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L'Histoire dans le cinéma anglo-américain parlant

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Livres
169 pages

Description

Filmer la réalité. Ou l'imaginer. Bon nombre d'oeuvres cinématographiques s'ancrent dans un contexte historique particulier. Les cinémas américain et anglais, fort dominants en Europe occidentale, ont maintes fois traité de l'Histoire. Comment ? A quelles fins ? Telles sont les questions auxquelles il convient de répondre, par une analyse détaillée de films qui ont fait les succès et scandales du monde du cinéma anglo-américain, ses vedettes et ses polémiques. Quelques oeuvres, choisies parmi tant d'autres, allant de Chaplin à Eastwood en passant par Spielberg, servent d'illustration à un parcours et une réflexion sur la façon dont Histoire et cinéma entretiennent des rapports.

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Ajouté le 03 septembre 2007
Nombre de lectures 198
EAN13 9782748186482
Langue Français
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2 Titre

L’Histoire dans le cinéma
anglo-américain parlant

3

Titre
Anthony Bochon
L’Histoire dans le cinéma
anglo-américain parlant
Réflexions et illustrations
panoramiques
Essais et documents
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-8648-6 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748186482 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-8649-4 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748186499 (livre numérique)

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À Th. De Win, pour ses bons conseils et son
enseignement, sans lesquels ce livre n'aurait jamais vu le
jour







. .
8 L’Histoire dans le cinéma anglo-américain parlant






1.
INTRODUCTION
eNé à la fin du XIX siècle, le cinéma, en tant
que mise en scène de fictions, fut dans un
premier temps muet puis se dota du son. Avec
cette invention dont nous profitons toujours
aujourd’hui des disponibilités, le septième art
devint un art à double mode d’expression. La
transition entre l’ère cinématographique du
muet et l’avènement du « parlant » a servi de
matériau à de multiples œuvres, sonorisées, bien
entendu.

Cependant, malgré un radical changement
dans la conception même du cinéma, les genres
exploités au temps du muet survécurent
admirablement à l’exception du burlesque, dont
la portée comique s’appuyait largement sur
9 L’Histoire dans le cinéma anglo-américain parlant
l’expressivité exagérée des acteurs et les
situations visuellement cocasses.

Ainsi, le genre historique continua de faire les
beaux jours des studios après 1927, année où
l’élément sonore fut ajouté à l’image, dans le
film Le chanteur de Jazz. Bientôt en couleurs, le
cinéma ne peut que d’autant plus richement
dépeindre l’Histoire, que ce soit au travers
d’événements ou en toile de fond pour des
scénarios centrés avant tout sur l’individu dans
son époque.

Les studios américains et anglais se sont
imposés comme les producteurs privilégiés de
films historiques, au sens large du terme. Cette
place dominante du cinéma anglo-américain
dans l’exploitation de l’Histoire au cinéma
s’explique de par la profusion des moyens de ce
cinéma. Certes, les cinémas français, italiens,
russes ou japonais ont produit de splendides
œuvres à caractère historique – pensons
notamment à tous les films d’Akira Kurosawa
et à un cinéma russe produisant
proportionnellement plus d’œuvres à caractère
historique. Mais une disproportion numéraire
apparaît à la faveur du cinéma anglo-américain,
témoignage de l’indéniable domination –
surtout hollywoodienne – de ce cinéma au
sortir de la Seconde Guerre mondiale –
10 Introduction
phénomène qui rejoint l’américanisation de
l’Europe Occidentale à la Libération.
Ainsi, au travers de films renommés, dont
certains sont unanimement considérés comme
des chefs-d'œuvre, nous allons explorer le
thème suivant : Le traitement des réalités
historiques dans le cinéma anglo-américain des
années quarante à nos jours. Ce n’est, en effet,
qu’au début des années 40 que le genre
historique trouva la faveur des productions
anglo-américaines de l’ère du parlant, nourrie
par l’effort de guerre du cinéma, comme en
témoigne le film le plus ancien de notre
sélection, le pamphlet Le Dictateur.

Des films propagandistes sortis en pleine
Seconde Guerre mondiale, auxquels échappe
avec on sait quel succès l’immortel Casablanca,
1au Pianiste, le genre historique a connu de
multiples variantes dans ce cinéma, une partie
intégrale de cette exploration étant réservée aux
films La liste de Schindler du cinéaste américain
Steven Spielberg et Lawrence d’Arabie du cinéaste
britannique David Lean.
L’exploration du genre précité est divisée en
plusieurs catégories de films qui répondent à un

1. Notre sélection s’arrête à 2002, par souci de recul
quant à l’impact des films et leur place au panthéon
cinématographique.
11 L’Histoire dans le cinéma anglo-américain parlant
même concept, vaste mais suffisant pour classer
des films selon des critères particuliers qui sont
détaillés avant l’analyse de chacun des films
sélectionnés pour illustrer les catégories
choisies.

Aussi, une étape conclusive invite, en fin de
parcours, à dresser un rapide panorama du
genre exploré, restituant ainsi les films ayant
servi d’illustration dans la perspective de faire
état du traitement des réalités historiques dans
la production cinématographique ici en
question.

L’entièreté du propos se fonde sur un
1visionnage des films mentionnés, une
recherche documentaire s’appuyant tant sur des
ouvrages de référence que des données, plus
souvent techniques, disponibles désormais à la
faveur des technologies de l’internet.

1. Nous recommandons, à ce titre, les éditions digitales
agrémentées des bonus comprenant souvent des
documentaires sur la genèse de l’œuvre en question ; les
informations, souvent anecdotiques, permettent de
saisir l’intention du cinéaste et des auteurs.
12 L’Histoire dans le cinéma anglo-américain parlant






2.
LES RECONSTITUTIONS HISTORIQUES : RÉCITS
D’ÉVÉNEMENTS MAJEURS DE L’HISTOIRE
1) Définition du genre : compromis entre réalité et
sources historiques

De la tentation à produire un spectacle
régalant les yeux par d’innovantes techniques au
désir de léguer aux générations futures une
œuvre instructive mais non documentaire, les
films appartenant à cette catégorie se situent
entre ces deux extrêmes…

Standardisation stéréotypée des reconsti-
tutions à caractère historique

13 L’Histoire dans le cinéma anglo-américain parlant
Dans le genre historique, les véritables
reconstitutions sont rares. Bien qu’empreints
d’anecdotes et d’histoires dans l’Histoire, ces
1 2films se nomment Le jour le plus long , Iwo Jima ,
3Les diables de Guadalcanal ou encore Paris brûle-t-
4il ? . Bénéficiant souvent d’un casting relevant

1. Film de Darryl F. Zanuck, avec une distribution
internationale très large, de John Wayne à Bourvil, en
passant par Red Buttons et Arletty. Le Jour J vécut par
les soldats alliés, le Commandement Suprême, les forces
nazies, et la Résistance française. Superproduction en
noir en blanc, référence incontournable en matière de
reconstitution historique, car mêlant didactisme et
divertissement avec un rare degré de complémentarité.
2. Film d’Allan Dwan, sorti en 1949, avec John Wayne
dans le rôle d’un sergent allant mener son unité à la
prise héroïque de l’île d’Iwo Jima au cours du second
conflit mondial, contre les Japonais dans le Pacifique. Il
s’agit d’une œuvre réaliste, à budget modeste et par cela,
exemplaire.
3. Flying Leathernecks, film de guerre de Nicholas Ray, en
1951, avec John Wayne et Robert Ryan. Assez similaire
à Iwo Jima, mais le combat est ici aérien et Wayne
affronte un Ryan très inspiré dans sa composition.
4. Film du français René Clément, de 1966.
Superproduction au casting ambitieux limitant chaque
vedette à une apparition fugace, c’est un film bancal,
long, à l’aspect documentaire mais pourvu d’un intérêt
historique important : lors de la retraite allemande,
Hitler avait exigé que Paris soit dynamitée ; il n’en fut
rien et le film tente vainement d’établir un suspens
autour de la menace jamais appliquée.
14 Les reconstitutions historiques…
plus d’un défilé interminable de grosses
pointures du cinéma contemporain que d’une
distribution modeste avec deux ou trois têtes
d’affiches soutenues par des seconds rôles
vecteurs de nouveaux talents, ces productions
souvent onéreuses se sont vues accéder
instantanément au rang très relatif de
« classiques » ou, mieux encore, de chefs-
d’œuvre incontournables du cinéma. Il est vrai
qu’une interprétation effectuée par des acteurs
renommés et talentueux, mise en valeur par une
équipe de techniciens disposant d’énormes
moyens techniques, peut accoucher, sous la
houlette d’un réalisateur de génie, d’un de ces
chefs-d'œuvre qui ne cessent d’être encensés
aux firmaments des étoiles du cinéma.
Cependant, ce sont souvent des films bancals,
au scénario maintes fois révisé, mis en scène
avec un académisme outrageant. Découvrons
cette expression du genre historique au cinéma,
son souci de vérité exacte et ses contraintes
mélodramatiques…

Vocation historique de la reconstitution

Aspirant à un réalisme frappant, la
reconstitution est souvent à la lisière du style
documentaire, utilisant par la même occasion
des images d’archives pour illustrer son propos,
mais aussi pour réaliser une économie de
15 L’Histoire dans le cinéma anglo-américain parlant
moyens, les deniers étant souvent
majoritairement dépensés pour les cachets des
célébrités et les effets techniques spéciaux,
artifices d’un grand spectacle ravissant les foules
de cinéphiles occasionnels.

Suivant une construction chronologique
périodique, la reconstitution annonce la
localisation des séquences dans le temps.
Cependant, cette tentative de cinéma-réalité
n’empêche guère la subjectivité du cinéaste et
du scénariste de prendre le dessus. Les
personnages présentés sont souvent des figures
historiques, bien que la caractérisation la plus
riche doive être recherchée au niveau de
simples soldats ou citoyens, souvent sortis tout
droit de l’imagination du ou des scénaristes et
qui se veulent la synthèse d’un aspect du soldat
ou du citoyen, arraché au cocon familial, las de
ce tourbillon infernal qu’est l’Histoire et dans
lequel il semble être voué à une perte
prochaine. La peur du néant, de l’oubli, domine
les caractères, certains se soucient de leur image
dans l’Histoire tandis que d’autres sont glorifiés
avec un patriotisme borné, rejetant aux
oubliettes les ambitions politiques et sociales
qui animaient ces grands personnages à la veille
d’une bataille qu’ils savaient gagnée d’avance.
La reconstitution de bataille est évidemment
centrale dans un sous-genre très peu adopté par
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