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Le Post-Impressionnisme

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Si l’Impressionnisme marqua les premiers pas vers la peinture moderne en révolutionnant un milieu artistique étouffé par les conventions académiques, le Post-Impressionnisme, plus révolutionnaire encore, libéra totalement la couleur et lui ouvrit des horizons alors inconnus. Ancré dans son époque, s’appuyant sur les nouvelles études chromatiques de Chevreul, Georges Seurat transcrivit en pointillés la théorie des couleurs du chimiste.
Dans sa touche épaisse, Van Gogh illustra le soleil du midi, tandis que Cézanne renonçait à la perspective. Riche de sa variété et de la singularité de ses artistes, le Post-Impressionnisme fut un passage obligé pour tous les grands noms de la peinture du XXe siècle, passage qu’emprunte ici, pour le plus grand plaisir du lecteur, Nathalia Brodskaïa.

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Date de parution 05 janvier 2012
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EAN13 9781780427805
Langue Français
Poids de l'ouvrage 74 Mo

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Le Post-ImpressionnismeImpressionnisme
Nathalia BrodskaïaAuteur : Nathalia Brodskaïa
Mise en page :
Baseline Co Ltd,
33 Ter – 33 Bis Mac Dinh Chi St.
eStar Building, 6 étage
District 1, Hô-Chi-Minh-Ville
Vietnam
© Confidential Concepts, Worldwide, USA
© Parkstone Press International, New York, USA
© Pierre Bonnard, Artists Rights Society (ARS), New York, USA/ ADAGP, Paris
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© Ker Xavier Roussel, Arew York, USA/ ADAGP, Paris
© Jan Verkade
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d’auteur dans certains cas. En cas de réclamation, nous vous prions de bien vouloir vous
adresser à la maison d’édition.
ISBN : 978-1-78042-780-5Nathalia Brodskaïa
LE
POST-IMPRESSIONNISMESOMMAIRE
Introduction 7
Les Incontournables 23
Paul Cézanne 25
Le Néo-Impressionnisme 61
Vincent van Gogh 79
Paul Gauguin 117
Henri de Toulouse-Lautrec 159
Les Nabis 179
Notes 194
Index 1956INTRODUCTION
e terme « post-impressionnisme » signifie uniquement « après l’impressionnisme ».
Ce n’est ni un courant, ni un mouvement artistique. C’est une petite période située à la
eL fin du XIX siècle. L’impressionnisme étant un phénomène propre à la peinture
française, le concept de post-impressionnisme est lui aussi étroitement lié, à l’origine, à l’art français.
On considère généralement que la période post-impressionniste débute en 1886, date de la huitième et
dernière exposition commune des impressionnistes. Elle s’achève après 1900, ne débordant que très
epeu sur la première décennie du XX siècle. Puisque le terme de « post-impressionnisme » et ses limites
dans le temps sont bien définis, il apparaît que plusieurs œuvres post-impressionnistes se situent hors
du cadre fixé. Mais malgré l’exceptionnelle brièveté de cette période, elle est souvent qualifiée
d’« époque » post-impressionniste. En effet, ces quelques vingt années ont vu éclore des phénomènes
artistiques si marqués, des courants picturaux si différents et des personnalités créatrices si étonnantes
que l’on peut sans crainte qualifier ces années à la charnière du nouveau siècle d’« époque ».
La Révolution technique et scientifique
La période du post-impressionnisme commença dans l’atmosphère des fantastiques changements
du monde environnant. La technique donnait naissance à de véritables prodiges. Le
développement des sciences, qui portaient auparavant des noms généraux (physique, chimie,
biologie, médecine), s’engageait dans de nombreuses directions toujours plus étroites. Dans le
même temps, cela incitait des domaines scientifiques jusque-là très différents à unir leurs efforts,
entraînant par conséquent des inventions auxquelles il aurait été impossible de penser deux ou
trois décennies plus tôt. Ces inventions bouleversèrent complètement les représentations du
monde et de l’homme. Il suffit de rappeler que l’ouvrage de Charles Darwin, La Descendance de
l’homme, fut publié dès 1871. Chaque nouvelle découverte, chaque nouveau voyage, apportait du
nouveau. Les inventions dans le domaine des transports et des relations conduisirent l’homme
dans des coins de la planète inexplorés jusque-là. De nouveaux projets, grandioses, furent
encouragés pour faciliter les communications entre ses différentes régions. En 1882, on débuta
en Grèce la construction du canal de Corinthe ; en 1891, la Russie se lança dans le projet
monumental d’une ligne de chemin de fer transsibérien qui s’acheva en 1902 ; en Amérique les
travaux commencèrent pour la construction du canal de Panama. Aussi, la connaissance de
nouvelles terres ne pouvait pas ne pas influencer le développement des arts.
Dans le même temps, les moyens de communication et de transport s’étaient considérablement
e 1. Paul Cézanne, développés. En 1876, Bell inventait le téléphone et, dès le dernier quart du XIX siècle, les gens
Les Pêches et les poires, 1888-1890.
purent se parler malgré la distance. Grâce à l’invention du télégraphe, Marconi, en 1895, Huile sur toile, 61 x 90 cm.
Musée Pouchkine, Moscou.développa le réseau des ondes hertziennes et quatre ans plus tard eut lieu la première émission de
radio. La vitesse des déplacements terrestres s’accélérait à un rythme incroyable. En 1884, la
2. Vincent van Gogh, Autoportrait à
première automobile à vapeur fit son apparition dans les rues françaises ; en 1886, Daimler et Benz l’oreille coupée et à la pipe, 1889.
Huile sur toile, 51 x 45 cm.produisaient des autos en Allemagne et le premier Salon de l’automobile se tenait en 1898 à Paris.
Collection privée, Chicago.
En 1892, le premier tramway parcourait les rues de Paris, et en 1900 le métro parisien vit le jour.
L’homme s’élevait et explorait ses profondeurs. En 1890, Ader fut le premier à quitter le sol dans 3. Paul Cézanne,
Autoportrait à la casquette, 1872.un aéroplane ; en 1897, il s’envola avec un passager, et en 1909 Blériot traversait la Manche en
Huile sur toile, 53 x 39,7 cm.
aéroplane. Zédé conçut le projet d’un navire sous-marin à propulsion électrique dès 1887. C’était Musée de l’Ermitage,
à croire que tous les projets fantastiques de Jules Verne prenaient soudain vie. Saint-Pétersbourg.
789Dans le même temps, on faisait des découvertes scientifiques qui, à défaut d’être visibles, étaient
néanmoins marquantes pour l’humanité. En 1875, Flemming découvrit les chromosomes ; en
1879, Pasteur découvrit qu’il était possible de vacciner contre certaines maladies ; en 1887, la
théorie de l’hérédité apparut avec Weismann. Lawrence découvrit les électrons, Röntgen les
rayons X, Pierre et Marie Curie la radioactivité. Si les découvertes scientifiques et techniques
semblent éloignées du domaine des arts plastiques, elles n’en eurent pas moins une influence
majeure. La technique permit d’ailleurs l’apparition d’une nouvelle forme d’art : en 1894, Edison
réalisa la première prise de vue, et en 1895 les frères Lumière montrèrent le premier film.
4. Vincent van Gogh, Les voyageurs européens formaient des projets de plus en plus audacieux et leurs quêtes
Bateaux aux Saintes-Maries, 1888. rapportaient en Europe un matériel nouveau et sensationnel. En 1874, Stanley traversa l’Afrique.
Crayon, encre de Chine et aquarelle
En 1891, Dubois découvrit à Java les restes d’un pithécanthrope. Auparavant, dans les annéessur papier, 40,4 x 55,5 cm.
Musée de l'Ermitage, 1860, les archéologues E. Lartet et H. Christy avaient découvert dans les grottes de la Madeleine
Saint-Pétersbourg. l’image d’un mammouth laineux gravée sur une défense. Il était difficile de croire à l’existence
d’un art paléolithique, mais les recherches ultérieures des archéologues imposèrent de5. Paul Signac, Bateau dans le port de
Saint-Tropez – Tartanes pavoisées, reconnaître sa valeur esthétique. En 1902, l’archéologue E. Cartailhac publia à Paris le Mea culparopez, 1893.
d’un sceptique, qui mit un terme à la longue histoire du mépris de la peinture primitive. Les
Huile sur toile, 56 x 46,5 cm.
Von der Heydt-Museum, Wuppertal. étonnantes peintures rupestres des grottes d’Altamira, après de longs doutes, furent finalement
106. Paul Gauguin, Arearea (Joyeusetés),
1892.
Huile sur toile, 75 x 94 cm.
Musée d’Orsay, Paris.
127. Paul Sérusier, Bretonnes. Réunion
dans le Bois Sacré, vers 1891-1893.
Huile sur toile, 72 x 92 cm.
Collection privée.
138. Paul Cézanne, Les Bords de la
Marne (Villa au bord de la rivière),
1888.
Huile sur toile, 65,5 x 81,3 cm.
Musée de l’Ermitage,
Saint-Pétersbourg.
14reconnues authentiques. Débuta alors une époque de recherches intensives de manifestations de
l’art primitif, qui au tournant du siècle prit la forme d’une « fièvre des grottes ».
eC’est également à la fin du XIX siècle que naquit l’ethnographie. En 1882, le musée
ethnographique ouvrit à Paris et une exposition de l’Amérique centrale se tint à Madrid en
1893. En 1898, dans le cadre d’une expédition punitive dans les colonies africaines, les Anglais
eredécouvrirent, après les Portugais au XV siècle, le Bénin et son art étrange. Les produits en
or des aborigènes péruviens et mexicains, qui étaient arrivés en quantités massives en Europe
eau XVI siècle après la découverte de l’Amérique, n’avaient guère attiré l’attention de l’art à
l’époque ; ce n’était qu’un métal précieux destiné à être fondu. L’élargissement des frontières du
emonde européen à la fin du XIX siècle ouvrit aux peintres d’incroyables horizons esthétiques.
L’Antiquité classique cessa en effet d’être la seule
source d’art figuratif. Ce que O. Spengler appela par
la suite le « déclin de l’Europe », qui sous-entendait
la fin du pan-européanisme au sens large, entretint
des rapports immédiats avec l’art.
L’année 1886 marqua également le début des
changements de la physionomie de Paris. Un
concours fut organisé pour la construction d’un
monument commémorant le centenaire de la
Révolution française (1789) qui coïncidait avec
l’Exposition universelle. Ce fut le projet de tour de
l’ingénieur Gustave Eiffel qui fut adopté. La
perspective d’ériger en plein centre de la ville une
tour métallique de 300 mètres de hauteur effraya les
Parisiens. Le 14 février 1887, le journal Le Temps
publia une lettre ouverte que signèrent François
Coppée, Alexandre Dumas, Guy de Maupassant,
Sully Prudhomme et l’architecte Charles Garnier,
auteur du projet ayant abouti à la construction de
l’opéra de Paris en 1875. « Nous venons, écrivains,
peintres, sculpteurs, architectes, amateurs
passionnés de la beauté jusqu’ici intacte de Paris,
protester de toutes nos forces, de toute notre
indignation, au nom du goût français méconnu, au
nom de l’art et de l’histoire français menacés, contre
l’érection, en plein cœur de notre capitale, de l’inutile et monstrueuse tour Eiffel, écrivirent-ils.
La Ville de Paris va-t-elle donc s’associer plus longtemps aux baroques, aux mercantiles
imaginations d’un constructeur de machines, pour s’enlaidir irréparablement et se déshonorer ?
(…) Il suffit (…) de se figurer un instant une tour vertigineusement ridicule, dominant Paris,
ainsi qu’une noire et gigantesque cheminée d’usine, écrasant de sa masse barbare Notre-Dame,
la Sainte-Chapelle, la Tour Saint-Jacques, le Louvre, le dôme des Invalides, tous nos monuments
humiliés, toutes nos architectures rapetissées, qui disparaîtront dans ce rêve stupéfiant. Et,
9. Vincent van Gogh, La Maison jaunependant vingt ans, (…) nous verrons s’allonger comme une tache d’encre l’ombre odieuse de
(La Maison de Vincent à Arles), 1888.
1l’odieuse colonne de tôle boulonnée ». Néanmoins, l’Exposition universelle de 1889 surprit Huile sur toile, 72 x 91,5 cm.
Paris par la belle architecture dentelée d’Eiffel. Pendant l’exposition, la tour Eiffel reçut au Van Gogh Museum, Amsterdam.
1510. Vincent van Gogh,
La Nuit étoilée (détail), 1888.
Huile sur toile, 72,5 x 92 cm.
Musée d’Orsay, Paris.
16moins 12 000 visiteurs par jour, puis trouva ensuite un emploi de tour télégraphique. Mais le
plus important était qu’elle compta finalement parmi les dominantes architecturales qui
es’opposaient à elle. La ville approchait du XX siècle et rien ne pouvait arrêter son
développement. Avec les structures métalliques du marché Baltard et des gares, le Paris
d’Haussmann adopta tout à fait naturellement la tour Eiffel. Parmi les peintres de l’époque
postimpressionniste, certains embrassèrent tout de suite la nouvelle
esthétique architecturale. Pour Paul Gauguin, l’Exposition
universelle fut à sa manière la découverte du monde exotique de
l’Orient, avec ses temples hindous et ses danses javanaises. Mais la
pureté fonctionnelle de la structure des pavillons l’impressionna
également. Gauguin écrivit un texte intitulé « Notes sur l’art à
l’Exposition universelle », publié dans le Moderniste illustré le 4
juillet 1889 : « Aux ingénieurs architectes appartient un art
nouveau de décoration, tel que boulon d’ornement, coin de fer
dépassant la grande ligne, en quelque sorte une dentelle gothique
en fer, écrivit-il. Nous retrouvons cela un peu dans la tour Eiffel ».
Gauguin appréciait la décoration lourde et simple de la tour, son
matériau excessivement industriel. Il était catégoriquement
opposé à l’éclectisme et au mélange des styles. La nouvelle époque
engendrait une nouvelle esthétique : « Pourquoi aussi repeindre le
fer en beurre, pourquoi cette dorure comme à l’Opéra ? Non, ce
2n’est pas là le bon goût. Le fer ! Du fer et encore du fer ! »
L’époque post-impressionniste changea précipitamment les goûts
et les passions artistiques. En 1912, Guillaume Apollinaire
consacrait déjà la tour Eiffel comme le nouveau symbole de la
ville ; elle se transformait dans ses vers en bergère gardant les
ponts de Paris.
L’année 1900 apporta de nouvelles dominantes
architecturales dans Paris : sur les berges de la Seine, où l’on
construisait traditionnellement les pavillons de l’Exposition
universelle, des palais apparaissaient. Eugène Hénard en effet
avait conçu les plans d’un ensemble sur la rive droite, dont l’axe
principal était « une large avenue dans l’axe de l’esplanade des
Invalides et du pont Alexandre III ». Des deux côtés de l’avenue
s’élevaient deux pavillons pour l’Exposition universelle de 1900,
le Grand Palais et le Petit Palais, deux merveilles des techniques
de construction contemporaines. Le principe de la construction
11. Pierre Bonnard, était celui d’une architecture métallique entourée d’une façade de pierre. L’utilisation d’une
La Petite Blanchisseuse, 1896.
structure métallique permettait ainsi de décorer le palais de lourdes sculptures de pierre et deLithographie en 5 couleurs,
30 x 19 cm. bronze qui se mariaient parfaitement avec la peinture et la mosaïque. Cette architecture
Bibliothèque nationale de France,
donnait la possibilité de couper l’immense espace du Grand Palais en construisant des salles
Paris.
grandioses pour différentes sortes d’expositions contemporaines, voire industrielles. Le Petit
12. Henri de Toulouse-Lautrec, Palais fut construit par l’architecte Charles Girault comme un musée des arts. À sa décoration
Divan Japonais, vers 1892-1893.
eprirent part de nombreux sculpteurs et peintres célèbres de la fin du XIX siècle, de sorte queLithographie en couleurs, affiche,
80,8 x 60,8 cm. Collection privée. le Palais devint lui-même un monument de ce nouveau style né à l’époque post-impressionniste.
181920