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Le Théâtre des Funambules

De
511 pages

Le théâtre des Funambules ! ! !

Qu’est-ce que cela ? En quel pays fantaisiste ce mythe a-t-il bien pu vivre ? Où cette fiction éthérée a-t-elle existé ?... Dans quel quartier perdu, cette impalpabilité a-t-elle du prendre corps ?.. Prouver son droit à l’existence ?... Naître un être ou une chose ?... Remuer, bondir, ramper, crier, rire, pleurer, attirer, charmer, passionner les foules, les dominer, les vaincre à quelque degré de la Société qu’elles appartinssent ?

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À propos deCollection XIX
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A
TONY RÉVILLON
Son vieil ami
LOUIS PÉRICAUD.
Louis Péricaud
Le Théâtre des Funambules
Ses mimes, ses àcteurs et ses pàntomimes, depuis sà fondàtion jusqu'À sà démolition
CHAPITRE PREMIER
Questions ?
Le théâtre des Funambules ! ! ! Qu’est-ce que cela ? En quel pays fantaisiste ce mythe a-t-il bien pu vivre ? Où cette fiction éthérée a-t-elle existé ?... Dans quel quartier perdu, cette impalpabilité a-t-elle du prendre corps ?.. Prouver son droit à l’existence ? ... Naître un être ou une chose ?... Remuer, bondir, ramper, crier, rire, pleurer, attir er, charmer, passionner les foules, les dominer, les vaincre à quelque degré de la Société qu’elles appartinssent ? Vers quelle époque une construction quelconque, por tant a son fronton lé nom Saltarellique de Funambules, a-t-elle jailli de terre ? Quel architecte l’a conçue, construite ?.. Quels acteurs ont empanaché ses planches ? Quels musiciens ont enfanté de suaves mélodies, de terribles trémolos, d’amoureux duos, de bruyants septuors, de gravesandante,accompagner les situations pour palpitantes qui se sont déroulées sur cette scène microscopique ?.. Quels auteurs ont noirci leurs plumes à son intention ?.. Quels poëtes ont fait vibrer les sept cordes de la Lyre divine en son honneur ? Quels charpentiers dramatiques se sont mis la cervelle à l’envers pour créer d’originales intrigues, d’inattendus dénouements, d’idiots calembourgs, des chutes acétiques de coupl ets, afin d’attirer, de masser, d’entraîner, de captiver cet être hybride, incohére nt, fantasque, rétif, ingrat et prodigue qui a nom « le Public » ? Quels décorateurs ont surchargé leurs palettes pour lui enfanter des apothéoses ruisselantes d’ors et de diamants, des palais idéau x, des paysages ensoleillés ou enlunés, des chaumières fantastiques remplies de gnômes, de lutins, de farfadets et de fantômes ? On s’est donc occupé de cet X Algébrique ? Qui le prouve ? Quel document reste-t-il ? Quel manuscrit a survécu ? Quelle affiche, quel programme ont été retrouvés ? Quel auteur se g lorifie d’y avoir été joué ?.. Quel journaliste se vante d’en avoir parlé ?.. Quel grand artiste en est sorti ? Le silence — en accordant une voix au silence — répond seul à ce bloc de questions. Une sorte d’engourdissement limbique plane sur les cendres de ce qui a été gerbes de rires, cascades de joies, fusées de gaieté. Pourquoi ?.. Le théâtre des Funambules a cependant une histoire, tout aussi bien que le Protoplasma, dont, prétendent que nous descendons, les observateurs Darwin, Haeckel, Béchamp et autres paléontologistes distingués. Cette histoire d’un théâtre minuscule doit être cep endant connue, parce qu’elle a remué des idées et des hommes. Le livre fantaisiste de Jules Janin :Déburau, Histoire du théâtre à quatre sous, pour faire suite à l’histoire du Théâtre Français,date de l’année 1832. Déburau n’étant mort qu’en 1846 et le théâtre des F unambules n’ayant été démoli qu’en 1862, on voit qu’il reste une large part à l’historien continuateur de l’illustre critique des Débats. Et encore, le livre de Jules Janin n’a-t-il été écrit qu’en vue d’un formidable éreintement de Messieurs de la Comédie, en l’année Philippéenne de grâce, 1832. Les inexactitudes s’y montrent nombreuses, flagrantes ; et cela se conçoit ; le Prince
des critiques ne peignait les Funambules qu’à gros coups de brosse, sur le dos du Théâtre Français.
Il n’y a plus de Théâtre Français, dit-il, dans son pamphlet humoristique, il n’y a plus que les Funambules ; il n’y a plus de parterre littéraire, savant, glorieux, le parterre du café Procope ; en revanche il y a le parterre des Funambules, parterre animé, actif, en chemise, qui aime le gros rire et le sucre d’orge. Autrefois l’art dramatique s’appelait Molé ou Talma ; aujourd’hui il s’appelle tout simplement Déburau. Tout se compense.
Ceci était écrit au moment de la plus puissante évolution littéraire et dramatique qui se soit produite ; au lendemain du jour ou le parterre , fustigé si fortement par le satyrique auteur del’Ane mort, se battait pour la réussited’Hernani ;que la Comédie alors Française comptait au nombre de ses pensionnaires L igier, Firmin, Joanny, Menjaud, lles mes Monrose (le père), Samson, Geffroy, M Mars, Anaïs Aubert, M Touzez, Brocart, Noblet, etc., etc. L’amas de paradoxes accumulés dans l’opuscule de Ju les Janin prouve surabondamment la passion avec laquelle il a été écrit. Voilà pourquoi l’histoire vraie du théâtre des Funa mbules, était à faire ; parce qu’elle était à refaire. Qui connaît aujourd’hui Déburau, le colossal, l’épique Déburau ? Celui que le même Janin dénommait lePrince des Pierrots ; que Théophile Gautier — le divin Théo — désignait commele plus parfait acteur qui ait jamais existé; dont Georges Sand disait :je n’ai jamais vu d’artiste plus sérieux, plus consciencieux ; plus religieux dans son art. Le théâtre des Funambules c’était Déburau ; ou plutôt Déburau était à lui seul tout le théâtre des Funambules. On voyait bien s’agiter, se mouvoir, turbulenter autour de lui de vaillants fantoches, de remarquables mimes, de merveilleux Polichinelles, de mirifiques Arlequins, de délicieux Léandres, de ganacheux Cassandres, de rutilantes Co lombines et de déliquescentes Naïades, Ondines, Elphines, Gnomides et Fées ; Il y avait bien d’inimitables grimaciers, danseurs, sauteurs tragiques et comiques, répondant aux noms inconnus aujourd’hui, de Placide , Vautier, Cossard, Laurent aîné, Amable, Laplace, Alex. Guyon, Dérudder, etc., etc. Mais quelque talent que possédassent ces grandes ombres dont Déburau se faisait la lumière, c’était lui que l’on venait voir, lui quand même, lui toujours. Pierrot seul attirait la foule engodaillée ; Pierrot suffisait pour remplir le coffre-fort des Directeurs, parce que Pierrot c’était Déburau ! Telles, les étoiles s’éteignent dans l’immensité du firmament quand apparaît le soleil étincelant. Déburau mort, les Funambules succombèrent. Longtemp s après, m’observera-t-on, puisque Déburau mourut le 16 juin 1846, et que les Funambules ne rendirent leur véritable dernier soupir qu’en 1862, lors de la dém olition des théâtres du Boulevard du Temple.. Il n’importe. Le premier coup de pioche de 1862 ne fut que le second, donné dans le donjon de la Pantomime ; le véritable premier avait été flanqué le 16 juin 1846, alors que la vieille coupeuse Atropos avait tranché de ses terribles ciseaux le fil au bout duquel dansait le pauvre pantin. Le 14 juillet 1862, s’effondrait le théâtre à bon m arché, le théâtre accessible à tous, c’est-à-dire l’engouement, lafuriapopulaire.
Le 14 juillet 1862, le gobeur recevait sur la nuque le coup de grâce, et le blagueur naissait, des décombres funèbres. Le 14 juillet 1862, le bonhomme « Théâtre » râlait sous la poigne formidable, sous l’étreinte colossale de l’entrepreneur de bâtisse, Georges-Eugène Haussmann ! Au bout de trente années l’infortuné « Théâtre » est à peine remis de cette formidable attaque à main armée. La dispersion des théâtres populaires aux quatre co ins de Paris, dérouta le public ahuri, dont une partie s’en fût se réfugier dans les cafés-concerts de son quartier. Avec le boulevard du Temple disparut l’un des coins les plus originaux, les plus pittoresques et les plus excentriques du monde enti er. Deux voyageurs qui se rencontraient à Helsingfors, en plein cœur de la Fi nlande, se donnaient rendez-vous devant la Gaîté, ou au café des Folies-Dramatiques. En ce temps là,onn’allait pas de préférence à « tel théâtre »,onallait « au théâtre ». Arrivé sur le boulevard,onse décidait pour celui-ci ou cet autre. Donc, le 14 juillet 1862 mourut définitivement ou à peu près dame Pantomime, ravivée quelques instants après par les continuateurs du cé lèbre enfariné : Paul Legrand, Charles Déburau, Alexandre Guyon et Kalpestri ; mais fatalement condamnée depuis la mort de Déburau-Colosse, de Déburau-Léviathan, de D éburau-Aimant, de Déburau-Soleil. Luier sur ses chétives épaules ce seul, nouvel Atlas, était assez puissant pour port petit peuple de grimaces, de taloches, de pirouette s, de cascades, de flammes du Bengale et de coups de pied au cul. Luidisparu, tout ce monde de brimbalants devait s’effriter, se disjoindre, s’écrouler, se dissoudre, tomber et finir en poussière. La preuve en est qu’il a essayé de renaître des cendres d’antan, le pauvre théâtricule. Il a tenté, tout clopinant, de se reconstituer boulevard de Strasbourg. Il a râlé, crevant ses interprètes, ruinant ses directeurs, épuisé, fourbu, affamé, anémique, rendant le souffle comme une outre crevée. Le panache blanc du grand Déburau n’était plus là p our entraîner les masses à l’assaut de son paradis. C’est donc d’un théâtre bien mort que je vais reconstituer l’histoire. C’est donc un monde bien éteint que je vais esssayer de faire revivre. Ce sont donc de véritables fouilles archéologiques auxquelles je vais me livrer ; fouilles d’autant plus arides que le maigre petit théâtre n’a laissé aucune note, aucun indice ; à peine quelques affiches, quelques programmes accapa rés par les collectionneurs, prouvent-ils qu’il a véritablement existé. Les Funambules peuvent aujourd’hui passer à l’état de théâtre-Fossile.
CHAPITRE II
1816
Date acquise Je venais d’entrer au café de l’Ambigu. A une table, Alexandre Guyon causait avec un petit vieux, maigre, rachitique, osseux, aux paupières peaussues, l’œil éteint, une chair de cire molle, assez gris pour ne pas être blanc, assez vivant pour ne pas être mort, ass ez paroleux pour ne pas être muet, assez malpropre pour faire estimer la quasi-propreté.  — Mon cher ami, me dit Guyon, vous m’avez souvent demandé de vous présenter à l’Empereur des Polichinelles présents, passés et futurs ?... Le voici : — Vautier ?...  — Moi-même, fit majestueusement le petit vieillard, se redressant et se campant sur ses ergots. Je me mis à examiner ce prétérit, comme on contemple un sarcophage. C’est qu’il y avait de la momie dans cette apparition. Si, tout-à-coup, le gaz s’était éteint, et que le c afé se fut soudainement éclairé des flammes bleuâtres d’un bol de punch, certes, mon ex -Polichinelle eût revêtu les formes fantastiques d’un Molock de la décadence. Du reste, Punch et Polichinelle s’allient. La même mère les a bercés sur ses bosses, la même Mer baigne leurs sabots. La voix du personnage répondait à la carcasse de l’individu Grèle et stridente avec les éraillements d’une crécelle. Unepratiqueavait dû rester dans ce gosier collecteur ; mais une pratique usée par le temps, faussée par l’usage , trouée par le vent qui s’échappait empuanti de ce corps en détresse ; une pratique rou illée par la salive visqueuse qui se desséchait au fond de cette cavité démeublée de toute denture. C’était donc là ce qui restait d’un être que j’avais vu sur la scène, grouillant, sautillant, dansant, cassant, buvant, jurant, battant, tuant et traversant la sueur sans faiblir. A peine une ossature recouverte de parchemin, une prétention de vie.  — Guyon m’a dit que vous voudriez écrire une histo ire des Funambules, glapit la pratique entre deux hoquets. Je me ferai un véritab le plaisir de vous fournir le plus de documents que je pourrai ; j’ai accumulé certains s ouvenirs inédits que je vous soumettrai, vous en tirerez ce que vous voudrez et ce que vous pourrez. Le lendemain je recevais du brave homme, un petit c ahier de notes, en tête duquel était écrite la lettre suivante dont je respecte le style et l’orthographe, aussi bizarres, aussi étranges que celui qui l’a tracée :
Je vous dirai que je n’est écrit cesi que pour me rappeler de ce que ma mémoire pour rait me faire défaut je nait seulement l’intention de le faire imprimer car ce n’est intéressant que pour ceux qui ont connue le peutit théâtre des Funambules et cela ne pourait cervire qu’à l’auteur qui voudrait écrire l’histoire dès théâtre et des artistes dramatiques ; si mes souvenirs peuve servire à quelque chose temmieux je naurait pas toutafait perdue mon temps. Je reprodhuit dans ce livre quelques Biaugraphies d’artistes et quelques artiquels de joursuaux fait par des main plus abiles que les mienes enfaint tant que posible je récolte tout ce qui a raport au théâtre des Funambules et aux artistes qui en ont fait parti. D. VAUTIER.
Que l’âme du pauvre Vautier me pardonné celte note comique sur sa tombe. Ma seule intention en livrant sa lettre à la public ité est de prouver l’authenticité des documents que j’ai recueillis pour écrire ce livre. La danse vertigineuse et macabre de cette étonnante orthographe n’est qu’un contrôle, un poinçon, une marque de fabrique. A quelle époque exacte le théâtre des Funambules a- t-il été construit ?... a-t-il été ouvert ? L’almanach des théâtres,publié par Dechaume en 1852, dit : Ce théâtre qui joue un si grand rôle dans la vie de l’apprenti et du petit public parisien fut ouvert en 1813. Pallianti, dans sonalmanach des spectacles,1853, donne également l’année pour 1813 comme date de l’ouverture des Funambules. D’autre part, l’Architectonographie des théâtres, commencée par Alexis Donnet et Orgiazzi, continuée par Kaufmann, en 1837, dit :
L eThéâtre sans prétention,avant la Révolution, sous le nom des connu, Associésest aujourd’hui occupé par lesFunambules.
Ce qui est une erreur : Le théâtre desAssociés puisSans prétentiondevenu, le était Théâtre de Madame Saqui,pour prendre en 1841 l’enseigne définitive de :Délassements comiques. Arthur Pougin, dans sonDictionnaire sur le théâtre, fait remonter à1815 la fondation desFunambules. Dans l’Histoire du Boulevard du Temple, depuis son origine jusqu’à sa démolition, M. Théodore Lefaucheur écrit :
me Encouragé par l’exemple de M Saqui, en1816, un sieur Bertrand obtint d’ouvrir par tolérance un petit théâtre avec le titre deFunambulesqui signifie danse de corde.
M. Maurice Sand dit également dans sesMasques et Bouffons.
Le théâtre des Funambules fondé en1816,Bertrand, était un spectacle de par chiens savants, de parades et de danseuses de corde, où l’on jouait parfois des pantomimes.
A travers les notes recueillies par le bon Vautier, je relève celle-ci :
Ce n’est qu’en1817que MM. Bertrand et Fabien eurent l’idée de faire construire un théâtre dans l’ancien salon de figures de cire de M. Dupont à qui ils achetèrent la propriété.
Vautier est le premier, le seul, qui cite l’associé de Bertrand, M. Fabien.
Les notes de Polichinelle continuent :
Il n’y avait au commencement dans ce théâtre, que des Acrobates auxquels, Madame Saqui, dans son établissement voisin, faisait un tort considérable par son immense talent. Messieurs Bertrand et Fabien engagèrent des artistes de première force dans ce genre. Citons Madame Williams, la rivale de Mme Saqui. Mais cela ne suffisait pas encore pour attirer la foule. Il fallait à M. Bertrand des mimes sauteurs pour jouer, comme chez sa voisine le genre que l’on appelait alors : la Pantomime sautante. me C’était assez difficile à trouver, car outre le théâtre de M Saqui, le théâtre Bobino, situé rue Madame, et celui de la Cité, accaparaient les meilleurs acrobates.
Le brave Polichinelle fait également erreur en donn ant la date de 1817 ; nous le démontrerons par la suite. Il se trompe comme Pallianti et Dechaume, comme les auteurs de l’Architectonographie des théâtres,comme Arthur Pougin. Seuls, MM. Lefaucheur et Maurice Sand sont dans la vérité et nous allons en fournir la preuve. C’est à la rentrée des Bourbons, vers la fin de 1815, que Madame Saqui avait obtenu d’ouvrir son théâtre. M. Bertrand, n’ayant créé les Funambules que pour é tablir une concurrence à la célèbre danseuse de corde, n’a donc pu le faire ni en 1813, ni en 1815. Cependant, je trouve dans des notes recueillies par Heuzey, artiste des Variétés et des Folies dramatiques, auteur d’un volume fort curieux sur Paris, la cause de l’erreur commise par Pallianti et Dechaume. En 1813, disent ces notes, un individu obtint la permission de construire une espèce de salle pour y montrerdes chiens savants.Le public était obligé de descendre six marches pour pénétrer dans cette salle qui ressemblait à un caveau. L’orchestre se composait de trois aveugles. Ce théâtre changea de propriétaire. Aux chiens sava nts, succèdèrent les Monrose, acrobates de réputation, auxquels il fut permit d’exécuter quelques scènes mimiques, à la condition qu’en entrant en scène, chaque acteur dan serait un pas sur la corde raide toujours tendue sur le théâtre. Bientôt un nommé Bertrand — ce sont toujours les notes d’Heuzey qui parlent — obtint de faire construire à la place de labaraquevéritable petit théâtre auquel il donna le un nom de Théâtre des Funambules ; mais ce ne fut qu’en 1816. Ce Bertrand, ancien marchand de beurre à Vincennes, s’était fait voiturier. Il avait acheté uncoucouun autre puis coucou, et transportait les Parisiens à Vincennes et les Vincenois à Paris. me Un jour qu’il conduisait M Saqui et son mari à la fête du Donjon, une discuss ion s’éleva entre le conducteur et la. célèbre acrobate . Celle-ci le traita de fabricant de rosses, de marchand de beurre en gras de veau ; ell e l’appela détrousseur de grand’s routes, etc., etc. Bertrand, furieux jura de se venger de lasauteusecomme il l’appelait. Se venger !... Comment ? Parbleu, en lui créant une redoutable concurrence. Mais Bertrand n’avait pas assez d’argent pour accomplir seul le gigantesque projet qu’il roulait dans sa vaste tête. Il alla trouver un ami, M. Fabien, marchand de parapluies, fort, amateur des spectacles du boulevard du Temple, et lui communiqua son idée. La fondation d’un véritable théâtre à côté de l’infect bouiboui delaSaqui. Fabien accepta et apporta sa part de fonds. Bertrand sollicita du gouvernement de Louis XVIII le privilège d’ouvrir un théâtre qu’il appelleraitFunambules ; il n’obtint que l’autorisation du titre etla tolérance de l’exploitation, sans privilège spécial. Cette tolérance pouvait lui être retirée du jour au lendemain. Il importait peu à Bertrand. L’âpre désir de la ven geance était en lui, l’aiguillonnait, l’irritait, l’enflammait. Un architecte fut choisi, et le monument se mit à sortir de terre. Il grandit, et chaque pierre qui l’élevait fût l’occas ion d’une jouissance inexprimable pour l’âme vindicative de Bertrand. La petite salle fut construite en trente-huit jours. Il s’agit à nous maintenant de préciser l’emplacement.