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Michel-Eugène Chevreul 1786-1889

De
338 pages
Le présent ouvrage d'Elie Volf décrit les multiples activités du savant Michel-eugène Chevreul. Chevreul a été un savant aux nombreuses facettes, et père de la chimie organique. Pour lui, la science est indispensable pour comprendre les phénomènes de la nature. Il était avide de connaissance, et il se déclara en 1871 dans ses écrits philosophiques sur la philosophie naturelle, doyen des étudiants de France, titre qui représentait pour lui sa plus belle distinction.
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Elie Volf
MICHEL-EUGÈNE CHEVREUL
1786-1889
Le présent ouvrage d’Elie Volf décrit les multiples activités du savant Michel-Eugène
eChevreul. Fait rare, Michel-Eugène Chevreul a vécu 103 ans au XIX siècle, où l’espérance
de vie était proche de 50 ans. Chevreul a été un savant aux nombreuses facettes.
Pour Chevreul, la science est indispensable pour comprendre les phénomènes de la MICHEL-EUGÈNE CHEVREUL
nature, car rappelons que la méthode expérimentale ne se rapporte qu’à la recherche des vérités
objectives et non à celle des vérités subjectives. Il était avide de connaissances, et il se déclara 1786-1889
en 1871 dans ses écrits philosophiques sur la philosophie naturelle, doyen des étudiants de
France, titre qui représentait pour lui sa plus belle distinction.
Un savant, doyen des étudiants de France Chevreul fut l’un des pères de la chimie organique, Chevreul pensait qu’en plus de
Des corps gras et de la chandelle à la perception des couleursleur composition élémentaire et de leurs propriétés chimiques et physiques, il y avait aussi
lieu de prendre en compte les propriétés organoleptiques des produits chimiques. Pour lui,
celles-ci se manifestent lors du contact d’un corps avec les organes des êtres vivants et quand
y sont associés d’autres e ets à distance, tels que les odeurs, les saveurs et la couleur.
Les recherches sur la perception des couleurs qu’il a réalisées à la Manufacture Nationale
des Gobelins sont remarquables, c’est en juxtaposant deux couleurs, que Chevreul observa
que l’intensité et la nuance se modi ent, c’est ce qu’il nommera l’e et de contraste simultané
des couleurs. D’autre part on lui doit une classi cation précise des couleurs suivant des
cercles chromatiques.
Chevreul s’est par ailleurs employé à dénoncer les pseudo-sciences.
Chevreul a traité de nombreux sujets avec rationalité et considérait à juste raison,
l’alchimie, la radiesthésie, le spiritisme comme des doctrines et non comme des sciences.
Elie Volf est Docteur ès science et Maître de Conférence honoraire.

Jean-Marie Lehn est prix Nobel de chimie 1987 pour ses travaux sur la chimie
supramoléculaire.
Hervé is, le père de la gastronomie moléculaire, est professeur consultant à AgroParisTechL Préface de Jean-Marie Lehn, Prix Nobel de Chimie
(Institut des sciences et industries du vivant et de l’environnement).
Réfl exions sur la chimie et l’art par Hervé This
Photo de couverture : Paul SIGNAC, Application du cercle chromatique de M. Ch. Henry, Paris, Imp. Eugène
Verneau (1889). Lithographie en couleurs, 15,5 x 18 cm. Ce dessin de Paul Signac de 1886 a été réalisé pour le
programme de la Revue du éâtre Libre. Le logo des lettres L et T correspond à éâtre Libre, et comporte des
e ets de contraste simultané des couleurs suivant les principes de Michel-Eugène Chevreul.
ISBN : 978-2-336-00331-3
34 €
MICHELEUGÈNE CHEVREUL
Elie Volf
1786-1889

Michel-Eugène Chevreul
(1786-1889)
Acteurs de la Science
Collection dirigée par Richard Moreau, professeur honoraire
à l’Université de Paris XII
et Claude Brezinski, professeur émérite à l’Université de Lille


La collection Acteurs de la Science est consacrée à des études sur les
acteurs de l’épopée scientifique moderne ; à des inédits et à des
réimpressions de mémoires scientifiques anciens ; à des textes
consacrés en leur temps à de grands savants par leurs pairs ; à des
évaluations sur les découvertes les plus marquantes et la pratique de la
Science.

Dernières parutions

Roger Teyssou, Gabriel Andral, pionnier de l’hématologie. La
médecine dans le sang, 2012.
Yvon Michel-Briand, Aspects de la résistance bactérienne aux
antibiotiques, 2012.
Roger Teyssou, Charcot, Freud et l’hystérie, 2012.
Djillali Hadjouis, Camille Arambourg, Une œuvre à travers le monde,
2012.
Jacques Marc, Comment l’homme quitta la Terre, 2012.
Georges Mathieu, La Sorbonne en guerre (1940-1944), suivi de
Journal de la Libération de Versailles, 2011.
Norbert Gualde, L’épidémie et la démorésilience, 2011.
Jean-Pierre Aymard, Karl Landsteiner. L’homme des groupes
sanguins, 2011.
ePierre Pageot, La santé des Limousins et des Périgourdins au XIX
siècle, 2011.
Yves Delange, Conversation au bord de la Sorgue : Jean-Henri Fabre
et Louis Pasteur, 2011.
André Audoyneau, D’un pays à l’autre. Chroniques d’un médecin
colonial, 2011.
Roger Teyssou, L’Aigle et le Caducée. Médecins et chirurgiens de la
Révolution et de l’Empire, 2011.
Henri Delorna, Les Tribulations d'Henri en Pologne occupée (1941-
1945). Témoignage, 2010.
J. Boulaine, R. Moreau, P. Zert, Éléments d'histoire agricole et
forestière, 2010.
Jean Céa, Une vie de mathématicien. Mes émerveillements, 2010.
Bernard Faidutti, Copernic, Kepler, Galilée face aux pouvoirs, 2010. Elie VOLF







MICHEL-EUGÈNE CHEVREUL
(1786-1889)

Un savant doyen des étudiants de France
Des corps gras et de la chandelle
à la perception des couleurs



Réflexions sur la chimie et l'art par Hervé This
Entretien CHEVREUL – NADAR
pour le centenaire de CHEVREUL

Préface de Jean- Marie LEHN
Prix Nobel de Chimie








Ouvrages publiés par l'auteur Elie Volf
Michel-Eugène Chevreul, De la baguette divinatoire, du pendule dit
explorateur et des tables tournantes du point de vue de l’histoire de la
critique et de la méthode expérimentale, réédition commentée par Elie
Volf, Edilivre, préface de Raoul Chevreul (arrière-arrière-petit-fils du
savant), 2008.
Faut-il croire à tout ?, Le comment du pourquoi des parasciences,
ouvrage en copublication avec Benjamin Lisan et Antoine Thivel,
Edilivre, préface de Daniel Kunth, 2009.



















© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-336-00331-3
EAN : 9782336003313 J’éprouvais alors un désir que je regardais comme un sentiment
égoïste et presque coupable ;- celui d’échapper aux travaux de mon
métier afin de m’enrôler dans le drapeau de la science ; car je
m’imaginais que la science devait rendre aimable et généreux tous
ceux qui la cultivent.
Michael Faraday (Histoire d’une chandelle, traduction française
par Henri Sainte-Claire Deville) Remerciements
Nous sommes reconnaissants à Monsieur Jean-Marie Lehn, prix
Nobel de chimie 1987, d’avoir accepté de préfacer cet ouvrage.

Nous remercions vivement Hervé This pour « ses réflexions
philosophiques et physiologiques sur la chimie et l’art ». Hervé This
père de la gastronomie moléculaire, est professeur consultant à
AgroParisTechL (Institut des sciences et industries du vivant et de
l'environnement), et Directeur scientifique de la Fondation Science &
Culture Alimentaire.

Nous remercions Madame Josette Fournier, professeur émérite de
chimie organique de l’Université d’Angers (ville natale de Chevreul),
qui sans ses conseils et encouragements, cet ouvrage n’aurait pas vu le
jour.

Nos remerciements vont aussi à :
Alain Queruel pour nous avoir autorisé à utiliser ses notes
personnelles sur les savants Fourcroy et Vauquelin.
Raoul Chevreul (arrière-arrière-petit-fils du savant Michel-Eugène
Chevreul) pour ses nombreux conseils.
Michel Grosmann, professeur émérite de physique de l’Université
de Strasbourg d’avoir relu et fait part de ses remarques sur l’ouvrage.
Monsieur Trivier, conservateur de la Manufacture Nationale des
Gobelins pour nous avoir fourni de nombreux renseignements sur la
vie de Chevreul à la Manufacture.
Les bibliothécaires du service de documentation du Muséum
national d’Histoire naturelle pour nous avoir autorisé à consulter les
archives de Chevreul déposées au Muséum.

Nous remercions l’éditeur L’Harmattan et en particulier David
Laplagne d’avoir rendu possible la publication de cet ouvrage aux
nombreuses facettes. Avertissements
Nous espérons qu’avec cet ouvrage, les pensées et travaux de
Chevreul seront mieux connus.
Chevreul a écrit ses textes dans un style savant et une orthographe
e du XIX siècle, et pour nos citations nous avons respecté celles-ci. Par
eexemple au XIX siècle on écrivait « méthode à priori » pour
« méthode a priori ». Vous remarquerez que les phrases souvent très
longues sont très structurées, mais écrites avec les mots les plus
appropriés.

Nous avons traité un grand nombre de sujets, dont quelques uns
sont parfois difficiles à comprendre à la première lecture, et nous nous
en excusons auprès des lecteurs.
Nous n’avons pas parlé de tous les thèmes qu’a étudié Chevreul,
mais fait ressortir les plus importants, car n’oublions pas qu’en 85 ans
de recherches quasi individuelles Chevreul a publié plus de 800
articles de grande importance. Préface de Monsieur Jean-Marie Lehn
Chevreul, fut un des pères de la chimie organique, mais ses
recherches sur la perception des couleurs qu’il a réalisées à la
Manufacture des Gobelins sont tout aussi remarquables. Il était avide
de connaissances et après avoir écrit des ouvrages sur l’histoire de la
matière et de l’alchimie, il se déclara en 1871 dans ses écrits
philosophiques sur la philosophie naturelle, doyen des étudiants de
France, titre qui représentait pour lui sa plus belle distinction.
eEn ce début du XIX siècle, la chimie venait de naître avec les lois
de Lavoisier et de Dalton-Proust, régissant les réactions chimiques, et
la création d’une nomenclature chimique avec Fourcroy, Berthollet, et
Guyton de Morveau.
Avant 1808, les deux principaux centres de recherches étaient le
Muséum avec Vauquelin et Chevreul et l’Ecole Polytechnique avec
Thenard et Berthollet.
Après le décès de Fourcroy en 1809, la chimie se développera
surtout au Muséum d’Histoire naturelle. Chevreul redonnera vie à ce
lieu prestigieux en organisant de nombreuses causeries avec Gay-
Lussac le physico-chimiste, A-M. Ampère d’abord chimiste puis
physicien et Frédéric Cuvier le zoologiste. Malheureusement pour la
science, ces discussions n’ont pas été transcrites.
Le Muséum fut un creuset d’idées pour la recherche scientifique et
en France un lieu ouvert aux idées des savants étrangers.
Ainsi furent invités, pour des séjours de plusieurs mois, Humphrey
Davy, Berzelius et Œrsted.
Précisons qu’Œrsted eut des conversations avec Chevreul sur le
magnétisme animal et l’électricité, et qu’Ampère assistait aussi à ces
entretiens, ce qui pourrait expliquer sa conversion de la chimie vers
l’électricité.
Une profonde amitié lia Chevreul et Gay-Lussac pendant près de
18 ans. Au Muséum, Gay-Lussac donna d’abord des cours de chimie
inorganique, et il collabora à la réalisation de la première bougie
stéarique avec Chevreul.
Chevreul pensait qu’en plus de leur composition élémentaire et de
leurs propriétés chimiques et physiques, il y avait aussi lieu de prendre
en compte les propriétés organoleptiques des produits chimiques. Pour
lui, celles-ci se manifestent lors du contact d’un corps avec les organes
des êtres vivants et quand y sont associés d’autres effets à distance,
tels que les odeurs, les saveurs et la couleur. Cette considération sur
les propriétés organoleptiques permit à Chevreul de rendre compte de
recherches tout d’abord sur les mouvements musculaires inconscients.

Pour Chevreul, la science est indispensable pour comprendre les
phénomènes de la nature, et il faut se rappeler que la méthode
expérimentale ne se rapporte qu’à la recherche des vérités objectives
et non à celle des vérités subjectives.
Chevreul a réalisé de nombreuses recherches avec Claude Bernard
en biochimie, et on lui doit en particulier des études sur les sels
biliaires, le cholestérol, et surtout la transformation des graisses
animales en glucose.
En 1861, reçu docteur en médecine et chirurgie par la faculté de
médecine de Berlin, il envoya à celle-ci un discours sur l’histoire de la
médecine.
Dans sa longue existence, en effet il avait accumulé une érudition
extraordinaire qui ne se limitait pas au laboratoire ; il fut aussi l’un des
premiers savants, sinon le premier, à s’être intéressé au champ de
l’histoire des sciences, et tout particulièrement à l’alchimie.
Chevreul s'est par ailleurs employé à dénoncer les pseudo-sciences,
impostures et autres mystifications. Ainsi, en 1833, dans une lettre
ouverte adressée à son ami A-M. Ampère, il justifia que les mouve-
ments musculaires en radiesthésie étaient provoqués inconsciemment
par une autosuggestion.
Chevreul a traité de nombreux sujets avec rationalité et a toujours
considéré à juste raison, l’alchimie, la radiesthésie, le spiritisme
comme des doctrines et non comme des sciences.
Par un curieux hasard, Chevreul observa en 1858, le noircissement
des plaques argentiques exposées à des corps phosphorescents comme
les sels d’uranium.
12
Ces observations, qui ne pouvaient être interprétées à cette époque,
seront reprises en 1896 par Henri Becquerel et seront le préambule à
la découverte de la radioactivité naturelle.

Le présent ouvrage d'Elie Volf, décrit les multiples activités du
savant. Nous devons lui être reconnaissants, ainsi qu'à l'Association
Française pour l’Information Scientifique (AFIS) dont il a été vice-
président (juin 2007 à juin 2009), de faire œuvre de salubrité publique
dans ce domaine malheureusement encore d'actualité.

Jean-Marie Lehn
Novembre 2011
13

Michel-Eugène Chevreul

(1786-1889)

Introduction
Michel-Eugène Chevreul par sa soif de connaissances, s’est
considéré comme le doyen des étudiants de France, mais par sa
longévité de 103 ans, il fut aussi sans doute le doyen des Français, car
il faut se rappeler qu’en 1889, l’espérance de vie pour la plupart des
gens était inférieure à 50 ans.
Michel-Eugène Chevreul est né le 31 août 1786 à Angers et décède
le 7 avril 1889 à Paris.
Chevreul a connu dans sa vie quatre Royautés (Louis XVI,
Louis XVIII, Charles X, Louis Philippe), deux Empires, quatre
Révolutions (1789, 1830, 1848, la Commune de Paris) et trois
Républiques.
Dans l’histoire de France, aucun homme n’a traversé autant
d’événements politiques.
eIl a été au contact des plus grands savants du XIX siècle, dont H.
Davy, Berzelius, M. Faraday, Ampère, Frédéric Cuvier, A-L Jussieu,
Œrsted, Gay-Lussac, et dans la fin de sa vie avec Claude Bernard,
Pasteur, et les Becquerel. Mais avec Berthelot, les échanges
épistolaires n’ont pas toujours été sereins.
Chevreul est surtout connu pour ses importants travaux sur les
corps gras, mais ses études sur la chimie tinctoriale et la perception
des couleurs sont aussi remarquables. De même, il faut considérer que
Chevreul a été le premier historien et philosophe des sciences.
Dès 1808 et surtout jusqu’en 1824, Chevreul s’investira surtout sur
une recherche des corps gras au Muséum d’Histoire naturelle en
collaboration avec Vauquelin. Mais en 1824, nommé directeur de
l’atelier des teintures à la Manufacture des Gobelins, Michel Eugène
orientera une grande partie de ses activités vers la chimie des
colorants et la physiologie de la perception des couleurs.
Ses travaux représentant près de 800 articles, révèlent ses qualités
d’expérimentateur et d’homme de laboratoire de même ses réflexions
méthodologiques.
Préoccupé avant tout de recherche fondamentale, il a aussi participé
à de nombreux projets appliqués comme les procédés de teinture et
l’invention de la première bougie stéarique.
Il est important de souligner qu’en dehors d’émoluments confor-
tables Chevreul n’a pas cherché à tirer profil de ses recherches.

D’origine catholique, comme Louis Pasteur, il n’a pu cependant
admettre la doctrine de l’évolution des espèces dont le transformisme
avait été la première ébauche formulée par Lamarck au Muséum, et à
Paul Nadar qui l'entretenait au sujet de l’origine de l'Homme, il
répondit : « Moi, le fils d'un Orang-outang, jamais ! »
Cependant, il s’efforçait de ne pas avoir d'idées préconçues, comme
il l'a déclaré.

« A abandonner les opinions que je puis avoir dans les sciences
lorsqu'on me démontrera par l'expérience qu'elles sont fausses.»

Pour le Docteur M-A. Maury, « M. Chevreul, précisément parce
qu'il était l'homme de la méthode et du fait incontestablement vérifié,
ne se rendait pas facilement à ceux qui entreprenaient, non de
contredire, mais de dépasser ce qu'il avait conçu. Il revenait
incessamment sur les vérités qu'il avait démontrées ; il s'en
nourrissait en quelque sorte et en nourrissait les autres, qu'il
enchaînait à sa parole, sans laisser place à leurs interruptions et à
leurs remarques. Homme d'une rare probité et qui n'accepta les
honneurs que pour montrer qu'il n'y attachait qu'un prix médiocre,
préférant sa vie simple à l'éclat des grandeurs, scrupuleux
observateur de ses devoirs. »

Chevreul connaissait mieux la faiblesse de tout effort humain : il
avait adopté avec modestie comme axiome cette phrase de
16
Malebranche : « On doit tendre avec effort vers l'infaillibilité sans y
prétendre. »
Chevreul, homme de laboratoire, a su appliquer ses connaissances
scientifiques à la technologie des colorants et à la perception de la
couleur.
Du Muséum à l'atelier des Gobelins, il a transposé la méthode
analytique des corps gras à la perception des couleurs.
Sa renommée fut universelle et les fêtes qui célébrèrent son
centenaire se sont étendues à toute l'Europe et même au Brésil.
Dès 1839, il a démontré dans son ouvrage De la loi du contraste
simultané des couleurs qu’une couleur donne à une couleur avoisi-
nante une nuance complémentaire dans le ton : les complémentaires
s’éclairent mutuellement et les couleurs non complémentaires
paraissent ”salies”, comme lorsqu’un vert placé près d’un jaune prend
une nuance violette, et donne au jaune une nuance orangée.
L’ouvrage de Chevreul a marqué les écoles artistiques comme le
pointillisme de Georges Seurat et Paul Signac et plus directement, les
simultanéismes comme Robert Delaunay.
Chevreul grâce sa grande puissance de travail pendant près de 80
ans, a mené ses recherches dans deux lieux de haute renommée, le
Muséum d’Histoire naturelle et la Manufacture des Gobelins.
Durant sa longue carrière, il a publié plus de 800 articles et de
nombreux ouvrages dans les domaines de la chimie des corps gras, des
couleurs, et de la philosophie.
En annexe de notre ouvrage, sont énumérés les principaux travaux
de Michel-Eugène Chevreul répertoriés par son petit-fils Eugène.
En 1865, Chevreul était un vieillard de grande taille, à la tête
couronnée de cheveux blancs ; un homme robuste, dont la figure
intelligente, assez régulière, aux traits bien marqués peut-être
manquant un peu de finesse et de vivacité. Sur ses lèvres se dessinait
un sourire débonnaire, expression du contentement intérieur, d'une
santé et d'un esprit bien équilibrés fruits d'une carrière heureuse et
tranquille, marquée par la reconnaissance de la communauté
scientifique et le respect universel.
Chevreul s’est considéré comme le dernier des encyclopédistes,
tout en revendiquant le titre de Doyen des étudiants de France.
17
L’érudition qu’il avait acquise dans diverses matières a fait de lui
un des premiers historiens des sciences et des fausses sciences comme
l’alchimie ou la radiesthésie.
1Adepte de la philosophie naturelle et de la méthode à priori , ses
écrits ont été repris par Claude Bernard dans l’Introduction à la
médecine expérimentale.
Son attention aux propriétés organoleptiques (sensorielles et
physiologiques) des espèces chimiques inspirera Claude Bernard qui
reconnaîtra l’apport important de Chevreul. Pour Claude Bernard,
Chevreul a encouragé les études physiologiques et pharmacologiques

Chevreul a été un opposant acharné de la radiesthésie et du
spiritisme qu'il considérait comme du charlatanisme.
Ceci explique que dès 1833, il étudia les mouvements musculaires
inconscients mettant en action les baguettes divinatoires, pendules dits
explorateurs et plus tard les tables tournantes. Ces recherches validées
par Faraday, Ampère, Œrsted, ont montré que la vue de l’opérateur
justifiait et orientait ces mouvements musculaires inconscients.

A l’occasion de son centenaire, lors de l’hommage national en août
1889, il s’est confié aux photographes Félix Nadar et Paul Nadar pour
commenter sa longue vie. (Voir l’entretien à la fin de l’ouvrage).

2Nous souscrivons à ce qu’a écrit sa petite-fille Sophie de Champ :

« La supériorité morale et intellectuelle de Michel-Eugène, devait
supporter la certitude à ceux qui comme lui ont soif de vérité ; les
plus hésitants s’engageront, sans crainte d’illusion, dans une voie
tracée par le plus patient et le plus consciencieux des chercheurs,
par le grand savant qui toute sa vie et dans ses travaux a été
l’impitoyable adversaire des mirages de l’imagination. »

1 A l’époque de Chevreul, les a sont accentués dans méthode à priori et méthode à posteriori.
2 Sophie de Champ, Michel-Eugène Chevreul, Vie intime, Documents réunis par sa petite-fille
Madame de Champ, introduction, Éditions Spes, Paris, 1930.
18 CHAPITRE I

Jeunesse et adolescence
Michel-Eugène Chevreul, qui vivra jusqu’à l’âge de cent trois ans,
est né à Angers le 31 août 1786 dans une famille de chirurgiens,
eprofession qu’exerçaient ses ancêtres depuis le XVI siècle.
Son père n’a pas échappé d’ailleurs à la tradition, ajoutant à cet état
celui de médecin et d’accoucheur, ce qui lui a permis d’être honora-
blement connu dans cette ville du Maine-et-Loire.
Des premières années difficiles
La petite enfance de Michel-Eugène coïncida donc avec les
tumultes de la Révolution, sa région étant proche géographiquement
du théâtre d’opération de la guerre qui allait bientôt sévir en Vendée.
Dès lors, la cité angevine, d’abord occupée par les Chouans, subira
bientôt les affres de la Terreur et le jeune Michel-Eugène dit n’avoir
jamais oublié, tout au long de sa vie, les exécutions auxquelles il dut
3assister dans le courant de l’an II , période où les abbés réfractaires
furent obligés de fuir pour échapper aux massacres des colonnes
républicaines.

M-E. Chevreul a vécu son adolescence dans la maison paternelle
située au 11 rue des deux-haies à Angers. Cette maison au cœur
d’Angers est actuellement occupée par une pizzeria.

3 La fameuse année terrible de 1794.
LA CARRIÈRE DE MICHEL CHEVREUL (1754-1845)
Le père de Michel-Eugène, prénommé lui aussi Michel, né en
1754, se consacra comme ses prédécesseurs à des études de médecine,
et sera diplômé en 1777 par la faculté de Reims.

Il faut s’interroger sur les premières années de Michel-Eugène dans
la ville du roi René, et pour cela, revenir sur l’ancrage de sa famille à
Angers
En tant que maître-chirurgien de la faculté d’Angers, et spécialiste
de la pratique des accouchements, il enseigna cette discipline pendant
plus de soixante ans et il est l’auteur d’un Précis sur l’art des
4accouchements qui a fait autorité en son temps . Nommé d’abord
inspecteur des Écoles d’accouchement (cette structure avait été créée
en 1779), il fut à partir de 1820 le premier directeur de l’École de
médecine d’Angers.
Il n’est donc pas surprenant que cet enracinement dans la société
angevine l’ait conduit à s’engager dans la vie politique locale en tant
que conseiller municipal et conseiller d’arrondissement.

En 1785, à l’âge de trente-et-un ans, le docteur Michel Chevreul
épousera Étiennette-Madeleine Bachelier, fille de Claude Bachelier,
maître en chirurgie, et de cette union naîtra le 31 août 1786 Michel-
5Eugène .

6D’après Madame de Champ :

7« Il est à noter que l’épouse de Michel Chevreul n’était pas sans
caractère ni courage, car elle n’a pas hésité à cacher un prêtre
réfractaire sous la Révolution et cette anecdote nous prouve que la

4 Michel Chevreul ; Précis de l'art des accouchements en faveur des sages-femmes et des
élèves en cet art, Paris : P.-F Didot, jeune ; Angers : C.-P. Mame, Imprimeur 1782.
5 e Au XIX siècle les enfants portaient souvent le même prénom que leur père, on donnait aussi
en premier le même prénom aux enfants d’une même famille, pour éviter des confusions on
les appelait alors par leurs seconds prénoms. C’est ainsi que Michel-Eugène sera appelé
Eugène.
6 Sophie de Champ ; Michel-Eugène Chevreul, Vie intime 1786-1889, Documents réunis par
sa petite-fille Madame de Champ, pages 6-7, Éditions Spes, Paris, 1930.
7 La mère de Michel-Eugène décéda le 3 juillet 1854 à 93 ans.
20
famille ait été proche des milieux catholiques, cet état d’esprit
perdurant même après le décès de Michel-Eugène Chevreul puisque
ses héritiers furent de fervents catholiques subventionnant de
nombreuses fondations ou des lycées, dont celui de Lyon, ainsi que
des écoles normales catholiques.»
UNE FAMILLE CATHOLIQUE AU MILIEU DES RÉVOLUTIONNAIRES
Nous avons dit auparavant que la ville d’Angers avait eu à souffrir
des excès révolutionnaires : Michel-Eugène nous a laissé un récit
extrêmement précis des évènements survenus dans sa ville natale. Il a
raconté avec force détails comment, après avoir reconquis la cité, les
sans-culottes avaient eu une conduite inqualifiable :

8« … Les soldats venus de Paris étaient de vrais bandits. On les
appelait les héros de quarante sous. Je les ai vus à l’œuvre, brûlant
chaumières, fermes, aussi bien que châteaux, après s’être fait des
culottes de toile de matelas à carreaux.
Qui n’a pas vu toutes ces horreurs, dont j’ai été témoin à partir de
novembre 1792 jusqu’au 27 juillet 1794, c’est-à-dire durant vingt-
deux mois, n’a aucune idée de la Terreur. »

Ces excès ont contribué à renforcer ses convictions en faveur de la
tolérance religieuse, s’il en était encore besoin puisque nous pouvons
lire encore un peu plus loin : « …J’ai vu tomber les têtes de deux
jeunes femmes charmantes, l’une avait dix-huit ans et demi et l’autre
dix-sept. Elles habitaient la campagne. Leur crime consistait à avoir
caché un vieux prêtre qui s’était refusé au serment de la constitution
civile du clergé. »
Cette atmosphère de guerre civile n’a pas empêché le jeune Michel-
Eugène Chevreul de recevoir sa première communion après une
instruction religieuse sommaire, les hommes d’Église se rendant dans
la maison familiale quand ils le pouvaient.

8 Sophie de Champ, ibid.
21
UNE SCOLARITÉ EXEMPLAIRE
Ses premières relations avec le monde éducatif auraient pu le
dissuader à jamais à faire de longues études et de devenir le chimiste
brillant qu’il fut quelques décennies plus tard.
Les années au collège
Son premier maître a inspiré Eugène davantage d’effroi que
d’estime puisqu’il tremblait dès qu’il le rencontrait. En revanche, il
semble qu’il ait toujours conservé beaucoup d’affection pour le
second dont il répétait bien des années après, les expériences
enseignées par ce maître durant ses cours de géographie.
Toujours est-il que, bien que nous ne disposions pas d’informations
sur son parcours scolaire pendant ce que nous appelons aujourd’hui
l’enseignement primaire, il a dû être un élève de bon niveau puisqu’il
a été inscrit, dès l’âge de quatorze ans à l’École centrale d’Angers où
il a commencé à donner la pleine mesure de ses capacités.
Michel-Eugène et l’École Centrale d’Angers
Les Ecoles Centrales accueilleront des élèves adolescents tout au
long du Directoire, prenant la suite des Collèges.
D’après des propos de Fourcroy tenus le 13 juillet 1796 : « Où des
méthodes gothiques se bornaient presque à ressasser, pendant de
longues années, les rudiments d’une langue morte… Ici, au contraire,
les langues ne sont qu’un des moindres objets… Les jeunes gens
n’auront plus à pâlir sur de tristes rudiments… On ne bornera plus
leurs facultés intellectuelles à la simple étude des mots et des
phrases… Au lieu de faiseurs d’applications, au lieu de présomptueux
bavards ou d’ignorants écoliers que nous étions en sortant du collège,
nos jeunes gens auront l’esprit meublé de connaissances… Ils ne
seront plus obligés de recommencer leurs études, d’oublier une foule
de choses inutiles pour apprendre l’essentiel qui nous manquait, de
chasser les préjugés et les erreurs de tous les genres pour faire place
à la vérité. »
Ces nouvelles méthodes éducatives ont servi le jeune Chevreul qui
accumulera les premiers prix aussi bien dans les disciplines
scientifiques, comme la physique et la chimie ou la minéralogie, que
22
dans les disciplines classées littéraires en s’illustrant dans les langues
latines et grecques.
A ces dernières, il faut ajouter la botanique et le dessin qu’il a
étudiés jusqu’à l’âge de dix-sept ans n’ayant donc pas trop souffert
des lacunes des Écoles Centrales dénoncées par les nouveaux
responsables du Consulat. Ces derniers, en peu de temps, avaient fait
un revirement spectaculaire sur les Ecoles Centrales !
9Le débat autour des Écoles centrales sous le Consulat
Fourcroy avait applaudi chaleureusement à leur principe sous le
Directoire, mais il émit un point de vue nettement plus circonspect
au début du Consulat.
Fourcroy nuançait ses propos, affirmant que Les Ecoles centrales
ont beaucoup gagné dans presque tous les départements.
Il y a un grand nombre de professeurs de premier mérite, surtout en
mathématiques, en physique, en histoire naturelle.
Elles ont produit des ouvrages très bien faits, les écoliers
augmentent d’année en année…
Les professeurs de l’Ecole centrale de Caen sont tous des hommes
distingués dans leurs sciences. L’Histoire naturelle et les
mathématiques attirent beaucoup d’élèves et sont très suivies.
A ces louanges répondaient les critiques de Roederer, autre
hiérarque du régime qui, lui, soutenait que Le système des Ecoles
centrales a fait tout le contraire de ce qu’indiquait la nature des
choses : peu ou point d’enseignement littéraire, partout des
sciences, elles semblaient avoir entrepris de peupler la France
d’encyclopédies vivantes ; il y avait plus de sagesse dans le système
des anciens collèges.

Napoléon Bonaparte estimant nécessaire, autant par pragmatisme
que pour des raisons économiques, la présence des ecclésiastiques
dans le système éducatif, sous le Consulat et l’Empire, on assiste au
retour des religieux dans les Ecoles centrales.
L’enseignement religieux était alors vivement réclamé comme
l’attestent les comptes rendus des Conseils généraux en l’an VIII et en
l’an IX. Ainsi, ceux de la Gironde et de la Meuse Inférieure émettaient

9 Alain Queruel, Antoine Fourcroy, savant franc maçon, Hermann, 2009.
23
le jugement suivant : Les enfants sont sans idée de la divinité, sans
notion du juste et de l’injuste ; de là des mœurs farouches et
barbares ; de là un peuple féroce. Point d’instruction sans éducation ;
d’éducation sans morale et sans religion. Celle-ci doit donc être la
base d’un plan d’instruction nationale… Les professeurs ont enseigné
dans le désert parce qu’on a proclamé qu’il ne fallait jamais parler de
religion dans les écoles.
Selon les notes d’Eugène Chevreul, rapportées par Madame de
Champ, l’installation de l’École centrale d’Angers avait eu lieu le 21
mars 1796 dans les locaux de l’ancien collège des Oratoriens, rue du
10Petit-Murs .

Bref, en dépit des improvisations dans l’organisation de l’ensei-
gnement dans les Ecoles centrales, leurs élèves acquirent un solide
bagage et des bases scientifiques sérieuses.

10 Murs : ancienne commune limitrophe d’Angers.
24 CHAPITRE II

Adieu Angers… Bonjour Vauquelin
A dix-sept ans, Michel-Eugène Chevreul quittait Angers et sa
famille pour se rendre à Paris dans des conditions qui allaient lui faire
croiser Nicolas-Louis Vauquelin qui était alors l’un des plus grands
chimistes de l’époque.
11QUI ÉTAIT NICOLAS-LOUIS VAUQUELIN (1769-1829)
Passionné de chimie dès son plus jeune âge, Nicolas-Louis
Vauquelin a débuté sa vie de chimiste par un rude apprentissage dans
une pharmacie rouennaise : au milieu d’élèves en pharmacie payant
(très cher) le droit de s’initier aux opérations pratiques rencontrées
dans une officine, il a dû remplir des tâches subalternes.
Pour oublier ce travail ingrat, il étudiait le latin tôt le matin chez le
curé de la paroisse après la journée de travail. Mais un jour, Nicolas-
Louis absorbé par les difficultés d’un texte en latin, a été surpris par
Mésaize le pharmacien, qui entra dans une violente colère. Il est pour
le moins difficile de ne pas dire, que ce type de remontrance
constituait un encouragement au travail, et voilà notre “rince-
bouteille” (c’était ainsi qu’il était traité de façon méprisante par les
étudiants de l’officine) mis à la porte ! Il n’était alors âgé que de
quatorze ans.
Le retour au pays natal dans le Maine-et-Loire a été loin d’être
glorieux et Vauquelin ruminait son chagrin au milieu de sa famille,
quand quelques mois après, les notables de Saint-André-d’Hébertot

11 Alain Queruel, Vauquelin et son temps, Harmattan, 2008.
(les d’Aguesseau), ainsi que l’abbé de sa paroisse lui ont donné la
possibilité de se rendre à Paris, où il a repris ses études.
Après deux années passées dans deux pharmacies, il tomba
gravement malade, et fut transporté à l’Hôtel-Dieu de Paris, où il
séjourna durant deux mois.
Malgré ce repos forcé, sa maladie étant liée au surmenage, il n’était
pas en très bonne santé en sortant. Mais il avait rendez-vous avec la
chance de sa vie, car il sera recommandé à un certain Chéradame,
pharmacien exerçant rue Saint-Denis à Paris, et parent du chimiste
Fourcroy.
Dans un premier temps, Vauquelin trouva une seconde famille lui
évitant tout souci matériel. Il s’y refit une santé et put satisfaire son
besoin d’apprendre : il reprend des cours de latin avec l’un des élèves
de la pharmacie, s’initie à l’herboristerie et surtout il connut de
meilleures conditions pour parfaire ses connaissances en chimie et en
pharmacie, sans savoir que le maître de maison était un cousin de
Fourcroy, lequel n’étant pas encore célèbre lorsqu’il fit la
connaissance de Nicolas-Louis Vauquelin, en 1780-1781.
C’est sur l’insistance de Chéradame lui vantant les mérites du jeune
Vauquelin que Fourcroy l’accepta dans son laboratoire. Pour
Vauquelin, c’était l’assurance d’avoir accès à des moyens matériels de
recherche importants, ce qui était, a priori, inespéré étant donné sa
modeste condition.

Tout fut remis en cause par de nouveaux ennuis de santé de
Nicolas-Louis, car cette fois, c’est encore plus sérieux qu’en 1783,
puisque cette rechute durera neuf mois. Durant cet épisode, ce sont les
sœurs de Fourcroy, Mesdames Guesdon et Le Bailly, qui le soigneront
comme leur fils. Plus tard, Vauquelin étant demeuré célibataire, ce
sont encore elles qui tiendront sa maison.
Rétabli, Vauquelin rattrapa le temps perdu, en suivant des cours de
physique et d’Histoire naturelle tout en effectuant une année de
philosophie et en se faisant recevoir maître ès arts!
D’élève, il devint l’assistant de Fourcroy de 1783 à 1791 et se
partagea entre l’enseignement et la recherche dans ce domaine où il
sera plutôt prolixe.
26
Après avoir commencé par signer des mémoires en collaboration
avec son maître, il volera de ses propres ailes, se manifestant par un
nombre impressionnant de publications.
Si Nicolas-Louis Vauquelin est très à l’aise au milieu de ses
éprouvettes, il l’est moins devant un auditoire. Malgré toute l’aide
apportée par son mentor et ami Fourcroy, donner ne sera jamais facile,
même lorsque son renom atteindra le zénith.
Il lui a fallu néanmoins enseigner, car cette activité de conférencier
constituait son gagne-pain. Lorsque la Révolution eut décidé la
suppression des établissements d’instruction dans lesquels il exerçait,
il fut obligé de se trouver un nouvel emploi.



Nicolas-Louis Vauquelin
LA CONSÉCRATION DE VAUQUELIN
En 1792, Vauquelin sera nommé maître en pharmacie, ce qui lui
donnera la possibilité d’opérer une reconversion dans le domaine
commercial en assurant la direction d’une officine rue Sainte-Anne,
toujours assisté des deux soeurs de Fourcroy.
Les besoins en salpêtre pour alimenter les armées de la République
étaient aussi énormes qu’urgents ; Vauquelin, dû à ses compétences et
sur recommandation, obtint une nomination d’Inspecteur du salpêtre
27
en Indre-et-Loire. Cet éloignement de Paris lui a probablement permis
de se soustraire à la Terreur.
La chute de Robespierre et, a posteriori, la fin de la Terreur,
correspondent pratiquement jour pour jour à sa nomination
d’inspecteur des mines.

Ces évènements politiques ont favorisé pour Vauquelin tout à la
fois son retour à Paris et ses retrouvailles avec Fourcroy qui était alors
en charge de l’organisation de la future École Polytechnique. Ce sera
d’ailleurs dans ce prestigieux établissement qu’il débutera dans sa
nouvelle fonction ; il y dispose d’un laboratoire pouvant accueillir
treize élèves désireux d’améliorer leurs connaissances en chimie.
Nicolas-Louis sera admis en avril 1795, peu avant l’avènement du
Directoire (27 octobre 1795), à l’agrégation de pharmacie, obtenant de
ce fait un poste d’enseignant à la Faculté de pharmacie.
De juillet 1794 à juin 1801, il enseignera à l’École des Mines où il
12fera la rencontre de deux personnages de premier plan, Sage et
l’abbé Haüy. Ce dernier, alliant une grande bonté à des qualités
d’éminent homme de science, allait apporter la gloire à Nicolas-Louis.
Ce seront, en effet, ses discussions avec ce grand minéralogiste qui
amenèrent Vauquelin à découvrir et isoler le chrome (en 1797) et le
béryllium (en 1798), sans compter ses multiples rapports sur d’autres
minéraux tels que le mica, la topaze, etc.
De nombreux articles signés Vauquelin paraîtront dans les Annales
de chimie qui, après une suspension sous la Terreur, ont réapparu en
1796.
En 1799, son poste à l’École Polytechnique sera supprimé et il
commencera à donner un cours de chimie au Collège de Pharmacie.
Pendant le Consulat, Nicolas-Louis interviendra sur deux sujets
importants. En tant qu’expert, dans les péripéties liées à l’histoire de
13la soude, il appuiera et défendra Nicolas Leblanc malheureusement
sans grand succès.

12 Directeur de l’École des Mines sous l’Ancien Régime, il fut dépouillé de ses titres et de ses
biens. Miraculeusement, il réussit à franchir la Terreur sans être inquiété mais ne retrouva
aucune de ses prérogatives sous le Consulat et l’Empire.
13 Nicolas Leblanc (1743-1806) réussit à fabriquer la soude à partir du sel marin, mais le
brevet tomba dans le domaine public, ce qui servit les intérêts industriels britanniques et
belges !
28
Vauquelin s’était intéressé aux monnaies et au titrage des métaux
précieux, et de ce fait, il sollicita un emploi au Bureau de Garantie de
la Monnaie. Cette faveur, la seule, selon ses biographes, qu’il
quémanda, lui fut refusée ; il dut attendre dix ans avant d’obtenir la
direction du Bureau de Garantie de la Monnaie.
LA RECONNAISSANCE POUR VAUQUELIN
Vauquelin publiera un grand nombre d’articles se succédant les uns
aux autres, puis il sera nommé au Collège de France, où il remplacera
Darcet (mi-février 1801).
eEn cette première année du XIX siècle, Vauquelin s’associera avec
Fourcroy pour la constitution d’une Manufacture de produits et de
réactifs chimiques, située rue du Vieux-Colombier à Paris.
Cette fabrique avait vocation à fournir les scientifiques, médecins
et pharmaciens, en produits chimiques, mais elle avait aussi une
fonction pédagogique.
En 1803, fraîchement arrivé à Paris, Michel-Eugène Chevreul y
suivra les cours de Vauquelin, sans doute avec le projet d’être
employé par ce maître prestigieux.

Cette fabrique évitait à notre pays d’importer tout le matériel de
laboratoire. Malheureusement, la fortune des deux fondateurs ne suffit
pas à la faire échapper à la faillite qui se produisit, après maints
épisodes rocambolesques. Au bout de deux décennies, Nicolas-Louis
liquida l’affaire en catastrophe.
La loi du 21 germinal an XI (11 avril 1803) réorganisant les études
de pharmacie amena un surcroît de travail pour Vauquelin : le 6
octobre 1803, il était nommé directeur de l’École de Pharmacie de
Paris, il conserva ce poste jusqu’à la fin de sa vie.
Sa fonction administrative l’obligea à renoncer à son activité
d’enseignant au sein de cette unité, mais elle ne contraria en rien ses
recherches, sur le guano, sur l’asparagine (en collaboration avec un de
ses élèves Robiquet) ou sur les quinquinas.

Il est difficile d’énumérer tous les sujets qu’a abordé Vauquelin,
tant il eut une activité de recherche éclectique.
29
LA RENCONTRE VAUQUELIN-CHEVREUL
Comme nous venons de le voir, Michel-Eugène venu à Paris en
1803 suivit les cours que Vauquelin donnait rue du Vieux-Colombier,
mais selon la tradition familiale rapportée par Madame de Champ,
« Vauquelin serait venu à Angers pour y faire une leçon et serait allé
trouver les parents de Michel-Eugène et aurait obtenu d’eux que
14celui-ci l’accompagnât à Paris ».
Une telle affirmation mérite que nous nous y attardions un peu et
pour plusieurs raisons. En effet, il faut souligner que Vauquelin était
extrêmement casanier et qu’il ne quittait pas souvent son laboratoire
parisien. Ses travaux étaient, pour simplifier, son unique
préoccupation et, en dehors de ses cours à assurer et de ses
programmes de recherche, il ne quittait pas fréquemment Paris.
C’est d’ailleurs ce que confirma également Michel-Eugène dans
une lettre à son père datée du 14 novembre 1803 : « … Il [Vauquelin]
ne voit que l’avancement de la science. Il n’a que cette passion qui
absorbe toutes les autres. Il n’aime pas la société, aussi n’aime-t-il
guère la visite des grands étrangers qui veulent absolument le
voir… ». Ce qui ne signifiait pas pour autant qu’il était fixé à demeure,
dans tous les sens du terme, à Paris. Les archives nous apprennent
qu’il effectuait des déplacements, en nombre limité certes, mais
toujours à peu près les mêmes.
UNE INTERVENTION EXTÉRIEURE POUR MICHEL-EUGÈNE
Il est patent que les frères Proust (Joachim et Joseph-Louis)
originaires comme Michel-Eugène d’Angers jouissaient à l’époque
d’une notoriété certaine dans le petit monde des sciences.
Les frères Proust étaient des amis des Chevreul. Or, nous savons
qu’ils étaient en relations épistolaires avec Vauquelin. Il est probable
que Chevreul soit venu à Paris directement chez Vauquelin avec une
recommandation de Joachim Proust. A l’appui de cette opinion, nous
souhaiterions revenir sur le courrier du 14 novembre 1803 envoyé par
Michel-Eugène à son père qui se termine par le souvenir du jeune

14 Alain Queruel ; Vauquelin et son temps, Harmattan, 2008, p.11.
30
homme à l’adresse de Joachim Proust : « … Ne m’oubliez pas auprès
de mon oncle et de M. Proust ».

En fait, si Joseph Proust est déjà un chimiste reconnu, il n’est pas
certain qu’il soit le bon Monsieur pour Michel-Eugène. Car il est plus
vraisemblable de penser que Michel-Eugène, bénéficia des bonnes
grâces de Joachim d’abord, puis de Joseph ensuite, dans le doute, nous
aurions tendance à penser qu’il a dû remercier la famille Proust.
En effet à cette époque Louis Proust était en Espagne, et Joachim
travaillait chez le pharmacien Rouelle à Paris.
Pour mieux comprendre les travaux de Vauquelin avec Michel-
Eugène, rappelons qui étaient les frères Proust.
15, 16 QUI ÉTAIT JOSEPH-LOUIS PROUST (1755-1826) ?
Ce fils de pharmacien est né à Angers le 25 septembre 1755, et a
suivi des cours de chimie, comme beaucoup de ses confrères, les
leçons de Rouelle (l’aîné). Il obtint rapidement le grade de pharmacien
en chef à l’hôpital de la Salpêtrière, et cette occupation fut propice à
des publications sur l’urine, l’acide phosphorique et l’alun. Puis, à
l’instar de quelques collègues, il se passionna pour les ballons étudiant
la substitution de l’hydrogène à l’air chauffé dans les aérostats.
Parallèlement, il enseigna au “lycée”, et au “musée”. Cependant,
répondant à une offre du roi d’Espagne : il devint ainsi professeur de
chimie à l’Ecole d’Artillerie de Ségovie et dirigea à Madrid le
laboratoire du roi Charles IV. Ce fut durant son séjour espagnol qu’il
parvint à extraire un sucre à partir du raisin (1799).
La déchéance de Charles IV en 1808 le fit révoquer de son emploi
espagnol et le fit revenir en France. La même année, il apprit que son
cabinet de physique et de chimie avait été entièrement saccagé par une
foule en délire.

15 Alain Queruel : Fourcroy, savant, franc-maçon et homme politique, Éditons Hermann,
2009.
16 Josette Fournier ; Louis Proust critique de manuels d’enseignement (Fourcroy et Thenard),
Chimie nouvelle N° 102 octobre 2009, Société royale de Chimie Bruxelles.
31
Néanmoins, la substitution du sucre de canne par le sucre de raisin
faisait son chemin : la technique de son extraction, sous l’impulsion de
Vauquelin et de Parmentier progressait.
L’intérêt industriel du procédé n’avait pas échappé à Napoléon, en
ces temps où, pour épuiser l’Angleterre, celui-ci avait décidé de
recourir au Blocus Continental : il offrit 100 000 francs à J-L Proust
pour la construction d’une fabrique, et il lui fallut beaucoup de
courage pour refuser, car il en coûtait généralement de dire non à
l’Empereur. A la Restauration, J-L. Proust s’installa à Craon où il
mena la vie d’un modeste rentier.
En 1816, il se présenta à l’Académie des Sciences. Ses concurrents
Dulong, Chevreul et Darcet (fils) se retirant, il fut élu sans difficulté,
mais il n’assista à aucune des séances.
Après le décès de sa femme en 1817, J-L Proust revint à Angers où
il décéda le 5 juillet 1826.
On doit à J-L. Proust, ses recueils sur le bleu de Prusse en 1794 et
1799, ses observations sur l’oxydation de l’arsenic en 1799, et ses
conclusions sur l’étain en 1800, ainsi que ses analyses des sulfures
métalliques
J-L. Proust a certainement précédé Dalton pour la fameuse théorie
des équivalents selon laquelle les corps, en se combinant, s’unissaient
dans des proportions fixes et invariables (émise en 1808). Berthollet
soutenait au contraire une relation en proportions indéfinies.
QUI ÉTAIT JOACHIM PROUST (1751- 1819) ?
Natif comme son frère aîné Joseph-Louis, d’Angers, il sera moins
connu que son frère que beaucoup d’historiens ont confondu avec
celui-ci.
Après avoir reçu, successivement, une formation dans la pharmacie
familiale à Angers, les deux frères se retrouvèrent à Paris où Joseph-
Louis exerçait la fonction d'apothicaire à la Salpêtrière. Ils
s'appliquaient ensemble, parfois de façon imprudente, à la confection
de pyrophores.
En juin 1778, alors que Joseph-Louis Proust acceptait un premier
contrat d'enseignement et de recherche au Pays basque espagnol,
32