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Interculturalité et citoyenneté à l'épreuve de la globalisation

De
253 pages
Face au développement des politiques libérales à l'échelle mondiale, entraînant une globalisation des échanges politiques, économiques, sociaux et culturels, 3 attitudes différentes peuvent en résulter : soit une acceptation du processus, soit une réaction venant de la droite extrême, soit des contre-propositions émanant de la gauche radicale et du mouvement altermondialiste. Au niveau culturel on retrouve ces positionnements. L'auteur les aborde à partir d'exemples précis en France.
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Interculturalité et citoyenneté à l'épreuve de la globalisation

Logiques Sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non fmalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Déjà parus Michel PERRIER, La construction des légitimités professionnelles dans la formation des travailleurs sociaux, 2006. Jean-Pierre DURAND et Marie-Christine LE FLOCH, La question du consentement au travail, 2005. Brigitte GIRARD-HAINZ, Rêves de ville. Récits d'une vie associative de quartier, 2005. Norbert ALTER, La bureautique dans l'entreprise, 2005. Raoul NKUITCHOU NKOUATCHET, Les ouvrières du fastfood, 2005. Sébastien FROIN, Flux tendus et solidarité technique, 2005. Roland GUILLON, Les avatars d'une pensée dirigeante, le cas du parti socialiste, 2005. Olivier MENARD (dir.), Le conflit, 2005. Claude GIRAUD, Du secret. Contribution à une sociologie de l'autorité et de l'engagement, 2005. Thierry BLIN, Les sans-papiers de Saint-Bernard, 2005. J.P. LARUE, Baccalauréat, à qui profite la démocratisation ?, 2005. J.-M. CHAPOULIE, O. KOURCHID, J.-L. ROBERT et A.-M. SOHN (Sous la dir.), Sociologues et sociologies. La France des années 60, 2005. Frédéric ROYALL, Mobilisations de chômeurs en Irlande (1985-1995),2005. Brigitte BOUQUET (dir.), La prévention: concept, politiques,

pratiques en débat, 2005.

Raymond

Curie

Interculturalité et citoyenneté à l'épreuve de la globalisation

Enjeux et intérêts des échanges entre la culture française dominante et les autres cultures, face à l'ouverture des marchés économiques et au développement des politiques libérales

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan ItaUa L'Harmattan Burkina Faso ] 200 logements villa 96

Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

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12B2260 Ouagadougou 12

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan @wanadoo.fr harmattan! @wanadoo.fr
@ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-00216-1 EAN:9782296002166

Remerciements

Je tiens tout particulièrement à remercier les différentes personnes qui ont bien voulu répondre à mes questions sur ces thèmes de l'interculturalité et de la citoyenneté, notamment: Abel Gago formateur (ITS) et maire adjoint du neuvième arrondissement de Lyon, Karim Messaoudi formateur (ITS), Mohamed Seffahi formateur (ARAFDES) et chargé de cours à l'Université Lyon 2, Zakia Merry éducatrice, Marie Aude Farez Champalle assistante sociale, sans oublier Malek Driai et Rami Temimi intervenants dans le milieu associatif lyonnais mais aussi les étudiants (de la formation initiale d'éducateurs spécialisés) de l'ITS : Nora Aït Messaoud, Jounayda El Jerrari et Mohamed Bentaleb. Je remercie également d'autres étudiants de l'ITS LyonCaluire et de l'école Rockefeller engagés dans un processus de formation en lien avec l'Université Lyon 2 et avec lesquels j'ai travaillé dans le cadre d'une étude sociologique que j'encadrais à Villeurbanne: Magali Canard, Patricia Charmetant, Emilie Le Berruyer, Christelle Subrin, Yassine Tighboula et Isabelle Vansimaeys (Ce travail m'a permis d'avoir accès à certaines représentations de la part de professionnels de l'Education nationale et du travail social). Je tiens aussi à associer à ce travail toutes les personnes qui ont contribué à approfondir ma réflexion, soit pendant des en-

tretiens ou des échanges informels, soit par des documents écrits. Enfin je tiens particulièrement à remercier Isabelle Massé pour son précieux travail de relecture.

«La globalization économique n'est pas un effet mécanique des lois de la technique ou de l'économie, mais le produit d'une politique mise en œuvre par un ensemble d'agents et d'institutions et le résultat de l'application de règles délibérément créées à des fins spécifiques, à savoir la libéralisation du commerce (trade liberalization), c'est-à-dire l'élimination de toutes les régulations nationales qui freinent les entreprises et leurs investissements. »
Pierre Bourdieu, Contre-feux 2, Paris, Le Seuil, 2001.

Avaut propos

Au cours de plusieurs recherches, pour l'université et pour le CNRS l, j'ai été amené à constater des problèmes de méfiance voire d'hostilité d'ordre culturel, aussi bien au niveau des relations de proximité spatiale que dans des interactions quotidiennes d'habitants de villes de banlieues mais aussi lors de prises de position au cours de confrontations de différents acteurs lors d'aménagements urbains. J'ai également rencontré des attitudes défensives, voire hostiles vis-à-vis de l'Education nationale et par rapport à d'autres institutions de la part de populations ayant subi une violence symbolique. C'est particulièrement au cours de ma recherche de doctorat que j'ai pu mesurer les écarts, les incompréhensions et les critiques entre catégories sociales différentes, auxquels venaient s'ajouter des différences d'origines ethniques.

CURIERaymond, Les associations de jeunesse issues de l'immigration dans la société française des années 80. Quel avenir pour la citoyenneté?, DEA de sociologie, 1991; LEROUX MOUGIN CURIER., MILBURN LAEJ.M., C., P., F., Confrontations et accommodations dans la ville: l'implantation des résidences universitaires à la Croix-Petit: analyse ethnosociologique d'une turbulence urbaine, Rapport de recherche GRASS-CNRS, 1993; CURIERaymond, Origines et caractéristiques de la confrontation entre habitants des quartiers et milieux universitaires dans les villes de banlieue. L'université et la ville en région parisienne, Doctorat de sociologie, 1997.

1

Par ailleurs, dans le cadre de mon travail d'enseignant, j'ai été amené à encadrer des groupes d'étudiants pour des études sociologiques à l'Université Jean Monnet de Saint-Etienne et à l'ITS (Institut de Travail Social) de Lyon-Caluire, ce qui m'a permis d'aborder certaines questions culturelles et notamment celles qui ont trait à l' interculturalité, particulièrement dans les villes de banlieue. A une époque où les tensions politiques et économiques se sont accrues à la suite du développement des politiques libérales à l'échelle mondiale, les questions culturelles sont devenues l'objet de nombreux débats. La mondialisation des échanges ne va t-elle pas gommer la majeure partie des spécificités régionales et nationales à travers le monde, avec un mode de production et de diffusion complètement standardisé? A l'inverse, des replis communautaires ne vont-ils pas provoquer des démarches essentialistes et sectaires sans aucune possibilité d'ouverture interculturelle? Dans ces conditions et dans l'ensemble des pays, pour les personnes dont l'origine immigrée est récente comme pour celles qui habitent le territoire en question depuis de nombreuses générations, plusieurs orientations entraînant des débats passionnés existent au delà du cadre strict des lois. Cela va de l'assimilation au communautarisme en passant par l'intégration, l' interculturalité et la multiculturalité. En France, à partir de plusieurs exemples d'actes délinquants contre des écoles, des équipements de quartiers, du mobilier urbain... ou suite à des incivilités et des violences urbaines cités dans la presse et les médias en général, nous sentons monter des tensions qui, la plupart du temps autrefois, n'auraient été que des questions de droit commun et qui maintenant peuvent être exploitées au niveau ethnique, religieux ou politique. La première fois où j'ai été confronté à la question des relations interculturelles, c'est lorsque j'exerçais, il y a plusieurs années, en tant qu'éducateur spécialisé, en contact régulier avec des jeunes issus de l'immigration, puis ce fut le cas lors de mes recherches universitaires et en tant qu'enseignant. C'est pourquoi, ayant recueilli un certain nombre de témoignages, effectué de nombreuses observations de terrain et

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recoupé plusieurs sources d' information (documents, presse, livres), pendant plusieurs années, j'ai eu l'idée d'écrire un livre ayant pour thèmes centraux l'interculturalité et la citoyenneté, confrontées au développement de la globalisation libérale. J'ai complété ces différentes sources d'information par une étude spécifique sur la région lyonnaise, notamment à partir des réseaux professionnels de l'ITS (Institut de Travail Social). Mon orientation se rapproche de la démarche constructiviste, à savoir que je montre le poids des structures sociales et Pimportance du déterminisme tout en essayant d'expliquer que les trajectoires individuelles des personnes interrogées font apparaître aussi des marges de manœuvre autonomes. Ce livre s'adresse aussi bien aux étudiants et aux chercheurs qu'à toutes les personnes intéressées par la sociologie de la culture en général, mais aussi à I'histoire pour certaines parties car pour l'immigration notamment, cette approche éclaire davantage la question traitée.

Il

Introduction

L'identité culturelle est une question qui oriente le débat sur le mode de production et d'expression des comportements humains. Sans vie sociale et culturelle, l'homme ne peut pas accéder à la condition humaine, les exemples d'enfants sauvages à travers I'histoire nous le rappellent. La culture est une dimension importante, c'est par son intermédiaire que les hommes évoluent, les codes culturels variant d'un groupe à l'autre. Selon Jean-Claude Ruano-BorbalanI, directeur de la revue Sciences Humaines, la réflexion sur la fragmentation ou l'unification culturelle ne date pas d'hier; une forte tradition philosophique et historienne a fait de l'existence des civilisations distinctes et durables l'un des fondements de la compréhension de I'histoire. Une autre analyse remontant aux philosophes des Lumières, à Hegel, Marx et Weber a fait de la modernité occidentale un universalisme destiné à la terre entière. Trois grands débats peuvent en découler: y - a-t-il unification de la culture, sous le poids de la globalisation des échanges économiques et notamment suivant le modèle de diffusion des produits occidentaux?
RUANO-BORBALAN Jean-Claude, «Planète@culture.com », Humaines, n° 110, novembre 2000. 1 in Sciences

- Les valeurs et pratiques de la modernité (sécularisation, démocratie, individualisme...) ont-elles vocation à se diffuser à l'ensemble de la planète? -Comment s'articulent les revendications et résistances des communautés ethniques, religieuses ou politiques? et aussi, quelles sont les logiques des multiples stratégies identitaires et de création culturelle? Nous pourrions en ajouter un quatrième concernant l'information, en la formulant ainsi: peut-on traiter l'information différemment de la mondialisation économique? La communication est désormais inséparable de l'identité culturelle. Dans ce sens, Dominique Wolton2 prône un nouvel universalisme pour lutter contre les replis sectaires des communautarismes mais tout en respectant et en défendant les spécificités propres à chaque culture pour éviter des mélanges réducteurs éliminant les particularismes. Si l'on aborde maintenant les différentes lectures sociologiques concernant la culture, nous pouvons envisager deux types d'analyse: la première peut passer par la légitimité culturelle (culture dominante et cultures dominées), la deuxième envisager le relativisme culturel mettant en avant l'autonomie des cultures populaires. Nous montrerons dans cet ouvrage, l'importance de ces concepts dans la construction des analyses mais également les nuances à apporter afin de ne pas tomber dans des explications trop réductrices. Nous définirons également les concepts cités dans l'avant-propos: assimilation, intégration, interculturalité, multiculturalité et communautarIsme. A l'heure actuelle, comme nous faisons tous partie d'une culture au moins, il ne peut exister de point de vue complètement extérieur, neutre, à partir duquel on pourrait évaluer une autre culture. Chaque individu reste lié à des codes et des valeurs de sa culture d'origine. C'est pourquoi, il n'est pas question de hiérarchiser à l'échelle du monde les différentes
2 WaLTON Dominique, L'autre mondialisation, Paris, Flammarion, 2003.

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cultures. En revanche on peut parler des « invariants» humains propres aux différents peuples (la pensée, le langage, les croyances, l'amour, l'amitié...), certaines cultures ayant développé aussi des thèmes plus universels permettant des ouvertures plus larges. Cependant les pires moments du colonialisme ont montré des dominations intransigeantes au nom d'une supériorité de civilisation dans les domaines économiques, culturels, religieux et politiques de la part des puissances coloniales, notamment européennes. La disparition de certaines langues, croyances, fêtes, rites et pratiques culturelles ancestrales en a résulté dans plusieurs parties du monde, sans parler de l'esclavage des africains aux Etats-Unis, de la perte d'indépendance de nombreux peuples pendant des centaines d'années et de la quasi disparition des autochtones des Caraïbes, des quatre cinquième des Indiens d'Amérique du Nord et des neuf dixième des Aborigènes d'Australie. Aujourd'hui, Marc Ferro3 explique que l'impérialisme multinational est une colonisation sans colons, donc beaucoup plus trompeur. Les ex-colonisateurs ont laissé d'anciens colonisés participer à la gestion des affaires économiques du monde, dans certains pays ces personnes négocient des contrats importants avec des sociétés des pays développés comme par exemple l'exploitation de sites par les compagnies pétrolières. Un néo-impérialisme économique existe en parallèle d'un impérialisme culturel véhiculé par les grandes puissances occidentales. Alors que si l'on regarde la réalité historique d'une manière objective, celle-ci montre une permanente fécondation mutuelle entre les peuples. Les cultures ne sont pas statiques, des échanges et des interactions s'opèrent.

3

FERRO Marc, Le livre noir du colonialisme,

Paris, Robert Laffont, 2003.

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Au niveau des recherches sociologiques, Matthieu Béra et Yvon Lamy4 distinguent trois paradigmes qui sont le plus souvent repris: - Le premier comprend la culture comme marché, avec un ensemble d'acteurs rationnels et coordonnés. - Le second conçoit la culture comme un champ et dégage des rapports structuraux entre producteurs, consommateurs et biens, soulignant la nature conflictuelle des rapports socIaux. - Le troisième considère que la culture est un monde d'acteurs réunis par des conventions, insérés dans des réseaux de coopération: les biens sont eux-mêmes traités comme des conventions. J'aborderai ces paradigmes dans le premier chapitre, en insistant particulièrement sur le concept de champ très utilisé par Pierre Bourdieu, après avoir parlé de l'histoire culturelle de l'immigration en France et avant d'expliquer ce qu'est la légitimité et le relativisme culturels mais aussi ce que représentent les différentes cultures dans la société française et le concept d'universalisme. Puis je donnerai la définition de l' interculturalité dans un deuxième chapitre, en montrant les intérêts pour la Culture française, la Justice, l'Education nationale et le travail social. Je terminerai enfin par les enjeux de la citoyenneté, en revenant notamment sur les réflexions du forum social mondial de Porto Alegre, organisé depuis quelques années. A une époque où beaucoup de personnes parlent de mondialisation, les courants altermondialistes préfèrent parler de globalisation et dénoncer le développement de l'idéologie capitaliste néo-libérale qui donne la priorité au tout économique en permettant l'ouverture totale des marchés. Cette logique établie comme une vérité incontournable par les décideurs économiques et politiques, s'impose à l'échelle internationale et d'une manière très dure pour les pays pauvres ou faiblement
4 BERAMatthieu et LAMYYvon, Sociologie de la culture, Paris, Armand Colin,2003.

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développés, via l'OMC, la Banque mondiale et le Fond monétaire international notamment. La régulation venant de l'Etat devant être réduite au maximum, il est difficile dans ces conditions pour certains secteurs dans la plupart des pays de se défendre et d'être concurrentiel face aux grandes puissances et aux Etats-Unis particulièrement. Les productions culturelles quant à elles deviennent des marchandises, la loi du marché en élimine beaucoup au profit des plus rentables. Dans ce cadre là, parler des échanges culturels et des aides publiques est nécessaire: d'où l'idée de l'exception culturelle française qui ne fait pas l'unanimité mais qui a le mérite d'organiser une certaine résistance au tout libéral. Cependant si des pays comme la France doivent se défendre face au rouleau compresseur américain, d'autres pays dominés économiquement doivent aussi défendre leur patrimoine culturel face aux Etats-Unis mais aussi face à d'autres pays riches, notamment européens. Les mesures préconisées dans le mouvement altermondialiste comme la taxe Tobin, les nouveaux échanges Nord/Sud, la démocratie participative, le développement d'un nouvel internationalisme ainsi que la défense de la pluralité des cultures, peuvent faire progresser les réflexions et rendre crédible des alternatives. Voyons dans un premier temps, comment l'histoire de l'immigration s'est déroulée en France avec ses conséquences au niveau culturel.

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Chapitre I

Histoire et culture

I - Histoire de l'immigration en France et situation
internationale actuelle
1 - Les ethnies des originesl Si on remonte aux origines de la nation française, on constate que d'importants flux migratoires se sont produits sur un millier d'années environ: entre 500 avant Jésus-Christ et 500 après Jésus-Christ sur un territoire dont les frontières naturelles sont les Ardennes au nord, l'Atlantique et la Manche à l'ouest, les Pyrénées et la Méditerranée au sud, les Alpes et le Rhin à l'est. Les Celtes au ve siècle avant Jésus-Christ résidaient sur des territoires situés près du cours supérieur du Rhin et du Danube (civilisation de la Tène). A cette époque, une grande partie va émigrer à l'est et à l'ouest de cette région. Sur le territoire actuel de la France, les populations celtes vont rencontrer d'autres peuples très disséminés qui se souCURIERaymond, « Les apports successifs de l'immigration », in Para/es et pratiques sociales, n° 39, avril/juin 1992. 1

mettront petit à petit au nouvel occupant, dans certaines régions cependant ces peuples et les tribus celtes vivront longtemps côte à côte sans trop se mélanger2. Une civilisation celtique se mettra en place progressivement sur l'ensemble des territoires énoncés pIus haut. Puis des colonies grecques apparaîtront sur la côte de la Méditerranée, ces dernières étant ensuite confrontées à une implantation romaine qui s'effectuera dans le sud avec la constitution d'une province romaine rattachée à l'empire. Après la guerre des Gaules, en 52 avant Jésus-Christ, la période de la colonisation romaine va s'accélérer. Une nouvelle ère va s'ouvrir, ainsi apparaîtra une civilisation gallo-romaine. La plupart des dialectes des différentes régions remontent à cette époque. Puis viendront les invasions des Burgondes, des Alamans, des Wisigoths, des Francs et plus tard des Vikings pour ne citer que les peuples qui laisseront des traces historiques. Cependant seuls les Francs seront assez nombreux pour occuper et modifier durablement le nord de la Gaule, mais ils s'installeront aussi en Belgique et dans l'ouest de la Germanie. Au Ve siècle, les Bretons venus de l'île de Bretagne, fuyant les invasions des Angles et des Saxons, traversent la Manche et s'installent en Gaule dans ce qui deviendra la Bretagne. La civilisation gallo-romaine persistera avec des apports francs pour ce qui concerne le nord de la France actuelle. Le sud restera essentiellement gàJlo-romain. Cette époque a connu de véritables sociétés multiculturelles, des populations de coutumes et de religions différentes, ont vécu les unes à côté des autres sans trop de problèmes et en se mélangeant peu à peu. Au début, ces populations suivaient leur loi ancestrale: Burgondes, Wisigoths et Franès avaient une loi orale appelée aussi « coutume », alors que les populations romanisées avaient une loi écrite. Petit à petit, le christianisme unifiera encore plus ces différents peuples.

2

VRIES Jean (de), La religion des celtes, Paris, Payot, 1988.

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C'est principalement, dans la région actuelle de l'lIe de France, que naîtra le pouvoir royal, Clovis deviendra roi des Francs. Les différents rois de France se réclameront de son héritage. Tout au long du Moyen Age et jusqu'à la Révolution française, le royaume de France sera très diversifié avec des composantes ethniques différentes. Le mot nation3 par exemple signifia pendant longtemps un ensemble d'êtres humains, lié par la naissance (même langue et mêmes habitudes), il prendra un autre sens à la Révolution avec l'idée de citoyenneté. Un autre mot de plus en plus utilisé actuellement est celui d'ethnie pour désigner les différents peuples, en sachant selon F. M. Raveau4 que l' ethnicité au sens strict, se caractérise par sept indicateurs: bio-génétique, territorial, linguistique, culturel, économique, politique et religieux; alors qu'au sens large ce concept peut désigner toute personne se sentant appartenir à une ethnie sans obligations de critères bio-génétique et territorial. Pendant de nombreuses années, des régions entières échappaient au pouvoir royal, certaines étaient autonomes, d'autres rattachées à des puissances étrangères. Pendant Longtemps on parlera de royaume des Francs, il faudra attendre le XIIIesiècle et la croisade contre le catharisme et l'Occitanie avec Philippe Auguste et Saint Louis pour que l'on parle ensuite de royaume de France. Désormais la volonté des rois sera de promouvoir dans les classes dominantes une langue commune, et pour toutes les classes sociales une religion commune, c'est ainsi que les particularismes régionaux persisteront longtemps, particulièrement en milieu populaire. C'est en 1539 que le roi François 1er décrète que dorénavant tous les actes officiels seront rédigés en français, en particulier dans le midi (ordonnance de Villers-Cotterêts ).

3

CITRON Suzanne, L 'histoire de France autrement, 19920 4 RAVEAU Fo Mo, Ethnicité, migration et minorité, Hautes Etudes en Sciences Sociales, 19850

Paris, Editions Ouvrières, document de l'Ecole des

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En 1789, le royaume de France était divisé en provinces. Au nord de la Loire, Celtes, Romains et Francs avaient façonné un mode de vie et une culture spécifique; la langue française n'est parlée que par les élites locales des provinces, par les gens instruits, les gens du peuple parlent les dialectes régionaux (champenois, bourguignon, franc-comtois...) répartis en patois locaux, ils constituent la langue d'oïl. Des particularités existent, comme le franco-provencal parlé dans le sud de la Franche-Comté, dans le Lyonnais et en Savoie. En Bretagne et en"Flandre, les habitants ont une origine ethnique différente, ils parlent le breton et le flamand. En Alsace, et dans le nord de la Lorraine, les dialectes sont issus du monde germanique. Au sud de la Loire, c'est l'Occitanie, où Celtes et Romains ont contribué au développement d'un immense territoire. Au fil des siècles une civilisation très évoluée s'est épanouie, ouverte aux échanges et aux autres cultures. Le libre accès était toléré aux étrangers, les Juifs y étaient bien intégrés. Cette culture sera enrichie grâce aux activités et aux déplacements des troubadours. Les habitants parlent l'occitan, réparti en différents dialectes et patois. Au Pays Basque, une identité nationale existe depuis longtemps, en Catalogne la culture et la langue sont d'origine romane mais la région fut longtemps rattachée au royaume d'Aragon ce qui lui donne une identité différente de l'Occitanie. Quant à la Corse, l'ethnicité y est renforcée par la culture et la langue qui ont des spécificités fortes. 2 - L'immigration avant la Révolution française Selon Georges Manco5, la faiblesse de l'accroissement de la population française due aux maladies, à la famine et aux guerres, qui la maintenait parfois au-dessous des ressources possibles du pays, a été favorable à l'immigration étrangère. C'est notamment dans les activités nouvelles comme l'industrie et le commerce que le besoin s'est fait sentir. Les preuves de cette faveur pour l'immigration abondent. Dès 1309,
5 MANco Georges, Les étrangers en France, Paris, A. Colin, 1932.

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Philippe Le Bel accorde des priorités aux Portugais qui s'établissent dans les ports français. Louis XI donne toute liberté aux Flamands qui s'installent à La Rochelle, aux Florentins banquiers à Lyon, aux Italiens et aux Grecs attirés par les soieries de Tours. Henri IV multiplie les privilèges pour les Hollandais qui s'établissent en Vendée et dans le Poitou. Colbert donne aux Grecs et aux Arméniens qu'il installe à Marseille le titre de bourgeois d'icelle ville avec tous les droits, privilèges et exemptions. Sous Louis XVI, un arrêt du Conseil en 1785, donne latitude aux fabricants de mousseline, de draps et de toiles, aux tanneurs et aux quincailliers étrangers de s'installer en France. Pour retenir l'homme, on s'efforce de faire venir sa famille. Colbert s'occupe du sort des femmes de mineurs allemands et de celles des charpentiers hollandais qu'il établit dans différents ports. Les ambassadeurs français essaient d'obtenir de Venise qu'elle laisse partir pour la France des verriers de Murano qui ont été soudoyés et attirés à Paris. Les artistes, savants, imprimeurs, érudits bénéficient à toutes les époques de faveurs spéciales, afin selon l'expression de Louis XIV « d'attirer plus facilement les étrangers qui étoient pour lors dans la plus grande réputation d'y exercer, soit pour la peinture, sculpture, gravure, orfèvrerie et autres travaux ». En 1671, il confirme le privilège des artistes à loger au Louvre. Dans l'armée, les étrangers furent appelés en grand nombre et constituèrent souvent plus du tiers des effectifs; on leur accorda honneurs et avantages pour les inciter à rester en France et y fonder une famille. Dès 1346 à la bataille de Crécy, l'armée française compte 15 000 archers génois. De 1480 à 1589 la royauté opère 45 levées en Suisse totalisant 300 000 hommes. Richelieu recrute des Weimariens, des Suisses, des Italiens et des cavaliers hongrois. Au XVIIe au XVIIIe et siècle, un tiers au moins de l'armée française est composée de régiments allemands, irlandais, suisses, italiens, wallons, polonais etc. Le relevé général des effectifs en 1748 indique 68 420 étrangers sous les drapeaux.

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A côté de cette politique des autorités, d'autres causes favorisaient en France l'établissement des étrangers: comme l'occupation de certaines régions telles que la Normandie et la Guyenne par les Anglais, mais aussi l'apport de populations étrangères par osmose dans les zones frontières, les provinces se rattachant à la France au gré des héritages et des conquêtes, entraînant ainsi des personnes étrangères avec elles. La population française se montrait d'ailleurs assez accueillante pour les étrangers. Suivant une phrase parue dans la gazette Le Mercure en 1614 «Notre France est une mère commune de tout le monde qui ne refuse nourriture et accroissement à personne ». Il y avait même un véritablement engouement pour tout ce qui était étranger dans certaines catégories de la population. Le duc de Saint Simon dit en parlant de Rosen brave militaire de"Livonie désirant pousser son fils à la Cour de Louis XIV: «Il connaissait le Roi et son faible, celui de la Nation pour les étrangers. » Cependant cela ne voulait pas dire qu'on ne trouva pas parfois excessif le nombre des étrangers. Les Annales de la Cour et de Paris pour 1697 et 1698 se plaignent du renchérissement des logements dû à l'afflux des étrangers. La concurrence amène ainsi des difficultés entre Nantais et commerçants hollandais, installés dans la ville mais aussi entre ouvriers métallurgistes allemands et français. Les corporations parfois se plaignent du trop grand nombre de travailleurs et de fabricants étrangers. La royauté surveillait et contrôlait la venue des étrangers, elle travaillait à leur assimilation (interdiction du droit d'héritage, encouragement aux mariages français/étrangers, naturalisations fréquentes et francisation des noms. ..).
3 - La citoyenneté et la nation

Avec la Révolution française, les choses vont évoluer encore plus vite que du temps des rois. Une décision progressiste apparaît dans la constitution de 1793 concernant l'obtention de la citoyenneté française pour les immigrés résidant en France depuis un an, nous aborderons à nouveau cette question dans la 24

partie concernant l'universalisme et la laïcité. Un citoyen à l'heure actuelle est membre d'un Etat, il est considéré du point de vue de ses devoirs et de ses droits politiques. Cependant le Directoire et l'Empire n'appliqueront pas la décision citée plus haut, en revanche la création des départements et la centralisation jacobine sera officialisée. Mais comme le montre Fernand Braudel6, l'identité de la France est plurielle, d'une part, elle n'est pas issue d'une seule ethnie; d'autre part, nous pouvons aussi différencier communauté et société. L'apport de la sociologie allemande par le biais de Ferdinand Tonnies est important à cet égard. Son ouvrage Gemeinschaft und Gesellschaft (Communauté et Société) de 1887 est la source immédiate du concept de communauté de destin7. Pour Tonnies, la communauté est fondée sur une « volonté commune », alors que la société est structurée par « une volonté arbitraire ». Tandis que la Gemeinschaft (famille, clan, village) est réglée par des coutumes, des mœurs et des rites mais aussi par des rapports d'entraide et unifiée par une Kultur commune (religion, art, morale), la Gesellshaft (granpe ville, usine, Etat) est mue par le calcul, le gain, le profit, le contrat et la compétition dans le cadre du développement de la Zivilisation (progrès technique, scientifique, et industriel). En ce qui concerne la nation à présent, il faut savoir qu'une ou plusieurs ethnies peuvent former une nation, qu'une ethnie peut être partagée entre plusieurs nations et qu'une nation peut aussi exister sans Etat. La nation française est ainsi composée d'une communauté humaine ayant des liens géographiques et historiques communs, ainsi qu'une langue mais aussi un certain nombre de références culturelles et économiques communes. Par rapport à ce mot nation, Marcel Mauss expliquait que « nous confondons, en effet sous ce nom des sociétés très dif6 7 BRAUDEL Fernand, L'identité de la France, Paris, Fayard, 1986. Lowy Michaël, « Otto Bauer et l'autonomie culturelle », in Contre Temps,

n° 7, mai 2003.

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