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Histoire de la peinture au pays de Liége - Depuis l'introduction du christianisme jusqu'à la révolution liégeoise et la réunion de la principauté à la France

De
388 pages

Il est difficile de croire qu’avant l’avénement du christianisme il ait existé un état assez avancé de civilisation chez les peuplades habitant le pays des Éburons, la Tongrie, la Taxandrie et tous les bords de la Meuse dans l’ancienne Belgique, pour que les arts aient pu y trouver une culture quelconque. On peut même admettre que ce degré de civilisation n’existait pas ; car, malgré les poteries, les armes, les miroirs et les fragments de bijouteries que les fouilles pratiquées aux siéges des anciennes colonies gallo-romaines amènent si fréquemment au jour, il n’y a là rien qui permette de croire à l’existence des arts dans le véritable sens du mot, et surtout d’arts qui auraient été cultivés dans les pays mêmes où ces découvertes se font actuellement.

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Jules Helbig
Histoire de la peinture au pays de Liége
Depuis l'introduction du christianisme jusqu'à la révolution liégeoise et la réunion de la principauté à la France
AVANT-PROPOS
* * *
L’étude que nous publions a été entreprise pour rép ondre à une question posée dans l’un des concours organisés par les soins de l a Société libre d’Émulation de Liége. Présenté, — du moins dans ses parties essent ielles, — au concours de 1871, ce travail y reçut un accueil assez favorable pour nous porter à continuer et à compléter nos recherches. Après avoir fait ce qui é tait en nous pour produire l’œuvre la moins imparfaite possible, nous nous sommes déci dé à lui donner une publicité plus étendue que celle des Mémoires de la Société d’Émul ation, où elle est imprimée avec les autres Mémoires couronnés. L’intérêt, qui s’attache à l’histoire des beaux-art s chez tous les peuples civilisés nous servira d’excuse. Cette histoire a été de nos jours l’objet de travau x importants, de recherches fécondes entreprises par les meilleurs esprits, et, à mesure que les investigations ont été portées plus loin, on a compris que presque tou t était à faire ou à refaire. On a compris que beaucoup d’artistes de grand mérite, qu ’une multitude de points intéressants dans le développement des arts étaient restés dans l’obscurité, et qu’en général les études préparatoires n’étaient pas asse z avancées pour qu’il fût possible d’aborder avec succès la synthèse de l’histoire de l’art, fût-ce dans un seul pays et d’une seule école. Nous avons le désir, en ce qui concerne la peinture dans l’ancien pays de Liége, d’apporter notre pierre à cet édifice de régénérati on historique. Il nous a toujours paru d’ailleurs que rien dans l’ œuvre de l’artiste, — construction, statue ou tableau, — n’était plus digne de l’intérê t de générations qui se succèdent que le signe du génie particulier de l’artiste et l a marque du caractère national. A ce titre, il semble que, même dans les contrées o ù ce génie s’est développé avec moins de bonheur et d’éclat que dans d’autres pays privilégiés, il mérite encore d’être étudié, et que mettre en lumière les efforts et les travaux des hommes qui ont vécu et lutté dans les mêmes régions où nous vivons et lutt ons, n’est que faire, pour le passé, un acte de justice qui peut ne pas être perdu pour l’avenir. En l’examinant à ce point de vue, il y avait de quo i s’éprendre de notre sujet. Aussi, pendant le cours d’années laborieuses où il ne nous a pas été possible de donner à l’étude du passé toute la place que nous eussions v oulu lui faire ; pendant des voyages fréquents où nous avions plus d’un but à po ursuivre, nous n’avons cessé de noter tout ce qui pouvait répandre quelque lumière et ajouter un fait nouveau à l’histoire de la peinture sur les bords de la Meuse . Le sujet, en effet, demandait beaucoup de travail, car il était neuf, le terrain était inexploré. Après l’avoir longtemps poursuivi, avons-nous atteint notre but ? Nous l’ig norons ; il appartient au lecteur à en juger, de même qu’il appartiendra peut-être à quelq ue travailleur plus favorisé que nous de reprendre et de parfaire l’étude que nous a vons entreprise. Mais, malgré notre désir de faire connaître, dans u ne principauté peu étendue, l’histoire de la peinture pendant des siècles trop méconnus, malgré cet autre désir de rattacher aux saines et religieuses traditions du p assé l’art de notre temps, nous eussions reculé peut-être devant une tâche qui récl amait des loisirs et une science qui nous faisaient également défaut, si plus d’une fois nous n’avions été encouragé par l’espoir de combler une lacune et stimulé par des h ommes dont les conseils nous ont
porté à surmonter nos hésitations. Mais telle est la marche inexorable des années et l es sacrifices que dans leur marche elles ne cessent de nous demander, que, avan t que notre travail ne pût voir le jour, plusieurs de ceux qui y portaient l’intérêt l e plus sympathique déjà n’étaient plus. Parmi ces derniers, qu’il nous soit permis de citer ici avec un sentiment de reconnaissance M. De Wandre, président de la Sociét é d’Émulation, le bienveillant fondateur du prix décerné à notre histoire, et Ulys se Capitaine, dont l’amour passionné pour tout ce qui touche à l’ancienne patrie liégeoi se était, pour ses amis, un stimulant au travail. Non-seulement la collection de ses livr es, de ses dessins et manuscrits nous fut souvent utile, mais ses encouragements aff ectueux nous ont soutenu jusqu’à la fin dans l’accomplissement d’une tâche qui offra it de nombreuses difficultés. D’autres appuis nous sont venus en aide. Des rensei gnements nous ont été donnés, des documents ont été mis à notre disposition avec libéralité, et, dans de nombreuses collections publiques et privées, nous avons pu pou rsuivre nos recherches avec toutes les facilités désirables. Nous voudrions con signer ici, pour tous ceux qui nous ont prêté un concours si nécessaire, l’hommage de n otre reconnaissance. Cependant, parmi ceux auxquels notre livre doit le plus, il y aurait ingratitude à ne pas mentionner deux noms. La reproduction graphique des monuments au moyen de planches est, pour tout livre destiné à faire connaître l’histoire des arts du dessin, un appoint éminemment désirable. Bien mieux que les descriptions, cette r eproduction par le crayon fait connaître la marche du développement des arts, le c aractère archéologique des époques, le style particulier des maîtres. Nous avions le désir d’offrir à nos lecteurs ce com plément si utile ; M. le baron Kervyn de Lettenhove, pendant qu’il était ministre de l’intérieur, a bien voulu, par une allocation de son département, nous permettre de jo indre à notre livre des planches en assez grand nombre pour qu’il soit possible de se f aire une idée du style et de la composition des principales peintures décrites. Ces planches sont exécutées de façon à faire, non u n simple ornement du volume que nous publions, mais à donner la réduction la pl us fidèle et la plus précise possible des œuvres des peintres liégeois. Il nous importait qu’il en fut ainsi : A une époque comme la nôtre, où, à côté des recherches les plus consciencieuses et de livres d’un savoir profond, l’on a publié des écrits sur les be aux-arts où l’histoire est faite à l’aide de théories plus ou moins ingénieuses, présentées p arfois avec un luxe d’éloquence et d’imagination trop apparent, nous avons cru qu’i l fallait chercher surtout à présenter les faits dans leur sobriété et les appréciations d ans l’impartialité la plus complète. Le lecteur peut, en effet, tirer lui-même les déductio ns lorsque l’historien lui donne la précision des détails. Ce que nous avons cherché da ns le texte, nous l’avons voulu aussi pour les planches. Nous croyons avoir réussi dans la mesure du possible, et, quant aux procédés, il a été fait choix de ceux qui offraient le plus de garantie sous le rapport de la précision. Aussi l’exactitude des pla nches permettra au lecteur de 1 contrôler en quelque facon nos propres jugements ( ). Si nous avons à remercier M. le baron Kervyn de Let tenhove du chef des planches me de notre livre, nous devons à M la vicomtesse de Clérembault d’avoir pu étudier l’intéressante collection de peintures, de dessins et de documents réunis par son père, M.F. Desoer, au château de Kinkempois. Parmi ces do cuments, il en est un qui avait une importance réelle pour nos recherches. C’est un manuscrit intitulé :Mémoire pour servir à l’histoire des artistes de la province de Liége. Nous avons reconnu dans ce mémoire inédit le travai l du chanoine Hamal, le
collectionneur patriotique d’œuvres d’artistes liég eois qui, à la fin du siècle dernier, avait réuni un nombre considérable de peintures et de dessins d’un grand intérêt, dont une partie a été acquise par la famille Desoer. Son manuscrit, qui renferme des détails nombreux sur les peintres du dix-septième et surtou t du dix-huitième siècles, a été mis à notre disposition avec une grâce et une libéralit é qui nous ont permis d’utiliser largement le travail de notre devancier pour les ét udes que nous reprenions après lui. Nous nous faisons un devoir d’exprimer ici notre re connaissance pour une faveur aussi précieuse. En livrant nos recherches au public, nous émettons le vœu que, attirant l’attention sur l’ancienne école liégeoise plus que cela n’a ét é fait jusqu’à ce jour, notre livre contribue à faire remettre au jour les œuvres de no s peintres restées inconnues et pour la plupart dispersées à l’étranger. Nous recev rons avec gratitude tous les renseignements que l’on voudra bien nous donner à c et égard.
1, artiste photographe à Gand, L’excellent procédé héliographique de M. Ch. D’hoy nous a été d’une grande utilité pour la reproductio n exacte des dessins que nous avons recueillis.
INTRODUCTION
L’histoire de la peinture au pays de Liége offre un intérêt particulier, des difficultés nombreuses, et les recherches dont elle est l’objet seront souvent la source de mécomptes et de regrets. Les travaux de l’historien n’aboutiront pas à éclairer le passé d’une lumière assez vive pour faire apparaîtr e toute la vérité. Cependant la matière est plus féconde qu’on ne le croit générale ment. Sans doute, sur les bords de la Meuse, les créations de la peinture n’atteignire nt, ni à l’inspiration ascétique et à l’éclat des écoles de l’Italie, ni à la vie et à la spontanéité de l’école flamande, ni aux charmes et à la gracieuse tendresse des peintres de Cologne des XIVe et XVe siècles. Mais il ne faut pas contester aux habitants des con trées riveraines de ce fleuve le génie des arts, ni leur refuser la justice due aux œuvres dont nous allons essayer de reconstituer l’histoire.
II
Malheureusement, dans l’histoire des arts, c’est so uvent la mode et l’engoûment qui prononcent les jugements, et il faut des siècles po ur réformer leurs arrêts. Les opinions qui ont réussi à faire loi sont souvent si absolues, que l’on a cru pouvoir tout refuser dans le domaine de l’art à des peuples enti ers, par la raison que l’on ne pouvait tout leur accorder. La Providence, qui dist ribue les dons aux nations comme aux individus, n’agit heureusement pas comme les ho mmes. L’art est une fleur qui germe sur plus de sols qu’on n’est généralement dis posé à le croire. La peinture est une sorte de langue naturelle que presque tous les peuples civilisés ont appris à parler, et qui de bonne heure a été connue et culti vée dans l’ancien pays de Liége. Elle y a donné naissance à des talents, à des œuvre s de mérite, tout comme sur les bords de l’Arno, du Tibre, du Rhin ou de l’Escaut. Le christianisme, comme dans les pays les plus favorisés, a apporté dans les contrée s limitrophes de la Meuse son culte, sa poésie et tous les élans d’un peuple conv erti, ennobli, adouci ; toute l’effusion qui se traduit d’ordinaire, soit par le chant du po ëte, soit par les œuvres de l’artiste, quelquefois par l’un et par l’autre. Sans doute le génie actif, intelligent, vif et mobile des races wallonnes les rendaient propres au travai l de l’esprit, comme aux productions de l’adresse manuelle. Aussi y eût-il d es périodes historiques où l’on vit la Principauté de Liége se maintenir au niveau des gra nds pays, et les eaux de la Meuse réfléter de riches abbayes où se cultivèrent tous l es arts ; des églises d’une architecture très-pure, dans laquelle venaient pour ainsi dire s’étreindre le génie français et le génie germanique ; des monuments tou t historiés intérieurement et extérieurement des œuvres de la statuaire et de cel les de la peinture ; enfin, de populeuses cités où la noblesse, le clergé et de pu issantes corporations ne pouvaient — tel était l’esprit du temps — témoigner de leur grandeur et manifester leur opulence sans avoir recours aux créations imagées d e l’art.
III
Mais il n’en est pas moins vrai que, dans ce pays, toute une série de circonstances fatidiques semble avoir pesé sur le développement d e l’art de la peinture. Les révolutions de l’histoire ont détruit les œuvres, o nt dérouté les artistes ou les ont éloignés de leur patrie, rendant ainsi plus ardues et souvent stériles les recherches de
lmpant en quelque sorte le fil de la’historien, en détruisant l’unité du récit et en ro narration. C’est la raison peut-être pour laquelle les travaux préparatoires sont si peu nombreux et si insuffisants. On ne peut contester q ue, chez la plupart des nations, les cités où les artistes vivaient autrefois en grand n ombre ont eu à subir des vicissitudes ; quelques-unes ont été le théâtre d’é vénements douloureux, et il en est peu, même parmi les privilégiées, qui n’aient eu à enregistrer des pertes irréparables ; mais sur les villes du pays de Liége, et notamment sur sa capitale, une suite de faits a pesé de la manière la plus fâcheuse, et a presque c omplètement détruit, dispersé et éloigné sans retour les œuvres de ses artistes et s urtout de ses peintres d’autrefois ; rien n’est plus difficile aujourd’hui que de recons tituer le faisceau des produits de leur travail. Lorsqu’on parcourt les villes d’Anvers, de Bruges, de Cologne, de Brunswick, de Nuremberg, Venise et les villes de l’Italie ou d e l’Espagne, et que l’on compare l’histoire de ces cités avec ce que l’art national y a laissé de monuments, on y constatera sans doute des pertes nombreuses et regr ettables. Mais si l’on visite dans le même esprit la capitale de l’ancienne principaut é de Liége, qui, à la vérité. n’a peut-être jamais égalé entièrement les richesses de ses rivales, il est aujourd’hui impossible de rendre justice, ni au talent de ses a rtistes, ni à l’élan de ces générations qui, pendant des siècles, ont fondé, bâti, enrichi et orné les monuments de leur ville. Sur le petit nombre de reliques qui subsistent, il est impossible de se rendre compte de tout ce qui a été détruit, de tout ce qui est ir révocablement perdu. Il faut avoir compulsé avec persévérance les écrivains généraleme nt fort laconiques à l’endroit des artistes ; il faut avoir fouillé tous ses monum ents, parcouru les musées de l’étranger et du pays ; il faut avoir visité les co llections des particuliers, — toutes ces nécropoles de l’art devenu objet de curiosité, — po ur comprendre la différence existant entre un passé qui n’est pas sans gloire e t le dénûment actuel des villes wallonnes.
IV
Il ne sera pas difficile, dans le courant de l’hist oire que nous allons tenter d’écrire, de retrouver les traces de l’activité des artistes dans le domaine de la peinture, et, si les monuments mêmes sont devenus rares dans le pays , il est au moins aisé de démontrer que beaucoup d’artistes y ont vu le jour. Il sera facile aussi de faire connaître quelques-uns des faits qui ont contrarié ou empêché leur développement dans leur patrie, ou qui ont détruit et dispersé le s travaux qu’ils y avaient laissés. Nous allons en indiquer quelques-uns des plus considérab les :
V
Tout au début de l’histoire de la peinture moderne, l’ancien pays de Liége donne naissance à une famille dont le nom a été célébré d ans tous les pays et dont les membres ont laissé des travaux nombreux, qui, heure usement, subsistent encore pour la plupart. Mais c’est à peine si la famille des Va n Eyck entre un moment en contact avec l’histoire de leur pays natal. Leur influence dans le développement de l’art y est nulle, ou tout au moins on ne peut la faire entrer en ligne de compte dans l’histoire de la peinture au pays de Liége. Jean Van Eyck a très-probablement vécu quelque temps à Liége au début de sa carrière. Son premier patron fut le prince Jean de Bavière, que certainement il suivit en Hollande. Mais après la m ort de son premier protecteur, le brillant peintre devint le client des ducs de Bourg ogne, qui, en accordant
généreusement des faveurs à l’artiste, ne cessèrent d’accabler d’une guerre implacable sa patrie, alors si malheureuse. Le même Philippe-le-Bon, qui donnait à Jean Van Eyck et peut-être à ses frères des places et des commandes, dévasta sans merci l’une des villes les plus opulentes du pays w allon, Dinant, laissant à son héritier le soin de faire subir le même sort à la ville de L iége, en causant aux arts, par le sac de cette capitale, une de ces pertes dont les consé quences ne peuvent plus se calculer aujourd’hui. Le dommage fut immense. Penda nt longtemps, les historiens ont assuré que la fureur destructrice des hordes bourgu ignonnes s’était arrêtée au seuil des églises et des monuments religieux ; mais des p ublications récentes ont prouvé qu’il n’en était pas ainsi. Les murs seuls des temp les furent épargnés, mais tout ce qui pouvait s’enlever, vases sacrés, reliquaires, vêtem ents sacerdotaux, broderies, images, œuvres d’art, tout ce qui pouvait être arra ché, emporté, vendu, fut pillé avec une indicible sauvagerie, et bientôt le Hainaut, la Picardie et les provinces de la 1 Bourgogne furent couvertes de dépouilles liégeoises ( ). Nous le répétons : il serait difficile de faire le bilan. des pertes de l’art da ns ce naufrage général de la richesse, des libertés et de la puissance liégeoises. Disons seulement que les monuments de l’art antérieurs à cette triste époque sont des plu s rares dans la ville capitale du pays de Liège ; que les frères Van Eyck, dont le plus je une, au surplus, mourut dix-huit ans avant cette catastrophe, n’avaient pas un seul de l eurs travaux connu à Liége, et, si leur influence s’y fit sentir sous une forme quelco nque, ce fut par les vitraux que leurs élèves exécutèrent, dit-on, pour les fenêtres de l’ ancienne cathédrale de Saint-Lambert.
VI
Cependant une population énergique, attachée au sol appauvri et humilié de la e patrie, travailla bientôt à réparer ces malheurs, e t, dès le début du XVI siècle, un prince sage, éclairé, très-ami des arts, donna une large impulsion aux dispositions heureuses dont le peuple était alors animé. Avec l’ avénement d’Érard de la Marck, beaucoup d’édifices sont fondés et surgissent de te rre, des hommes de talent se produisent. Un peintre de grand mérite, Lambert Lom bard, paraît à point pour réaliser une partie des desseins du prince. Mais ces projets , qui pouvaient donner un grand essor à la peinture, en ouvrant dans le palais des princes un champ vaste au peintre Lombard, ne devaient pas aboutir. Érard meurt au mo ment où allaient commencer les travaux pour lesquels l’artiste s’était préparé par ses études en Italie. Ses nombreux e e talents trouvèrent peu d’emploi. Cependant il fait école ; pendant le XVI et le XVII siècle un assez grand nombre de peintres de mérite apparaissent, et, s’il en est parmi eux qui s’expatrient, il en est d’autres qui donnen t un certain lustre artistique aux règnes agités des différents princes de la maison d e Bavière. L’un de ceux-ci devait être la cause d’une nouvelle et importante perte qu i a encore diminué d’une manière bien sensible le nombre des œuvres marquantes laiss ées par les peintres des bords de la Meuse. Maximilien-Henri de Bavière, prince-év êque, amateur des beaux-arts, mais qui sut peu s’identifier au peuple soumis à so n gouvernement, recueillit dans les monuments et chez les particuliers de Liége les mei lleurs tableaux qu’il pût se procurer pour en orner sa résidence de Bonn. En 168 9, ce palais, avec toutes les œuvres d’art qui y étaient contenues, fut brûlé pen dant le siége que les impériaux et leurs alliés faisaient de la ville.
VII
Les arts devaient, à cette même époque, essuyer d’a utres pertes encore. La mode, qui faisait sentir son capricieux mais tyrannique e mpire sur les artistes, le fit peser bien plus encore sur les goûts et les prédilections d’un peuple trop mobile et trop peu respectueux pour ce qu’il n’aurait dû cesser de reg arder comme ses propres gloires et les titres les plus précieux de ses annales. e Pendant le XVII siècle et le siècle suivant, on voit disparaître d es monuments et des églises les œuvres d’art et les tableaux qui so uvent furent aliénés par ceux-là mêmes dont les soins auraient dû veiller à leur con servation. Les triptyques peints de la main de Lombard et de s es élèves qui ornaient les autels des églises et des chapelles, sous prétexte qu’ils commençaient à se détériorer par l’action de l’humidité, mais en réalité parce que l a forme générale de ces autels ne répondait plus au goût du jour, sont aliénés et ven dus. Alors les énormes retables en marbre réel ou en marbres peints, les frontons déme surés soutenus par des colonnes commencent à jouir de la vogue, et, pour leur faire place, on démembre les triptyques, on rend aveugles les baies des chœurs, après les av oir dépouillées de leurs verrières peintes. On détruit même celles-ci presque partout, sans autre objet que celui de rendre l’aspect des églises plus simple ou de les é gayer par un jour plus abondant. C’est alors que passent dans des mains étrangères d es tableaux de Flémalle, de Damri et surtout de Douffet. C’est alors que le stu c et les ornements parasites envahirent la sévérité des églises gothiques, que l e verre blanc remplaça les émaux e e des peintres verriers liégeois des XIV et XV siècles, que les nefs, les chapiteaux et toute l’ornementation sculptée des églises fut mode rnisée, et que même les tombeaux t des évêques, qui reposaient à la cathédrale de S -Lambert, furent éloignés pour être remplacés par un pavé de marbre noir et blanc, et p ar des tablettes où la date de la mort de ces princes et de ces prêtres était rappelé e en lettres dorées.
VIII
e C’est ainsi que bien des monuments disparurent, et lorsqu’à la fin du XVIII sièle passa sur l’Europe cette tourmente qui devait punir tant de désordres et de méfaits par des désordres et des méfaits plus grands, il semble que, pour ce qui regarde les œuvres de l’art dans l’ancienne principauté, la bes ogne de la Révolution était déjà faite en grande partie. Cependant il restait encore beaucoup à détruire, à mutiler et à disperser ; ce qui restait à faire fut consommé lor sque la Révolution inaugura un ordre de choses nouveau. Alors furent détruits les hospic es, les maisons de corporations, t les couvents, un grand nombre d’églises et la cathé drale de S -Lambert, dans laquelle les évêques, les chanoines, les patriciens et le pe uple lui-même avaient depuis cinq siècles accumulé de nombreux monuments de l’art. Au vandalisme furieux et cupide des bandes bourguignonnes de 1468 succéda, en 1794 et les années suivantes, la destruction calculée, méthodique et organisée des c ommissaires de la République française, aidés, l’histoire doit le constater, par des spoliateurs indigènes qui, en dépouillant les monuments de leur patrie, en les dé truisant, se donnaient le nom de patriotes. On démolit à cette époque avec un certai n ordre. On brisa les tombeaux, mais on utilisa les matériaux dont ils étaient cons truits. On fondit des statues, mais on eût soin de séparer le bronze de la dorure, et d’in ventorier l’un et l’autre. On détruisit les autels, mais on en emporta les entablements et les colonnes. On mit au creuset les pièces les plus précieuses de l’ancienne orfévr erie du pays, mais le métal de ces châsses et de ces vases sacrés payait une partie de s frais de la guerre. On enleva toutes les meilleures peintures qui ornaient les ég lises, les hôpitaux, les couvents,