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L'Art naïf

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Description

L’art naïf connaît ses premiers succès à la fin du XIXe siècle. Des « peintres du dimanche » développent avec spontanéité et simplicité une forme d’expression qui, jusqu’alors, avait peu intéressé les artistes et les critiques d’art. Influencée par les arts primitifs, la peinture naïve se distingue par la précision de ses traits, la vivacité et la gaieté de ses couleurs, ainsi que ses formes brutes, souvent élémentaires.
L’art naïf est représenté par des artistes tels qu’Henri Rousseau, Séraphine de Senlis, André Bauchant et Camille Bombois. Ce mouvement s’est également développé à l’étranger, où se sont démarqués des artistes aussi importants que Joan Miró, Guido Vedovato, Niko Pirosmani, et Ivan Generalic.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 10 mai 2014
Nombre de lectures 4
EAN13 9781783103522
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0022€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait


Texte : Nathalia Brodskaia et Viorel Rau
Traduction : Cédric Brochard

Mise en page :
Baseline Co. Ltd
61A-63A Vo Van Tan Street
e4 étage
District 3, Hô-Chi-Minh-Ville
Vietnam

© Parkstone Press International, New York, USA
© Confidential Concepts, worldwide, USA
© Fernando De Angelis
© Onismi Babici
© Branko Babunek
© André Bauchant, Artists Rights Society (ARS), New York, USA/ ADAGP, Paris
© John Bensted
© Camille Bombois, Artists Rights Society (ARS), New York, USA/ ADAGP, Paris
© Ilija Bosilj-Basicevic
© Janko Brašić
© Aristide Caillaud, Artists Rights Society (ARS), New York, USA/ ADAGP, Paris
© Camelia Ciobanu, Artists Rights Society (ARS), New York, USA/ Visarta, Bucarest
© Gheorghe Coltet
© Mircea Corpodean
© Viorel Cristea
© Mihai Dascalu
© Adolf Dietrich, Artists Rights Society (ARS), New York, USA/ Pro Litteris, Zurich
© Gheorghe Dumitrescu
© Jean Eve, Artists Rights Society (ARS),New York, USA/ ADAGP, Paris
© Francesco Galeotti
© Ivan Generalić
© Ion Gheorge Grigorescu
Art © Morris Hirshfield/ Licensed by VAGA, New York, USA, pp.166, 167, 168-169
© Paula Jacob
© Ana Kiss
© Boris Koustodiev
© Nikifor Krylov
© Dominique Lagru, Artists Rights Society (ARS), New York, USA/ ADAGP, Paris
© Marie Laurencin, Artists Rights Society (ARS), New York, USA/ ADAGP, Paris
© Antonio Ligabue
© Oscar de Mejo
© Orneore Metelli
© Joan Miró, Artists Rights Society (ARS), New York, USA/ ADAGP, Paris
© Gheorghe Mitrachita
© COPYRIGHT Grandma Moses Properties Co.
© Ion Nita Nicodin
© Emil Pavelescu
© Ion Pencea
© Dominique Peyronnet
© Horace Pippin
© Niko Pirosmani
© Catinca Popescu
© Ivan Rabuzin
© Milan Rašić© René Martin Rimbert
© Shalom de Safed
© Sava Sekulić
© Séraphine de Senlis (Séraphine Louis), Artists Rights Society (ARS), New York, USA/ADAGP,
Paris
© Emma Stern
© Gheorghe Sturza
© Anuta Tite
© Ivan Vecenaj
© Guido Vedovato
© Miguel Garcia Vivancos
© Louis Vivin, Artists Rights Society (ARS), New York, USA/ ADAGP, Paris
© Elena A. Volkova
© Alfred Wallis, Artists Rights Society (ARS), New York, USA/ DACS, Londres
© Valeria Zahiu

Tous droits d’adaptation et de reproduction réservés pour tous pays. Sauf mention contraire, le
copyright des œuvres reproduites se trouve chez les photographes qui en sont les auteurs. En dépit de
nos recherches, il nous a été impossible d’établir les droits d’auteur dans certains cas. En cas de
réclamation, nous vous prions de bien vouloir vous adresser à la maison d’édition.

ISBN : 978-1-78310-352-2


L’Art naïf







S o m m a i r e


I. Naissance de l’art naïf
Quand l’Art naïf est-il né ?
L’Art moderne en quête de nouveaux horizons
Un Evénement central : le banquet en l’honneur du Douanier Rousseau
II. Retour aux sources : des Primitifs à l’art moderne
L’Art « primitif » et l’art moderne : le cas Miró
De la Peinture médiévale aux naïfs : une approche identique ?
Les Sources de l’art naïf : de la tradition populaire à la photographie
Les Peintres naïfs et l’art populaire
Les Peintres naïfs et la photographie
III. Des Découvertes à l’Est
Le Cas Pirosmani
La Peinture naïve roumaine
Conclusion : l’art naïf est-il vraiment naïf ?
Les Incontournables
France Henri Rousseau, dit le Douanier Rousseau (Laval, 1844 – Paris, 1910)
Louis Vivin (Hadol, 1861 – Paris, 1936)
Jean Eve (Somain,1900 – Louveciennes,1968)
Séraphine Louis, dite Séraphine de Senlis (Arsy, 1864 – Clermont, 1942)
Dominique Peyronnet (1872 – 1943)
André Bauchant (Château-Renault, 1873 – Montoire, 1958)
René Martin Rimbert (1896 – 1991)
Camille Bombois (Vénaray-lès-Laumes, 1883 – Paris, 1970)
Aristide Caillaud (Moulins, 1902 – Jaunay-Clan, 1990)
Espagne Joan Miró (Joan Miró i Ferra) (Barcelone,1893– Palma de Mallorca, 1983)
Miguel Garcia Vivancos (Mazarrón, 1895 – Cordoue, 1972)
Italie Orneore Metelli (Terni, 1872 – Terni, 1938)
Guido Vedovato (Vicence, 1961 – )
Etats-Unis Edward Hicks (Langhorne, 1780 – Newtown, 1849)Morris Hirshfield (1872 – 1945)
Anna Mary Robertson, dite Grandma Moses (Greenwich, 1860 – Hoosick Falls, 1961)
Géorgie Niko Pirosmani (Pirosmanashvili) (Kakheti, 1862 – Tiflis (aujourd’hui Tbilissi), 1918)
Pologne Nikifor Krylov (Krynica Wiés, 1895 – 1968)
Croatie Ivan Generalić (Hlebine, 1914 – Koprivnica, 1992)
Serbie Milan Rašić (Donje Stiplje, 1931 – )
Israël Shalom Moscovitz, dit Shalom de Safed (Safed, 1887 – 1980)
Index
Notes bibliographiques

Henri Rousseau, dit le Douanier Rousseau,
Le Charme, 1909.
Huile sur toile, 45,5 x 37,5 cm.
Museum Charlotte Zander, Bönnigheim.
I. Naissance de l’art naïf


Quand l’Art naïf est-il né ?

Il existe deux manières d’envisager la naissance de l’art naïf. Comme courant artistique, il n’a vu le
ejour qu’au début du XX siècle. Mais il est apparu de façon absolue, il y a quelques dizaines de
siècles, avec les peintures rupestres et les premières sculptures animalières. Qui fut le premier artiste
naïf ? Certainement un chasseur du néolithique, gravant sur une pierre plate les contours d’une proie
en fuite et n’utilisant qu’une seule ligne fine pour rendre la silhouette élégante de l’animal en
mouvement. Sans aucune expérience artistique, il utilise son œil de chasseur. Toute sa vie durant, il
avait observé son « modèle ». Il est difficile, cependant, de comprendre ce qui l’incita à réaliser un tel
dessin. Tentait-il de transmettre un message à sa tribu ? A un dieu, une prière pour que la chasse soit
bonne ? Selon les historiens de l’art, ce premier essai, indépendamment de son objectif, témoigne
d’un élan vital, d’un besoin de s’exprimer né au contact de la nature. Ce chasseur, qui doit assurément
être considéré comme le premier des « artistes naïfs », fut sans doute le plus original, car aucun
système de représentation picturale n’existait encore. Peu à peu, une méthode se forma et se
perfectionna. Les peintures des grottes de Lascaux ou d’Altamira n’ont sans doute pas été réalisées
par les mains d’un chasseur. La représentation précise et détaillée des bisons, leurs plastiques,
l’utilisation du clair-obscur et, pour finir, la beauté du dessin révèlent une incontestable maîtrise.
Mais, comme il vivait dans l’anonymat et que ses contemporains ne prêtaient sans doute pas un
intérêt aussi important que nous aujourd’hui à ce qu’il peignait, ce « naïf », chasseur ou artiste
amateur, continua ses essais.

Avec l’apparition de divers systèmes artistiques et de plusieurs écoles d’art, se sont peu à peu révélés
des artistes peintres, sculpteurs et dessinateurs, novateurs et originaux. Le monde européen conserve
avec soin les chefs-d’œuvre de l’Antiquité, ainsi que les noms des grands architectes, sculpteurs et
epeintres. Cependant, au V siècle avant J.-C., un citoyen athénien inconnu tentant de réaliser une
peinture, avait peu de chance de passer à la postérité. Il est vrai que la plupart des fresques antiques
n’ont pas survécu aux ravages du temps et les écrits n’ont immortalisé que peu de noms de maîtres.
Le nom de cet artiste, précurseur du Douanier Rousseau, s’est effacé pour toujours, mais l’homme a
certainement existé.

Par ailleurs, le nombre d’or et les bases mathématiques utilisées en art, s’ils étaient considérés canons
de la beauté humaine par Polyclète, n’étaient le patrimoine que d’un tout petit territoire et
constamment confronté aux invasions. Provenant de la mer Noire ou de la Sibérie, elles apportèrent
avec elles les statuettes de pierre nommées, qui constituaient, pour les Grecs, des exemples d’art
« sauvage », « primitif », tout comme les hommes qui les avaient créées.

Marqué par la vénération des maîtres grecs, l’art romain fut influencé par ces barbares (le mot ne
esignifiant dans l’optique de l’époque qu’ « étranger ») dès le III siècle avant J.-C.. Pour les Romains,
qui se considéraient seul peuple civilisé de la terre, les barbares étaient incultes et leur art ne pouvait
rivaliser avec l’art de leur capitale, Rome. Néanmoins, les sculpteurs romains reprirent souvent ces
formes barbares en les simplifiant parfois jusqu’à l’extrême.

L’art des peuples barbares, aussi « incorrect » fût-il, possédait cette éloquence qui manquait tant à la
majorité des œuvres classiques. Les artisans sculpteurs furent influencés par ses nouvelles formes
(voir pour exemple les tarasques), empruntant en cela les mêmes voies que celles suivies beaucoup
plus tard par Picasso, Miró, Ernst et bien d’autres.

Après avoir renversé la domination de Rome, les Barbares se délivrèrent des principes de l’art
classique et méprisèrent les canons fixés par Polyclète. Dès lors, l’art apprit à effrayer, à susciterl’horreur, à faire trembler. Sous les chapiteaux des églises romanes apparurent d’étonnantes créatures
aux membres courts et à la tête énorme. Qui donc étaient les auteurs anonymes de ces formes
étranges ? Sans aucun doute, de bons artisans qui excellaient dans le travail de la pierre, mais surtout
de vrais artistes : en témoigne la puissante emprise qu’exercent sur nous de telles œuvres. Ces artistes
sont venus à l’art par cette voie parallèle, qui a, semble-t-il, toujours existé et que les Européens ont
fini par nommer « art naïf ».

eC’est en Europe, au début du XX siècle, que les premiers peintres dits « naïfs » furent connus. Qui
sont-ils ? D’où viennent-ils ? Ces questions demandent un retour vers le passé. En réalité, il faut
s’intéresser à ceux qui, les ayant découverts, les ont sortis de l’anonymat. En effet, sans la jeune
avant-garde européenne, qui fait partie intégrante maintenant de l’histoire de l’art, l’art naïf n’aurait
peut-être jamais eu d’impact. Par conséquent, il paraît difficilement concevable d’étudier Henri
Rousseau, Niko Pirosmani, Ivan Generalić, André Bauchant ou Louis Vivin sans prendre en compte
aussi Pablo Picasso, Henri Matisse, Joan Miró, Max Ernst ou Mikhail Larionov.

Les multiples problèmes posés par les œuvres naïves occuperont encore longtemps les historiens de
l’Art. Avant tout, il est nécessaire d’éclaircir les sources de leur art, ainsi que les relations qu’ils
entretiennent avec l’art académique officiel. Etudier l’art naïf relève de la gageure car de nouveaux
artistes apparaissent sans cesse et leurs œuvres viennent, sinon modifier, du moins compléter les
théories. Ceci rend particulièrement ardue l’élaboration d’un panorama exhaustif de l’art naïf. Aussi,
nous contenterons-nous de prendre seulement quelques exemples représentatifs de cet univers
mystérieux.

A n o n y m e,
Elans et hommes.
Région de Kamberg, Afrique.

Aristide Caillaud, Le Fou, 1942.
81 x 43 cm.
Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, Paris.
L’influence des peintures de Henri Rousseau, de Niko Pirosmani ou d’Ivan Generalić sur l’art
académique est très complexe à déterminer. La raison en est simple : ils ne sont pas unis au sein d’une
même école, et aucun d’entre eux ne possède une cohérence picturale suffisante pour être totalement
cerné. Cet obstacle de taille explique pourquoi les historiens de l’art se sont, jusqu’à présent, peu
intéressés à cette question. Car il est vrai que chercher un point commun, permettant de les confronter
tous ensemble, est une étude particulièrement difficile. Se pose d’abord le problème de leur
dénomination : il n’existe, en effet, pas de mot permettant de les définir exactement. Dans les
dictionnaires spécialisés, le terme « primitif » est défini comme suit : « peintre ou sculpteur, qui
eprécède les maîtres de la Renaissance ». Cette définition, apparue au XIX siècle, a vieilli : la notion
ed’art primitif au XX siècle a inclus l’art des autres civilisations ainsi que celui des artistes naïfs. On
a ainsi élargi la définition pour y introduire des courants très différents les uns des autres. C’est
pourquoi, le terme « primitif », employé pour déterminer un art d’amateurs ne semble pas
suffisamment précis.

Le mot « naïf » et ses synonymes - naturel, ingénu, rustre, inexpérimenté, crédule, simple - reflètent
tous une certaine caractéristique émotionnelle, qui correspond, cela va sans dire, parfaitement à
l’esprit de ces peintres. Cependant, reprenant une formule d’Aragon, on pourrait dire « qu’il serait
naïf de croire cette peinture naïve ».[1]

Ce n’est pas par hasard si, les uns après les autres, tous les spécialistes ont inventé de nouveaux
termes, chacun s’efforçant de définir l’indéfinissable. W. Uhde avait baptisé l’exposition de 1928 :
« Les Peintres du Cœur sacré », et mettait ainsi l’accent sur leur simplicité d’âme. Le nom que leur
attribua René Huyghes, « les peintres instinctifs », se réfère, quant à lui, plutôt à leurs œuvres. Le
eterme de « néoprimitif » fut créé pour les distinguer des artistes « primitifs du XIX siècle », en
réalité les peintres médiévaux. On a introduit par la suite, le terme de « peintre du dimanche » pour
désigner la situation sociale de ceux qui, après avoir travaillé toute la semaine, se consacraient à la
peinture le dimanche, comme distraction.

Ce fut finalement le terme de « naïf » qui l’emporta. Son utilisation dans les différentes publications
et dans les musées peut témoigner de sa prévalence. De plus, le mot illustre parfaitement l’alliance
d’éléments esthétiques et moraux que l’on retrouve dans les œuvres de ces peintres. Pour Gert
Claussnitzer, l’appellation « peintres naïfs » associe au réalisme triomphant la maladresse de ces
peintres amateurs.[2] Toutefois, pour le spectateur candide, sous le terme de peintre naïf se cache
d’abord une personne, un peintre.

A n o n y m e,
Idole masculine, 3000-2000 ans av. J.-C.
Bois d’élan, h : 9,3 cm.
Musée d’Archéologie nationale,
Château de Saint-Germain-en-Laye,
Saint-Germain-en-Laye.

Séraphine Louis,
dite Séraphine de Senlis, Les Cerises.
Huile sur toile, 117 x 89 cm.
Museum Charlotte Zander, Bönnigheim.

Séraphine Louis,
dite Séraphine de Senlis, F l e u r s.
Huile sur toile, 65,5 x 54,5 cm.
Museum Charlotte Zander, Bönnigheim.

Henri Rousseau,
dit le Douanier Rousseau,
La Guerre ou La Chevauchée de la discorde, 1894.
Huile sur toile, 114 x 195 cm.
Musée d’Orsay, Paris.
L’aspiration naturelle de chaque historien de l’art à classer les peintres naïfs sous des traits
fondamentaux, s’est rapidement heurtée à l’indépendance de cet art à l’égard de toute école, de toute
idéologie, de tout manifeste. Maurice de Vlaminck écrivit à la fin de sa vie : « J’ai été Fauve,
paraîtil, puis cézannien. Tout ce que l’on voudra, j’y consens, si j’ai d’abord été Vlaminck. »[3] Pour les
naïfs, cette indépendance est nécessaire. Paradoxalement, c’est par cette faculté qu’ils se définissent le
mieux. Leur spontanéité intervient non seulement dans le choix de leurs sujets, de leurs motifs, mais
elle est présente d’abord dans leur regard sur la nature. Elle s’incarne finalement dans leur manière de
peindre. On ne saurait oublier par ailleurs l’existence d’un autre domaine de l’art : l’art populaire, qui
a joué d’une certaine manière un rôle déterminant chez les naïfs.


L’Art moderne en quête de nouveaux horizons

L’opposition farouche que vouèrent les romantiques aux classiques fut à l’origine des événements du
edébut du XX siècle. La peinture classique semblait moribonde, et même ses défenseurs les plus durs
étaient conscients de cette crise. La peinture historique et la peinture de genre des salons parisiens se
rapprochaient de l’ « image-miroir » selon la formule de Léonard de Vinci. En fait, on était très loin
de ce qu’avait prévu le grand maître italien, frôlant une utilisation vulgaire de ce principe.
L’adoration de l’Antiquité s’étendait de Plutarque aux sujets sentimentaux de Gérôme, tandis que les
romantiques traduisaient leur inclination pour l’Orient mystérieux, représenté par des beautés nues
allongées dans des piscines carrelées. Le naturalisme, à bout de souffle, stimulait également l’essor
d’un rival dangereux : la photographie. Comme l’a justement remarqué André Malraux, la première et
unique vocation de la photographie naissante était l’imitation de l’art. Créer des œuvres d’art, en
copiant la nature à l’aide de pinceaux virtuoses et de techniques raffinées incombait au peintre
aspirant à surpasser la photographie. Pour la peinture, c’était l’aveu même de son impuissance. Ainsi
es’acheva sans gloire la doctrine de l’Académie, en vigueur en France depuis le milieu du XVII siècle.
Par ailleurs, la photographie amplifiait le trait naturaliste de la peinture, caractéristique à laquelle
résistaient déjà des peintres épris de liberté à l’époque romantique, ce qui précipita sa fin.

La célèbre phrase que Maurice Denis écrivit en 1890, alors qu’il n’avait que vingt ans, prend dans ce
contexte un sens particulier : « Un tableau, avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une
quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane, recouverte de couleurs en un certain
ordre assemblées. »[4] Pour comprendre le rôle fondamental du plan et de la couleur, les artistes se
eréférèrent aux maîtres pré-Renaissance, que le XIX siècle avait pris l’habitude de nommer
« primitivistes ». C’est en suivant leurs traces qu’apparut une autre « nouvelle naissance », celle dont
rêvaient les jeunes artistes, futurs impressionnistes.