Diversité et industries culturelles

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Peu de travaux tentent d'aborder la question de la diversité à partir d'une analyse des logiques d'industrialisation et de marchandisation à l'oeuvre au sein des industries culturelles (presse et information, édition, musique enregistrée, cinéma et audiovisuel). Les discours sur la diversité culturelle sont au coeur de la contribution des industries culturelles à la construction des rapports sociaux et politiques.

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Ajouté le 01 mai 2011
Nombre de lectures 59
EAN13 9782296807594
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ET
DIVERSITÉ
INDUSTRIES
CULTURELLES
Questions Contemporaines Collection dirigée par J.P. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland Chômage, exclusion, globalisationJamais les«questions contempo-raines»nontétéaussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection«Questions Contemporaines»est doffrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.
Derniers ouvrages parus Georges FERREBOEUF,Participation citoyenne et ville, 2011. Philippe GOOSSENS,Les Roms : dignitéet accueil, 2011. AndréCHAGNON,Malades et médecins : pour mieux se comprendre, Eux et nous, 2011. Philippe DELOIRE,Et si la France disait oui à lEurope, 2011. Jean MONTANIER et Alain AQUILINA,Violences, loi du silence, loi du plus fort, 2011. Dominique ROTH,Economie et psychanalyse. Le progrès en question, 2011. Claude OBADIA, Les lumiè ?res en berne Réflexion sur un présent en peine davenir., 2011 LeventÜNSALDI,Le développement vu de Turquie, 2011. Maurice T. MASCHINO,Cette France quon ne peut plus aimer, 2011. Véronique WASYKULA,RMI : vous devez savoir, 2011. Antoine BRUNET, Jean-Paul GUICHARD,LImpérialismeéconomique. La visée hégémonique de la Chine, 2011. Louis R. OMERT,Le Sursaut. Essai critique, social et philosophique, 2011. Jean-Pierre DARRÉ,De lère des révolutions à lémancipation des intelligences, 2011. Jean-Pierre LEFEBVRE,Pour une sortie de crise positive,Articuler la construction autogestionnaire avec le dépérissement de lÉtat,2011. Jean-RenéFONTAINE et Jean LEVAIN, Logement aidéen France, Comprendre pour décider, 2011. Marc WIEL,Le Grand Paris, 2010. Theuriet Direny,Idéologie de construction du territoire, 2010. Carlos Antonio AGUIRRE ROJAS,Les leçons politiques du néozapatisme mexicain, Commander en obéissant, 2010. Florence SAMSON,Le Jungle du chômage, 2010. Frédéric MAZIERES,Les contextes et les domaines dinterventions de lAttaché de Coopération pour le Français, 2010.
ET
Sous la direction de Philippe Bouquillion et Yolande Combès
DIVERSITÉ
INDUSTRIES
CULTURELLES
5-7,
rue
de
LHarmattan, 2011 l,euqPoe-olEcnichtely
75005
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-54789-6 EAN : 9782296547896
Paris
Introduction
Philippe Bouquillion Yolande Combès
La question de la diversité culturelle suscite un vif intérêt de la part des pou-voirs publics nationaux, des instances supranationales et des chercheurs. Un grand nombre de déclarations publiques, tout comme de travaux scientifiques ont eu pour objet la diversité culturelle. Lorsqu’en réponse à un appel d’offre du Département des études, de la prospective et des statistiques (DEPS) du ministère de la Culture et de la Communication, l’équipe de chercheurs de la MSH Paris Nord, de la MSH Nord-Pas-de-Calais Institut international Érasme et du Groupe de recherche sur les enjeux de la communication (GRESEC) de l’université Stendhal Grenoble 3 s’est intéressée à cette thématique, un point de vue commun est apparu. Nous avons tous été frappés à la fois par le caractère très confus des débats relatifs à la diversité culturelle, tant dans les sphères aca-démique, économique et politique et par la nécessité d’aborder cette question à partir d’une étude des mutations à l’œuvre aujourd’hui au sein des industries de la culture (filières de la presse et de l’information, de l’édition, de la musique enregistrée et du cinéma et de l’audiovisuel), en particulier dans leurs articula-tions avec les industries de la communication (réseaux et télécommunications, informatique et Web, matériels électronique grand public). Afin de mieux expliquer notre approche, et avant de présenter ces principales caractéristiques, il est nécessaire de revenir sur les discours sociaux relatifs à la diversité culturelle. Selon nous, trois caractéristiques de ces débats concourent à produire de la confusion.
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Premièrement, des enjeux très différents sont soulevés et, fréquemment, mêlés sans précaution. L’expression « diversité culturelle » est en effet polysé-mique. Armand Mattelart remarque que « l’idée même de diversité culturelle recouvre des réalités et des positions contradictoires ». (Mattelart, 2005, qua-trième de couverture) Tout d’abord, les débats sur la diversité culturelle renvoient aux rapports entre économie et culture. Sont alors évoquées les places respectives des produits cul-turels les plus commerciaux et des productions relevant de la culture savante, mais aussi les confrontations entre les produits issus des industries culturelles dominantes dans les échanges culturels internationaux et les produits culturels provenant des autres industries culturelles. Dans le premier cas, la question posée est principalement celle de la marchandisation et de l’industrialisation de la culture et celle de la supposée standardisation de la culture qui réduirait la place des productions du marché dit restreint. Dans le second cas, ce sont les enjeux de confrontation entre nations qui sont évoqués, tant dans leurs aspects culturels (cultures nationales en concurrence), qu’économiques, les flux finan-ciers générés sont en effet significatifs. Ces conflits entre industries culturelles nationales ne sont d’ailleurs pas nouveaux. La question des flux culturels inter-nationaux fait l’objet de politiques publiques depuis longtemps. Dès les années 1920, les états européens et d’abord l’Allemagne, puis la Grande-Bretagne et plus tardivement la France (Mattelart, 2005, p. 30) développent des dispositifs de protection de leur cinéma. Le caractère central du cinéma dans les politiques s’explique par la fragilité de cette économie de prototypes aux coûts de produc-tion élevés, par la capacité prêtée aux productions cinématographiques de contri-buer à la construction des identités nationales mais aussi par la mobilisation des professionnels et les échos trouvés dans l’opinion. Cette thématique est à nou-veau d’actualité après la Libération avec les accords Blum-Byrnes, puis dans la période qui précède les accords de Marrakech de 1994 fondant l’Organisation mondiale du Commerce (OMC). On observe la poursuite sous une forme accen-tuée de ce double mouvement depuis la mise en place de l’OMC et, surtout, depuis la déclaration universelle de 2002 et la convention de 2005 adoptées dans le cadre de l’United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization (UNESCO). Le système interétatique est fortement bouleversé ; les institutions politiques ou financières créées après la seconde guerre mondiale semblent impuissantes à instaurer des nouvelles relations politiques et culturelles négo-ciées et à faire face, telles sont les idées avancées par les auteurs ou experts annonçant un « choc des civilisations ». L’OMC est décrite, à tort ou à raison, dans les discours médiatiques et dans les revendications de mouvements alter-mondialistes, comme l’agent d’une mondialisation économique et financière qui conduit à la disparition des pouvoirs d’action économique antérieurement aux
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mains des acteurs du capitalisme national et des états. La culture est désormais au cœur des mouvements de mondialisation. Armand Mattelart souligne que « la mondialisation des industries culturelles a projeté les “produits de l’esprit” au cœur des négociations sur la libéralisation des échanges. Le thème de la diversité culturelle, longtemps retenu en lisière, a fait une entrée remarquée dans les grandes instances internationales ». (Mattelart, 2005 : quatrième de couverture) Aujourd’hui comme hier, les législations nationales, y compris les dispositifs rele-vant de l’exception culturelle, n’entravent guère les flux culturels et information-nels internationaux, ni le libre investissement des capitaux étrangers (Bouquillionfrançaises de la culture et de la commu-, 2004) dans les industries nication. Seules peuvent être relevées certaines restrictions qui fixent un seuil à la présence des capitaux étrangers dans le capital des entreprises de presse et des entreprises exploitant des réseaux hertziens. Certes, des États comme la France veulent préserver leurs compétences dans le domaine culturel, pas seulement pour défendre l’identité nationale, mais aussi parce qu’il s’agit d’un des symboles de leur souveraineté. Mais, dans le même temps, ces états comprennent les limites d’une approche nationale et considèrent qu’une plus large libéralisation des industries de la culture et de la communication peut présenter des avantages. Dans cette perspective, les technologies d’information et de la communication, tout particulièrement le Web, laissent croire que le cadre national est dépassé ; la création et la diffusion de la culture et de l’information se construiraient désor-mais à l’échelle planétaire. Les questions culturelles sont traitées, non plus seule-ment par les états, mais aussi par des institutions internationales, comme l’UNESCO et même l’OMC, où la Commission européenne négocie pour le compte des états de l’Union. Par ailleurs, certains organismes dits de la société civile revendiquent une nouvelle « gouvernementabilité », en particulier appli-quée à la culture, qui dépasse le cadre étatique et même le système interétatique. Jean Tardif (2008) s’en fait l’écho. Ensuite, la thématique de la diversité culturelle, outre les rapports entre éco-nomie et culture, recouvre aussi la question des rencontres entre les cultures au sens anthropologique du terme. Sont alors abordées des thématiques aussi vastes et différentes que la place des cultures et langues régionales, celle des cul-tures et des langues des communautés immigrées dans un cadre national donné et, encore, les rencontres et métissages culturels sous l’effet de la mondialisation culturelle et des flux migratoires. Enfin, la diversité culturelle est également un enjeu pour le fonctionnement de la démocratie représentative. Elle est présentée comme un gage de l’expres-sion démocratique, du bon fonctionnement de l’espace public politique et de la participation citoyenne, en particulier du fait de l’une de ces facettes, le plura-lisme. La diversité culturelle interroge aussi la démocratie à travers les thèmes
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de l’expression des diversités linguistiques, ethniques, religieuses ou communau-taires de toute nature. Ainsi, la notion de la diversité culturelle et les usages qui en sont faits impli-quent tour à tour, ou conjointement, la culture au sens anthropologique du terme, la culture au sens de produits et de pratiques culturels, mais aussi l’infor-mation et la communication, voire la culture d’entreprise.
Deuxièmement, et en conséquence de cette dimension polysémique, il semble difficile de mesurer la diversité. Les indicateurs, notamment ceux proposés par François Moreau et Stéphanie Peltier (2004) (variété, répartition, disparité) sont parfois peu opérationnels ou produisent des raccourcis en agrégeant des éléments fort hétérogènes. La thématique de la diversité culturelle n’est-elle pas alors l’accompagnateur et un élément de légitimation de stratégies diverses, voire opposées ? La complexité de la notion de diversité culturelle et son inser-tion dans des jeux de pouvoirs incitent à la considérer moins comme une « réa-lité » objectivable existant en dehors des acteurs et de leurs stratégies, que comme un ensemble de discours et de théories. En 1974, Michel de Certeau remarque que « tout exposé concernant les problèmes culturels avance sur un sol de mots instables, il est impossible d’imposer une définition conceptuelle à ces termes : leurs significations tiennent à des fonctionnements dans des idéolo-gies et des systèmes disparates ». (deCerteau, 1974) Toute tentative de défini-tion de la diversité culturelle et, en particulier, de production d’indicateurs sem-ble dès lors caduque. On peut donc considérer les théories et les discours de la diversité, dans une perspective foucaldienne, tels des « discours de vérité » qui sont inséparables de systèmes de pouvoirs. Dans cette perspective, trois faits, en apparence non reliés, trouvent une cohérence. Tout d’abord, le glissement sémantique de l’exception culturelle vers la diver-sité culturelle n’est pas anodin. La diversité culturelle ne présente pas sur le plan juridique les mêmes garanties que l’exception. Elle est largement reconnue, soit qu’on le regrette, soit qu’on s’en réjouisse, comme un gage de souplesse face à la relative rigidité et solidité juridique de l’exception culturelle. D’ailleurs, nombre d’industriels clament qu’ils conduisent une politique de la diversité. Jean-Marie Messier, encore dirigeant de Vivendi Universal, n’a pas été le seul à vanter les mérites de la diversité culturelle après avoir proclamé la mort de l’exception. Ensuite, nombre de travaux scientifiques, ou de rapports officiels, relatifs à la diversité concluent dans le sens d’une nécessaire révision des politiques publiques, voire à la réduction drastique de leur périmètre et soulignent que c’est du côté des mécanismes du marché que l’avenir des industries nationales de la culture se joue. D’autres, telle Françoise Benhamou (2006), soulignent que les politiques publiques sont contre-productives du point de vue de la diversité.