Oedipe roi de pasolini

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Français
206 pages
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Description

A partir d'une analyse de l'adaptation par le cinéaste italien Pasolini du mythe d'Oedipe, cet essai montre de quelle manière s'y joue un double désaveu mimétique : le pouvoir de la répétition ; un secret est dérobé aux images comme à la conscience, vers lequel convergent les forces qui animent le film et le "sujet" de l'écriture. Cet essai se tient au plus près de la puissance donatrice et expropriatrice du sens et du propre voulue par Pasolini comme émergence, le temps d'un film, d'une mimèsis cinématographique.

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Date de parution 01 juillet 2012
Nombre de lectures 106
EAN13 9782296499294
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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OEDIPE ROI DE PASOLINI Poétique de la mimèsis
Florence Bernard de Courville OEDIPE ROI DE PASOLINI
Poétique de la mimèsis Préface d’Hervé Joubert-LaurencinL’Harmattan
OUVRAGES DU MEME AUTEUR Nietzsche et l’expérience cinématographique, le savoir désavoué, coll. « Ouverture philosophique », 2005. Le Double cinématographique, coll. « Champs visuels », 2011 © L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99132-3 EAN : 9782296991323
PREFACE
1. Je me souviens avoir été heureux de lire, dans l’introduction au premier volume des œuvres complètes de Pasolini, cette notation de Walter Siti : « Dans la vulgate des bavardages et des colloques, Pasolini est présenté comme un partisan du " cinéma de poésie ", mais dans ses textes Pasolini juge négativement le " cinéma de poésie " » (à savoir le cinéma conçu dans la langue de la poésie), parce qu’il y voit une " école internationale " snob et élitiste. Le cinéma qui l’intéresse est au contraire conçu avec la simplicité syntaxique de la prose, mais une prose capable de témoigner que «la poésie existe dans la Réalité. » J’y trouvai confirmation de ce que j’avais souvent été obligé d’expliquer à différents auditoires : les films de l’auteur de la célèbre conférence de Pesaro qui porte ce titre vendeur ne sauraient être, ou en tout cas vouloir être, du « cinéma de poésie », plutôt du « cinéma poétique » (cette « prose » donc, capable de ramener à elle la poésie du monde). Certes, Walter Siti exagère afin de bien se faire entendre. S’il est indéniable que Pasolini a préféré se donner pour maîtres Chaplin, Dreyer, Mizoguchi ou l’Ichikawa deLa Harpe de Birmanie, plutôt que ses contemporains modernistes Antonioni, Godard ou les Straub et Huillet d’Othon, il n’en est pas moins vrai qu’il aima sincèrement et tenta de rencontrer par d’autres chemins le nouveau savoir de ses contradicteurs, dont il sut reconnaître en direct la vérité artistique, fût-ce dans la polémique.
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Ainsi, quoiqu’en accord avec l’hyperbole de Walter Siti, j’avais toujours ménagé, dans ma propre réponse négative à la question : « le cinéma de Pasolini est-il un " cinéma de poésie " ? », la réserve de l’exception à la règle générale pour L’Evangile selon Saint Matthieu, en souvenir d’une conférence entendue un jour à Lyon dans les années 1980. Prudente, modeste et inspirée, comme toujours difficile à contredire (plus difficile que les deux pages à la fois contournées et simplistes sur le même sujet d’un livret pédagogique de Stéphane Bouquet), elle avait été prononcée par l’un des plus grands écrivains de cinéma de notre histoire : Barthélemy Amengual. Amengual, dans mon souvenir, avait su brancher les promesses formalistes hésitantes du jeune cinéaste Pasolini à sa fable de l’incroyant bourgeois et marxisant (lui) qui raconte l’histoire du Christ à travers les yeux de Matthieu l’évangéliste issu du peuple (son narrateur), afin de prouver que le poète cinéaste s’était essayé là, lui-même, au « cinéma de poésie », ce style impropre qui tend à construire, dans les films, une sorte de nouveau discours indirect libre. Le lecteur du présent livre découvrira que, quelques années plus tard, Pasolini tente à nouveau le diable avec sonŒdipe roi. Florence Bernard de Courville prend au sérieux la théorie critique de Pasolini, éclaire la pensée de son film, et son argumentation convainc. On ne peut plus, après l’avoir lue, réfuter cette affirmation nouvelle :Œdipe roiest une seconde expérimentation du « cinéma de poésie ». Plus encore : mimèsis, contamination, malédiction, impureté (qui sont les mots de lasubjective indirecte libre, la forme ducinéma de poésie) font système. Peut-être nous faudra-t-il revoir la filmographie de Pasolini à ses nouveaux frais ? Tant il est vrai qu’il est toujours utile de surprendre Pasolini lorsqu’il se frotte à son contraire. 2. Ce travail sera « traversé par l’impureté » annonce du reste l’auteur du présent livre. De fait, même vis-à-vis de Pasolini, la lecture y est impure – mais heureusement impure, « purement impure » pour reprendre une formule d’André Bazin. Une partie
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de la théorie critique de l’auteur du bien nomméEmpirisme hérétique, notamment celle qui concerne la théorie du signe cinématographique, peut en effet être considérée comme non écrite, non finie. Elle reste cependant virtuellement puissante, offerte à qui veut s’en emparer (il existe déjà de grands exemples : Gilles Deleuze, Giorgio Passerone). Elle est comme hallucinée par des mots suggestifs, des exemples frappants, des paradoxes révélateurs de nouveaux champs, des tournures de pensée jusqu’alors inimaginables. Il faut travailler sans trop d’inhibition académique pour la faire parler, pour percevoir cette hallucination comme vraie. Le présent ouvrage œuvre en ce sens, et propose un résultat théorique qui n’est ni une explication pédagogique ni le résumé des thèses d’un maître, mais la parole libre d’un disciple qui a appris de son « maître sans commandement » à se soumettre à sa propre liberté d’inventer. « C’est dans la plus grande impropriété du discours que, dans Œdipe roi, le plus " propre " et le plus " spécifique " affleure. Ce film se tient au plus près de la puissance donatrice et expropriatrice du sens et du propre », dit à son tour la conclusion de Florence Bernard de Courville. Cette remarque vaut pour toute l’œuvre de Pasolini. J’y reconnais les principes de cette figure de style peu commentée, lasynoïkeiosis, dont Franco Fortini disait que, mieux encore que son quasi-synonyme l’oxymore, elle définissait à elle seule le poète Pasolini. Alliance particulière de contraires, que l’on peut transcrire en français moderne – puisque le mot grec ne connaît de traduction ni en latin ni en français – par le « faire cohabiter », lasynoïkeiosisà consiste rendre familières les choses étrangères, à « prendre ensemble ce qui rend propre ». On peut donc en déduire, et cela vaut pour Pasolini comme pour la plupart de ses personnages, dont Œdipe sans doute, que se joue dans cettetrope, dans cette torsion du mot sur lui-même, et dans l’action pasolinienne, une appropriation du figuré à travers une défiguration de l’approprié. 3. Toute cette démarche ravageuse qui s’en prend aux racines du langage, c’est-à-dire de la pensée, est d’une inquiétante
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cohérence chez Pasolini. Cet ordonnancement du désordre est lourd à porter. Il fallait un tempérament théorique au fond dénué d’académisme pour l’affronter. On peut louer le livre de Florence Bernard de Courville de s’être laissé posséder par cette liberté.  Hervé Joubert-Laurencin
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