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La métaphysique au cinéma

De
220 pages
Entre Michelangelo Antonioni et David Lynch, Gaspar Noé, Arnaud Desplechin et quelques autres réalisateurs, il existe un lien qui n'est pas celui d'une filiation artistique. Chacun éprouvant à sa manière une curiosité pour ce qui reste des grandes traditions dans le monde d'aujourd'hui. Vue par Angelina Jolie, la Seconde Guerre mondiale est une synthèse de tous les fratricides, où succombe l'idée du sacré. Un renouveau de la métaphysique s'annonce pourtant dans les films de certains de ces réalisateurs, à travers leur vision critique de la violence humaine. Et jusqu'au terrorisme contemporain, qui hante l'imagination de cinéastes moins connus.
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Cinématographies Collection dirigée par Toufic El-Khoury www.orizons-universites.com
COMITEDE LECTURE: MaRTInEBEnjaMIn, PRInCETOnUnIvERsITy; GUyChaPOUILLIé, UnIvERsITéTOULOUsEII-LEMIRaIL; DanIELLEDa-vIE, aCaDéMIELIBanaIsEDEsBEaUx-aRTs; jOséMOURE, UnIvERsITéPaRIsPanThéOn-sORBOnnE, PaRIs1; jaCqUELInEnaCaChE, UnIvER-sITéPaRIsDIDEROT, PaRIs7; éRICThOUvEnEL, UnIvERsITéREnnEs2; ELIEyazBEk,IEsav, UnIvERsITésaInT-jOsEPh.
La collectionCinématographiesest consacrée aux études filmiques. Elle couvrira des sujets divers et privilégiera des approches théoriques nouvelles dans les études cinématographiques : elle s’ef-forcera, en particulier, de rendre compte des études consacrées aux cinématographies nationales (dont les cinémas de la Méditerranée), à l’étude des genres du cinéma, ainsi qu’à des approches génétique, socioculturelle et transdisciplinaire du septième art. Cinématographiespromouvra de jeunes auteurs, chercheurs et enseignants de cinéma en leur offrant une plateforme appropriée pour la diffusion de leurs recherches, ainsi qu’une visibilité critique et publique. Cinématographiespubliera des essais, des résultats de colloque, des études d’œuvres cinématographiques, ainsi que des ouvrages de recherches comparées. La recherche francophone sera privilégiée, avec la publication de jeunes chercheurs aussi bien de France que des pays francophones. Les responsables de la collection seront également favorables à la traduction d’ouvrages étrangers, anglo-saxons notamment, qui renverraient auxcultural studies, peu développées dans le champ académique français. Ils s’intéresseront aux domaines plus pratiques de l’univers cinématographique : travaux sur les techniques d’écri-ture, de réalisation ou de montage.
Déjà paru :La ville méditerranéenne au cinéma, d’Alain Brenas et Toufic El-Khoury (dir.),2015.
ISBN : 979-10-309-0084-2 © Orizons, Paris, 2016
La métaphysique au cinéma
Du même auteur aux Éditions Orizons
Vivre Rimbaud, Paris, Orizons,2009. Jünger et ses dieux : Rimbaud, Conrad, Melville, Paris, Orizons,2011. Françoise Hardy, pour un public majeur, Paris, Orizons,2012. Quatre adieux, Paris, Orizons,2015.
Ce livre est paru avec le soutien de l’Unité de Recherche sur l’His-toire, les Langues, les Littératures et l’Interculturel (UR H.L.L.I.,EA 4030) Université Littoral Côte d’Opale, Boulogne-sur-Mer.
Michel Arouimi
La métaphysique au cinéma
2016
Introduction
et essai qui regroupe les analyses de plusieurs films com-C porte deux parties. D’abord les films impliquant la tra-dition judéo-chrétienne ; puis ceux qui concernent à divers degrés l’Orient, proche ou lointain. J’ai tâché d’articuler l’ensemble des analyses de la première partie en fonction de l’éthique des réalisateurs vis-à-vis des mythes judéo-chrétiens. Ces mythes sont finement remodelés dansL’éclipsed’Antonio-ni (1962), avec une nostalgie plus ingénue que celle de David Lynch dansLost Highway(1995), où le mythe d’Abraham est l’objet d’une transposition moderniste. Il en va de même dans le film de Orlow SeunkePervola : Tracks in the snow(1985) et dans celui, plus connu, de Gus van Sant,Paranoid Park(2007). Ces films se rejoignent, outre leurs analogies esthétiques, par une aspiration diffuse à retrouver l’essence du sacré, au-de-là de son déclin à notre époque. Un constat sans merci de ce déclin se dessine dansUn conte de Noël(2008), où Arnaud Desplechin s’en prend d’une certaine manière au destin du Christ, parmi d’autres figures bibliques, qui inspirent avec moins d’humour les premiers films commentés dans cet essai. Le thème de la schizophrénie — implicite chez Lynch, expli-cite chez Desplechin, se retrouve dans le film des réalisateurs autrichiens Veronika Franz et Severin Fiala,Ich seh Ich seh
8LaMETaPhysIqUEaUCInéMa
(2014) qui, aux dernières images près, partage le pessimisme du film de Desplechin. Ensuite sont évoqués des films où la crise du sacré est encore plus voyante : celle de l’islam, mais encore le boudd-hisme, recadré par Gaspar Noé dans un univers fort peu spirituel. L’imagination de leurs réalisateurs est préoccupée par les grandes crises de l’histoire contemporaine que sont le terrorisme et les flux migratoires. Notamment dans les films de Jacques Annaud et Mohamed Rachid Benhadj, pourtant si dissemblables. Mais encore dans le filmNi le ciel ni la terrede Clément Cogitore (2015) qui, un peu malgré lui, et dans son effort pour remonter aux sources de la culture musulmane, s’enferme dans une fascination pour la mort où puise l’idéo-logie délétère du terrorisme. — Un danger mieux contourné par Xavier Durringer dans un film de télévision diffusé en 2016. L’inquiétude suggérée par ces crises s’accroît par leur pouvoir de hantise, dans des films où elles semblent être l’objet d’un déplacement quasi onirique, par exemple dans le film Extinction(2015) de Michel Angel Vinas. À ces problèmes s’ajoutent les mutations de la société. Si la « théorie du genre » (un singulier révélateur de la vision indifférenciée des genres, défendue par cette théorie) semble hanter l’imagination de ces réalisateurs, les problèmes qu’elle soulève sont ceux de la violence interindividuelle (ou eth-nique), parfois réduite aux dimensions d’un couple ; l’union en fût-elle impossible, comme dans le filmThe Gardde Peter Sattler (2014), dont l’intérêt est moins esthétique que sociolo-gique. (De même dansLes deux amisde Louis Garrel,2015.) Le lien de ces problèmes n’en reste pas moins souvent étranger à la réflexion consciente du réalisateur, guidé dans cette mise au jour par ses fantasmes les moins contrôlés, d’après certaine interprétation du filmInvincible(2014), réalisé par Angelina Jolie.
InTRODUCTIOn9
Si le film de Gaspar NoéEnter the void(2010) est à pre-mière vue un délire onirique et violemment sensuel, on doit y apprécier une adaptation très rigoureuse duLivre des Morts tibétain. Le respect de ce modèle livresque accompagne, non sans paradoxe, la mise en scène d’une société gangrenée par ses vices. Cette ambiguïté rejoint le partage des autres réa-lisateurs entre la nostalgie du sacré et le simple constat de l’abandon dont il est l’objet dans notre monde. Quelles que soient ces divergences, ces films qui sont autant de questions à ce qui survit de la métaphysique univer-selle, ont encore en commun le soin de leur construction : un reflet de l’Harmonie première ? Cette hypothèse entre elle-même dans les visées autocritiques de certains de ces films. On m’excusera d’avoir écarté de cet essai les références théo-riques se rapportant au cinéma. De même pour les théories philosophiques ou métaphysiques qui imprègnent la pensée de certains de ces réalisateurs, et dont l’exposé aurait alourdi cette lecture qui n’a que l’ambition de faire sentir la survivance des mythes premiers dans le cinéma des dernières décennies.