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L'art en valeurs

De
360 pages
La question de la valeur de l'art accompagne toute l'histoire occidentale de la réflexion théorique sur les productions artistiques. Cette question se pose aujourd'hui dans une configuration inédite qui invite à associer aux réflexions des philosophes celles non seulement des historiens d'art, mais aussi des sociologues ou des économistes.
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L’art en valeurs
Esthétiques Collection dirigée par Jean-Louis Déotte Pour situer notre collection, nous pouvons reprendre les termes de Benjamin annonçant son projet de revue :Angelus Novus. « En justifiant sa propre forme, la revue dont voici le projet voudrait faire en sorte qu’on ait confiance en son contenu. Sa forme est née de la réflexion sur ce qui fait l’essence de la revue et elle peut, non pas rendre le programme inutile, mais éviter qu’il suscite une productivité illusoire. Les programmes ne valent que pour l’activité que quelques individus ou quelques personnes étroitement liées entre elles déploient en direction d’un but précis ; une revue, qui expression vitale d’un certain esprit, est toujours bien plus imprévisible et plus inconsciente, mais aussi plus riche d’avenir et de développement que ne peut l’être toute manifestation de la volonté, une telle revue se méprendrait sur elle-même si elle voulait se reconnaître dans des principes, quels qu’ils soient. Par conséquent, pour autant que l’on puisse en attendre une réflexion – et, bien comprise, une telle attente est légitimement sans limites –, la réflexion que voici devra porter, moins sur ses pensées et ses opinions que sur les fondements et ses lois ; d’ailleurs, on ne doit plus attendre de l’être humain qu’il ait toujours conscience de ses tendances les plus intimes, mais bien qu’il ait conscience de sa destination. La véritable destination d’une revue est de témoigner de l’esprit de son époque. L’actualité de cet esprit importe plus à mes yeux, que son unité ou sa clarté elles-mêmes ; voilà ce qui la condamnerait – tel un quotidien – à l’inconsistance si ne prenait forme en elle une vie assez puissante pour sauver encore ce qui est problématique, pour la simple raison qu’elle l’admet. En effet, l’existence d’une revue dont l’actualité est dépourvue de toute prétention historique est justifiée… »Jean-Louis DEOTTE (sous la dir. de)Philosophie et Cinéma, 2011. Alain BROSSAT, Yuan-Horng CHU, Rada IVEKOVIC et Joyce C.H. Liu (ed.)Biopolitics, Ethics and Subjectivation, 2011.
Pascale BORREL et Marion HOHLFELDT (dir.),Parasite(s). Une stratégie de création, 2010. Jean REGAZZI,Le roman de le cinéma d’Alain Resnais : retour àProvidence, 2010. Alexandra PIGNOL,Gottfried Benn. Art, poésie, politique, 2010. Alain BROSSAT,Entre chiens et loups. Philosophie et ordre des discours, 2009. Colette TRON (sous la dir. de),Esthétique et société, 2009.
Textes réunis sous la direction de Danielle Lories et Ralph Dekoninck L’art en valeurs L’HARMATTAN
© L'HARMATTAN, 2011 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-56215-8 EAN : 9782296562158
Introduction Artistique, esthétique, marchande, absente, morale, poli-tique, historique… la valeur dans tous ses états. Si l’on ne peut nier que la question de la valeur de l’art est une question qui accompagne toute l’histoire occidentale de la réflexion théorique sur les productions artistiques, puisqu’elle apparaît avec les premières pensées philoso-phiques de l’art chez Platon et chez Aristote, on ne peut nier non plus que cette question se pose aujourd’hui dans une configuration inédite qui invite à associer aux réflexions des philosophes celles non seulement des historiens d’art, mais aussi des sociologues ou des économistes, et qui nécessite une interrogation méthodologique et épistémologique aussi bien qu’une considération approfondie sur les enjeux idéolo-giques, culturels, humanistes, éthiques et politiques des « systèmes de valeurs » qui sont aujourd’hui à l’œuvre, d’une part, chez les professionnels du/des monde(s) de l’art et, d’autre part, auprès du « grand public ». Le présent recueil ne saurait avoir la prétention de propo-ser un « état de la question » qui aurait quelque exhaustivité, mais il réunit des approches diversifiées dont la confronta-tion et la mise en dialogue voudraient avoir le mérite de ma-nifester la complexité extrême ainsi qu’un certain nombre d’enjeux capitaux de la question. Le constat de l’effacement de l’ancien système des Beaux-Arts et de l’hétérogénéité présente des pratiques artistiques va de pair avec celui du caractère devenu inopérant des ju-gements de valeur esthétique dont la spécificité avait semblé e acquise à la fin du XVIII siècle, voire avec le constat de la « mort » de l’esthétique. Même si les études d’histoire de la philosophie et de l’esthétique peuvent insister aujourd’hui sur les présupposés métaphysiques (Gilda Bouchat) qui ont présidé à la naissance, voire aux avortements successifs, de l’esthétique philosophique comme discipline autonome, et
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e sur leur persistance jusque dans la pensée du XX siècle, sous le couvert du regret associé à la perte de l’aura de l’œuvre « à l’ère de sa reproductibilité technique », il n’est pas douteux que la disparition des repères qu’avaient procurés les efforts e des penseurs du XVIII siècle et affermis ceux de leurs suc-cesseurs laisse aujourd’hui non seulement le « grand public » mais aussi les théoriciens, sinon dans le désarroi, du moins dans une certaine perplexité. On peut à l’analyse de la situation actuelle s’inquiéter du fossé grandissant entre valeur esthétique ou artistique et va-leur marchande, évoquer une « dévaluation esthétique » et dénoncer la surenchère affective et émotionnelle qui l’emporte sur la réflexion critique et la signification des œuvres, et qui, confortée par les multiples médiations qui caractérisent la valorisation sociale des œuvres et des artistes, comporte un danger de « manipulation politique et idéolo-gique » (Marc Jimenez). On peut dans le même sens, en s’inspirant de Simmel, dénoncer la « culture de l’argent » qui induit chez l’individu une neutralisation du « pouvoir critique de juger » en mettant à mal l’équilibre du rapport réciproque de la sensibilité et de l’entendement (Claude Thérien). Mais on peut aussi tenter, en philosophe analytique, de revisiter l’ancienne querelle de l’objectivisme et du subjecti-visme pour s’efforcer de fonder la valeur artistique de l’œuvre soit, entièrement ou partiellement, dans l’expérience esthétique qu’elle peut nous offrir, soit dans des propriétés objectives ou un accomplissement artistique que réalise l’œuvre, voire s’essayer à trouver une voie moyenne entre les deux (Jerrold Levinson). Quoi qu’il en soit, il s’agit bien de sauver la possibilité même de porter un jugement critique. Mobiliser les ressources de la tradition philosophique face à la scène de l’art contemporain, ce peut être encore montrer comment celle-ci pose à nouveaux frais la question des rap-ports entre valeur morale et excellence artistique (Carole Talon-Hugon) et qu’à cet égard il peut être éclairant de réac-tiver la distinction entre valeur esthétique et valeur artistique,
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distinction qui, chez Kant, à l’apogée de l’autonomisation moderne de l’esthétique, pourrait bien avoir résisté à la ré-duction de l’artistique à l’esthétique (Danielle Lories). Quant à la conception la plus ancienne du beau et à la tradition du canon à laquelle elle a donné cours, il est possible qu’elle n’ait pas encore livré toutes ses richesses et que par-delà la réduction de la sensibilité esthétique à la raison, le canon, le nombre d’or ou lasymmetria aient de tout temps été comme une manière de faire droit, dans l’art, à la singularité irréduc-tible et au dynamisme de l’individu vivant (Laura Rizzerio). La philosophie récente offre bien des possibilités pour remettre en question les systèmes de valeurs et les procé-dures de valorisation telles que la sociologie peut les dégager de l’analyse des mondes de l’art, qu’il s’agisse sur les traces de Merleau-Ponty de mettre en avant le style comme incar-nation de la créativité, de la nouveauté et de l’originalité, et dès lors comme résistance aux valeurs établies et comme moteur de transformation des valeurs elles-mêmes (Guillaume Carron), ou qu’il s’agisse de se mettre en quête, à la suite d’un Michel Henry, par exemple, de ce qui est au principe de toute valeur (Simon Brunfaut). Quoi qu’on pense des thèses de tel philosophe individuel en la matière, l’art d’aujourd’hui ne peut, par le spectacle qu’il offre de ses pra-tiques et des procédures et des liens entre les multiples ac-teurs à travers lesquels nos sociétés reconnaissent une valeur aux œuvres et aux artistes, que renvoyer le philosophe aux questions ultimes de ce que sont ces valeurs dont on parle : économique, artistique, esthétique, historique, critique, do-cumentaire, sociale..., et de ce qui peut ultimement les fon-der. Ce sont les faits qui contraignent à poser la question de la valeur en art, et ces faits interpellent toutes les disciplines qui entendent traiter de l’art. Ainsi par exemple c’est un fait que différentes manières de présenter les œuvres de l’art brut se sont fait jour au cours des dernières décennies, privilégiant tantôt une valeur d’authenticité et de singularité, tantôt la
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qualité « esthétique » des œuvres qui invite plutôt à faire des artistes bruts des artistes « comme les autres » (Delphine Dori). Quant à l’œuvre musicale de Schoenberg, il paraîtrait bien obsolète de faire reposer la valeur qu’on veut lui recon-naître aujourd’hui sur sa « modernité » formelle, comme a pu le faire Adorno, qui condamnait en revanche Stravinsky pour son langage « réactionnaire » et son passéisme : que reste-t-il de ces oppositions face aux créations actuelles (Brigitte Van Wymeersch) ? De même les faits de l’art contemporain re-mettent en question les différentes positions qui ont pu être débattues historiquement quant à la valeur des doubles dans les arts autographiques, parce que certaines pratiques d’aujourd’hui ébranlent radicalement la distinction entre l’original et son double (Thierry Lenain). L’analyse économique des procédures de valorisation que constituent les divers types de concours artistiques (musique, cinéma, littérature...) et de leurs résultats peut achever de semer le trouble quant aux valeurs artistiques reconnues et leur mode de reconnaissance, bref sur la valeur de nos va-leurs, même si au même moment on peut s’interroger sur les présupposés de ladite analyse, sur l’interprétation à donner au critère traditionnel de l’épreuve du temps par exemple (Victor Ginsburgh et Sheila Weyers), critère que la réflexion sociologique peut amener à remettre en cause, tout en souli-gnant l’hybridation actuelle d’une « logique artisanale » et d’une « logique industrielle » dans la construction sociale, collective de la valeur de l’art (Daniel Vander Gucht). Une manière dont la question de la valeur en art interpelle les philosophes, les esthéticiens, les historiens d’art consiste à les renvoyer aux questions méthodologiques et épistémolo-giques qui foncièrement concernent toutes les disciplines des « sciences humaines » qui ont à traiter des œuvres et des pra-tiques artistiques, d’un point de vue historique ou non. On peut à cet égard se demander si les théories néo-kantiennes qui ont largement contribué à la réflexion sur le statut des-dites « sciences de l’esprit » et ont ainsi participé à leur don-
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