Enonciation artistique et socialité

Enonciation artistique et socialité

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256 pages
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Description

L'oeuvre n'existe pas en dehors de son contexte de diffusion et de réception. Cette approche pragmatique suppose que les oeuvres sont des construits sociaux, mais qu'en retour elles transforment les grandes configurations sensibles qui les ont créées. Il s'agit d'admettre que l'oeuvre est ce qu'elle fait. Précisément, qu'est-ce que l'oeuvre "fait" ou "fait faire" ? Ces contributions sont placées sous l'égide d'Howard S-Becker dont les travaux incarnent ce que l'on appelle une "pragmatique de l'art".

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Ajouté le 01 mars 2006
Nombre de lectures 252
EAN13 9782296142763
Langue Français
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Au moment de mettre sous presse, nous apprenons la terrible disparition de notre ami et collègue Alain Pessin, directeur du GDR OPuS. Sans lui, ces journées de Montréal n’auraient jamais vu le jour. C’est avec beaucoup d’émotion que nous lui dédions cet ouvrage.
Table des matières
Avant-propos
L’énonciation des œuvres
Jean-Pierre ESQUENAZIÉnonciation et socialité : l’œuvre double Bruno PÉQUIGNOTLes effets de l’œuvre Jocelyne LUPIENSensation, perception, représentation : l’art comme expérience sensible Florent GAUDEZL'intersubjectivité à l'œuvre : pour une sémio-anthropologie du Texte littéraire Florence VATANMadame Bovary, l'autopsie d'un scandale Alain PESSINImaginaire, création, convention : une approche des temporalités de la création artistique Marie-Dominique POPELARD Les deux socialités de l’énonciation artistique
Œuvres et socialité
Pierre OUELLETL’art de la déliaison : socialité et sensibilité Daniel VANDERGUCHT Figures de l’engagement citoyen de l’artiste : entre activisme politique et art relationnel
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Ève LAMOUREUX Quand les artistes visuels réinvestissent le social Antony WALL Scènes d’énonciation dans les Salons : Jean-Baptiste Greuze revu et corrigé par Denis Diderot Jean-Philippe UZELLa socialité des beaux-arts Corinne STREICHER La statue antique du Laocoon : un lieu de l’imaginaire des cultures
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De la piste à la scène : exemples d’œuvres en contexte
Jean-Louis FABIANIPourquoi certains intellectuels ont-ils tant aimé le music-hall ? Catherine DUTHEIL-PESSIN Le P’tit bal du samedi soir : nostalgie et mémoire collective Ève BRENELL’être flamenco : entre l’acte musical et les circonstances musicales, production d’une socialité artistique Pascal JACOBLes arts du cirque en France : une exception culturelle à la croisée des chemins Sylvain FAGOTLe cirque québécois : « Les enjeux de la performance » Howard S. BECKERet Robert R. FAULKNERLe répertoire de jazz
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Avant-propos
Le thème du colloque internationalÉnonciation artistique et socialité, qui s’est tenu à Montréal les 3 et 4 mars 2005, se trouve à l’intersection des axes de recherche de l’équipe canadienne Le Soi et l’Autre (Conseil de la recherche en sciences humaines du Canada) et du Groupement de recherche du CNRS Œuvres, Publics, Sociétés (GDR OPuS). La question de l’énonciation identitaire est le pivot des grands axes de recherche du Soi et l’Autre. Cette équipe réunit quatorze chercheurs de sept universités canadiennes, qui analysent et interprètent l’énonciation identitaire à partir de corpus artistiques et littéraires. Leurs travaux visent à mieux comprendre les mutations de la sensibilité qui s’opèrent en Amérique du Nord francophone depuis une trentaine d’années. Le GDR OPuS fédère pour sa part plusieurs dizaines de chercheurs d’universités françaises (Paris, Grenoble, Toulouse, Amiens, Nantes…) autour des grandes questions contemporaines de la sociologie de l’art (sociologie des carrières, sociologie des publics…), mais tout particulièrement autour de la sociologie des œuvres. Cette approche est complémentaire des thèmes du Soi et l’Autre, puisqu’elle propose elle aussi une articulation de l’œuvre et de son contexte social, mais en mettant l’accent sur ce dernier. Fort de cette double approche, l’objectif du colloque Énonciation artistique et socialité a été d’analyser et de comprendre d’un point de vue interdisciplinaire en quoi les formes de l’énonciation artistique (arts visuels, littérature, cinéma…)
contribuent à façonner et à modifier la socialité — entendue ici comme la sensibilité collective, comme l’« être-ensemble » d’un groupe social. Parmi les trois sphères culturelles — la connaissance, la morale et l’esthétique — qui achèvent au XVIIIe siècle leur processus d’autonomisation, la sphère esthétique apparaît d’emblée comme le lieu où s’opère l’articulation du singulier et du collectif. C’est parce que la communication sensible estimmédiate, et ne passe pas par la médiation d’un concept, d’une règle ou d’une loi, qu’elle réalise le plus complètement l’accord des singularités. Ce privilège de la sphère esthétique sur les autres sphères culturelles fait en sorte que l’expérience artistique nous ramène toujours du côté de la socialité. Si cette question de l’être-ensemble esthétique, qui hante la théorie des arts depuis les débuts de la modernité, a d’abord été posée par les philosophes, elle intéresse aujourd’hui aussi bien les sociologues que les spécialistes des sciences du langage. Notre colloque fut donc une occasion unique de rassembler pour la première fois des théoriciens du langage et de l’énonciation qui travaillent sur la sensibilité collective (Pierre Ouellet, Anthony Wall…) et des sociologues de l’art qui prennent en compte les œuvres et utilisent les théories de l’énonciation (Howard S. Becker, Alain Pessin, Jean-Louis Fabiani…). Ce regard croisé entre deux disciplines, d’un côté des sociologues qui s’intéressent aux œuvres et de l’autre des littéraires et des théoriciens du langage qui s’intéressent au contexte social, constitue la force de ce colloque international placé sous l’égide d’Howard Becker, dont les travaux incarnent parfaitement ce qu’il est aujourd’hui convenu d’appeler une « pragmatique de l’art » (c’est-à-dire l’étude de ce que l’art « fait » et « fait faire »). En effet, la question de l’articulation de l’œuvre et de la sensibilité collective a connu une nouvelle actualité avec le pragmatic turnpris par les sciences humaines et sociales depuis une vingtaine d’années. Il est désormais admis que l’énoncé artistique (le contenu et la forme de l’œuvre) est inséparable de l’énonciation artistique (leseffetsproduits par l’œuvre), et que finalement l’œuvre n’existe pas en dehors de son contexte de diffusion et de réception. Ici les théories du langage (Wittgenstein, Austin, Searle, Récanati…) rejoignent l’histoire sociale de l’art et la sociologie de l’art (Haskell, Becker, Latour, Hennion…). Cette approche, qui prend le contre-pied d’une certaine tradition essentialiste, suppose que les œuvres sont des construits sociaux, mais qu’en retour elles
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