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La beauté pour l'éternite

De
165 pages
Jusqu'à très récemment, la coutume a permis aux Corses de se faire inhumer dans leur terre familiale ou dans la beauté de leur paysage préféré. Comme dans l'île, celle-ci est partout, les défunts sont partout présents, guetteurs d'éternité. Ce livre de photographies en couleurs permet de découvrir la Corse à travers ses tombeaux et donc de percevoir un peu de son histoire, de ses traditions et d'approfondir ce lien très fort qui unit chaque habitant de l'île à ses pères, à sa terre.
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Michel CroceSpinelli MarieFrance Hanseler CroceSpinelli
La beauté pour l’éternité Les sépultures en Corse
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'X PrPH DXWHXU 5RPDQV Aurélien le Magnifique *UDVVHW  Bois d’épave *UDVVHW  Le désir insoumis %HOIRQG3Up DX[ &OHUFV  Promesse $UOpD  5pFLWV DQWKURSRORJLTXHV Les enfants de Poto Poto *UDVVHW  SXLV /¶+DUPDWWDQ  Les enfants du périph /¶KDUPDWWDQ  SOS Sahara )ODPPDULRQ  Prague ou l’été des tanks FROOHFWLI  7FKRX  1RXYHOOHV Chroniques des racines douces %LEOLRSKLOHV GH 3DULV  Les sept portes du matin SRqPHV   Mémoires d’objets /¶+DUPDWWDQ  Des liens et des lieux /¶KDUPDWWDQ  7KpkWUH Macbeth nègre -& /DWWqV  &ROODERUDWLRQ Chronique amazonienne d’un bateleur fou d’écriture 3LHUUH 9HUQD\ WH[WH pWDEOL SDU 0 &6 /¶+DUPDWWDQ  ‹ /¶+DUPDWWDQ   UXH GH O¶(FROH3RO\WHFKQLTXH  3DULV KWWSZZZHGLWLRQVKDUPDWWDQIU ,6%1   ($1  
Préface
 Ombri di li sonnii spuddati  In i so casteddi pitricosi  Varghjinchi  Di li mondi da vena  0RUWL DPDWL 0DLRUL LQ SDUWX GL L ͤDWL QRYL  Inghjirminati in a tarra mamma  O alzati à bracci tesi  In i musulei è cappeddi.
 Ombres peuplant les rêves dénudés  Dans leurs forteresses de pierre  Posées en éclaireurs  Des mondes à venir  Morts aimés, ancêtres porteurs de vie nouvelles  Enfouis dans l’humus nourricier  Ou élevés à bout de bras  Au sein des tombeaux et chapelles…
Pour rédiger la préface de ce bel ouvrage, dont les textes pleins de sensibilité et les photos d’une qualité exceptionnelle révèlent beaucoup de ses auteurs et montrent leur préhension émotionnelle d’une réalité qui pourrait n’être que morbide, j’ai eu envie de commencer par une forme poétique.
Sans doute parce que c’est une forme plus adaptée au sujet évoqué. La poésie permet l’ellipse, la suspension, l’image non explicative.Or parler des morts, de la mort, reste en Corse quelque chose de délicat qui, sans être interdit ou tabou, demande une connaissance des codes sociétaux, et une empathie profonde avec cette île secrète.
Il y a les choses à dire et celles que l’on tait. Il y a le silence omniprésent. Et puis l’émotion qui nait quand le regard se pose sur une tombe, ou l’évidence soudain que sur cette terre à l’histoire torturée, on ne peut contourner la mort, l’oublier, l’abstraire du paysage ou de la mémoire. Son évocation est SDUWRXW SDU Q«FHVVLW« YLWDOH SDU G«ͤQLWLRQ SRXUUDLWRQ GLUH
Le corse vit par et à travers ses morts, transmission du nom, du prénom, du surnom, de la maison, de la terre. Les oublier, ne pas leur donner un espace primordial serait s’annihiler soi-même. La sépulture corse, depuis la plus humble, ponctuée d’une croix de bois ou d’une pierre, jusqu’à la plus somptueuse, SDODLV «ULJ« SRXU XQH P«PRLUH RVWHQWDWRLUH HW ͤªUH PDUTXH OH WHUULWRLUH HW SRVH GHV OLPLWHV PDLV DXVVL GLW O̵DPRXU LQͤQL entre vivants et morts.
L’arca séculaire, tombe commune au temps où on ne parlait pas de cercueil mais de linceul, se trouvait souvent au coeur de l’église mais bien avant l’ère chrétienne, elle se nichait au creux des grottes murées. La communauté des vivants et celles des morts formaient une seule entité, un seul agglomérat de corps tant il est vrai que l’individuel est une notion inconnue dans la Corse traditionnelle.
On retrouve aussi à la préhistoire des tombes suspendues dans des chaos rocheux, nécropoles naturelles qui replacent les morts au sein du paysage vivant, ou, tombes communes et craintes, des dolmens qui portent sur l’île le nom de « forges » ou de « table », en référence à des mythes archaïques et à un imaginaire collectif.
La mort se signale en Corse. Les routes sont jalonnées de
croix et de plaques rappelant le décès de l’un ou de l’autre, sacralisant le lieu, obligeant à la pause, au regard, à la prière parfois. Les hermès érigés sur les espaces de mort violente, superposaient les branches d’arbousier à la forte valeur symbolique, celle de la vie et de l’abondance, et les pierres jetées par ceux qui passaient, faisant par ce geste une forme de salutation au défunt et une connaissance des rituels. Ainsi naissait une construction collective, vide de corps mais lourde de mémoire. C’est le « muchju ».
La mort est un combat en Corse, elle se donne lors de chasses nocturnes menées par les exécutants d’un destin implacable, derniers représentants de ces êtres doubles capables d’aller du monde des vivants à celui des morts, d’aider au franchissement des espaces, des eaux salvatrices, de combattre sur les crêtes et les cols pour mieux garder la vie. Ce sont les « lanceri », les « mazzeri », les « culpatori ».
La mort se rêve en Corse, et des cohortes d’ancêtres SURWHFWHXUV HW YHQXV GX ͤQ IRQG GHV PRQGHV YLHQQHQW annoncer, prévenir, consoler. On tient beaucoup compte de ces messages de l’Au-Delà, on se les transmet dans les familles. La mort se sait en Corse, lorsque certains clairvoyants aperçoivent les longues processions de défunts qui viennent chercher celui qui doit mourir bientôt, et qu’il est emmené, sur leurs épaules d’ombre, pour rejoindre les âmes des disparus, alors que son corps matériel est encore parmi les vivants. Les espaces temps n’ont pas tous le même rythme. C’est la « mubba », « a squadra d’Arozza », a « cumpagnia »…
La terre où se retrouve la poussière d’os et de chair de tant de générations est sacrée. Elle ne fait qu’un avec celui qui y est né, celui qui y est mort. Elle ne lui appartient pas, c’est lui qui est d’elle. Elle est indissociable de l’homme, elle est sa mère, le dernier ventre où il se réfugiera avant son voyage vers l’ailleurs.
Les tombeaux aux portes toujours tournées vers le levant le disent bien. Ce sont des barques. Ils doivent permettre le lent périple des âmes vers leur nouveau monde. On les érige toujours aux lieux les plus beaux, ceux où voudraient vivre les hommes, ou bien ils sont sur les terres ancestrales, les gardiens d’un espace familial élargi.
Autrefois nulle fleur, nulle plaque commémorative ne les soulignaient. Mais toujours depuis la nuit des temps le feu éclairant, la prière de lumière de la bougie, transposition minimale des grands feux allumés lors de la nuit des morts du 1er au 2 novembre. Sur la table ce soir là on laissait de la nourriture et on disposait un récipient d’eau à l’extérieur pour permettre le passage du défunt venu se rendre compte qu’il était bien toujours présent au sein de la famille.
La promiscuité mort, vivant relève de l’intime, mais elle est constante en Corse, chacun occupant toutefois son espace sans confusion possible.
Donner une sépulture, pleurer ses morts, leur rendre un hommage qui autrefois pouvait être spectaculaire, est fondamental. Combien de mères sont mortes de désespoir après la guerre de 14, faute de n’avoir pu ramener le corps de OHXU ͤOV VXU O̵°OH HW VH UHFXHLOOLU VXU VD WRPEH "
Sur cette terre écrasante de beauté, donnée comme un lien tangible avec le spirituel et le divin, les cimetières doivent respecter cet impératif sacré. Ils doivent devenir des éléments GH OD EHDXW« GHV SD\VDJHV VDQV OHV G«ͤJXUHU /H UHJDUG GRLW pouvoir s’y poser sans qu’aucune harmonie ne soit rompue. Pour honorer les morts il faut leur laisser cette ultime élégance. Ainsi ils sont à jamais vivants.
Dominique Colonna U Campu Tondu, le 13 juin 2017