La sculpture flamboyante - Limousin - Guyenne - Quercy

La sculpture flamboyante - Limousin - Guyenne - Quercy

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Livres
390 pages

Description

L'Aquitaine de la fin du Moyenne Âge est tributaire d'un double particularisme :

- fière d'avoir donné cinq papes à l'Église, la province a été profondément marquée par le séjour des pontifes en Avignon ;

- entièrement livrée à la mouvance anglaise, en vertu du traité de Brétigny.

Elle a subi de plein fouet les déchirements d'un conflit diversement accepté.


Tour à tour stimulé ou entravé par ces deux types d'événements, le développement de l'art flamboyant connaît une explosion tardive, mais brutale, dans la deuxième moitié du XVe siècle. Comme en Normandie, pareillement affectée par le conflit, lapicides, imagiers et fustiers déploient une activité fertile.

C'est à proximité du royaume de Bourges, dans la Marche et le Haut-Limousin, que s'éveillent les foyers les plus précoces. Progressivement convertis en imagiers, les orfèvres limogeans sont à l'origine d'une multitude d'ateliers.

Une situation toute différente concerne le Bas-Limousin : un grand atelier s'y met en place, favorisé, à la naissance, par le chantier du château de Ventadour et appelé à un essaimage plus lointain qui le conduit jusqu'à la Vallée de la Dordogne.

Nombreux sont les artistes qui ont suivi le même itinéraire en direction de la Guyenne : Maître Domenge, le Maître de Brion, Pierre de la Ville de Boys, Mathurin Galopin, ou encore Guirault de Pomiers. Au terme de ce processus migratoire, la ville de Bordeaux apparaît comme le point de mire de l'activité des artistes des provinces périphériques, affirmant ainsi l'originalité et l'identité stylistique de tout le domaine aquitain.


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Date de parution 21 janvier 2013
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EAN13 9782848192314
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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GÉNÉRALITÉS
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4 - Le pont Vaenté, à Cahos, témoin de a ichesse de a pemièe pace bancaie d’Occident.
5 - Toute badée de houds, ’égise de Compeignac est une évocation saisissante du aid meutie du Pince Noi en 1371.
Les conditions historiques
1 Aspect politique
Aguerre de Cent Ans a produit un étonnant clivage dans la France méridionale. En s’opposant avec énergie à la tutelle anglaise, er quelques grands seigneurs, comme Louis I de Bourbon ou Jean er I d’Armagnac, ont permis à leurs domaines d’être relativement préservés des malheurs de la guerre.
Tout autre a été la situation de l’Aquitaine : traditionnellement ouverte aux invasions maritimes, c’était une région sans défense. Envoyé en Aquitaine en 1355, le Prince Noir, fils du roi Édouard III, va y faire régner la terreur pendant 17 ans. Le Limousin a gardé un souvenir particulièrement aigu de sa cruauté : «Duement cououcé,nous dit Froissart,quand es nouvees ui vinent que a Cité de Limoges s’était endue fançaise», il la mit à sac, faisant périr 3 000 habitants (19 septembre 1370). Le détail du massacre nous est ainsi rapporté par le célèbre historien : «pus de tois mie pesonnes, hommes, femmes et enfants y fuent décoés cette jounée – Dieu en ait es âmes ; ca is fuent bien matys». Quelles que soient l’émo-3 tion de Froissart et les réserves formulées à l’égard de son évaluation , cet événe-ment marque le déclin brutal de la Cité. Après ce drame, le Prince Noir s’en prit au bourg de Compreignac, dont l’église, en partie détruite à cette occa-sion, fut alors fortifiéeph. 5.
Dans le même temps, le Périgord n’échappait pas à la désolation, surtout dans sa partie méridionale. Mais cette fois, les comtes de la maison de Tal-leyrand-Périgord en furent directement responsables. Ayant pris le parti des Anglais et désavoués par leurs sujets, ils se livrèrent au pillage jusqu’à ce que le dernier comte trouvât refuge en Angleterre (1399). Par exception, la ville de Périgueux semble avoir été préservée de ces excès, grâce à l’attitude loyale d’Arnaud de Barnabé qui incarnait le parti français et qui fut élu maire six fois de suite, de 1395 à 1419.
En Limousin, le fief des Ventadour, érigé en comté en 1350, tomba au pou-voir du routier Geoffroy-Tête-Noire, au service des Anglais, contraignant le comte à l’exil (1379-1390).
3 - A. LEROUX, 1906.
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La situation n’était pas meilleure en Quercy : c’était la province la plus dépeuplée. «eouabesitnaepusessuJedmaAdhéaisAngLsev-iusadsn gnes ou su eus tees et, apès eu avoi coupé a goge, abandonnait eu ca-dave en ase campagne. Pesque tous es aboueus et cutivateus de Cahos vendient eus biens et s’étabient à Tououse, Montauban ou Montpeie. Ca-hos avait pedu a moitié de sa popuation ; es maisons étaient en patie détui-tes, en patie inhabitées ; es envions étaient désets au point qu’on n’y entendait 4 pus e chant du coq». Les miracles qui s’opèrent sur le tombeau de sainte Flore, à Issendolus († 1347), s’inscrivent dans ce contexte de terrible souffrance.
En Guyenne même, «des vies jadis foissantes, comme La Réoe et Saint-Macaie, étaient teement épouvées pa a guee et ses suites, pestience et stéii-5 té, qu’on n’y pouvait pus vive». Face à cette détresse, les incursions françaises se multiplient en vain avec le duc d’Anjou (1369), le connétable Duguesclin (1370 à 1380) et le maréchal Boucicaut (1397-1398).
e Hélas, le calvaire du Quercy ne devait pas s’arrêter avec la fin duXIVsiè-cle. Solidement implantés dans quelques bastions du Périgord, comme Domme ou Belvès, les Anglais et les « faux Français », selon l’expression des consuls de Cahors, poursuivaient sans relâche leur brigandage. Passant à Ca-hors en 1423, Charles VII déplora l’état malheureux dans lequel se trouvait 6 cette cité . C’est le Haut-Quercy qui fut le plus dévasté. Une enquête de 1460 7 révèle que Gramat n’avait plus que cinq habitants . Certaines communes étaient totalement désertes. Ainsi, à Lherm, les champs étaient couverts de ronces et de 8 broussailles et l’on trouva dans l’église une louve qui y avait mis bas . Seuls quelques îlots devaient à leur résistance d’avoir été épargnés. Tels furent Moissac, Montpezat ou Saint-Cirq-Lapopie.
En tout cas, la détresse inouïe du Quercy ne fait que mettre en relief le carac-tère providentiel de la mission de Jeanne d’Arc. Dès 1428 (a. st.), le livre de l’hôtel de ville de Cahors se fait l’écho de « la venue d’une pucelle qui se dit être envoyée du ciel par Dieu pour chasser les Anglais du royaume de France. » «Envio miech Caesme, ’an dessus (1428), vent a ey de Fansa noste seigno una piusea qui se dizia este tamea pe Dio de ce pe gita os Anges 9 de éamé de Fansa».
A peu près dans le même temps qu’à Cahors, le peuple de Périgueux était instruit des «gands miaces faits en Fance pa a venue d’une pucee»,
4 - H. DENIFLE1899, p. 600. 5 - Lettre de Jean de Berry du 20 décembre 1414 – J.-A. BRUTAILS1912, p. 132. 6 - G. LACOSTE, t III, 1885, p. 370. 7 -Ibid, p. 402. 8 -Ibid, p. 403. 9 -Ibid, p. 384 – Rappelons que Jeanne d’Arc est arrivée à Chinon le 24 février 1428 (a. st.), alors que le siège d’Orléans était engagé depuis 4 mois.
tandis que la délivrance d’Orléans, le 8 mai 1429, fut accueillie avec une joie unanime en Limousin et en Quercy. Signe annonciateur de ce revirement spectaculaire dans la destinée de la nation, un grand pardon avait été accordé à Rocamadour, en 1428, par le pape Martin V, et des foules considérables s’étaient alors rendues au célèbre sanc-tuaire marial.
A Montagudet, près de Lauzerte, une frise du mur nord de la nef montre un décor stylisé que l’on interprète comme une manifestation du sentiment patriotique à la fin de la guerre de Cent Ans : le léopard anglais fuit devant le lis de France.
Il ne faudrait pas en déduire, cependant, que la prise de conscience d’un sentiment national ait été générale en Aquitaine. Complètement intégrée dans la mouvance anglaise, la ville de Bordeaux était dans l’ignorance du sort qui se jouait sur les bords de la Loire et c’est en toute bonne foi que l’archevêque Pey Berland resta fidèle au roi d’Angleterre.
Finalement, après des combats acharnés dans le Périgord méridional, la bataille de Castillon (17 juillet 1453) mit un terme au déchirement le plus long de l’histoire de France.
Deux domaines aquitains ont été pourtant relativement épargnés par ce conflit : le comté de la Marche et la vicomté de Turenne.
– La Marche doit son nom à sa position frontalière entre Aquitaine et Neustrie. Cette vocation lointaine ayant perduré au cours des siècles, la Marche échappa ainsi à la tutelle anglaise, imposée à l’Aquitaine par le traité de Brétigny.
e Pourvue d’une dynastie comtale durant tout leXVsiècle, la Marche connaît son heure de gloire avec Jacques II de Bourbon, comte de la Marche de 1391 à 1438. Après avoir participé à la croisade de Nicopolis (1396), Jacques II est
6 - Fise de Montagudet (Quecy).
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promu Grand Chambellan de France (1397). Toutefois sa libération par les Turcs n’est obtenue qu’en 1398, moyennant une rançon de 600 000 livres. En 1406, il se marie avec Beatrix de Navarre, devenant ainsi le gendre du roi Charles III de Navarre ; en 1409, il est allié, par sa sœur Marie, à Jean de Lusi-gnan, roi de Chypre. Puis, veuf en 1411, il se remarie en 1415 avec Jeanne de Naples et prend désormais le titre de roi de Sicile et de Hongrie. Cette destinée peu commune nous rappelle que l’entité française ressortissait alors à quatre rois : France, Navarre, Sicile et Chypre. Mais en se lançant dans l’aventure napolitaine, Jacques II a préparé la voie à la situation du roi René et à l’épopée de Charles VIII. Déçu par cette aven-ture, Jacques II rentra en France en 1422 et prit l’habit monastique à la mort de la reine Jeanne en 1435. C’est donc entre ces deux dates que la Marche a bénéficié de ses bienfaits. La province, momentanément partagée en Haute et Basse-Marche, fut réu-nifiée en 1424 et, la même année, qui est celle du désastre de l’armée française à Verneuil-sur-Avre (17 août 1424), Jacques II entreprit de fortifier ses cités de Guéret (6 septembre 1424) et du Dorat.
Après 1438, le comté de la Marche revint aux Armagnacs, représentés par Bernard VIII (1438-1461) et Jacques III (1461-1477) : ce sont les descen-dants de Jean de Berry.
Enfin, en 1477, le comté fut attribué à Pierre de Bourbon (1477-1488), avant d’être rattaché au duché de Bourbon. Le nouveau couple comtal s’em-pressa d’afficher son blason sur l’église Notre-Dame du Château de Felletin, fondée en 1478. A côté de la dynastie comtale, une place doit être faite à celle des vicomtes d’Aubusson. La célébrité de la famille est Pierre d’Aubusson. Grand maître de 10 l’Ordre de Rhodes , de 1476 à 1503, et considéré comme sauveur de la chré-tienté, lors du siège de Rhodes par les Turcs (1480), il sera même fait cardinal en 1489. Plusieurs membres de la famille ont multiplié le blason d’Aubusson, au Monteil, à Gentioux, Blessac, Beaumont et Notre-Dame de la Borne (1524).
– Le sort de la Vicomté de Turenne n’a pas été moins enviable que celui de la Marche. Petit territoire de 111 paroisses, constitué aux dépens du Limou-sin, du Quercy et du Périgord, la Vicomté a su garder son indépendance jusqu’en 1738. C’est pour détourner le fief de la domination anglaise que les rois de France lui accordèrent franchises et privilèges, affirmés tout au long ee desXIVetXVsiècles. Ainsi est né le dicton : « Heureux comme un Vi-comtin ». Par malheur, ce statut privilégié n’a guère laissé de traces, car les trésors de la Vicomté ont été la proie des huguenots(cf. p. 37).
10 - L’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem a pris le nom de Rhodes, lorsque cette île en est devenue le siège de 1308 à 1530.
Le souvenir de la guerre de Cent Ans est omniprésent en Aquitaine. Le danger permanent avait obligé les antagonistes à se fortifier. Le phénomène est particulièrement évident en certains points stratégiques. Situé à la limite du Limousin, le bourg de Compreignac a été mis en état de défense à la suite des exactions du Prince Noir.
Dans le Périgord méridional, le château de Beynac était un avant-poste français, face aux terres anglaises du sud de la Dordogne. Beaucoup de châteaux jalonnent les étapes de la reconquête et d’une tardive revanche. Ainsi en est-il de Biron, brûlé par les Anglais en 1444 et rénové vers 1500 par Pons de Gontaut, ou encore de Bonaguil, redoutable forteresse en lisière du Quercy, relevée par Béranger de Roquefeuil, de 1482 à 1530.
Par ailleurs, la destruction des châteaux par les Anglais laissait les popula-tions à la merci des gens de guerre ; d’où la nécessité de trouver refuge dans des églises transformées en forteresses. Ainsi la Marche était protégée par une série d’églises fortifiées : le Dorat 11 1424, Lourdoueix-Saint-Michel (1445) et Bonnat. Si la plupart de ces églises concernent la défense française, le parti adverse n’était pas en reste : l’église du Chalard a été fortifiée en 1419 par le capitaine anglais Beauchamp.
11 - Bien que située aujourd’hui en Berry, cette localité apparte-nait alors au diocèse de Limo-ges. Cf. J. NADAUD1903, p. 529.
7 - Anges pote-écu de a pote Caihau, à Bodeaux.
Cette pote, à aquee tavaia Ray-mond Macip en 1496, est un ac de tiomphe en ’honneu de Chaes VII, à a suite de a victoie de Fo-noue (1495). L’écu oya est entoué du coie de ’ode de Saint-Miche. Le monument, qui s’abite sous un badaquin leudeisé, céèbe e a-iement de a Guyenne à a mona-chie rançaise (cf. Dijon, Auxonne).
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