Nouvelle vague

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181 pages

Description

Peu d'essais remettent en cause la Nouvelle Vague et ses suiveurs. Celle-ci ne surgit pas par hasard en s'opposant aux cinéastes de la Tradition de la Qualité; c'est un nouveau cinéma qui devait déréguler l'ancien mode de production. Loin d'être la critique de la société de consommation, la Nouvelle Vague en fut la propagandiste zélée en jouant de la jeunesse, de la modernité et de la liberté. Ce que critiquait dès 1973 le cinéaste Pier Paolo Pasolini dans ses Écrits corsaires et que résumerait ainsi Michel Audiard : « Nouveau Roman, Nouvelle Vague, nouveaux riches. »

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Date de parution 04 décembre 2018
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EAN13 9782336857831
Langue Français

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Yannick Rolandeau Nouvelle Vague Essai critique d’un mythe cinématographique
Du même auteur Le cinéma de Woody Allen, L’Harmattan, 2018. © L’Harmattan, 2018 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr EAN Epub : 978-2-336-85783-1
Sommaire
Couverture e 4 de couverture Titre Copyright Sommaire Dédicace Avant-propos Première partie : La Nouvelle Vague I/ Les Jeunes Turcs Le plan Marshall Revues, ciné-clubs et art d’après-guerre Les Cahiers du cinéma La Politique des « Hauteurs » : une certaine tendance II/ La Nouvelle Vague Une Nouvelle Vague jeuniste Ontologie et naturalisme La question de la technique Le scénario La lumière et le cadre Le montage Le son La direction d’acteurs Les producteurs : de la subversion à la subvention Politique et déconstruction Le cinéma soviétique et Bertold Brecht La déconstructionnite Les autres Nouvelles Vagues Seconde partie : La Post-Nouvelle Vague L’après-gauchisme Le tournant libéral de la gauche Les néoartistes : promotion de la classe culturelle. L’intimiste psychologisant La politique sociétale et victimale L’antiracisme cosmétique Le cache-sexe de la sexualité Glissements progressifs vers le maccarthysme moral Le cinéma ? Annexes Entretien avec Michel Ciment e Les avant-gardes au début du XX siècle Nihilisme
Bibliographie Ouvrages sur le cinéma Articles Ouvrages généraux Cinéma aux éditions L’Harmattan Adresse
À Jacques Sternberg,in memoriam.
«Il n’y a pas de démocratie, de valeurs concevables sans cette épreuve de l’irrespect, de la parodie, cette agression par la moquerie que la fai blesse fait constamment subir à la puissance pour s’assurer que celle-ci demeure humaine. Dès qu e la puissance cesse d’être humaine, elle interdit cette épreuve par le feu. » Romain Gary
Avant-propos
Depuis des années, le cinéma français va mal. Quand je dis qu’il va mal, je suis bien conscient qu’il ne va jamais très bien. Il est normal qu’un art soit en « crise » pour survivre dans un contexte qui ne lui convient jamais vraiment. Certes, il a toujours été difficile d’en exercer un, car la majorité des êtres humains n’accepte pas d’entendre des vérités déplaisantes. « La bêtise des gens consiste à avoir une réponse à tout. La sagesse d’un roman con siste à avoir une question à tout » écrit le romancier Milan Kundera. L’art explore des zones co mplexes et ambiguës où il devient impossible de juger de façon moraliste. En ce qui nous concern e ici, il s’agit, hormis les difficultés économiques, d’une situation calamiteuse due à la façon même dont sont écrits et réalisés certains films français. Je ne parle pas des films commerciaux tels ceux de Luc Besson qui visent un certain public, mais desfilms d’auteur où l’envie nous prend parfois de mettre un H devant auteur. Si la situation économique et sociale est en partie respo nsable d’une inflation de films médiocres, elle n’est pas seulement en cause. Il est étonnant que la France produise ou ait produ it de grands cinéastes étrangers, de Michaël Haneke à Théo Angelopoulos, et qu’elle ne forge plu s de cinéastes français d’envergure quasiment. En quelques années, la truculence d’un Bertrand Blier s’est épuisée.Trop belle pour toi(1989) nous fait regretter son impertinence, sa liberté de ton, sa sensibilité, son sens du tragique dans une forme moderne et maîtrisée. Ce qu’on appelle cinéma d’auteur, la Nouvelle Vague, ses propagandistes ou ses thuriféraires, a essaimé au point de vampiriser une bonne partie de l’espace critique et des écrans français. Philippe Person se demandait si l’influence de la Nouvelle Vague n’était pas étouffante pour le cinéma en France : « Un candidat à l’École nationale supérieu re des métiers de l’image et du son (Fémis) avouant que Godard ne l’intéresse pas aurait-il la moindre chance d’être reçu ? A-t-on le droit de dire un mot de travers sur les héritiers présomptifs du mouvement et, par exemple, de juger surfait le 1 cinéma d’Arnaud Desplechin ? » Il propose une piste de réflexion concernant ce qu’il est devenu presque impossible de critiquer concernant le cinéma : la Nouvelle Vague. Comme si le fait d’être auteur la mettait au-dessus de toute critique à l’instar d’un dogme aussi coriace à craqueler en son temps que le structuralisme. Cette Nouvelle Vague s’est institutionnalisée, autant que le cinéma de la Tradition de la Qualité qu’elle tançait pourtant vertement pour cette même raison. Ce n’est pas l’un des moindres paradoxes. N’y a-t-il pas une critique sévère (à son insu ou non) de François Truffaut la concernant ? « Le danger qui nous guette lorsque nous accordons une interview au cours de laquelle nous définissons notre travail, c’est de se livrer à des déclarations péremptoires et définitives qui sont encore pires que des justifications. En affirmant : « Le cinéma, c’est ceci ou cela et seulement ceci ou cela », on sous-entend sournoisement qu’on est un type formidable et que les autres sont des cloches. Nous sommes menacés par notre propre intolérance, notre jalousie, notre inacceptation des autres et je crois que 2 nous devons lutter contre cette tendance qui est en nous.» Propos lucides. C’est pourtant bien ce qui s’est réalisé. La Nouvelle Vague n’a pas surgi par hasard et a sui vi le mouvement de son temps avec un contexte socioculturel et économique précis. Au début, avec à la clef de folles gueulantes, des démolissages injustes, de la mauvaise foi tartinée à foison, le tout pour prendre le pouvoir dans cette stratégie de prédation, n’hésitant pas à exclure certains cinéastes pour non-conformité à ses dogmes. Phénomène classique. Puis leurs suiveurs ont imposé leurs désidératas, et ce qui était par avance iconoclaste, rebelle et j’en passe, est devenu un cinéma d’État, subventionné, à la gueule du client si l’on ose dire. Souvent, à défaut de talent, on remarque que tous ces cinéastes peuvent filmer sans souci, car il leur suffit de passer au guichet pour obtenir l’avance sur recettes avec l’appui d’un réseau fort bien constitué depuis des années. À cet égard, il serait malvenu de reprocher à cet essai son point de vue critique étant donné que la Nouvelle Vague ne s’est pas gênée de barrer la route au cinéma français qui la précédait, de manier l’insul te et l’invective avec une rare violence. On rentrerait dans une contradiction insurmontable en faisant deux poids deux mesures. Cependant, cela n’en ferait pas un « mauvais » ciné ma s’il ne s’agissait que de position dominante. Le mal est plus profond. Pourquoi plaît-il si peu ? Pourquoi si peu de succès public ?
Que reste-t-il même de cette Nouvelle Vague et de ses suiveurs ? Un symptôme. Quand je demandais à des étudiant(e) s de noter les films qu’ils considéraient comme indispensables, bien peu écrivaient À bout de soufflede Godard ouLes 400 coupsde Truffaut. Et il s’agit ici des films les plus en vue de la Nouvelle Vague et non forcément les meilleurs. La proportion chaque année était de 1 sur 50. Le pourcentage est éloquent et l’écrasante majorité en revient aux films américains et/ou hollywoodiens. Cela est-il voulu ? Dira-t-on que le « peuple » se trompe et qu’il va vers le plus facile ? Sans doute dans un grand nombre de cas, mais pas seulement, car la Nouvelle Vague est souvent raillée pour son côté pédant. De petits films autoproduits sur Internet s’en moquent ici ou là ouvertement. Pourquoi cette critique acerbe ? Qu’on se rassure, personne ne veut brûler quoi que ce soit, mais la susceptibilité est telle que la criti que est devenue difficile dès qu’il s’agit, sinon de remettre en question la Nouvelle Vague, du moins d’être plus que sceptique quant à son réel apport dans le cinéma. Si elle a souvent été critiquée en son temps, l’omerta est de rigueur comme dans l’armée. Où sont les livres ? Si la Nouvelle Vague et ses suiveurs ont joué d’un certain esprit (jeunesse, liberté, révolte) pour mieux faire passer leurs exigences et leur manque d’exigence surtout, ils ne dessinent pas forcément un style et encore moins un style intéressant, riche ou complexe. Mais on le croit sympathique et exempt de toute malveillance. En fin de compte, la Nouvelle Vague était-elle si nouvelle et si rebelle ? N’allait-elle pas au contraire dans le sens du vent ou de la mode ? Michel Audiard écrivait : 3 « Nouveau roman, nouvelle vague, nouveaux riches. » La formule claque comme toute formule, mais elle a le mérite de soulever une réflexion impertinente. En dehors des propos incendiaires, des exclusions sommaires et du mépris bien senti pour ceux qui les précédaient, la Nouvelle Vague, en définitive, invente peu de choses et a surtout copié une certaine façon de faire pour parvenir à ses fins en épousant en partie la mythologie de l’avant-garde dont elle use et abuse, histoire de s’installer les doigts de pied en éventail dans les salons cossus de la mode. La marge sert aussi de socle. Cet essai tente de faire le point en offrant une vi sion critique du monde, suivant en cela l’évolution de la société que je mettrai en avant. Dans une première partie, il décrit l’avènement des Cahiers du cinémade la Nouvelle Vague ainsi que le contexte cult  et urel, social et politico-économique de l’époque. Il analyse le plan théoriqu e et esthétique (la Politique des Auteurs, décors naturels, naturalisme…), les éléments filmiques (scénario, montage, lumière, son…) ainsi que toute la politique de la déconstruction fort en vogue au même moment. Il en pointe les contradictions, le clanisme, le dogmatisme, les retournements spectacu laires, les abandons surprenants, y compris au sein des théoriciens et des cinéastes de la Nouvell e Vague. Au fond, la meilleure critique de la Nouvelle Vague est souvent la Nouvelle Vague elle-même. Celle-ci n’est pas exempte d’idéologie déguisée en s’opposant frontalement aux cinéastes de la Tradition de la Qualité et des studios. Un nouveau cinéma devait survenir et déréguler l’ancien mode de production avec son savoir-faire. Nous verrons pourquoi. Dans une seconde partie, il analyse la Post-Nouvell e Vague, c’est-à-dire tous les cinéastes de Philippe Garrel jusqu’à Arnaud Desplechin et même au-delà avec la dernière génération. Il revient sur les changements de société et les dogmes de la postmodernité, et démontre que, tout en se plaçant dans le sillage esthétique de la Nouvelle Vague, la Post-Nouvelle Vague a abandonné toute critique offensive pour s’enfermer dans un intimisme sclérosé et une « contestation » de surface (pétitions, mouvements sociétaux), en faisant le jeu du pouvoir, masquant ainsi la dégradation des catégories populaires. Ce que critiquait dès 1973 le cinéaste Pier Paolo Pasolini dans sesÉcrits corsaires. Il faut reprendre sa pensée et la prolonger au monde d’aujourd’hui avec les nouveaux bouleversements sociaux. Nous en tirerons une conclusion. Cet essai part aussi d’un constat. Pourquoi les fil ms d’auteur en général sont-ils si ennuyeux ? Pourquoi ne nous glissons-nous pas dans leurs intrigues ou leurs récits avec une délicieuse sensation comme on peut l’éprouver devant d’autres films ? La réalité qu’ils décrivent semble avoir été réduite à quelques situations étriquées et rabâchées alors que celle-ci est plus troublante, ambiguë, complexe, déroutante, ou absurde. Pourquoi ce manqu e de jubilation et de fascination ? Pourquoi ont-ils si peu de curiosité, de concret et d’ironie ? Pourquoi en ressortons-nous avec une moue ennuyée en ayant l’impression d’avoir vu le même fi lm tourné par des dizaines de cinéastes différents ? Pourquoi n’arrivent-ils pas à conjugue r intelligence et sensibilité ? Pourquoi les dialogues sont-ils étirés dans la parlote comme si le cinéaste avait oublié de direCoupez !?