Histoire de l

Histoire de l'habitation humaine - Depuis les temps préhistoriques jusqu'à nos jours

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Livres
440 pages

Description

Une douzaine d’êtres aux membres lourds, à la peau d’un jaune livide, le crâne couvert de poils rares et noirs qui tombent sur leurs yeux, aux ongles crochus, sont groupés, serrés les uns contre les autres, sous un arbre touffu dont les branches basses ont été attirées vers le sol et retenues à l’aide de mottes de limon. Le vent souffle avec violence et chasse la pluie tout à travers cet abri. Quelques nattes de jonc, des peaux de bêtes, protégent à peine les membres de ces êtres qui, à l’aide de leurs ongles, déchirent des lambeaux d’animaux aussitôt dévorés (fig.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Ajouté le 18 octobre 2016
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EAN13 9782346117789
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Langue Français
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À propos deCollection XIX
Collection XIX est liothèque nationaleéditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bib de France. Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigi eux fonds de la BnF, Collection XIXsiques et moins a pour ambition de faire découvrir des textes clas classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
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HISTOIRE DE L’HABITATlON HUMAINE FRONTISPICE.
Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc
Histoire de l'habitation humaine
Depuis les temps préhistoriques jusqu'à nos jours
PROLOGUE
Il y a de cela bien longtemps ! Sur un sommet abrupt, deux personnages sont assis e t, pensifs, ils contemplent l’immense paysage qui se déroule devant eux. Des lacs aux contours irréguliers, réunis par des f laques d’eaux dormantes, laissent émerger des terres plates couvertes d’une végétatio n touffue, et parfois des roches peu élevées qui montrent leurs flancs comme de long ues failles verticales. A l’horizon s’élève une chaîne de montagnes aux profils bizarre s. Le disque du soleil, large et cuivré, sans rayons, répand, sur les innombrables bandes liquides à travers les vapeurs qui sont susp endues au-dessus d’elles, des lueurs incertaines. Les terres émergées sous cette lumière voilée sont noires et découpent leurs silhouettes sur les brumes. Des bruits confus percent l’air chaud et humide. Ce sont des croassements de batraciens, des sifflements de reptiles, des beugle ments de ruminants, les cris stridents des mammouths, les plaintes de grands ois eaux. « Tout est bien, dit l’un des deux personnages. — R ien n’est achevé, reprend l’autre ; vois au bas de cet escarpement ces êtres qui se rassemblent, puis se séparent, qui cherchent et s’abritent.... — Eh bien ? — Ce ne sont pas des êtres semblables aux autres.... Ils sont agités, inquiets , regardent de tous côtés ; seuls entre tous, ils s’avancent droits sur leurs pieds. — Rega rde : ils se battent entre eux, se jettent des pierres, s’avancent par troupes, armés de branches d’arbres. — Tous les animaux s’entre-battent. — Regarde encore ! Voici u n ours gigantesque qui sort des fourrés ; ces êtres cessent de se battre entre eux ; ils se réunissent ils forment un cercle autour de l’animal terrible, l’accablent de cailloux. La bête ne sait de quel côté attaquer, elle grogne et tourne sur elle-même, le p oil hérissé.... Vois ! le cercle se resserre ; plusieurs, parmi ces êtres, portent de l ongs bâtons armés à leur extrémité de pierres tranchantes.... Ils frappent à la fois s ur l’ours furieux.... Il se défend.... Deux des assaillants sont tombés déchirés par les griffe s de l’ours. L’animal succombe cependant, le voilà à terre couvert de liens de jon c. — Tous les animaux se défendent et attaquent. — Regarde encore ; on s’empresse auto ur des deux blessés ; on les emporte au bord du lac ; on les couche sur des feui lles ; on lave leurs blessures. Vois comme on se penche vers eux ; écoute ces cris. — Qu ’importe ! Chaque être créé possède ses aptitudes, ses instincts ; les uns se c onstruisent des nids, d’autres se creusent des tanières ou élèvent des demeures. On e n voit qui se réunissent en troupes, quelques-uns vivent isolés et défiants ; t ous s’entre-dévorent et cherchent à se prémunir contre les attaques de leurs ennemis. C ’est la loi. — Descendons au milieu de ces êtres, viens. — A quoi bon ? — Peut-ê tre trouverons-nous ? — Quoi ? — Ce qu’il faut chercher. — Esprit vain et inquiet !.... Soit, allons. »
I
SONT-CE DES HOMMES ?
Une douzaine d’êtres aux membres lourds, à la peau d’un jaune livide, le crâne couvert de poils rares et noirs qui tombent sur leu rs yeux, aux ongles crochus, sont groupés, serrés les uns contre les autres, sous un arbre touffu dont les branches basses ont été attirées vers le sol et retenues à l ’aide de mottes de limon. Le vent souffle avec violence et chasse la pluie tout à tra vers cet abri. Quelques nattes de jonc, des peaux de bêtes, protégent à peine les mem bres de ces êtres qui, à l’aide de leurs ongles, déchirent des lambeaux d’animaux auss itôt dévorés (fig. 1). La nuit se fait et la pluie redouble. Les plus robu stes ramassent des branches mortes, de longues herbes, arrachent des fougères e t des roseaux et les amoncellent contre le vent ; puis, avec des bâtons et leurs mai ns, ils cherchent à donner à l’eau qui envahit leur refuge un écoulement, en jetant de la boue sur des branches amassées. Malgré la violence de la tempête, tous, enlacés com me un nid de couleuvres, s’endorment, sauf un d’eux, qui se tient éveillé en jetant dans la nuit des cris plaintifs et prolongés pour éloigner les animaux nuisibles. L orsque le sommeil le gagne, il va réveiller un de ses compagnons qui prend sa place. Le matin, le vent s’est abattu, mais la pluie ne ce sse de tomber fine et drue. Le pied de l’arbre est couvert d’eau. Alors chacun de cherc her des branches, des roseaux, du limon pour exhausser le sol. Quelques reptiles chas sés de leurs retraites se réfugient sur les mottes qui entourent l’abri. Ils sont tués à coups de bâton, pour servir de pâture à la famille.
Non loin de là, Épergos, saisi de compassion en fac e de cette misère, choisit deux jeunes arbres espacés l’un de l’autre de quelques p as. Se hissant sur l’un d’eux, il le fait courber par le poids de son corps, attire le s ommet de l’autre à l’aide d’un bois crochu et, joignant ainsi les branches des deux arb res, il les lie ensemble avec des joncs. Les êtres qui sont accourus autour de lui so nt émerveillés. Mais Épergos n’entend pas qu’ils restent oisifs, et leur fait co mprendre qu’il faut aller quérir d’autres jeunes arbres dans les environs. Avec leurs mains e t des bâtons ils les déracinent et les traînent auprès d’Épergos.
Celui-ci leur montre alors comment il les faut incl iner en cercle en appuyant leurs sommets contre les deux premiers arbres attachés ; puis comment il faut garnir les intervalles avec des roseaux, des branches, de gran des herbes enlacées ; puis comment les racines doivent être recouvertes de lim on et successivement tout l’ensemble (fig. 2), en laissant une ouverture du c ôté opposé au vent qui amène la pluie. Sur le sol, il fait répandre des branches mo rtes, des joncs et battre du limon avec les pieds. A la fin du jour la hutte est terminée. Chaque fami lle des Naïrriti veut en posséder une semblable. Épergos, couvert de sueur et de boue, se repose alo rs près de son compagnon Doxi. « Pourquoi, dit ce dernier, aller ainsi à l’e ncontre de ce qui est fait ? Voudras-tu maintenant apprendre aux oiseaux à faire leurs nids , aux castors à se bâtir des cabanes autres que celles qu’ils savent fabriquer ? Pourquoi modifier ainsi l’œuvre du créateur ? — Qui sait ! reprend Épergos ; revenons ici dans cent mille jours et nous verrons si ces êtres ont oublié mes instructions po ur vivre comme ils vivaient hier. S’il en est ainsi, j’ai tort de me mêler de leurs affair es, et je n’ai pas troué ; mais s’ils ont profité de mes avis, si les huttes que nous verrons alors sont mieux faites que celles-ci, j’ai trouvé, car alors ces êtres ne sont pas de s animaux. — Folie ! répartit Doxi ; que seraient-ils donc alors ? — Que sais-je !... »
II
LES ARYAS
Doxi et son compagnon se sont arrêtés au milieu d’u ne contrée élevée. C’est un immense plateau dominé du côté du nord par une chaî ne de montagnes dont les sommets perdus dans les brumes sont rarements visib les. Des vallées larges et profondes sillonnent ce plate au, et des torrents précipitent leurs cours sur les pentes et dans les fonds couverts de débris et de forêts. Des neiges éternelles revêtent les hauteurs. Amonce lées, elles se répandent en longues traînées de glace jusqu’au fond de ces vall ées, creusant de brillants sillons et poussant devant elles des roches et des sables. Si parfois les rayons du soleil réchauffent l’atmosphère, bientôt les vapeurs s’élè vent de toutes parts, le long des pentes, enveloppant les sommets, s’amoncellent, l’o bscurité se fait et des orages terribles durent plusieurs jours. Surpris par une de ces tempêtes, Épergos et Doxi se sont abrités sous une roche. La pluie serrée ne leur permet pas de distinguer le s objets à quelques pas, et les échos se renvoient les détonations de la foudre qui semble éclater de tous les points de l’horizon, lorsqu’une voix claire et vibrante fr appe l’oreille des deux compagnons ; ils n’ont jamais entendu sur la terre rien qui rapp elle ces intonations. La voix se rapproche ; ils peuvent percevoir les paroles : « Le lait de la nue a grossi nos flots et nous allo ns toutes au réservoir que le Dieu nous a préparé. Nous ne pouvons arrêter notre cours e.... Que désire le sage qui interpelle les rivières ? » « Qu’est-ce là ? dit Épergos. — C’est le vent qui m ugit, répond Doxi. — Non pas, c’est un esprit.... Il touche au rocher.... » En effet, un personnage semblable aux deux compagno ns prend place sous la roche.... « Qui es-tu ? lui dit Épergos. — Arya, ré pond le nouveau venu. — Tu es seul ? — Non, je suis le père d’une nombreuse famil le, j’ai une femme, des enfants, des neveux, près d’ici, dans ma demeure. Venez-y, v ous vous reposerez mieux que sous ce rocher ; mais attendons un peu que les nuée s s’éloignent. — Et que faites-vous dans cette demeure ? — La mère élève nos enfan ts, j’ai des troupeaux que je soigne, et de leur lait je nourris la famille. Avec mes armes, je la défends contre les animaux sauvages et les ennemis. Le matin, avant le lever du soleil, et le soir, après son coucher, nous sacrifions.... Les garçons m’aide nt au dehors, les filles tissent des vêtements, recueillent lesôma, traient les vaches, tiennent la demeure nette de souillures. — Y a-t-il d’autres familles que la tie nne ? — Beaucoup. — Que dis-tu de cela, Doxi ? — Je dis que le créateur a créé ; tout est bien. — Nous verrons », se dit Épergos. La pluie tombe moins drue, et des vapeurs blanchâtr es, poussées par le vent, se déchirent en lambeaux à travers les forêts ; tantôt elles laissent voir entre elles des taches noires, le fond de la vallée ou quelque poin te de rocher ; tantôt elles ne forment plus qu’une masse grise dérobant tous les objets à la vue. « Allons ! » dit l’hom,et les deux compagnons suivent leur guide. Bientôt à travers le brouillard apparaissent deux j eunes garçons : « Père ! disent-ils, la tempête est terrible là-haut. Nous allions à ta recherche. Sois le bienvenu ! — Voici des hôtes, répond le père. Courez dire à la mère qu ’on prépare ce qu’il faut. » Doxi, Épergos et le père atteignent l’habitation. E lle est adossée à de hautes roches
qui l’abritent du vent. Le toit, très-saillant, est s upporté par des troncs d’arbres fourchus. Les parois sont composées d’autres troncs d’arbres posés horizontalement les uns sur les autres et assemblés entre eux aux a ngles. Des deux côtés de l’habitation, un peu en avant, so nt deux cabanes : l’une est destinée aux bestiaux pendant l’hiver, l’autre cont ient du fourrage (fig. 3). Les parois de ces cabanes sont faites de grosses nattes de bra nchages. Ces trois logis laissent entre eux une sorte de pla te-forme, au milieu de laquelle est une grosse pierre lisse et propre. La mère, entourée de ses enfants, reçoit les deux h ôtes sous le portique et les fait entrer dans la case, au fond de laquelle, le long d u rocher servant d’appui à la construction, brille un feu clair dont la fumée s’é chappe par une ouverture pratiquée dans le toit et une longue trémie de bois. Des nattes de jonc couvrent le sol battu ; d’autres nattes sont tendues le long des parois et en travers de la case qu’elles divisent e n trois parties à peu près égales. Des peaux d’agneau jetées sur des tas d’herbes sèches f orment des siéges autour du brasier, devant lequel un large pot de terre noire laisse échapper une vapeur d’une odeur agréable. Épergos considère toutes ces choses non sans surpri se ; quant à Doxi, il s’assied près du foyer et regarde la flamme. « Mère, dit l’hom,m. » Puis sele repas ; ces étrangers doivent avoir fai  apprête tournant vers ses hôtes : « Vous êtes fatigués peut -être ; prenez quelque repos avant de manger. Voilà des peaux d’agneau prêtes à vous r ecevoir. — Non, dit Épergos, nous n’avons nul besoin de repos.... Puis-je te dem ander si vous êtes établis ici depuis longtemps ? — Pourquoi cette question, étran ger ? T’ais-je demandé d’où tu venais, où tu allais ? Les Aryas ont toujours habit é cette montagne ; mon père et le père de mon père demeuraient dans cette maison, qui est à nous ainsi que les pâturages voisins. Mais que t’importe ? — Pardonne ; mais mon compagnon et moi ne savons rien de ces choses. Nous ignorions que ces h auts plateaux fussent habités par des Aryas. Nous n’avions vu sur la terre que des êt res inférieurs à toi, vivant, comme des animaux, de chair crue et d’herbes sauvages, ne sachant se construire des abris, nus et sordides. — Oui, les Dasyus, réplique le maî tre, race maudite. Indra les chassera de la terre qu’ils souillent de leur prése nce et qui appartient aux Aryas ! »
A ces derniers mots, Doxi ébaucha un sourire. La tempête redoublait de fureur. Des nuées noires s ’accumulaient sur les sommets voisins, et les reflets d’une lumière blafarde le c édaient à la clarté de la flamme du foyer. Le vent soulevait la natte suspendue devant la porte triangulaire et poussait des grêlons jusqu’au milieu de la case. Les petits enfa nts, attachés à la longue tunique de leur mère, étaient devenus silencieux, pendant que le père et son fils aîné fixaient les nattes qui fermaient les issues à l’aide de cordes de roseau. Le tonnerre ne cessait de gronder, mais sourdement. Par moments le calme se faisait, puis on entendait comme un long gémissement lointain qui se rapprochait, semblant partir de tou s les points à la fois. Alors les arbres voisins craquaient, la cabane tremblait et la pluie fouettait avec violence sur les écorces de sapin qui couvraient la toiture. Bientôt l’eau, chassée contre le rocher auquel étai t adossée la maison, se fit jour par quelques fissures et envahit le sol ; un craquement se fit entendre : c’était le sommet du large conduit de fumée, entraîné par l’eau, qui s’affaissait. Un torrent de boue se précipita alors sur le foyer. La case n’était plus tenable ; la fumée, la grêle, une eau noire, l’envahissaient de tous côtés. Il fallut se réfugier dans l’étable vide en ce moment, les bestiaux étant aux pâturages. L’homnt bien que mal on put seet sa compagne songèrent d’abord à leurs hôtes. Ta caser dans cette cabane, et pour souper il fallut s e contenter de lait, de fromage et de graines de pin. Vers la fin de la nuit cessa la tem pête, et les étoiles parurent au ciel. Au moment où elles commençaient à pâlir, le père et la famille sortirent de la cabane et s’avancèrent vers la pierre placée au mil ieu de la plate-forme. La mère tenait deux vases de terre, l’un renfermant la liqu eur extraite dusôma,du l’autre beurre. Le père, ayant tiré de dessous son vêtement un paqu et d’herbes et de branches sèches, le posa sur la pierre, et, faisant pivoter rapidement un brin de bois dans un morceau d’écorce, celui-ci noircit bientôt et s’enf lamma. Le feu étant communiqué aux