Michel-Ange

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Michel-Ange (Michelangelo Buonarroti) (Caprese, 1475 – Rome, 1564)
Michel-Ange, comme Léonard de Vinci, avait plusieurs cordes à son arc et était à la fois sculpteur, architecte, peintre et poète. Il porta à leur apothéose le mouvement musculaire et l'effort, équivalents plastiques de la passion, à ses yeux. Il façonna son dessin, le poussant jusqu'aux limites extrêmes des possibilités de son âme tourmentée. Il n'y a aucun paysage dans la peinture de Michel-Ange. Toutes les émotions, toutes les passions, toutes les pensées de l'humanité furent personnifiées dans les corps nus des hommes et des femmes. Il ne les conçut presque jamais dans l'immobilité ou le repos.
Michel-Ange devint peintre pour exprimer à travers un matériau plus malléable ce qui animait sa nature titanesque, ce que son imagination de sculpteur voyait, mais que la sculpture lui refusait. Ainsi cet admirable sculpteur devint le réateur des décorations les plus lyriques et les plus épiques jamais vues dans l'histoire de la peinture : les fresques de la chapelle Sixtine au Vatican. La profusion des inventions disséminées sur cette vaste surface est merveilleuse. Ce sont en tout 343 personnages principaux qui sont représentés avec une variété d'expressions prodigieuse, plusieurs de taille colossale, à côté de figures plus secondaires introduites pour leur effet décoratif. Le créateur de ce vaste plan n'avait que trente-quatre ans lorsqu'il s'attela au projet.
Michel-Ange nous oblige à élargir notre conception du beau. Pour les Grecs, le critère était la beauté physique, mais Michel-Ange, sauf dans quelques exceptions, comme sa peinture d'Adam sur le plafond de la chapelle Sixtine, et ses sculptures de la Pietà, ne prêtait que peu d'attention à la beauté. Bien que maîtrisant parfaitement l'anatomie et les lois de la composition, il osait les ignorer toutes deux, si nécessaire, afin de suivre son idée : exagérer les muscles de ses personnages, et même les placer dans des positions inappropriées au corps humain. Dans son ultime fresque, celle du Jugement dernier sur le mur de l'autel de la chapelle, il laissa se déverser le torrent de son âme. Qu'étaient les règles en comparaison d'une souffrance intérieure qui devait s'épancher ? C'est à juste titre que les Italiens de son temps parlaient de la terribilità de son style. Michel-Ange fut le premier à donner à la forme humaine la possibilité d'exprimer toute une variété d'émotions psychiques. Dans ses mains, elle devint un instrument duquel il jouait, comme un musicien sur son orgue, en tirant des thèmes et des harmonies d'une diversité infinie. Ses personnages transportent notre imagination bien au-delà de la signification personnelle des noms qui leur sont attachés.

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Publié par
Date de parution 15 septembre 2015
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EAN13 9781783108367
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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Auteur : Eugène Müntz

Mise en page :
Baseline Co Ltd,
61A – 63A Vo Van Tan Street.
e4 étage
District 3, Hô Chi Minh-Ville
Vietnam

ISBN: 978-1-78310-836-7

© Parkstone Press International, New York, USA
© Confidential Concepts, worldwide, USA

Tous droits d’adaptation et de reproduction réservés pour tous pays.
Sauf mention contraire, le copyright des œuvres reproduites se trouve chez les photographes qui en
sont les auteurs. En dépit de nos recherches, il nous a été impossible d’établir les droits d’auteurs
dans certains cas. En cas de réclamation, nous vous prions de bien vouloir vous adresser à la maison
d’édition.Eugene Müntz



MICHEL-ANGE





S O M M A I R E


INTRODUCTION
MICHEL-ANGE SCULPTEUR
LA SCULPTURE DE LA FIN DE LA RENAISSANCE
LES ŒUVRES DE MICHEL-ANGE
MICHEL-ANGE PEINTRE ET DESSINATEUR
LA PEINTURE DE LA FIN DE LA RENAISSANCE ET LE DESSIN CHEZ MICHEL-ANGE
LES ŒUVRES DE MICHEL-ANGE
MICHEL-ANGE ARCHITECTE
L’ARCHITECTURE DE LA FIN DE LA RENAISSANCE
LES ŒUVRES DE MICHEL-ANGE
CONCLUSION
BIOGRAPHIE
Liste des illustrations1 . P o r t r a i t d e M i c h e l - A n g e , c. 1533. Craie noire. Musée de Teyler, Harlem.2. Copie d’un personnage du « Paiement du tribut » de Masaccio, 1488-1495. Kupferstichkabinett,
Munich.3. Raphaël , L é o n X , vers 1517. Détrempe sur bois, 120 x 156 cm. Galerie des Offices, Florence .



I N T R O D U C T I O N


Florence, la galerie des Offices et la chapelle Brancacci dans l’église Santa Maria del Carmine, où
l’on peut voir comment certains artistes influencèrent fortement Michel-Ange. Ainsi, L a V i e r g e e t
l ’ E n f a n t e n m a j e s t é , e n t o u r é s d e h u i t a n g e s e t d e q u a t r e p r o p h è t e s de Cimabue aux Offices, L a
V i e r g e e t l ’ E n f a n t e n m a j e s t é , p a r m i l e s a n g e s e t l e s s a i n t s de Giotto également aux Offices, A d a m
e t E v e c h a s s é s d u P a r a d i s de Masaccio au Carmine sont le fil conducteur qui nous mène à cet artiste
ehors norme, reconnu et célébré, du Cinquecento italien, ou XVI siècle.
Avant d’être reconnu en tant qu’artiste à partir du Trecento, mais surtout du Quattrocento,
l’artisan du Moyen Age était simplement un travailleur manuel anonyme, sans aucune reconnaissance
sociale. Florence ayant fait appel à des peintres grecs pour tenter d’y faire revivre la peinture, après
toutes ces années de misères et de pauvreté artistique, la peinture toscane était alors de facture
byzantine, riche en or, statique et répétitive.
L’un des peintres de ce Duecento mal connu fut Margaritone, originaire d’Arezzo. Il fut le premier
à avoir essayé de se démarquer de « la manière grecque » utilisée en peinture et en mosaïque.
Précurseur, il fut néanmoins occulté par Cimabue et Giotto. Le premier, Cimabue, peintre et
sculpteur florentin, fut lui aussi très influencé par les peintres grecs, mais il ne tarda pas à faire
évoluer sa peinture en apportant à ses personnages plus de naturel, de vivacité et de fraîcheur dans les
couleurs. On est encore très loin de la chapelle Sixtine de Michel-Ange, mais l’évolution de la
peinture va bien vers l’aboutissement qu’on verra avec ce dernier.
L’élève de Cimabue, Giotto di Bondone, artiste de la fin du Duecento et du début du Trecento, a
permis à la peinture florentine de s’émanciper réellement de la tradition byzantine. Giotto fut en effet
le grand réformateur de la peinture du début du Trecento italien. En observant les deux œuvres
précitées de Cimabue et de Giotto, on peut voir l’évolution quant au rendu du visage et des vêtements
de la Vierge. Cimabue avait déjà pris ses distances avec la peinture byzantine, et lui-même sera
influencé par son élève Giotto dans une œuvre plus tardive. La Vierge de Giotto vit, nous regarde,
tient vraiment son enfant dans les bras comme le ferait une mère. L’entourage de la Vierge est moins
riche en or, moins byzantin. Les plis du vêtement laissent suggérer le corps de la Vierge. En cela,
Giotto participa à une véritable révolution de la peinture du Trecento. Grand voyageur dans toute
l’Italie et en France, il laissa une œuvre importante. Portraitiste, imitateur de la nature, chargé à la fin
de sa vie des travaux du Dôme de Florence, il commença l’édification du campanile dans le style
gothique florentin. Giotto fait partie de ces artistes polyvalents, comme le sera plus tard
MichelAnge. Ce début du Trecento fut particulièrement actif, et d’autres artistes (Taddeo Gaddi, Bernardo
Daddi, Orcagna) assureront la diffusion de la culture giottesque.
S’ensuivit une période d’influence gothique international, tandis que le début du Quattrocento fut
marqué par une certaine complexité avec l’irruption de Masaccio dans le paysage artistique florentin.4. Cimabue, L a V i e r g e e t l ’ E n f a n t e n m a j e s t é , e n t o u r é s d e h u i t a n g e s e t d e q u a t r e p r o p h è t e s, vers 1280.
Détrempe sur bois, 385 x 223 cm. Galerie des Offices, Florence.5. Giotto di Bondone, L a V i e r g e e t l ’ E n f a n t e n m a j e s t é , p a r m i l e s a n g e s e t l e s s a i n t s, vers 1310.
Détrempe sur bois, 325 x 204 cm. Galerie des Offices, Florence.6. Fra Angelico , L ’ A n n o n c i a t i o n , 1430-1432. San Marco, Florence.


Ce dernier à qui Michel-Ange doit tant ! Tommaso di Giovanni Cassai, surnommé Masaccio, né en
1401 et mort en 1428, eut une activité artistique brève, mais particulièrement intense. Il fut l’un des
premiers artistes à être appelé par son prénom, ce qui était l’un des signes de reconnaissance de statut
d’artiste à part entière. On peut citer la T r i n i t é, à Santa Maria Novella, et surtout son chef-d’œuvre à
la chapelle Brancacci dans l’église du Carmine. Masaccio, autre grand révolutionnaire de la peinture
de la Renaissance italienne, bouleversa tous les codes précédents. Influencé par la peinture de Giotto,
et surtout par les nouvelles conceptions sur la perspective de l’architecte Brunelleschi et du sculpteur
Donatello, ses amis et complices, Masaccio appliqua à ses fresques cet espace de la perspective. Dans
celles de Brancacci, les personnages deviennent vivants, on peut même les sentir évoluer devant soi.
Masaccio nous fait participer à ce qu’il nous fait voir. Il n’est pas possible de rester passif devant ses
fresques. Le meilleur de Masaccio est sans doute son A d a m e t E v e c h a s s é s d u P a r a d i s. Comparé à
celui de Masolino, disposé en vis-à-vis dans cette même chapelle, la fresque de Masaccio est
effrayante. Quittant le Paradis, accablés par le péché et la culpabilité, Adam et Eve crient leur honte et
leur souffrance. Il faut remarquer la nudité des deux personnages. Longtemps cachés par des
feuillages, les sexes d’Adam et Eve ont retrouvé toute leur nudité après la restauration de la chapelle
eà la fin du XX siècle. Il s’agit ici du premier nu de la peinture. La peinture byzantine était
définitivement très loin de cette nouvelle peinture que Masaccio proposait à ses contemporains. Il
excella dans les raccourcis, cette façon de réduire les figures vues en perspective, dans l’harmonie des
couleurs, dans l’expression des visages, et dans les drapés plus proches de la réalité que ceux des
artistes précédents. Masaccio réalisa une peinture tellement nouvelle que tous les peintres
contemporains et à venir viennent voir la chapelle Brancacci. On peut citer Fra Angelico, Léonard de
Vinci, Michel-Ange, Raphaël, Caravage, Ingres… Tous ont pris quelque chose de Masaccio, même si
ensuite leurs œuvres en sont très éloignées.
L’héritage de Masaccio est important. Fra Giovanni da Fiesole, dit Fra Angelico, quoique né avant
lui, fut fortement influencé par ce dernier. Frère dominicain au couvent de San Marco, homme
modeste, simple et pieux, il fit de très belles fresques dans le cloître et dans les cellules du couvent,
dont celle de l’ A n n o n c i a t i o n. Domenico Veneziano confirma ensuite ce style raffiné et harmonieux,
propre à la Renaissance italienne.
En ce milieu du Quattrocento, un mouvement intellectuel, l’humanisme, se détourna du Moyen
Age et trouva un attrait particulier pour l’Antiquité. Dans le même temps, un nouvel essor artistique
se référant lui aussi aux sources gréco-latines, en opposition à l’art médiéval, se fit jour. Cependant,ele terme Renaissance ne sera utilisé pour la première fois qu’au XIX siècle par l’historien français
Michelet, dans son H i s t o i r e d e l a R e n a i s s a n c e, parue en 1855.
Abordant cette période de la Renaissance avec Brunelleschi, Donatello, Masaccio et tous ceux à
venir, il semble judicieux de définir dès à présent les différentes périodes de la Renaissance. On peut
considérer qu’il existe une première Renaissance, appelée aussi les Primitifs, allant de 1400 à 1480.
Vient ensuite une deuxième période, la Haute Renaissance ou Age d’Or, allant de 1480 à
15201530 : c’est la période de la Renaissance dite classique. Enfin la dernière période, de 1530 à 1600,
est la Fin de la Renaissance, considérée longtemps comme la décadence de la Renaissance, mais qui
en’est jamais qu’une évolution normale d’un mouvement artistique qui a dominé le XV siècle et le
edébut du XVI siècle. Michel-Ange, par exemple, a participé à l’Age d’Or de la Renaissance, ainsi
qu’à la Fin de la Renaissance, temps du maniérisme. Au milieu du Quattrocento, donc, les œuvres de
Platon arrivèrent à Florence. Etudiées par Marcile Ficin, elles replacèrent l’homme au centre du
monde. Propagées par les voyages et l’imprimerie, les idées humanistes se répandirent dans toute
l’Europe. Dans le même temps, le retour à l’Antiquité profita à la peinture, la sculpture et à
l’architecture, sans pour autant la plagier, mais en la dépassant. Le berceau de la Renaissance italienne
était à Florence, et se déplaça ensuite à Rome pour des raisons que nous verrons plus tard.
Cette période fut caractérisée par l’érudition dans les lettres, et le raffinement dans les arts. On
peut citer Filippo Lippi et Benozzo Gozzoli qui travaillèrent pour les Médicis. C’est ici qu’intervint
Laurent de Médicis, dit le Magnifique, qui fut un mécène et un protecteur de nombreux artistes,
comme l’étaient d’ailleurs d’autres familles fortunées de Florence. Ainsi, l’atelier d’Andrea del
Verrocchio, très actif, eut comme apprenti Léonard de Vinci qui dépassa très vite son maître au grand
désespoir de ce dernier. Il arriva que Léonard et Michel-Ange se retrouvèrent parfois dans une saine
émulation.7. Masaccio , A d a m e t E v e c h a s s é s d u P a r a d i s , 1427 . Fresque. Chapelle Brancacci, Santa Maria del
Carmine, Florence.8. Botticelli , L e P r i n t e m p s , 1482. Tempera sur bois,
203,2 x 312,42 cm. Galerie des Offices, Florence.9. Léonard de Vinci, M o n a L i s a, 1503-1505. Huile sur toile, 77 x 53 cm. Musée du Louvre, Paris.1 0. Raphaël, Portrait de femme dite « La Velata », 1516.
Huile sur toile, 85 x 64 cm. Galerie Palatine, Palais Pitti, Florence.


Ce fut aussi l’époque de Sandro Botticelli (Le Printemps et La Naissance de Vénus), peintre et
ami des Médicis. Botticelli représente la grâce, l’harmonie, l’équilibre et la beauté, si caractéristiques
de cette période florentine, tandis que Michel-Ange ne sera pas de cette veine… Filippino Lippi, élève
de Botticelli et fils de Fra Filippo Lippi, travailla à la chapelle Brancacci à la suite de Masolino et de
Masaccio. A Santa Maria Novella, les fresques de Lippi laissent déjà présager de l’évolution de la
peinture de la Renaissance classique vers le maniérisme.
Ce Quattrocento très actif sur le plan artistique à Florence, fut aussi très religieux. Les
dominicains de San Marco eurent une influence importante sur la peinture, comme on peut le voir
avec les œuvres de Fra Angelico. Dans la dernière décennie de ce siècle, le climat florentin fut
particulièrement difficile : la mort de Laurent de Médicis, les prêches de Savonarole, se disant
prophète de Dieu et sauveur de la République, en lutte contre la luxure et la dépravation des mœurs
tant chez les Médicis que dans le clergé, les autodafés, son excommunication, sa pendaison et son
bûcher, enfin l’exil des Médicis. Ces événements ont eu une grande influence sur la vie artistique.
Certains peintres modifièrent leur façon de peindre (Botticelli, Filippino Lippi, Benozzo Gozzoli et
bien sûr Michel-Ange) en allant vers une dramatisation certaine.
On ne peut occulter la peinture flamande dans le Quattrocento florentin. En effet, grâce au
commerce privilégié entre les Flandres et Florence, la peinture a largement bénéficié de ces échanges.
Les Flamands pratiquaient la technique de la peinture à l’huile et, en utilisant les couleurs de façon
variée, donnèrent à leur peinture une perspective aérienne, tandis que les Florentins avaient découvert
la perspective linéaire. On peut citer Jan van Eyck, Rogier van der Weyden, Hugo van der Goes, et
Hans Memling. Rappelons que Michel-Ange reçut une commande — la Madone de Bruges — pour
des marchands flamands au tout début du Cinquecento. En peinture, il resta pourtant fidèle à la
peinture sur fresque. Au sujet de la peinture flamande, Michel-Ange dit que celle-ci fera verser des
larmes, tandis que la peinture italienne n’en fera pas verser.
Dans les premières années du Quattrocento, le courant pictural amorcé par Fra Angelico à San
Marco fut poursuivi par un autre frère dominicain, Fra Bartolomeo, disciple de Savonarole. Il
s’agissait d’une peinture religieuse incarnant avant tout les idéaux. Fra Bartolomeo fit un Portrait de
Girolamo Savonarole qui ne laisse planer aucun doute sur la personnalité du moine. Fra
Bartolomeo, par ses couleurs, influença Raphaël, qui a lui-même influencé Michel-Ange… Certaines
influences sont évidentes, d’autres le sont moins.
Le début du Cinquecento fut d’une importance capitale pour l’art florentin, même si le
Quattrocento fut d’une richesse inouïe. Michel-Ange a connu les turpitudes de ces années, puisqu’il
était dans l’atelier de Ghirlandaio en 1488, avant d’étudier les antiques au jardin de San Marco et
d’être sous la protection de Laurent de Médicis. Influencé par Giotto, Masaccio, Donatello et
Signorelli, Michel-Ange n’hésita pas à étudier, à copier, à s’approprier une attitude, un geste, un
motif de draperie, une expression, ce qu’il ne pourrait faire de nos jours avec la législation sur la
propriété artistique, tandis qu’il refusait de montrer ses travaux en cours, même à l’un de ses
commanditaires comme le pape. Il copiait, mais ne voulait pas être copié ! Par ailleurs, Michel-Ange
détestait reproduire les traits des vivants, à moins qu’ils ne fussent d’une beauté infinie. Il fut le
premier artiste qui fit de la beauté la loi absolue de son art.
Tout sortait de son imagination, tandis que l’autre Ecole s’autorisait de l’exemple des Primitifs et
de celui de Raphaël. Michel-Ange, partagé entre Florence, sa ville des débuts, et Rome, où il fut
appelé par les papes pour décorer la chapelle Sixtine.
Léonard de Vinci, Michel-Ange et Raphaël, trio incontournable du Cinquecento. Rendons
hommage à Vasari, artiste et historien d’art, pour ses Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et
architectes parues en 1550, complétées en 1568, et à Condivi, ami et biographe de Michel-Ange,
p o u r La Vie de Michel-Ange. Ces témoignages sont, malgré quelques inexactitudes ou
complaisances, très précieux pour la compréhension et l’étude historique de l’art et des artistes de la
Renaissance italienne.
Entre Léonard et Michel-Ange, ce fut la confrontation de deux grandes personnalités, uneincommunicabilité entre deux conceptions artistiques opposées. Cependant, Vasari écrivit qu’il y
avait une grande complicité entre les deux hommes. Leur contemporanéité — Léonard était l’aîné
d’une vingtaine d’années —, leurs deux visions créatrices différentes, leur fière indépendance,
provoquèrent des situations tendues entre eux, lorsqu’ils furent obligés de se rencontrer, par exemple,
lors de la commande pour les cartons du Palazzo Vecchio. Léonard, influencé par Donatello et
Verrocchio, eut une façon de peindre propre à lui : le sfumato. La meilleure définition du sfumato est
« che le tue ombre e luci sieno uniti senza tratti o segni, ad uso di fumo », ce qui veut dire « que les
ombres et les lumières soient unies sans traits ni signes, à la manière de la fumée ». Les contours ne
sont pas précis, les couleurs sombres, exactement le contraire de la peinture de Michel-Ange. Il suffit
de regarder La Joconde (musée du Louvre de Paris) et le Tondo Doni (les Offices de Florence).
Léonard était resté longtemps dans l’atelier de Verrocchio, tandis que Michel-Ange resta seulement
un an auprès de Ghirlandaio, pour se rendre ensuite à l’atelier de Bertoldo : c’était la sculpture qui
l’intéressait avant tout.
Léonard fit un grand travail de recherche sur la vérité, et son exigence fut essentielle. Michel-Ange
est plus replié sur lui-même, plus solitaire, s’interrogeant sur la signification de l’art, et ce durant
toute sa vie. Léonard et Michel-Ange ont tous les deux pratiqué l’anatomie, mais pas dans le même
but. Léonard s’en servait pour traduire la vérité du geste dans les actions et les sentiments, tandis que
Michel-Ange en avait besoin pour l’intérêt du nu qu’il avait de façon irrévocable. Le premier n’a pas
peint de nus, le second en a peints de façon pléthorique. Le David de Michel-Ange placé dans un
contrapposto vient de l’étude du fonctionnement du corps humain. En définitive, l’étude de
l’anatomie n’a pas eu du tout les mêmes conséquences sur les deux artistes.
Un autre point de comparaison entre les deux rivaux est le non finito. Celui de Léonard peut être
considéré comme celui d’un travail normal. On observe le non finito de Léonard dans la peinture, et
celui de Michel-Ange dans la sculpture. Chez Léonard, le non finito se confond avec le sfumato, et la
limite entre les deux n’est pas facile à distinguer. Chez Michel-Ange, le non finito est un sujet
récurrent. Moindre en peinture, il est réel en sculpture. Il s’agit bien d’une particularité de l’art de
Michel-Ange. Pressé par d’autres commandes, il a pu être amené à délaisser ce qu’il faisait, mais
aussi, il a pu vouloir susciter une forme de vie particulièrement dynamique et expressive.
MichelAnge faisait d’abord des modèles, et ensuite travaillait d’une manière intermittente, tantôt avec une
hâte fébrile, tantôt avec une sage circonspection. Dans la fureur du geste sur le marbre, il libérait ce
qui était contenu dans ce marbre, pour en ôter l’excédent, mais n’allait pas au bout de son travail. Ce
non finito est le produit de cette richesse créative exceptionnelle que possède Michel-Ange. On peut
ajouter qu’au lieu de suivre ses prédécesseurs dans l’art pictural chrétien, il préféra, dès ses débuts, la
sculpture. Il peignit ainsi le Tondo Doni comme une sculpture et, lorsque le pape Jules II lui
demanda de peindre la voûte de la chapelle Sixtine, ses rivaux, dont Bramante et Raphaël, espéraient
bien le voir se défiler. Ce fut un triomphe ! Finalement, Michel-Ange sculpteur se révéla être aussi un
excellent peintre. Quant à l’architecture, la maturité de Michel-Ange lui permit, tout en appréciant le
concept de Bramante, d’utiliser les rapports entre les formes du corps humain et les différentes parties
des édifices.
Venons-en à Raffaello Sanzio d’Urbin, dit Raphaël. Un peu plus jeune que Michel-Ange, mais
mort prématurément à l’âge de trente-sept ans, Raphaël était de caractère opposé à Michel-Ange. En
premier lieu, son amabilité et sa manière de peindre l’opposèrent en tous points à ce dernier. Lorsque
Raphaël arriva à Florence, probablement en 1504, après avoir acquis une solide formation dans
l’atelier du Pérugin, il se lia d’amitié avec de jeunes peintres, étudia les cartons de Léonard et de
Michel-Ange au Palazzo Vecchio, le Tondo Doni de ce dernier, apprécia les couleurs de Fra
Bartolomeo, et fut également influencé par Ghirlandaio. Après avoir réalisé quelques commandes
privées, il se rendit à Rome, en 1508, la même année que Michel-Ange, pour y peindre les stanze des
appartements de Jules II dans le palais pontifical. En plus d’être un merveilleux coloriste, Raphaël
rendit les drapés, le velours, le damas, la soie de telle façon qu’on peut aisément voir le tissu
luimême devant soi : La Velata, exposée au palais Pitti, en est un bel exemple. La rivalité entre
MichelAnge et Raphaël était certaine, mais elle n’était pas belliqueuse. Les deux hommes étaient tellement
différents dans leur art et leur caractère. On peut aussi ajouter que finalement la mort prématurée de
Raphaël a laissé Michel-Ange sans ce rival de grand talent.1 1. Rosso Fiorentino, M o ï s e d é f e n d l e s f i l l e s d e J é t h r o.
Huile sur toile, 160 x 117 cm. Galerie des Offices, Florence.