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L'Art roman

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Livres
128 pages

Description

« L’art roman, c’est des églises, encore des églises, toujours des églises », « Le XIIe siècle est la grande époque de l’art roman », « L’art roman reflète une époque angoissée par la fin des temps », « L’architecture romane est maladroite, petite, sombre », « Les cathédrales de lumière, c’est l’art gothique ! », « Au Moyen Âge, il n’y a pas d’artiste »…
Souvent qualifié d’austère et de sombre, par opposition au gothique, l’art roman est presque toujours réduit aux « églises romanes ». C’est oublier que cet art fut d’une richesse exceptionnelle, réconciliant l’astronomie et la spiritualité, les sciences de l’homme et les techniques de pointe, l’art et la matière... C’est cette variété que l’auteur nous invite à découvrir ici.

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Date de parution 10 septembre 2015
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EAN13 9782846708050
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Pour Alice, fille de la vérité
L’Art roman Nicolas Reveyron Arts & Culture
Nicolas Reveyron Agrégé de lettres classiques, docteur en histoire d e l’art de la Sorbonne et archéologue spécialisé dans l’archéologie du bâti, Nicolas Reveyron est professeur d’histoire de l’art et archéologie du Moyen Âge à l’université Lumière-Lyon 2 et membre de l’Institut universitaire de France. De ses formations en lettres et en archéolo gie, il a tiré des outils conceptuels et méthodologiques qu’il a adaptés à l’histoire de l’art. Il travaille sur l’architecture religieuse du e e XI-XIII siècle, la Renaissance du XII siècle et le chantier médiéval. Du même auteur – N. Reveyron, V. Rouchon,L’Art roman, Paris, Flammarion, collection « Abécédaire », 2000 – A. Prache (dir.), Ph. Plagneux, N. Reveyron, D. V. Johnson,Initiation à l’art roman, Paris, Desclée de Brouwer-Zodiaque, 2002 – J.-N. Barnoud, N. Reveyron, G. Rollier,La Basilique de Paray-le-Monial, Paris, Desclée de Brouwer-Zodiaque, 2004 – N. Reveyron,Chantiers lyonnais du Moyen Âge, Saint-Jean, Saint-Nizier, Saint-Paul, archéologie et histoire de l’art, Lyon, Documents d’archéologie Rhône-Alpes, n° 28, 2005
Issues de la tradition ou de l’air du temps, mêlant souvent vrai et faux, les idées reçues sont dans toutes les têtes. Les auteurs les prennent pour point de départ et apportent ici un éclairage distancié et approfondi sur ce que l’on sait ou croit savoir.
ART ROMANdénomination d’« art roman » a été proposée en 1818 par Charles de Gerville,– La e archéologue normand formé à l’école anglaise d’archéologie, et vulgarisée au XIX siècle par Arcisse de Caumont, le père de l’archéologie médiévale en France. Elle recouvrait à l’origine moins une période e stylistique qu’un processus de formation : dès le V siècle, l’art romain aurait dégénéré en art roman, comme le latin avait dégénéré en langues romanes. Rien de dévalorisant : elle traduisait un simple constat évolutionniste. Rien de gratuit non plus : elle était le fruit d’observations rigoureuses et méthodiques. Mais l’enjeu était considérable et le projet révolutionnaire : donner une identité, une réalité historique à un e période artistique totalement ignorée, voire méprisée. Entreprise pleinement réussie : dès le milieu du XIX e e siècle, l’expression a fini par désigner une forme d’art originale, limitée au XI -XII siècle, et attachée à la géographie artistique des vieilles provinces françaises, les fameusesécoles régionales. Toutefois, la dénomination d’« art roman », comme celle d’« art gothique », n’avait d’autre fondement qu’une habitude de e langage, et les nouvelles problématiques du dernier tiers du XX siècle ont failli la faire disparaître au profit d’une simple classification par siècle et décennie. En rétablissant le lien étroit entre création e artistique et culture médiévale (arts, lettres, musique, structures socioculturelles…), le XXI siècle tend à replacer l’expression traditionnelle d’« art roman » dans sa dimension éminemment culturelle.
Notes 1) Les mots signalés par un astérisque renvoient auglossaireen fin d’ouvrage.
Introduction e Qui a eu le premier l’intuition d’un art roman ? Sans doute déjà les hommes du XI-XII siècle. Ils avaient e compris qu’avec l’effondrement de l’Empire carolingien au X siècle s’achevaient une conception du monde et toute une culture. S’ils ont perçu le renouvellement du « blanc manteau d’église » initié juste après l’an Mil, ils n’ont toutefois pas su nommer ce mouvement. Mais les différentes tendances artistiques composant l’art roman prouvent, à elles seules, que ce dernier s’est formé et a mûri en pleine conscience, c’est-à-dire par invention, rejet, adaptation, innovation et renaissance, et qu’il a aussi préparé l’avenir sur des problématiques propres, par exemple techniques (le voûtement, la lumière architecturale…), pratiques e (architecture et liturgie…) ou esthétiques (le naturalisme dans les arts figuratifs…). Dès le XIII siècle, le développement spectaculaire de l’art gothique a rendu sensibles aux contemporains à la fois l’avènement d’une culture nouvelle – ils le proclament haut et fort – et, par contraste, la réalité d’une identité romane. e D’ailleurs, les peintres du XV siècle se sont emparés de l’architecture romane pour en faire le décor, à visée métaphorique, des scènes de l’Ancien Testament. Mais là encore, les sources écrites restent muettes ; on goûte l’art, on ne l’étudie pas, activité intellectuelle réservée à la théologie ou à la philosophie. e Le XIX siècle a sorti l’art roman de l’oubli massif où il était tombé depuis la Renaissance. Il l’a recréé à sa ressemblance, pour y insuffler ses aspirations et y renouveler ses craintes. Il l’a aussi reformulé dans le style néoroman, la peinture d’histoire ou l’architecture éclectique. Il a enfin massivement débaroquisé les e églises romanes surchargées au XVII-XVIII siècle d’angelots, de gypseries tarabiscotées, de peintures e édifiantes. Le XX siècle s’y est retrouvé tout entier, des conservateurs aux novateurs. Il s’en est saisi comme il l’a fait de toute forme culturelle, avec l’enthousiasme brouillon des néophytes. Dérestaurations, modernisations, dépouillements (symbolisés par la mise à nu des parements de pierre), évacuation de ce qu’on a souvent considéré, après le concile de Vatican II, comme un bric-à-brac de vieux mobiliers et de 1 statues* démodées, restaurations au fer et au verre fumé, mise en son et lumière, fléchages touristiques, créations muséographiques… Il a fait souffler sur l’art roman un vent de modernité qui ne lui a pas toujours nui, loin s’en faut. Les années vingt-trente et les années cinquante-soixante lui ont repris des stylisations, des hiératismes, des couleurs* franches, des aplats audacieux, et cette folle liberté de créer. Et nous ? Nous, il nous faut faire avec un lourd héritage, non pas celui des œuvres (elles s’assument toutes seules et on les redécouvre chaque jour), mais bien l’énorme masse de commentaires, analyses, impressions, rejets et adorations. Par chance, le tout début de notre millénaire a l’ignorance naïve de ceux qui n’ont pas encore de mémoire. Tout a été remis en cause après guerre, avec cette radicalité propre à ceux qui ont vécu l’inimaginable. Sur ce terreau refertilisé, les nouvelles technologies brouillent aujourd’hui les pistes en multipliant les ouvertures sur d’autres mondes, c’est-à-dire d’autres comparaisons et d’autres voies d’analyses. Les convergences inouïes qui réconcilient par exemple l’astronomie et la spiritualité, les sciences de l’homme et les technologies de pointes, l’art et la matière, etc., les nouveaux concepts comme la polychronie*, la narratologie appliquée à l’image ou les interfaces floues venues de l’informatique notamment, sont une promesse de renouveau. C’est cette porte que le présent travail souhaite entrouvrir. L’épistémologie y sera un sésame.