Les Neiges du Kilimandjaro

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Description

Bien qu’ayant perdu son travail, Michel vit heureux avec Marie-Claire. Ces deux-là s’aiment depuis trente ans… Ils sont fiers de leurs combats syndicaux et politiques… Leurs consciences sont aussi transparentes que leurs regards. Ce bonheur va voler en éclats avec leur porte-fenêtre devant deux hommes armés et masqués qui les frappent, les attachent, leur arrachent leurs alliances, et s’enfuient avec leurs cartes de crédit. Leur désarroi sera d’autant plus violent lorsqu’ils apprendront que cette brutale agression a été organisée par l’un des jeunes ouvriers licenciés en même temps que Michel, par l’un des leurs… Michel et Marie-Claire vont peu à peu s’apercevoir que leur agresseur, Christophe, n’a agi que par nécessité ...

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EAN13 9791022000185
Langue Français

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LES NEIGES
DU KILIMANDJARO
Scénario : Robert Guédiguian,
Jean-Louis Milési
Réalisation : Robert Guédiguian
Production : Agat Films & Cie - France 3 Cinéma
Version : août 2010
© Presses Électroniques de France, 2013"Aimez, vivez, cueillez les primevères,
Dansez, riez, brûlez vos cœurs, videz vos verres..."
Victor Hugo, Les pauvres gens.Jour 11. . USINE - QUAI BUREAU DIRECTION / EXT. JOUR
On entend des noms, cités les uns après les autres d'une voix forte, espacés de quelques
secondes.
Michel
Pierre Moratier.
Comme un écho, une voix annonce:
Raoul
13.
Michel
Louis Toledano.
Raoul
14.
D'une grande boîte, comme une urne électorale, une main retire un papier plié, l'ouvre:
Michel
André Paul.
La main tend le papier à une autre mai.
Raoul
15.
La première main replonge dans l'urne, retire un autre papier:
Michel
Adrien Galoret.
Raoul
16.
On est dans la cour d'une usine coincée entre les rochers et les quais, à Marseille.
Michel
Omar Zamoun.
Raoul
17.
Autour de l'urne, les ouvriers sont graves. Un jeune homme de 22 ans croise les doigts
dans son dos. C'est Christophe Brunet.
Michel
Serge Kasparian.
Raoul
18.
C'est Michel, la cinquantaine, qui sort les papiers et balance les noms. Il tient un papier
ouvert et marque un temps avant de lire celui-ci.
MichelMichel Marteron.
C'est à Raoul, même âge, que Michel tend les papiers. Michel et lui se regardent.
Raoul
T'es trop con !
(Michel lui fait un petit sourire, c'est son nom qu'il vient de tirer)
19.
Michel tire un autre papier et le lit.
Michel
Christophe Brunet.
Gros plan sur le visage du jeune homme de 22 ans qui accuse le coup : c'est Christophe
Brunet; c'est son nom qui vient d'être tiré.
Raoul
Et 20.
C'était le dernier.
Michel
Voilà les gars. Ça fait vingt.
Silence.
Raoul a tendu un à un les papiers à un homme, assis derrière une table de fortune.
L'homme, au fur et à mesure, a noté les noms sur une feuille. Il se lève à présent:
Homme
Je vais communiquer la liste là-haut.
Il indique un bâtiment; depuis une fenêtre, plusieurs cadres les observent.
Sous le regard de tous les autres, il se dirige vers le bâtiment où il pénètre.
Les vingt bouts de papier sont étalés sur la table, près de l'urne. Un petit vent les agite.
Les hommes se taisent, ceux dont le nom n'a pas été tiré, malgré tout soulagés.
Les autres, pour certains résignés, tête basse, pour d'autres une colère contenue, à fleur
de regard et de poings.
Michel prend la parole, sa voix a changé, plus fragile.
Michel
Camarades, n'ayez pas de regrets. Dans les circonstances d'aujourd'hui,
c'était ce qu'il fallait faire... On aurait pu tout perdre... C'est mieux que rien.
Personne ne commente.
L'homme parti communiquer la liste revient, il hoche la tête en direction de Michel.
Il n'y a plus personne pour les regarder depuis les fenêtres du bâtiment.Les hommes peu à peu se dispersent.GÉNÉRIQUE DE DÉBUT2. . USINE - VESTIAIRE / INT. JOUR
Dans les vestiaires, Michel est changé. Il vide son casier dans un sac de voyage. Il
décroche, tout en le lisant, un texte scotché sur la porte du vestiaire, près d'un mini poster
de super héros américains : des extraits du discours de Jaurès à la jeunesse d'Albi.
Michel
(Pour lui-même)
Le courage, c'est de surveiller exactement sa machine à filer ou à tisser, pour
qu'aucun fil ne se casse, et de préparer cependant un ordre social plus vaste
et plus fraternel où la machine sera la servante commune des travailleurs
libérés.
Raoul s'approche et le bouscule.
Raoul
Michel Marteron ! Putain ! Quel orgueil ! Je t'admire et pourtant t'es con parfois
! C'était pas tricher, de pas mettre ton nom, c'était pas tricher ! En tant que
représentant syndical rien ne t'obligeait à faire partie de...
Michel
Peut-être, mais c'est un privilège, j'en veux pas.
Raoul
Et tu vas dire quoi à Marie-Claire ?
Michel
Que mon nom a été tiré au sort avec 19 autres camarades.
Raoul
Et que tu aurais pu ne pas y être, dans l'urne, tu vas le lui dire !
(Silence)
Merde !
(Il lui met la main au cul)
Il va falloir que je me trouve une autre copine maintenant...
(Michel sourit, un peu crispé, pince-sans-rire. Raoul l'enlace)
Ah ! T'es content de toi...3. . CHEZ MME ISELIM - RUE/ EXT. JOUR
Michel marche dans les rues. Il est dans un drôle d'état, ravi de flâner et un brin triste. Il
s'arrête sur le perron d'un immeuble et s'assied sur les marches, regarde le ciel bleu.
Dans le caniveau devant lui coule de l'eau. Un bateau de papier, sans doute fabriqué par
un enfant, flotte. Michel tend le pied et bloque le bateau. Il est fait avec une pub pour un
restaurant indien. Michel le regarde un moment. Puis regarde en amont, ne voit aucun
enfant. Il lève son pied et le bateau reprend son cours.
En face, une porte s'ouvre et laisse passer Marie-Claire. Toujours pressée, elle est
arrêtée dans sa course par Michel.
Marie-Claire
(Agréablement surprise)
T'es venu me chercher ?
Michel
Oui.
Marie-Claire
Mais comment tu sais que je travaille ici ?
Michel
Le mardi tu travailles chez madame Iselim, on est mardi.
Marie-Claire
Tu sais ça, toi !
Michel
Ton planning est sur le frigo.
Elle rit.
Marie-Claire
Et en quel honneur ?
Michel
Aucun, j'avais envie de t'inviter à manger.
Marie-Claire
C'est le loto ? T'as tiré le bon numéro ?
Michel
On peut dire ça... Un restaurant indien, ça te dit ?
Marie-Claire
Indien ! ? On va manger du bison !
Elle rit et lui prend le bras. Ils s'éloignent.4. . RESTAURANT INDIEN / INT. NUIT
C'est le restaurant indien dont la pub avait terminé en bateau de papier.
Le restaurant est bourré. Michel et Marie-Claire sont debout, attendant qu'une place se
libère.
À une table, des jeunes fêtent l'anniversaire d'un d'entre eux. Ils sont très bruyants.
Le serveur dépose un plat à une table près d'eux.
Marie-Claire
Ça a l'air bon, ça.
Serveur
Shrimp curry. Des crevettes cuites dans du lait de noix de coco.
Marie-Claire
Merci monsieur.
(À Michel)
Je prendrai ça, j'ai faim.
(Elle a l'air heureuse)
La dernière fois qu'on est allé au restaurant, c'était Flo qui nous avait invités,
tu te rappelles ?
Michel
Non.
Marie-Claire
Tu te rappelles pas !
Michel
Non.
(Lui souriant)
C'était aujourd'hui.
(Elle le regarde, comprend immédiatement de quoi il s'agit)
Mon nom est sorti. Raoul dit que... j'aurais pas dû mettre mon nom avec les
autres. En tant que responsable syndical je pouvais... Mais voilà. Désolé de
te... de te...
Marie-Claire
(Émue, sur le ton de la plaisanterie)
Y'a des jours où vivre avec un héros, c'est fatiguant. J'ai faim. Pas toi ?
Derrière sa joie de vivre, il discerne son émotion. Il lui prend la main.Jour 25. . PLAGE BORD DE MER / EXT. JOUR
Belle journée d'automne.
La plage est à moitié remplie. On sent que ce n'est plus l'été, la pleine chaleur. On profite
des dernières journées suffisamment ensoleillées pour venir s'exposer.
Michel, près de l'eau, gesticule dans une grotesque danse pour faire rire ses 3
petitsenfants... Il court, saute, virevolte, rouge d'effort.
Marie-Claire est assise entre ses deux enfants, Flo et Gilles, 27 et 29 ans. À côté de Flo,
son mari Jeannot. À côté de Gilles, sa femme Maryse. Ils regardent tous Michel et les
enfants.
Flo
Alors, la retraite ?
Marie-Claire
Ne lui parle pas de retraite ! Flo ! Parle pas de retraite à ton père !
Flo
Non mais c'est...
Marie-Claire
Il est au chômage, pas en retraite.
Flo
Mais il retrouvera plus de boulot, maman !
Marie-Claire
Qu'est-ce que tu en sais ?
Flo
Ça va ! Arrêtez de vous voiler la face ! Et puis quoi ! Y'a pas de honte à avoir !
Marie-Claire
(Un frisson)
Il commence à faire un peu frais... On va pas tarder à rentrer. Elle se lève et
appelle:
Michel !... On y va ?... Michel !
Michel lui fait signe qu'il a entendu.
Gilles
Papa qui travaille plus, ça fait bizarre. Il est plus détendu, non ?
Flo
Détendu de quoi ? Il va mal, tu vois pas !
Gilles
Il s'amuse avec nos gosses, Flo, c'est tout !
Flo
Eh bien moi ça me fait mal de le voir comme ça !
Marie-Claire
Il boit pas, il fume pas et il travaille plus. Laisse-le s'amuser au moins !Flo
Maman ! Comment il pourrait aller bien !
Gilles
Bien sûr qu'il peut pas aller bien, mais il a pas l'air d'aller si mal que ça, je veux
dire, il est pas...
Flo
Il est pas quoi ? Tu crois qu'il va nous le dire, comment il va ?
Gilles
Sans travail, d'un coup, c'est normal, il va avoir un petit coup de déprime, c'est
normal.
Flo
T'as la mémoire courte. Tu te souviens quand t'as été viré de la Réparation
Navale !
Gilles
Et bien quoi !
Flo
À la petite cuillère, t'étais. C'était pas un petit coup de déprime.
Gilles
D'abord, t'exagères. Et puis ça n'avait rien à voir ! Ludo venait de naître, j '
étais jeune...
Flo
Ah oui, papa il est vieux alors les vieux, bien sûr !
Marie-Claire
Mais qu'est-ce qu'il vous arrive tous les deux ! Oh ! Vous arrêtez ! Parlez pas
comme ça.
Un temps.
Michel est allé se rincer dans l'eau. Les enfants l'appellent depuis la plage. Leur
grandpère fait l'idiot dans l'eau.
Gilles
Tu crois qu'il aura le temps maintenant de venir me faire la pergola ?
Flo
T'en rates pas une.
Gilles
Quoi ! Il faut l'occuper ! Qu'est-ce qu'il va faire ?
Ils se taisent et observent Michel qui rejoint les enfants. Ils s'approchent des 5 adultes.
Marie-Claire secoue une serviette et la tend à Michel.
Marie-Claire
Essuie-toi, il fait frisquet.
(Michel secoue la tête et mouille Marie-Claire. Elle crie)
Mais non ! Arrête !
Flo et Maryse se lèvent pour s'occuper de leurs enfants.Michel
Et s'ils venaient manger à la maison, le midi ? Je pourrais faire à manger.
Regard incrédule de son fils et sa fille.
Gilles
Tu sais même pas faire cuire un œuf au plat !
Michel
Ça s'apprend, non ?
Gilles
C'est-à-dire que j'avais autre chose à te demander...
Michel
Toi, je sais ce que tu vas me demander; la pergola !
(À sa belle-fille)
Ça vous ennuie Maryse ? Ça peut pas être pire qu'à la cantine. Et ça sera
quand même vachement moins cher. Comme ça au moins je pourrai continuer
à vous aider.
Maryse
Non, moi ça ne m'ennuie pas du tout.
Michel
(À sa fille)
Et toi ?
Flo
Il faut aussi demander à Jeannot.
Jeannot
Oh, moi...
Michel
Oh ! C'est pas l'auberge rouge, je vais pas les empoisonner !
(Aux enfants)
Et vous, vous en dites quoi de venir manger tous les midis chez papy ?
Les enfants
(En chœur)
Oui, oui !
Cut:
Ils repartent tous de la plage.
Un des enfants envoie du sable sur les cheveux d'un autre. Cris, pleurs, une fessée
tombe.
Gilles
Vous venez boire un coup à la maison ?
Michel
On viendra quand on pourra profiter de la pergola.Gilles
Ah ah.
Maryse
Moi je veux bien mais tu t'occupes de tout, il faut que je lave les enfants...
Flo
Nous on vient pas. Jeannot part de bonne heure demain.
Marie-Claire
Tu retournes à Bordeaux ?
Jeannot
J'ai pas le choix.
Michel
T'en as encore pour longtemps ?
Jeannot
Plus que trois mois. Enfin ! Mais c'est plus cool maintenant, on a presque fini
de tout câbler, il reste la mise en route et les essais, je devrais pouvoir rentrer
un weekend sur deux.
Gilles
Allez, venez boire un coup !
Michel
(À sa femme)
On y va, Marie-Claire ?
Marie-Claire
Non, ce soir on mange chez ma sœur ! T'as oublié !
Gilles
(Moqueur)
C'est l'âge, ça !
Michel lui attrape la tête en étau dans son bras.
Michel
Comme une noix je te l'écrase.
(Gilles rit.Les enfants viennent le défendre et frappent leur grand-père)
Quoi ! Quoi ! On tape sur un vieux ! Vous n'avez pas honte !6. . CHEZ DENISE ET RAOUL - SÉJOUR / INT. SOIR
Dans la petite maison de Denise et Raoul.
La télé est allumée, le journal télévisé.
Raoul et Michel, assis sur des fauteuils, tournent le dos à la télé et regardent dehors.
Denise entre dans la pièce avec des apéritifs sur un plateau.
Denise
Si personne la regarde, on pourrait l'arrêter.
Raoul
Surtout pas, ça nous fait du vent dans les oreilles.
Michel
Ça rafraichit.
Marie-Claire est accroupie et choisit un CD. Elle le met dans le lecteur tandis que Denise
sert les boissons.
Marie-Claire
Qui c'est qui veut danser ?
Michel et Raoul se regardent. La musique commence, c'est une bossa.
Denise coupe le son de la télé.
Marie-Claire se plante dans le dos des deux hommes, se trémoussant déjà.
Marie-Claire
Alors ?
Les deux hommes fixent le cadre de la fenêtre qui découpe la nuit qui tombe.
Raoul
Après, peut-être.
MARIE-CLAIRE
Mais après quoi ?
Raoul
(Montrant la fenêtre)
Après ça !
Denise
Laisse tomber, Marie-Claire.
Elle prend la main de Marie-Claire et elles dansent toutes les deux.
Michel tourne la tête pour les observer. Marie-Claire lui intime l'ordre de regarder dehors.
Il sourit et obéit.Jour 37. . SUPERMARCHÉ / INT. JOUR
Michel se bat avec un caddie qui ne veut pas rouler droit. On sent qu'il n'a pas l'habitude
de faire les courses. Il marche au milieu des rayons, sans rien acheter.
Cut:
Au rayon des vins, il regarde une bouteille à 100 euros. Qu'il repose délicatement.
Cut:
Il tourne et retourne entre ses doigts une boîte de poissons surgelés.
Cut:
Au rayon du poisson frais:
Vendeuse
Monsieur ?
Michel
Pour des enfants, des sardines, c'est bien ?
Vendeuse
Oui.
Michel
Vous n'avez pas l'air convaincu.
Vendeuse
Je vais vous dire, moi mes enfants, à part le poisson surgelé...
(Saisissant une poignée de sardines)
Je vous en mets combien ?