Les Éléments structurants du théâtre nô

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Akira Kurosawa a étudié les arts traditionnels japonais, notamment le théâtre nô au travers des traités de Zeami. Plus qu'une adaptation d'une pièce en théâtre nô, Tsubaki Sanjûrô est un exemple fascinant de la compréhension des éléments structurants de ce genre théâtral et de leur intégration en tant qu'éléments fondamentaux du film.
Thomas Lorin se plonge dans une exploration profonde de l'univers d'Akira Kurosawa, de son équipe technique et de ses thèmes récurrents. Ceci afin de connaître son environnement et comprendre sa maîtrise de la réalisation. Il établira ainsi le lien entre l'essence de cette forme théâtrale et celle du film.

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Date de parution 26 décembre 2018
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EAN13 9782140108785
Langue Français

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Thomas LORIN
LES ÉLÉMENTS STRUCTURANTS DU THÉÂTRE NÔ CHEZ AKIRA KUROSAWA
L’exemple deTsubaki Sanjûrô
Les éléments structurants du théâtre nô chez Akira Kurosawa
Univers Théâtral Collection dirigée par Anne-Marie Green  On parle souvent de « crise de théâtre », pourtant le théâtre est un secteur culturel contemporain vivant qui provoque interrogation et réflexion. La collectionUnivers Théâtralcréée pour donner la est parole à tous ceux qui produisent des études tant d’analyse que de synthèse concernant le domaine théâtral.  Ainsi la collectionUnivers Théâtral entend proposer un panorama de la recherche actuelle et promouvoir la diversité des approches et des méthodes. Les lecteurs pourront cerner au plus près les différents aspects qui construisent l’ensemble des faits théâtraux contemporains ou historiquement marqués. Dernières parutions Ahmed RADY,L’art de réfuter Analyse rhétorique et pragmatique du dialogue théâtral, 2018. Pascal DEBILLY,Molière aux éclats. Le rire de Molière et la joie, 2018. Marcilene LOPES DE MOURA, Le processus de création d’Enrique Diaz ou la construction de systèmes flous, 2018. Ismaël JUDE,Sur le théâtre de Philippe Quesne. L’anthroposcène et ses troglodytes, 2018. Adel HABBASSI,Théâtre-Monde. Voyage dans l’œuvre dramatique de Gérard Astor, 2018. Tatsiana CHALLIER,Lambeaux de mémoire d’un soutier de théâtres, Entretiens avec Jean-Marie Boëglin,2017.Françoise QUILLET,Des formations pour la scène mondiale aujourd’hui, 2016. RABANEL,Génie du carnaval, Quand le savoir bascule, 2016. Stéphane LABARRIERE,Spectacle vivant à l’épreuve de l’itinérance, Magnétisme nomade et société de contrôle,2016. RABANEL,Le Feu sacré du théâtre, Manifeste du réinventisme,2016. Dorys CALVERT,Théâtre et Neuroscience des Emotions, 2016. RABANEL,Spectateurs sidérés, ou L’Allégorie du Goéland,2016. Hanan HASHEM,Emile Augier, Alexandre Dumas fils, et Victorien Sardou, Dramaturgie du savoir-vivre sous le Second Empire,2015. Elise VAN HAESEBROECK,Le théâtre de Claude Régy,l’érosd’une voix sans bouche,2015. Abdelmajid AZOUINE, Théâtre moderne et pratiques picturales, correspondances et confluences, 2015. Franck WAILLE et Christophe DAMOUR (dir.),François Delsarte, une recherche sans fin, 2015.
Thomas Lorin Les éléments structurants du théâtre nô
chez Akira Kurosawa
L’exemple deTsubaki Sanjûrô
© L’Harmattan, 2018 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-15551-7 EAN : 9782343155517
Je remercie très chaleureusement Jésus Aguila et Pierre Molinier, mes directeurs de recherches en musique et cinéma pour leur aide précieuse, leurs conseils, et le temps qu’ils ont dédié à mon travail.
Introduction
e Depuis les dernières années du XIX siècle, le monde du cinéma ne cessa de grandir. Si certains pays tardèrent à s’intégrer dans l’univers du septième art, d’autres participèrent à son développement dès ses premières heures de gloire. Ce fut le cas du Japon, grand représentant du cinéma asiatique en Occident, à qui nous devons l’une des plus abondantes productions cinématographiques au monde. Révélé tardivement en Europe et aux Etats-Unis par le filmRashômon, datant de 1951, le cinéma japonais obtint de nombreuses récompenses dans les plus célèbres festivals de films. D’Akira Kurosawa au contemporain Takeshi Kitano, l’univers cinématographique ne manqua jamais de représentant japonais.
Le cinéma doit sa célébrité à son incroyable complexité, car il représente la parfaite symbiose de multiples arts. Sa réussite est donc issue de la coopération de spécialistes dans divers domaines (acteurs, metteurs en scène, compositeurs de musique, scénaristes…). Ce subtil assemblage étant également présent dans le domaine du théâtre traditionnel japonais, notamment dans le théâtre nô, il nous semble intéressant de comparer ce dernier au cinéma. Parmi les trois réalisateurs japonais les plus reconnus en Occident (Akira Kurosawa, Shôhei Imamura, et Kenji Mizoguchi), nous avons choisi Akira Kurosawa. Le cinéma de ce réalisateur étant celui que nous connaissons le mieux et, à nos yeux, le plus inspiré des traditions nippones, c’est sur ce dernier que s’est porté notre intérêt. De plus, ce cinéaste a réalisé plusieurs films d’époque (Jidai-geki) au sein desquels l’influence du théâtre est évidente, ce qui nous conforte dans notre choix. Dans son œuvre, Akira Kurosawa intègre le théâtre grâce à deux méthodes différentes. La première consiste à se servir d’une pièce de théâtre déjà existante pour écrire le scénario du film, comme pourLes Hommes qui marchent sur la queue du tigre,Ran, ou encoreLe Château de l’araignée. La seconde est fondée sur l’utilisation des éléments constitutifs du théâtre dans la structure initiale du film, comme pourLes Bas-fonds, et le diptyque Yôjimbô / Tsubaki Sanjûrô.
Plutôt que l’inspiration même du théâtre, à laquelle beaucoup d’ouvrages dédient une étude complète, nous préférons nous intéresser à la seconde méthode.
Le filmLes Bas-fonds étant une œuvre riche, mais longue et complexe, nous avons opté pour le diptyque de films de samouraïs, et plus particulièrement pourTsubaki Sanjûrô. Ce film est plus court queYôjimbô, et son ambiance comique rend son approche beaucoup plus accessible. Par ailleurs, nous ne connaissons pas d’études particulières portant sur cette œuvre (mis à part un court article de la revuePositif), alors queYôjimbô a été l’objet de nombreuses recherches (le plus souvent en rapport avec son remake par Sergio Leone,Pour une poignée de dollars).
Le théâtre nô et le cinéma sont deux univers différents, mais tous deux sont composés d’éléments visuels, sonores, et narratifs. Les nombreux rituels du nô décrits dans les traités de son fondateur, Zeami, sont à l’origine de concepts philosophiques et de techniques très particulières. Akira Kurosawa évoque également ses propres principes dans son autobiographie, révélant sa passion pour le théâtre nô et pour les concepts évoqués ci-dessus. Il paraît donc légitime de s’intéresser à l’éventuelle présence des fondements du nô dans un film de ce réalisateur. Le rythme du film, accélérant progressivement jusqu’à l’explosion du duel final entre Sanjûrô et Muroto, ressemble fortement au principe duJo-Ha-Kyûdécrit par Zeami. Cet élément semble se retrouver dans la structure narrative du film. L’énergie des acteurs de théâtre nôest la principale raison de la présence d’imprévu et d’irrégularité dans cette forme artistique. Nous pensons qu’il en est de même pourTsubaki Sanjûrô, où le personnage principal (le vagabond Sanjûrô) a un véritable rôle d’élément perturbateur. Enfin, la périodicité de la structure d’une pièce de nô, qui permet aux différentes irrégularités de se développer, est probablement représentée dans la structure du film par l’utilisation régulière du silence.
C’est pourquoi nous nous demandons comment les notions de « rythme », d’« énergie », et de « silence », éléments structurants du théâtre nô, sont-elles les fondements du filmTsubaki Sanjûrô.
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Afin de répondre à ce questionnement, nous débuterons par une recherche d’ordre bibliographique. Grâce à une pleine connaissance de la vie du réalisateur et de ses écrits, nous souhaitons évoquer l’importance de sa fidélité envers son entourage professionnel et ses principes cinématographiques. Nous verrons comment la notion de « rythme », issue des arts traditionnels japonais, est déjà présente dans la préparation du film. Puis, nous effectuerons une étude très précise du montage et des caractéristiques musicales de trois séquences deTsubaki Sanjûrô. Nous découvrirons ainsi les éléments constitutifs du film, en analysant la régularité de sa structure et les éléments irréguliers qui varient sur cette trame. Pour cela, nous choisirons des passages ayant une structure similaire et étant particulièrement représentatifs du cinéma d’Akira Kurosawa. Enfin, c’est en constatant l’importance du silence que nous établirons des points de rencontre entre les principes philosophiques du théâtre nô et la conception du filmTsubaki Sanjûrô. Nous verrons ainsi comment les fondements du théâtre nô sont utilisés par Akira Kurosawa dans son film pour atteindre un idéal esthétique.
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