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Esthetiques des espaces publics

De
395 pages
Quand les pensées, les discours et les actions naissent des émotions et des sentiments, l'espace public devient alors le lieu d'expression du sensible, du ressenti et du jugement. Si chacun peut et doit s'exprimer dans son appréhension esthétique du réel, les politiques publiques viennent conforter ces attitudes d'où peuvent naître le meilleur et le pire, l'altérité et la citoyenneté, l'égotisme et la démesure. L'espace public est soumis à l'appréciation des sens, à des mises en forme et à des controverses qu'expriment les volontés d'appropriation par les diverses catégories sociales.
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Sous la direction de Serge DUFOULON & Jacques LOLIVE
ESTHÉTIQUES DES ESPACES PUBLICS
Esthétiques des espaces publics
Migrations, Mobilités, Frontières et Voisinages,Maria Rošteková & Serge Dufoulon (dir.) Citoyennetés et Nationalités en Europe, articulations et pratiques,Gilles Rouet (dir.) Nations, cultures et entreprises en Europe,Gilles Rouet (dir.) Productions et perceptions des créations culturelles,Helena Bálintová & Janka Palková (dir.) La photographie : mythe global et usage local,Ivaylo Ditchev & Gilles Rouet (dir.) Pratiques artistiques contemporaines en Martinique. Esthétique de la rencontre 1,Dominique Berthet Usages de l’Internet, éducation & culture, Gilles Rouet (dir.) Usages politiques des nouveaux médias, Gilles Rouet (dir.) Participations & citoyennetés depuis le Printemps arabe,Antoniy Galabov & Jamil Sayah (dir.) Internet ou la boîte à usages, Serge Dufoulon (dir.) Géoartistique & Géopolitique. Frontières, François Soulages (dir.) Europe partagée, Europe des partages, Serge Dufoulon & Gilles Rouet (dir.) Frontières géoculturelles & géopolitiques, Gilles Rouet & François Soulages (dir.)Transhumanités. Fictions, formes et usages de l’humain dans les arts contemporains,Isabelle Moindrot & Sangkyu Shin (dir.) e-Citoyenneté, Anna Krasteva (dir.) Quelles frontières pour quels usages ?, Gilles Rouet (dir.) Médias et sociétés interculturelles,Martin Klus & Gilles Rouet (dir.) Arts et espaces publics, Marc Veyrat (dir.) Mobilisations citoyennes dans l’espace public,Gilles Rouet (dir.) Identités et espaces publics européens,Radovan Gura & Natasza Styczyńska (dir.) Partenaires de la collection RETINA.International, Recherches Esthétiques & Théorétiques sur les Images Nouvelles & Anciennes, ECAC,Europe Contemporaine & Art Contemporain, Paris 8, IEEI,Institut d’Études Européennes et Internationales, Reims, ISM,Institut Supérieur de Management, Versailles St-Quentin-en-Yvelines & Faculté de Sciences Politiques et des Relations Internationales, Banská Bystrica.
Sous la direction de Serge DUFOULON & Jacques LOLIVE Esthétiques des espaces publics
Comité scientifique international de lecture Argentine(Silvia Solas, Univ. de La Plata),Belgique(Claude Javeau, Univ. Libre de Bruxelles),Brésil(Alberto Olivieri, Univ. Fédérale de Bahia, Salvador),Bulgarie(Ivaylo Ditchev, Univ. de Sofia St-Clément-d’Ohrid),Chili(Rodrigo Zuniga, Univ. du Chili, Santiago),Corée du Sud(Jin-Eun Seo Daegu Arts University, Séoul),Espagne(Pilar Garcia, Univ. de Séville),France(Gilles Rouet, Univ. de Reims, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica & François Soulages, Univ. Paris 8), Géorgie(Marine Vekua, Univ. de Tbilissi),Grèce(Panayotis Papadimitropoulos, Univ. d’Ioannina),Japon(Kenji Kitamaya, Univ. Seijo, Tokyo),Hongrie(Anikó Ádam, Univ. Catholique Pázmány Péter, Budapest),Russie(Tamara Gella, Univ. d’Orel),Slovaquie(Radovan Gura, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica),Taïwan(Stéphanie Tsai, Univ. Centrale de Taiwan, Taipei) Ce volume réunit principalement des contributions au colloque multisession « Esthétisation de l’espace public » organisé à Sofia, Bucarest, Paris, Reims, Banská Bystrica et Grenoble en 2013. Recension du volume par : Thierry Côme et Radovan Gura Rédacteurs scientifiques : Anne-Coralie Bonnaire et Christophe Lips Volume publié avec le concours de la Nouvelle Université Bulgare, de l’Université de Sofia St-Clément-d’Ohrid et de la Chaire Jean Monnetad personam « Identités et Cultures en Europe »et grâce au soutiende l’Institut Français de Bulgarie. © L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’École polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISSN : 2257-3690 ISBN : 978-2-343-02584-1 EAN : 9782343025841
Introduction Des villes-temples à la globalisation L’esthétisation des espaces Serge Dufoulon e C’est au XIsiècle, en France, et plus largement en Europe, qu’on observe « l’explosion des villes » (Teboul, 1993, pp. 67-104), en grande partie en relation avec l’expansion/concentration des espaces marchands et de la monétarisation de l’Europe. Dès lors, on assiste à un exode rural plus ou moins fort qui ne se tarira que dans les années 1960-1970 avec l’émergence d’un mouvement inverse, la rurbanisation, soit le retour dans les campagnes des néo-ruraux évoqué par Alain Chenevez dans cet ouvrage. Vouloir opposer les villes et les campagnes, à propos d’esthétisation, serait une erreur fondamentale, car ces espaces ont toujours été en tension et en relation: toutes les études, en particulier des historiens, montrent que l’ordre de la production et du commerce, les formes de la vie sociale, les représentations artistiques, sacrées, bucoliques et esthétiques des différentes catégories sociales depuis l’Antiquité et plus précisément au Moyen Âge, puis à la Renaissance, etc., ont été imprégnés par cette tension entre campagne et ville (Teboul, 2004, pp.23-29). Bien qu’à plusieurs reprises il soit fait référence, dans ce volume, à l’esthétique du rural (Jacques Lolive), au mouvement de patrimonialisation des villes en relation avec les espaces ruraux et urbains (Alain Chenevez), aux jardins publics (Julien Doutre), images d’un espace naturel domestiqué et limité à sa plus simple expression qui néanmoins se cherche des perspectives esthétiques et symboliques permettant de saisir les non-dits d’une nature infinie – celle de l’homme peut-être – c’est néanmoins de la ville dont il s’agit. Pas d’opposition ici entre nature et culture: en 7
Serge Dufoulon
observant la ville et ses formes d’esthétisations, on ne peut que retrouver les liens qui conduisent hors des cités, comme le montre François Soulages. L’esthétisation ne se limite pas au développement artistique des villes, mais également à l’émergence de modes de vie distincts et aux formes du lien social qui lui correspondent. Si l’émergence des villes est une aubaine pour le capitalisme naissant comme le montre René Teboul (1993), il n’en reste pas moins que derrière la naissance de chaque ville réside dans l’inconscient collectif un mythe de fondation: Rome et Romulus, Athènes et Thésée ou Athéna, l’épopée de Gilgamesh, etc. Ces mythes fondateurs évoquent comment les cités, lieux de la civilisation urbaine, sont nées d’une relation entre les Héros, ces hommes mi-humains mi-divins, et les dieux. Parfois naissance dans le sacrifice nécessaire de l’Autre, du frère (Abel, Rémus, etc.) pour l’émergence de la ville d’Hénoch ou de Rome ; d’autres fois à travers la rencontre de l’altérité et de l’amour comme ce fut le cas pour la fondation de Massalia (Marseille) par Gyptis et Protis. C’est dire que les villes sont plus que des moments du développement des civilisations et du commerce des voix de la globalisation aujourd’hui, mais elles demeurent également des lieux impermanents, toujours mouvants où les dieux et les hommes ont mêlé leurs desseins: des lieux qui touchent à des espaces et des temps hors de la quotidienneté et qui l’expriment dans leurs formes et les ressentis des habitants au détour d’une rue, dans la perspective d’un monument et d’une allée ou encore dans ses manifestations architecturales, publiques, etc. À la fin de cet ouvrage, François Soulages pose cette question: «Et si la première étape du penser, de l’imaginer et du créer, consistait d’abord à construire autrement un nouveau lieu, une nouvelle ville, un nouvel espace public, une nouvelle utopie? ». Peut-être aurions-nous pu commencer cette exploration de la ville et de son esthétisation par là. En répondant aux aspirations, aux rêves et aux mythes qui les construisent, les hommes d’une autre époque ont permis l’émergence des villes (Semenescu, 2008). Ville-hommage aux dieux, ville-utopie, on observe à la naissance des villes lointaines et présentes cette idée de perfection dont seul le divin serait l’expression définitive. Même la chapelle Sixtine, construction délimitant l’espace et le temps, restitue en son plafond ce divin libre, grave et joyeux, infini en lui donnant une forme visible par tous. 8
Des villes-temples à la globalisation
Ainsi, toute théorie moderne sur l’apparition des sociétés urbaines ne fait qu’occulter une réalité heureusement évidente, et orienter l’esprit vers des réalités collatérales à l’objet. Cette tradition ne date pas d’hier, dans l’Occident, ces théories tirent leurs sources de la philosophie grecque, et surtout de Platon et d’Aristote(Semenescu, 2008, p. 250). À partir des travaux des archéologues sur les origines de la ville, on retrouve cette unité de perception de catégories en tensions, mais cependant reliées: humain/divin, masculin/féminin, symboliques/matériels, etc. Nous aurions pu ajouter de très nombreuses références disciplinaires et auteurs pour penser les espaces, les temps de l’urbanisation afin de « produire » du sens… davantage, toujours plus de sens au risque du non-sens… ce qui eût été préjudiciable à l’esprit de ce livre qui souhaite donner à voir et à penser en se protégeant du productivisme savant et de l’inflation métaphorique. En effet, cet ouvrage se veut nuancé et contrasté à l’image de ce qu’est la ville: en expansion et repliée, unie et fragmentée, vulgaire et précieuse, moderne et traditionnelle, ombre et lumière, etc. Aucune science, seule, ne peut prétendre appréhender des formes isolées de l’urbanisation et de son esthétisation et rendre compte de sa totalité. Il en est ainsi des textes réunis ici, chaque auteur aborde l’esthétisation des villes en relation avec les institutions à travers l’adoption d’un point de vue, partiel et partial, aurait dit Richard Brown (1989, p. 119). Tout cela constitue un patchwork d’approches et d’éclairages sur la façon dont les villes s’éclairent au fil de la réflexion, vers plus d’expérience sensible et de démocratie, comme le souhaite Jacques Lolive. Tandis que Martine Bouchier se questionne sur la place de l’art dans la cité,Antonin Margier observe la cohabitation entre des individus et des populations de citadins différents en se posant, au fond, la question de la construction de l’altérité. Emilian M. Dobrescu questionne la créativité dans la ville et souhaiterait «éveiller l’intérêt et la créativité des résidents des zones urbaines» puis Alain Chenevez pense «la prolifération patrimoniale »productrice de rente, de normalisation et de politiques qualifiant des espaces et les groupes sociaux qui s’y rattachent.
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