Malevitch

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Français
256 pages
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Kasimir Malevitch (Kiev, 1878 — Saint-Pétersbourg, 1935) était un peintre, un grand théoricien d’art, et surtout le père fondateur du suprématisme, style basé sur les formes géométriques et la recherche de l’abstraction pure. « Le suprématisme, écrivit-il, m’a conduit à découvrir quelque chose qui n’avait pas encore été compris jusqu’alors… Il y a dans la conscience humaine un désir impérieux d’espace et la volonté de s’échapper du globe terrestre. » Cette publication présente les œuvres étincelantes de Malevitch, cet artiste original qui, jusqu’à l’âge de vingt-sept ans, ne suivit aucune formation professionnelle de peintre et apprit à dessiner uniquement par curiosité et soif de connaissance. Une fois encore, Gerry Souter nous propose de découvrir les œuvres d’un artiste fascinant à travers une nouvelle approche de sa personnalité.

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Date de parution 08 mai 2012
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EAN13 9781780428642
Langue Français
Poids de l'ouvrage 50 Mo

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Malevitch Gerry Souter
Texte : Gerry Souter Traduction : Bérengère Mauduit
Mise en page : BASELINE CO LTD 33 Ter  33 Bis Mac Dinh Chi St., e Star Building, 6 étage District 1, HôChiMinhVille Vietnam
© Parkstone Press International, New York, USA © Confidential Concepts, worldwide, USA
Tous droits d’adaptation et de reproduction réservés pour tous pays. Sauf mention contraire, le copyright des œuvres reproduites se trouve chez les photographes qui en sont les auteurs. En dépit de nos recherches, il nous a été impossible d’établir les droits d’auteur dans certains cas. En cas de réclamation, nous vous prions de bien vouloir vous adresser à la maison d’édition.
ISBN : 9781780428642
Gerry Souter
MALEVITCH Voyage vers l’infini
SOMMAIRE
Introduction
I La Jeunesse et la steppe
II À la Découverte de l’art et ses expérimentations : impressionnisme, fauvisme, cubisme et futurisme
III Le Suprématisme
IV Le Vol et la chute Biographie Notes bibliographiques
Liste des illustrations
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Introduction
n 1915,une poussée dissonante, soudaine dans le ronronnement des mouvements artistiques dérivés en Europe de l’Est, amena le monde artistique volatile de l’époque figEuratif, excubiste, exfuturiste, fils d’un chimiste ukrainien travaillant dans la betterave à se demander qui était à l’origine du dernier tapage en date. On découvrit un ex sucrière. Ce jeune artiste se détachait de la pagaille réaliste/ futuriste russe et prenait les traits d’unsuprématistenonobjectif abouti, doté d’un langage visuel crypté et, en apparence, impénétrable. Sans aucun doute, il possédait quelque chose mais la pensée derrière les images semblait énorme, à moins qu’il ne s’agît d’une construction fragile d’éléments qu’une osmose aurait assemblés. Nombreux sont les artistes qui se sont tournés vers les philosophes en espérant trouver dans leur pensée des directions et, après avoir assimilé cette sagesse, se sont engagés dans l’exploration d’un style inspiré, montage fait d’épiphanies accumulées. Malevitch fut l’un d’entre eux. Ce qui le démarqua des autres, c’est la soudaineté de son ascension vers la divinité. Il ne connut pas d’évolution ; il jaillit littéralement sur la scène artistique. Tandis que des innovations abstraites comme le dadaïsme, le futurisme, le cubisme ou l’expressionnisme s’épanouirent dans l’Europe occidentale et les ÉtatsUnis du début du e XX siècle, le suprématisme eut la malchance de naître dans le chaudron géopolitique bouillonnant de l’Europe de l’Est. Il se forma alors qu’une Grande Guerre alignait face à face les alliés de l’Est et de l’Ouest et renforçait les parias assoiffés de pouvoir qui en avaient été privés par des régimes impériaux séculaires. Le suprématisme était révolutionnaire au point qu’il devint contrerévolutionnaire à mesure qu’il dura. Sous l’idéologie implacable de Lénine et la poigne de fer de Staline, il n’y avait de place que pour une révolution à la fois. Toute expression qui prenait ses distances par rapport à la ligne du parti communiste et risquait d’en compromettre l’unité devint antipatriotique. Pendant que l’establishmentde l’art occidental regardait, les suprématistes disparurent l’un après l’autre. Malevitch abandonna cette forme artistique nonobjective aussi vite qu’il l’avait découverte : pendant cinq ans, il se consacra à l’enseignement et embrassa la révolution. Conscient que les choses commençaient à se dégrader, et comprenant que l’OGPU, la police secrète de Staline, était à ses trousses, Malevitch antidata des œuvres figuratives nouvelles et reprit, en le variant, son style précédent afin de survivre, mais il était un homme marqué. Son Œuvre ne pouvait échapper à cette grande moulinette qu’était la machine du réalisme socialiste patriotique, laquelle n’autorisait que les formes d’expression artistique qui servaient la cause communiste. Avant 1935, il succomba à un cancer et mourut dans l’indifférence générale. Le monde, lui, se précipita de la ruine financière de la Grande Dépression dans une nouvelle guerre mondiale.
Autoportrait, 19101911. Gouache sur carton, 27 x 26,8 cm. Galerie Trétiakov, Moscou.
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Par chance, certaines de ses œuvres ont survécu à des décennies de répression. Une nouvelle génération put s’en saisir et y apporter des interprétations de son propre cru, comme d’autres avaient pu le faire par le passé. Si le suprématisme n’est qu’une parenthèse dans l’histoire de l’art, Kasimir Malevitch, pour sa part, mérite de figurer au panthéon des grands artistes. Sa plongée abrupte dans l’expression nonobjective trouve confortablement sa place aux côtés de Piet Mondrian, Yves Tanguy, Paul Klee, Juan Miró, Clyfford Still, Vassili Kandinsky, MoholyNagy et se présente comme l’autre versant de Jackson Pollock. En effet, il essaya d’exprimer l’inexprimable, de transformer les réactions uniques de synapses internes en des moments de reconnaissance commune. Il distilla sa propre expérience pour arriver à la réduction visuelle ultime, sur la base d’un ensemble de constructions philosophiques qu’il embrassa avec ferveur. Comme pour les autres grands artistes nonobjectifs, une profonde curiosité est là, persistante, qui donne envie d’aller voir derrière le rideau pour découvrir comment l’artiste fonctionne. La vie de Kasimir Malevitch et l’époque dans laquelle il vécut ont produit une merveilleuse secousse dans le cours évolutionniste de l’histoire de l’art. Son importante contribution à l’art nonobjectif fut précédée de tout un ensemble d’œuvres évolutionnistes relevant du postimpressionnisme, du fauvisme, du cubisme et du futurisme, qui révélèrent sa quête d’une vision personnelle et furent suivies par un ensemble tout aussi révélateur de peintures figuratives témoignant d’une vitalité face à la répression. Même si son suprématisme donna lieu à une grande marée qui se réduisit, finalement, à une goutte d’eau, il suscita néanmoins une curiosité qui, pour être interprétée, réclame la mise en lumière de nombreux concepts philosophiques. Pardessus tout, Malevitch eut le courage et la force de poursuivre son travail créatif dans un climat dangereux pour les idées radicales et innovantes. De nos jours, nous comprenons mieux Kasimir Malevitch et sa condition, celle d’un prisonnier de son temps et du lieu où il vécut. L’opacité de sa philosophie personnelle a laissé des interprétations variées, tout aussi valides les unes que les autres, mais tous les exégètes s’accordent pour voir en lui un génie. Malevitch mérite notre admiration et notre respect.
Un artiste qui crée plutôt quil nimite sexprime ; ses œuvres ne réfléchissent pas la nature, elles créent à la place de nouvelles réalités qui sont non moins signifiantes que les réalités de la nature ellemême. Kasimir Malevitch,Le Monde nonobjectif
Une Réflexion
Le fleuve se vide dans la mer, Mais il ne s’assèche jamais ; Le cosaque cherche sa fortune, Mais jamais ne la trouve. Le cosaque est parti de chez lui, Il a quitté les siens ; Les eaux bleues de la mer éclaboussent et écument, De tristes pensées troublent son esprit :
« Insouciant, pourquoi estu parti ? Vers quoi t’en estu allé abandonnant Ton vieux père, ta mère aux cheveux gris, Ton amour, à leur destin ? En tête étrangère vivent des étrangers, Leurs façons ne sont pas les tiennes : Il n’y aura personne pour partager tes peines Ou avec qui couler tes jours. »
De l’autre côté de la mer, le cosaque repose Et la mer agitée est bouleversée. Il croyait être béni des dieux Mais l’infortune fut son lot. En formation dans le ciel, pardelà les mers Les grues s’en retournent chez elles. Le cosaque pleure ; ses chemins battus Sont couverts de mauvaise herbe…
Taras Chevtchenko, SaintPétersbourg, 1838. (Traduit du russe vers l’anglais par John Weir, Toronto)
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