de la cité et son doux climat ne sont
pas anodins dans cette décision.
Comme il se doit la présidence d'honneur est attribuée à
Louis Lumière, le père du cinématographe. Sous le patronage
de Jean Zay plusieurs personnalités participent à l'élaboration
de ce festival: Tony Ricou, Marco de Gastyne, Pierre Autré.
25L'Avant Guerre 1937-1939
Un lancement publicitaire d'importance est envisagé aussitôt,
afin de toucher à la fois le public français et le potentiel
étranger. De grands noms du cinéma hollywoodien sont
attendus: George Raft, Edward G. Robinson, Norma Shearer,
le couple Annabella-Tyrone Power alors en plein voyage de
noces.
A titre d'information, voici les films prévus pour la
sélection (leur nombre est délimité suivant la productivité de
l'état concerné) :
France (4) :
. La Charrette fantôme (Julien Duvivier)
. L'Homme du Niger (Jacques de Baroncelli)
. L'Enfer des anges (Christian-laque)
. La Loi du Nord (Jacques Feyder)
USA (8) :
. Seuls les anges ont des ailes (Howard Hawks)
. Pacific express (Cecil B de Mille)
. Le Magicien d'Oz (Victor Fleming)
. Mademoiselle et son bébé (Garson Kanin)
. Troisjeunes filles ont grandi (Henry Koster)
. A chaque aube je meurs (William Keighley)
. Stanley et Livingstone (Henry King)
. Mélodie de lajeunesse (Archie L Mayo)
Grande-Bretagne (2)
. Goodbye Mr Chips (Sam Wood)
. Les Quatre plumes blanches (les frères Korda)
URSS (1) :
. Lénine en 1918 (Mikhail Romm)
26TABLEAU DES FILMS
1937
~
Les 482 films incontournables de l'année
De A la orilla de un palmar (Mexique)
à Paramatta, bagne defemmes (Allemagne)
~
1937 est l'une des années les plus riches du cinéma
international. On doit aussi maintenant compter avec les
cinémas d'Asie (Japon, Chine), les cinémas d'Amérique du
Sud, et d'Amérique Centrale (Argentine, Mexique) qui se
développent tout particulièrement.
27Titre Original Année PaysTitre français
A la orilla de un palmar 1937 MEX
A Venise une nuit 1937 FR
Abenteuer in Warschau Aventure à Varsovie 1937 ALL
Abnegacion 1937 MEXI
Action for slander 1937 GB
Adios Buenos Aires 1937 ARG
Adios Nicanor 1937 MEX
Affaire du courrier de lyon, 1937 FRl'
Affaire lafarge, 1937 FRl'
Aguila 0 sol Aigle et le soleil, r 1937 MEX
Aien kyo Impasse de l'amour et de la haine, r 1937 lAP
Alarm in Peking 1937 ALL
Alexis gentleman chauffeur 1937
FR
-AliBaba Qoes to town Nuits d'Arabie 1937 USA
Alibaba 1937 INDE
Alibi, 1937 FRl'
Almas rebeldes 1937 MEX
Amapola del camino 1937 MEX
Angel lAnge 1937 USA
Anges noirs, les 1937 FR I
Anma to onna Femme et ses masseurs, une 1937 lAP
Another dawn Tornade, la 1937 USA
Appel de la vie, l' 1937
~Arsene 1937 URSS
Arsène lupin détective 1937 FR
Arsene Lupin returns Retour d'Arsène Lupin, le 1937 USA
Vvtists and models IArlistes et modèles 1937 USA
~i es mi berra 1937 MEXI
V\wfuI truth, the Cette sacrée vérité 1937 USA
Ma fillene fait pas ça!Azz en layom nem olvar 1937 HON
Back in circulation En liberlé provisoire 1937 USA
Ball im Metropol 1937 ALL
Bataille silencieuse, la 1937 FR
Beleet parus odinoky lAuloin une voile 1937 URSS
Bent el bacha el moudir Fille du directeur le pacha, la 1937 EGY
Berg ruft, der Défi, le 1937 ALL
28Metteur en scène Co-metteur en scène Interprètes
Raphael J. Sevilla Marina Tamayo, Vicente Orona
I Christian-Jaque EMre Popesco, Albert Préjean
Carl Boese Paul KlinQer,Jadwiqa Kenda
Rafael E Portas Fernando Soler, Virginia Fabregas
Tim Whelan OiveBrook, Ann Todd
Leopoldo Torres Rios Tito Lusiardo, Amalia Bence
Rafael E Portas Emilio Fernandez, Carmen Molina
Claude Autant-Lara Maurice Lehmann Pierre Blanchar, Dita ParlaI
I Pierre Chenal Marcelle Chantal, Pierre Renoir
I
I Cantinffas, Manuel MedelArcady Boytler
Kenii Mizoguchi Yamaii Fumiko, Kawazu Seizaburo
Herbert Selpin Gustav Frohlich, Leny Marenbach
Max de Vaucorbeil André Luque!, Suzy Primi
--I David Butler Eddie Cantor, Tony Martin
Modhu Bose Modhu Bose, Sadhona Bose
I
Pierre Chenal Erich von Stroheim, lany H~it
Aleiandro Galindo Nancy Torres,Raul de Anda
Juan Bustillo Oro Tito Guizar, Andrea Palma
Ernst Lubitsch Marlene Dietrich, Herbert Marshall
I Willy Rozier Rorelle, Suzy Prim
I Hiroshi Shimizu Shin Tokudaiji, Mieko Takamine
Kay Francis, Errol RynnWilliam Dieterle
Georges Neveux Vidor Francen, Renée Devillers
Mikhail T chiaourelli Spartak Baqachvili, Nata Vatchnadze
i Henri Diamant-Berger Jules Berf1/, Suzy Prim
George Fitzmaurice Melwn DouQlas, VirQiniaBruce
Raoul Walsh Jack Benny, Ida Lupino
Arcady Boytler Cantinffas, Manuel Medel __
McCareyLeo Irene Dunne, Cary Grant
I Ladislas Vaida Gabor Rainay, Klari Tolnay
I
I
Ray Enright Pat O'Brien, Joan Blondell
i
I
Frank Wysbar Svbille Schmitz, Jean Galland
Pierre Billon Kate de Naqy, Pierre Fresnay
Legotschine Iqor But, Boris RunqeVladimir
Ahmed Galal Ahmed Galal,Assia
Luis Trenker Luis Trenker, Heidemarie HatheyerI
29Titre Original Titre français Année Pays
Besiine loui Pré de Béjine, le 1937 URSS
Besos bruios 1937 ARG
Between two women Entre deux femmes 1937 USA
Bezpridannits Sans dot 1937 URSS
Biberpeltz, der 1937 ALL
Bia city, the Grande vil/e, la 1937 USA
Big fella 1937 GB
~igtown girt 1937 USA
Bocaae 1937 POR
Boissière 1937 FR
Boulot aviateur 1937 FR
Boys will be girls 1937 GB
Break the news Fausses nowel/es 1937 GB
Breakfast for two Déjeuner pour deux 1937 USA
Bride wore red, the Inconnue du palace, 1937 USA
l'
Brief ecstasy 1937 GB
Broadway melody of 1938 1937
USA
~Cadetes de San Martin 1937 ARG
Café metropole Café métropole 1937 USA
Café moszka 1937 HON
Call it a day Journée de printemps, une USA1937
Capriolen Pirouettes 1937 ALL
Captains courageous Capitaines courageux 1937 USA
Carnet de bal, un 1937 FR
Case of the stuttering bishop, the 1937 USA
Ces dames aux chapeaux verts 1937 FR
Chakhtieny Ceux de la mine 1937 URSS
hampagne waltz Champagne valse 1937 USA
Chance for a sovereign 1937 GB
Chaste Suzanne, la 1937 FR
héri Bibi 1937 FR
Chipée 1937 FR
Cimuqu Larmes d'une mère, les 1937 CHINE
Citadelle du silence, la 1937 FR
Citygirl Sur la pente 1937 USA
laudineà l'école 1937 FR
Clubdes aristocrates, le 1937 FR
ondottieri Capitainede Florence,le 1937 IT
30Metteur en scène Co-metteur en scène Interprètes
Serge M Eisensten Vitia Kartachov, Boris Zakhava
FerreyraJosé Agustin Ubertad Lamarque, Horen Delbene
GeorgeB Seitz Franchot Tone, Maureen O'Sullivan
Jacob Protozanov OlGa Nova, Nadia Alissova
Jurgen von Alten Heinrich GeorGe, Ida Wust
BorzageFrank Spencer Tracy, Luise Rainer
J Elder Wills Paul Robeson, Elisabeth Welch
FrankR Strayer Oaire Trevor, Donald Woods
Leitao de Barros Raul de Carvalho, Joao Villaret
Fernand Rivers Jean Yonnel, Pierre Renoir
Maurice de Canonae Michel Simon, MarGuerite Moreno
Gilbert Pratt Leslie Fuller, Greta Gynt
René Clair Maurice Chevalier, Jack Buchanan
Alfred SanteIl Barbara Stanwyc/<, Herbert Marshall
Dorothy Arzner Joan Crawford, Franchot Tone
EdmondT Grévilie linden Travers, PaulLukas
RovDel Ruth Robert Taylor, Eleanor Powell
Mario Soffici Enrique Muino, Elias Alippi _~
I EH Tyrone Power, Loretta Young _~Griffith
I
Szekelv Anna Tokes, Gyula (sortosI Istvanr ArchieL Mayo Olivia de Havilland, Ian Hunter
~ Gustav Grundgens Marianne Hoppe, Gustav Grundqens
f Victor Fleming Freddie Bartholomew, Spencer Tracy
Julien Duvivier Marie Bell, Françoise Rosay
I.
I William Clemens Donald Woods, Ann Dvor~~~
I Maurice Cloche Marquerite Moreno, Pierre Larquey
I Serge Youtkevitch Boris Poslavsky, Youri Toloubeev
Edward Gladys Swarthout, Fred MacMurraySutherland~~Maunce Elvev Seymour Hicks, OIili Bouchier
André Berthomieu Raimu, Mea Lemonnier
Léon Mathot Jean-Pierre Aumont, Pierre Fresnay
Roger Goupillières Victor Boucher, Paul Pauley
Zhu Shilin Un Chuchu, U Uli
Marcel L'Herbier Annabella, Pierre Renoir
Alfred Werker Phyllis Brooks, Ricardo Cortez
Serae de Poligny Blanchette Brunoy, Max Dearly
Pierre Colombier Elvire Popesco, Armand Bernard
Luis Trenker Luis Trenker,Loris Gizzi _~I
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