Que viva cinéma!

Que viva cinéma!

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171 pages

Description

Édouard Duglard tient, dans la paisible petite ville de Beaufort- en- Vallée, un vieux cinéma, le Palace, que peu à peu le public déserte. Bientôt, il devra mettre la clé sous la porte, et renoncer à sa passion du septième art, des stars, des belles actrices qui le font rêver depuis l’enfance.
Aussi est-il triste ce soir-là, assis, seul, dans la salle, à regarder pour la énième fois La Beauté du diable, quand survient l’événement le plus inimaginable : Michel Simon sort de l’écran et vient lui proposer son aide. Il lui permettra de tourner le seul scénario qu’il ait écrit à condition que Duglard le laisse assouvir tous ses fantasmes avec sa femme, l’affolante Minouche, caissière du Palace.
Les ennuis et la farce peuvent commencer. Sur un rythme endiablé, Joël Séria, retrouvant la verve, la cocasserie et l’érotisme de ses meilleurs films, rend au cinéma un hommage à la fois passionné, débordant de vie, de fantaisie, et secrètement nostalgique.
 
Joël Séria est cinéaste, scénariste et écrivain. Il a notamment réalisé Mais ne nous délivrez pas du mal, Charlie et ses deux nénettes, Les Galettes de Pont-Aven et … Comme la lune. Que viva cinema ! est son quatrième roman.

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Date de parution 21 juin 2017
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EAN13 9782756110011
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Joël Séria Que viva cinema ! roman Édouard Duglard tient, dans la paisible petite ville de Beaufort- en- Vallée, un vieux cinéma, le Palace, que peu à peu le public déserte. Bientôt, il devra mettre la clé sous la porte, et renoncer à sa passion du septième art, des stars, des belles actrices qui le font rêver depuis l’enfance. Aussi est-il triste ce soir-là, assis, seul, dans la salle, à regarder pour la énième foisLa Beauté du diable, quand survient l’événement le plus inimaginable : Michel Simon sort de l’écran et vient lui proposer son aide. Il lui permettra de tourner le seul scénario qu’il ait écrit à condition que Duglard le laisse assouvir tous ses fantasmes avec sa femme, l’affolante Minouche, caissière du Palace. Les ennuis et la farce peuvent commencer. Sur un rythme endiablé, Joël Séria, retrouvant la verve, la cocasserie et l’érotisme de ses meilleurs films, rend au cinéma un hommage à la fois passionné, débordant de vie, de fantaisie, et secrètement nostalgique. Joël Séria est cinéaste, scénariste et écrivain. Il a notamment réaliséMais ne nous délivrez pas du mal,Charlie et ses deux nénettes,Les Galettes de Pont-Aven etComme la lune.Que viva cinema !est son quatrième roman. Illustration de couverture : Michel Simon dansBaleydier(1932). EAN numérique : 978-2-7561-1001-1 EAN livre papier : 9782756101330 www.leoscheer.com
collection cinéromans
© Éditions Léo Scheer, 2008 www.leoscheer.com
JOËL SÉRIA
QUE VIVA CINEMA !
Éditions Léo Scheer
Allongé sur son lit, Édouard Duglard n’arrivait pas à dormir. Dans l’obscurité de la chambre située au-dessus du hall d’entrée de son cinéma de quartier, il repassait dans sa tête toutes les solutions pour sauver sa petite salle de la catastrophe. Ce soir encore, la recette avait été désastreuse. T rois spectateurs seulement pourLa Beauté du diable, l’impérissable chef-d’œuvre de René Clair. Des ci néphiles ou des nostalgiques des années 50 en plus, pratiquement ses seuls clients. Dans un rapide flash-back, comme il faisait toujour s dans ses moments de déprime, Duglard revit alors sa vie. Sa petite enfance à Angers près de son père et de sa mère dans le quartier de la Doutre, un quartier sinistre hanté par les soutanes, les cornettes et les congrégations religieuses. Il se remémora son père, décrotteur de rails de tramway, qui n’avait pas retrouvé de travail après la guerre ave c l’arrivée des autobus. Sa mère, obligée de faire des ménages pour assurer la paye d e la famille, en attendant que son mari décroche une place de chauffeur chez un marcha nd de charbon. Ils étaient morts depuis. Heureusement, et grâce à eux qui s’étaient saignés aux quatre veines pour lui faire faire des études, il avait obtenu une bourse, brillamment passé ses deux baccalauréats et poursuivi des études à l’Universit é catholique tout en apprenant le métier de projectionniste à Beaufort-en-Vallée, où ils avaient emménagé. Il avait appris à charger des projecteurs chez le vieux père Henriot, propriétaire du Palace, un cinéma situé près de chez lui, dans la rue de la Loire. Il s’était occupé du ciné-club, puis il avait repris le cinéma en gérance quand le père Henriot était tombé malade avant de racheter la salle à la mort du vieux avec l’argent que lui avaient prêté ses beaux-parents. Mais rien de tout cela n’aurait été possible sans l ’aide de Minouche, sa jolie petite femme qui dormait à ses côtés. Elle avait été la gr ande rencontre de sa vie, sa grande histoire d’amour. Il se tourna vers elle qui respirait doucement et r egarda ses jolis cheveux noirs qui s’étalaient sur l’oreiller. Étendue sur le ventre, elle avait la tête tournée vers le mur. Alors Duglard fit glisser sa main gauche et la posa délicatement sur son cul qui dépassait de la nuisette qu’elle revêtait toujours pour la nuit. Sa peau était comme de la soie. L’imagination de Duglard battit la campagne. Ce n’é tait pas seulement les fesses de Minouche qu’il avait sous la main, mais celles de M irna Loy, de Veronica Lake, d’Ava Gardner, de Maria Montez, de Dorothée Lamour, de toutes ces belles femmes qu’il avait vues maintes et maintes fois sur l’écran, qui avaie nt enchanté son enfance et qui l’envoûtaient toujours autant quand il faisait des rétrospectives. C’était un peu ça d’ailleurs qui l’avait incité à ê tre projectionniste puis à acquérir une salle, cette folle passion pour les actrices. Petit , il tapissait ses cahiers d’écolier de photos de stars découpées dansCinémondeo uCiné Revuese soulageait même entre et les pages, le soir, dans son lit, à la lumière d’une lampe de poche. Chaque nuit, il avait ainsi l’impression de coucher avec l’une d’entre elles. Un soir, c’était Zsa Zsa Gabor, le lendemain Lana Turner. Il s’imaginait être Errol Fl ynn sur son yacht, le Zaca, en casquette de yachtman, blaser bleu marine sur le dos, pantalon et pompes blanches, et y accueillir les plus belles stars d’Hollywood. C’est dire s’il les adorait, ces actrices ! Il fit glisser sa main sur les deux belles rotondit és de sa Minouche et sentit le désir grimper le long de son ventre. N’y tenant plus, il rejeta le drap au bas du lit, découvrit le corps de sa femme, le retourna sur le dos et plonge a entre ses cuisses, se mettant à la dévorer comme un forcené. Nicole grimaça un petit s ourire dans son sommeil et lui glissa les doigts dans les quelques cheveux qui lui restaient. — Mais qu’est-ce qui t’arrive, mon doudou ? Qu’est-ce que tu as à t’énerver ? Duglard, plongé dans les abysses de sa femme, releva la tête vers elle, apoplectique.
— Ah, je t’aime ma Minouche, je t’aime ! T’as un vrai cul de star. Si j’étais cinéaste, je le ferais tourner. Il est si rond, il est si beau. J’aimerais le montrer à tout le monde ! Béante au milieu du lit, offerte à la voracité de son mari, Nicole souriait, en plein potage. — Mais tu es fou, mon bébé ! Toujours ta ritournelle ! — Ah, mon amour ! s’exclama de nouveau Duglard avant de replonger dans les délices de son épouse. Dans ces moments, il oubliait tout, son âge, le cin éma, les ennuis d’argent. Il se disait qu’il était le plus heureux des hommes, à avoir un cul comme ça au bout des lèvres. Il aurait même voulu retourner à l’état de fœtus, dans le ventre de toutes les femmes. * Il était 9 heures du soir, ce jour-là. Dans cette petite commune du Maine-et-Loire, il ne se passait pas grand-chose. La rue de la Loire où brillaient les néons du Palace était déserte. Seule l’antique sonnerie annonçant le début de séance résonnait dans le silence de la nuit, mêlée à des éclats de voix sortant d’une télé voisine. L’architecture du cinéma était très années 50. Autour de l’entrée, dans les vitrines, étaient placardées une grande affiche deLa Beauté du diable, des photos du film et l’annonce des prochains programmes. À l’intérieur du hall, debout près de la caisse, Duglard faisait les cent pas, affichant une triste figure. De grande taille, la cinquantaine bien sonnée, le crâne dégarni, il avait une belle allure, celle d’un chef de rayon d’un grand magasin. Derrière la caisse, au centre du hall, dans une alv éole en plexiglas, trônait Nicole, son épouse (Minouche, comme il l’appelait), savoureux m élange de Ginette Leclerc et de Viviane Romance, une jolie petite femme brune d’une quarantaine d’années, accorte et appétissante. Sortant manifestement de chez le coiffeur qui lui avait confectionné une mise en plis très parisienne, elle s’employait à se remettre du rouge à lèvres en attendant l’hypothétique spectateur. N’y tenant plus, Duglard poussa un long soupir. — C’coup-ci, c’est le désert des Tartares ! Y’a plu s qu’à mettre la clé sous la porte. Schwarzenegger, Rambo, Willis, Visconti, Renoir, tout ça, c’est du pareil au même. Ça fait plus un fifrelin. — Déprime pas, chéri, lança Nicole. — Non mais c’est vrai, y’a de quoi avoir le blues ! J’me casse le fion à aller chercher des copies à cent bornes, je manque d’emplafonner un mec et y’a pas un péquin dans la salle. (Dans un mouvement d’écœurement : ) Allez, on ferme. Y viendront plus. Duglard rejoignit la caisse, coupa la sonnerie du cinéma, s’empara de la manivelle qui actionnait le rideau de fer et boucla la salle tandis que sa femme fermait la caisse à clé. La Beauté du diable, un chef-d’œuvre ! reprit Duglard, dégoûté. Tiens, je vais revoir le film. Je l’ai pas vu depuis des années. Tu viens ? — Non, je vais monter me coucher, rétorqua Nicole. — Comme tu veux, Minouche, répliqua Duglard. À tout à l’heure, amour. Il posa un petit baiser sur les lèvres de sa femme qui disparut par la porte conduisant à l’appartement du dessus, éteignit les lumières extérieures du cinéma et celles du hall, et s’enfonça dans le couloir qui menait à la cabine de projection. La pièce était tapissée d’affiches de vieux films et de photos dédicacées de stars qu’il avait invitées à des rétrospectives. Sur l’une d’el les, agrandie au maximum, Nicole s’affichait, un sourire éclatant aux lèvres, dans les bras de Paul Newman. Duglard jeta un petit coup d’œil salace à la photo, se dit que sa M inouche était vraiment une belle cochonne et rejoignit l’un des appareils de projection placés dans la cabine. Il vérifia le chargement de la pellicule dans les griffes de l’appareil, le mit en marche et descendit dans la salle. Il gagna l’allée centrale plongée dans l’obscurité, se glissa dans une rangée et se laissa choir dans un fauteuil tandis que le générique défilait sur l’écran. Ce fut à peu près à la moitié du film que l’incident arriva. Au moment où Michel Simon, dans une explosion, se transforme en Méphistophélès. L’explosion redoubla d’intensité,
faisant trembler les murs de la salle. De la fumée sortit de l’écran et Michel Simon, en Méphistophélès, s’avança jusqu’à l’avant-scène en fixant Duglard. Duglard, surpris par l’explosion et la fumée qui s’échappait de l’écran, se demanda ce qui arrivait. Il jeta les yeux autour de lui pour voir s’il ne rêvait pas quand il entendit la voix de l’acteur s’adresser à lui : — Mon pauvre Duglard ! Pas terrible le cinoche en ce moment, hein ! C’est la mort du petit cheval. Duglard, décontenancé d’être ainsi pris à partie par l’acteur, jeta un regard affolé dans la salle, craignant de devenir fou, tandis que Simon poursuivait : — Ce n’est plus la grande époque, hein ! Celle où o n faisait entrer les foules, où on refusait du monde ! Je sais bien qu’alors y’avait d es pointures, des Harry Baur, des Raimu, des Brasseur, des Le Vigan, sans parler de m a pomme, tandis que maintenant, avec tous ces freluquets qu’ont des voix de tantous es, ça fait cher le fauteuil. Ça t’intéresse de savoir comment faire revenir tous ces péquins dans ton bouclard ? Tétanisé, Duglard ne desserrait pas les lèvres. — J’te cause, Duglard ! lança l’acteur. — Oui, oui, bredouilla l’exploitant, complètement p aniqué. Bien sûr, ça m’intéresse, ajouta-t-il timidement. — Parce que moi, j’ai la solution, la solution miracle. Tu refuseras même du monde. — Laquelle ? hasarda Duglard. Simon éclata de son rire graveleux. — Tu ne penses tout de même pas que je vais te la filer comme ça ? Faut d’abord qu’on passe un petit marché tous les deux. Moi, tu sais b ien, j’ai toujours été un vieux dégueulasse, j’ai toujours adoré les putes. Depuis que je vous ai quittés, j’ai pas changé. Surtout là où j’ai atterri, on m’a donné la directi on des opérations. J’ai transformé l’endroit en lupanar. — C’est quoi ce marché ? demanda Duglard. — J’te file le tuyau et toi, tu me files ta Minouch e. C’est tout à fait mon genre. Jolie, rondelette, appétissante, avec sa bouche en anneau de rideau, ça doit être la fête à Popaul tous les soirs. Alors tu réfléchis et tu me dis. T’ auras qu’à relancer le film pour que j’apparaisse. Bonne nuit, vieux frère. Une nouvelle explosion retentit, la pellicule se mit à cramer et Michel Simon disparut dans un éclat de rire sardonique. Duglard, pétrifié , ne bougeait pas, écrasé dans son fauteuil. Comme le film continuait à se dérouler sur l’écran, il se leva de son fauteuil et courut à la cabine où il stoppa le projecteur. Il v érifia la pellicule pour voir si le film avait brûlé, constata qu’elle était intacte, et s’a ssit sur une chaise pour récupérer et réfléchir.