Michelangelo

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Michel-Ange (Michelangelo Buonarroti) (Caprese, 1475 – Rome, 1564)
Michel-Ange, comme Léonard de Vinci, avait plusieurs cordes à son arc et était à la fois sculpteur, architecte, peintre et poète. Il porta à leur apothéose le mouvement musculaire et l'effort, équivalents plastiques de la passion, à ses yeux. Il façonna son dessin, le poussant jusqu'aux limites extrêmes des possibilités de son âme tourmentée. Il n'y a aucun paysage dans la peinture de Michel-Ange. Toutes les émotions, toutes les passions, toutes les pensées de l'humanité furent personnifiées dans les corps nus des hommes et des femmes. Il ne les conçut presque jamais dans l'immobilité ou le repos.
Michel-Ange devint peintre pour exprimer à travers un matériau plus malléable ce qui animait sa nature titanesque, ce que son imagination de sculpteur voyait, mais que la sculpture lui refusait. Ainsi cet admirable sculpteur devint le réateur des décorations les plus lyriques et les plus épiques jamais vues dans l'histoire de la peinture : les fresques de la chapelle Sixtine au Vatican. La profusion des inventions disséminées sur cette vaste surface est merveilleuse. Ce sont en tout 343 personnages principaux qui sont représentés avec une variété d'expressions prodigieuse, plusieurs de taille colossale, à côté de figures plus secondaires introduites pour leur effet décoratif. Le créateur de ce vaste plan n'avait que trente-quatre ans lorsqu'il s'attela au projet.
Michel-Ange nous oblige à élargir notre conception du beau. Pour les Grecs, le critère était la beauté physique, mais Michel-Ange, sauf dans quelques exceptions, comme sa peinture d'Adam sur le plafond de la chapelle Sixtine, et ses sculptures de la Pietà, ne prêtait que peu d'attention à la beauté. Bien que maîtrisant parfaitement l'anatomie et les lois de la composition, il osait les ignorer toutes deux, si nécessaire, afin de suivre son idée : exagérer les muscles de ses personnages, et même les placer dans des positions inappropriées au corps humain. Dans son ultime fresque, celle du Jugement dernier sur le mur de l'autel de la chapelle, il laissa se déverser le torrent de son âme. Qu'étaient les règles en comparaison d'une souffrance intérieure qui devait s'épancher ? C'est à juste titre que les Italiens de son temps parlaient de la terribilità de son style. Michel-Ange fut le premier à donner à la forme humaine la possibilité d'exprimer toute une variété d'émotions psychiques. Dans ses mains, elle devint un instrument duquel il jouait, comme un musicien sur son orgue, en tirant des thèmes et des harmonies d'une diversité infinie. Ses personnages transportent notre imagination bien au-delà de la signification personnelle des noms qui leur sont attachés.

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Date de parution 08 mai 2012
Nombre de lectures 0
EAN13 9781780428413
Langue Français
Poids de l'ouvrage 46 Mo

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Michel-Ange
Eugène MüntzTS Michelangelo 4C.qxp 08/12/05 8:22 AM Page 2TS Michelangelo FRA P-OK.qxp 9/14/2005 1:59 PM Page 2
Auteur : Eugène Müntz
Mise en page :
Baseline Co Ltd
127-129A Nguyen Hue Boulevard
Hô Chi Minh City
Vietnam
ISBN 978-1-78042-841-3
© Parkstone Press International, New York, USA
© Confidential Concepts, worldwide, USA
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Sauf mention contraire, le copyright des œuvres reproduites se trouve
chez les photographes qui en sont les auteurs. En dépit de nos
recherches, il nous a été impossible d’établir les droits d’auteurs dans
certains cas. En cas de réclamation, nous vous prions de bien vouloir
vous adresser à la maison d’édition. TS Michelangelo FRA P-OK.qxp 9/6/2005 9:13 AM Page 3TS Michelangelo 4C.qxp 08/12/05 8:22 AM Page 3
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SOMMAIRE
Introduction 7
Michel-Ange sculpteur 21
Michel-Ange peintre et dessinateur 83
Michel-Ange architecte 155
Conclusion 183
Biographie 186
Liste des illustrations 190TS Michelangelo 4C.qxp 08/12/05 8:22 AM Page 6
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INTRODUCTION
lorence, la galerie des Offices et la chapelle Brancacci dans
l’église Santa Maria del Carmine, où l’on peut voir commentF certains artistes influencèrent fortement Michel-Ange. Ainsi,
La Vierge et l’Enfant en majesté, entourés de huit anges et de quatre
prophètes de Cimabue aux Offices, La Vierge et l’Enfant en majesté,
parmi les anges et les saints de Giotto également aux Offices, Adam
et Eve chassés du Paradis de Masaccio au Carmine sont le fil
conducteur qui nous mène à cet artiste hors norme, reconnu et
ecélébré, du Cinquecento italien, ou XVI siècle.
Avant d’être reconnu en tant qu’artiste à partir du Trecento, mais
surtout du Quattrocento, l’artisan du Moyen Age était simplement
un travailleur manuel anonyme, sans aucune reconnaissance sociale.
Florence ayant fait appel à des peintres grecs pour tenter d’y faire
revivre la peinture, après toutes ces années de misères et de
pauvreté artistique, la peinture toscane était alors de facture
byzantine, riche en or, statique et répétitive.
L’un des peintres de ce Duecento mal connu fut Margaritone,
originaire d’Arezzo. Il fut le premier à avoir essayé de se démarquer
de « la manière grecque » utilisée en peinture et en mosaïque.
Précurseur, il fut néanmoins occulté par Cimabue et Giotto. Le
premier, Cimabue, peintre et sculpteur florentin, fut lui aussi très
influencé par les peintres grecs, mais il ne tarda pas à faire évoluer
sa peinture en apportant à ses personnages plus de naturel, de
vivacité et de fraîcheur dans les couleurs. On est encore très loin de
la chapelle Sixtine de Michel-Ange, mais l’évolution de la peinture va
bien vers l’aboutissement qu’on verra avec ce dernier. partie de ces artistes polyvalents, comme le sera plus tard
MichelL’élève de Cimabue, Giotto di Bondone, artiste de la fin du Ange. Ce début du Trecento fut particulièrement actif, et d’autres
Duecento et du début du Trecento, a permis à la peinture florentine artistes (Taddeo Gaddi, Bernardo Daddi, Orcagna) assureront la
de s’émanciper réellement de la tradition byzantine. Giotto fut en diffusion de la culture giottesque.
effet le grand réformateur de la peinture du début du Trecento S’ensuivit une période d’influence gothique international, tandis
italien. En observant les deux œuvres précitées de Cimabue et de que le début du Quattrocento fut marqué par une certaine complexité
Giotto, on peut voir l’évolution quant au rendu du visage et des avec l’irruption de Masaccio dans le paysage artistique florentin.
vêtements de la Vierge. Cimabue avait déjà pris ses distances avec la
peinture byzantine, et lui-même sera influencé par son élève Giotto 1. Portrait de Michel-Ange, c. 1533. Craie noire. Musée de Teyler, Harlem.
dans une œuvre plus tardive. La Vierge de Giotto vit, nous regarde, 2. Copie d’un personnage du « Paiement du tribut » de Masaccio, 1488-1495.
tient vraiment son enfant dans les bras comme le ferait une mère. Kupferstichkabinett, Munich.
L’entourage de la Vierge est moins riche en or, moins byzantin. Les 3. Raphaël, Léon X, vers 1517. Détrempe sur bois, 120 x 156 cm.
plis du vêtement laissent suggérer le corps de la Vierge. En cela, Galerie des Offices, Florence.
Giotto participa à une véritable révolution de la peinture du 4. Cimabue, La Vierge et l’Enfant en majesté, entourés de huit anges et de quatre
Trecento. Grand voyageur dans toute l’Italie et en France, il laissa prophètes, vers 1280. Détrempe sur bois, 385 x 223 cm.
une œuvre importante. Portraitiste, imitateur de la nature, chargé à Galerie des Offices, Florence.
la fin de sa vie des travaux du Dôme de Florence, il commença 5. Giotto di Bondone, La Vierge et l’Enfant en majesté, parmi les anges et les saints,
l’édification du campanile dans le style gothique florentin. Giotto fait vers 1310. Détrempe sur bois, 325 x 204 cm. Galerie des Offices, Florence.
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INTRODUCTION
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INTRODUCTION
Ce dernier à qui Michel-Ange doit tant ! Tommaso di Giovanni Paradis, accablés par le péché et la culpabilité, Adam et Eve crient leur
Cassai, surnommé Masaccio, né en 1401 et mort en 1428, eut une honte et leur souffrance. Il faut remarquer la nudité des deux
activité artistique brève, mais particulièrement intense. Il fut l’un des personnages. Longtemps cachés par des feuillages, les sexes d’Adam
premiers artistes à être appelé par son prénom, ce qui était l’un des et Eve ont retrouvé toute leur nudité après la restauration de la
esignes de reconnaissance de statut d’artiste à part entière. On peut chapelle à la fin du XX siècle. Il s’agit ici du premier nu de la peinture.
citer la Trinité, à Santa Maria Novella, et surtout son chef-d’œuvre à la La peinture byzantine était définitivement très loin de cette nouvelle
chapelle Brancacci dans l’église du Carmine. Masaccio, autre grand peinture que Masaccio proposait à ses contemporains. Il excella dans
révolutionnaire de la peinture de la Renaissance italienne, bouleversa les raccourcis, cette façon de réduire les figures vues en perspective,
tous les codes précédents. Influencé par la peinture de Giotto, et dans l’harmonie des couleurs, dans l’expression des visages, et dans
surtout par les nouvelles conceptions sur la perspective de l’architecte les drapés plus proches de la réalité que ceux des artistes précédents.
Brunelleschi et du sculpteur Donatello, ses amis et complices, Masaccio réalisa une peinture tellement nouvelle que tous les peintres
Masaccio appliqua à ses fresques cet espace de la perspective. Dans contemporains et à venir viennent voir la chapelle Brancacci. On peut
celles de Brancacci, les personnages deviennent vivants, on peut même citer Fra Angelico, Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël, Caravage,
les sentir évoluer devant soi. Masaccio nous fait participer à ce qu’il Ingres… Tous ont pris quelque chose de Masaccio, même si ensuite
nous fait voir. Il n’est pas possible de rester passif devant ses fresques. leurs œuvres en sont très éloignées.
Le meilleur de Masaccio est sans doute son Adam et Eve chassés du L’héritage de Masaccio est important. Fra Giovanni da Fiesole, dit
Paradis. Comparé à celui de Masolino, disposé en vis-à-vis dans cette Fra Angelico, quoique né avant lui, fut fortement influencé par ce
même chapelle, la fresque de Masaccio est effrayante. Quittant le dernier. Frère dominicain au couvent de San Marco, homme modeste,
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INTRODUCTION
simple et pieux, il fit de très belles fresques dans le cloître et dans
les cellules du couvent, dont celle de l’Annonciation. Domenico
Veneziano confirma ensuite ce style raffiné et harmonieux, propre à
la Renaissance italienne.
En ce milieu du Quattrocento, un mouvement intellectuel,
l’humanisme, se détourna du Moyen Age et trouva un attrait
particulier pour l’Antiquité. Dans le même temps, un nouvel essor
artistique se référant lui aussi aux sources gréco-latines, en opposition
à l’art médiéval, se fit jour. Cependant, le terme Renaissance ne sera
eutilisé pour la première fois qu’au XIX siècle par l’historien français
Michelet, dans son Histoire de la Renaissance, parue en 1855.
Abordant cette période de la Renaissance avec Brunelleschi,
Donatello, Masaccio et tous ceux à venir, il semble judicieux de
définir dès à présent les différentes périodes de la Renaissance. On
peut considérer qu’il existe une première Renaissance, appelée aussi
les Primitifs, allant de 1400 à 1480. Vient ensuite une deuxième
période, la Haute Renaissance ou Age d’Or, allant de 1480 à
15201530 : c’est la période de la Renaissance dite classique. Enfin la
dernière période, de 1530 à 1600, est la Fin de la Renaissance,
considérée longtemps comme la décadence de la Renaissance, mais
qui n’est jamais qu’une évolution normale d’un mouvement
e eartistique qui a dominé le XV siècle et le début du XVI siècle.
MichelAnge, par exemple, a participé à l’Age d’Or de la Renaissance, ainsi
qu’à la Fin de la Renaissance, temps du maniérisme. Au milieu du
Quattrocento, donc, les œuvres de Platon arrivèrent à Florence.
Etudiées par Marcile Ficin, elles replacèrent l’homme au centre du
monde. Propagées par les voyages et l’imprimerie, les idées
humanistes se répandirent dans toute l’Europe. Dans le même
temps, le retour à l’Antiquité profita à la peinture, la sculpture et à
l’architecture, sans pour autant la plagier, mais en la dépassant. Le
berceau de la Renaissance italienne était à Florence, et se déplaça
ensuite à Rome pour des raisons que nous verrons plus tard.
Cette période fut caractérisée par l’érudition dans les lettres, et le
raffinement dans les arts. On peut citer Filippo Lippi et Benozzo
Gozzoli qui travaillèrent pour les Médicis. C’est ici qu’intervint Laurent
de Médicis, dit le Magnifique, qui fut un mécène et un protecteur de
nombreux artistes, comme l’étaient d’ailleurs d’autres familles
fortunées de Florence. Ainsi, l’atelier d’Andrea del Verrocchio, très
actif, eut comme apprenti Léonard de Vinci qui dépassa très vite son
maître au grand désespoir de ce dernier. Il arriva que Léonard et
Michel-Ange se retrouvèrent parfois dans une saine émulation.
6. Fra Angelico, L’Annonciation, 1430-1432. San Marco, Florence.
7. Masaccio, Adam et Eve chassés du Paradis, 1427. Fresque.
Chapelle Brancacci, Santa Maria del Carmine, Florence.
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INTRODUCTION
Ce fut aussi l’époque de Sandro Botticelli (Le Printemps et La
Naissance de Vénus), peintre et ami des Médicis. Botticelli représente la
grâce, l’harmonie, l’équilibre et la beauté, si caractéristiques de cette
période florentine, tandis que Michel-Ange ne sera pas de cette veine…
Filippino Lippi, élève de Botticelli et fils de Fra Filippo Lippi, travailla à
la chapelle Brancacci à la suite de Masolino et de Masaccio. A Santa
Maria Novella, les fresques de Lippi laissent déjà présager de l’évolution
de la peinture de la Renaissance classique vers le maniérisme.
Ce Quattrocento très actif sur le plan artistique à Florence, fut
aussi très religieux. Les dominicains de San Marco eurent une
influence importante sur la peinture, comme on peut le voir avec les
œuvres de Fra Angelico. Dans la dernière décennie de ce siècle, le
climat florentin fut particulièrement difficile : la mort de Laurent de
Médicis, les prêches de Savonarole, se disant prophète de Dieu et
sauveur de la République, en lutte contre la luxure et la dépravation
des mœurs tant chez les Médicis que dans le clergé, les autodafés, son
excommunication, sa pendaison et son bûcher, enfin l’exil des Médicis.
Ces événements ont eu une grande influence sur la vie artistique.
Certains peintres modifièrent leur façon de peindre (Botticelli,
Filippino Lippi, Benozzo Gozzoli et bien sûr Michel-Ange) en allant
vers une dramatisation certaine.
On ne peut occulter la peinture flamande dans le Quattrocento
florentin. En effet, grâce au commerce privilégié entre les Flandres et
Florence, la peinture a largement bénéficié de ces échanges. Les
Flamands pratiquaient la technique de la peinture à l’huile et, en
utilisant les couleurs de façon variée, donnèrent à leur peinture une l’atelier de Ghirlandaio en 1488, avant d’étudier les antiques au
perspective aérienne, tandis que les Florentins avaient découvert la jardin de San Marco et d’être sous la protection de Laurent de
perspective linéaire. On peut citer Jan van Eyck, Rogier van der Médicis. Influencé par Giotto, Masaccio, Donatello et Signorelli,
Weyden, Hugo van der Goes, et Hans Memling. Rappelons que Michel-Ange n’hésita pas à étudier, à copier, à s’approprier une
Michel-Ange reçut une commande — la Madone de Bruges — pour attitude, un geste, un motif de draperie, une expression, ce qu’il ne
des marchands flamands au tout début du Cinquecento. En peinture, pourrait faire de nos jours avec la législation sur la propriété
il resta pourtant fidèle à la peinture sur fresque. Au sujet de la artistique, tandis qu’il refusait de montrer ses travaux en cours,
peinture flamande, Michel-Ange dit que celle-ci fera verser des même à l’un de ses commanditaires comme le pape. Il copiait, mais
larmes, tandis que la peinture italienne n’en fera pas verser. ne voulait pas être copié ! Par ailleurs, Michel-Ange détestait
Dans les premières années du Quattrocento, le courant pictural reproduire les traits des vivants, à moins qu’ils ne fussent d’une
amorcé par Fra Angelico à San Marco fut poursuivi par un autre frère beauté infinie. Il fut le premier artiste qui fit de la beauté la loi
dominicain, Fra Bartolomeo, disciple de Savonarole. Il s’agissait d’une absolue de son art.
peinture religieuse incarnant avant tout les idéaux. Fra Bartolomeo fit
un Portrait de Girolamo Savonarole qui ne laisse planer aucun doute
sur la personnalité du moine. Fra Bartolomeo, par ses couleurs, 8. Botticelli, Le Printemps, 1482.
influença Raphaël, qui a lui-même influencé Michel-Ange… Certaines Tempera sur bois, 203,2 x 312,42 cm. Galerie des Offices, Florence.
influences sont évidentes, d’autres le sont moins. 9. Léonard de Vinci, Mona Lisa, 1503-1505. Huile sur toile, 77 x 53 cm.
Le début du Cinquecento fut d’une importance capitale pour l’art Musée du Louvre, Paris.
florentin, même si le Quattrocento fut d’une richesse inouïe. Michel- 10. Raphaël, Portrait de femme dite « La Velata », 1516.
Ange a connu les turpitudes de ces années, puisqu’il était dans Huile sur toile, 85 x 64 cm. Galerie Palatine, Palais Pitti, Florence.
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INTRODUCTION
Tout sortait de son imagination, tandis que l’autre Ecole de Michel-Ange dans la sculpture. Chez Léonard, le non finito se
s’autorisait de l’exemple des Primitifs et de celui de Raphaël. Michel- confond avec le sfumato, et la limite entre les deux n’est pas facile à
Ange, partagé entre Florence, sa ville des débuts, et Rome, où il fut distinguer. Chez Michel-Ange, le non finito est un sujet récurrent.
appelé par les papes pour décorer la chapelle Sixtine. Moindre en peinture, il est réel en sculpture. Il s’agit bien d’une
Léonard de Vinci, Michel-Ange et Raphaël, trio incontournable du particularité de l’art de Michel-Ange. Pressé par d’autres commandes, il
Cinquecento. Rendons hommage à Vasari, artiste et historien d’art, a pu être amené à délaisser ce qu’il faisait, mais aussi, il a pu vouloir
pour ses Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes susciter une forme de vie particulièrement dynamique et expressive.
parues en 1550, complétées en 1568, et à Condivi, ami et biographe Michel-Ange faisait d’abord des modèles, et ensuite travaillait d’une
de Michel-Ange, pour La Vie de Michel-Ange. Ces témoignages sont, manière intermittente, tantôt avec une hâte fébrile, tantôt avec une sage
malgré quelques inexactitudes ou complaisances, très précieux pour circonspection. Dans la fureur du geste sur le marbre, il libérait ce qui
la compréhension et l’étude historique de l’art et des artistes de la était contenu dans ce marbre, pour en ôter l’excédent, mais n’allait pas
Renaissance italienne. au bout de son travail. Ce non finito est le produit de cette richesse
Entre Léonard et Michel-Ange, ce fut la confrontation de deux créative exceptionnelle que possède Michel-Ange. On peut ajouter
grandes personnalités, une incommunicabilité entre deux conceptions qu’au lieu de suivre ses prédécesseurs dans l’art pictural chrétien, il
artistiques opposées. Cependant, Vasari écrivit qu’il y avait une grande préféra, dès ses débuts, la sculpture. Il peignit ainsi le Tondo Doni
complicité entre les deux hommes. Leur contemporanéité — Léonard comme une sculpture et, lorsque le pape Jules II lui demanda de
était l’aîné d’une vingtaine d’années —, leurs deux visions créatrices peindre la voûte de la chapelle Sixtine, ses rivaux, dont Bramante et
différentes, leur fière indépendance, provoquèrent des situations Raphaël, espéraient bien le voir se défiler. Ce fut un triomphe !
tendues entre eux, lorsqu’ils furent obligés de se rencontrer, par Finalement, Michel-Ange sculpteur se révéla être aussi un excellent
exemple, lors de la commande pour les cartons du Palazzo Vecchio. peintre. Quant à l’architecture, la maturité de Michel-Ange lui permit,
Léonard, influencé par Donatello et Verrocchio, eut une façon de tout en appréciant le concept de Bramante, d’utiliser les rapports entre
peindre propre à lui : le sfumato. La meilleure définition du sfumato est les formes du corps humain et les différentes parties des édifices.
« che le tue ombre e luci sieno uniti senza tratti o segni, ad uso di fumo », Venons-en à Raffaello Sanzio d’Urbin, dit Raphaël. Un peu plus
ce qui veut dire « que les ombres et les lumières soient unies sans traits jeune que Michel-Ange, mais mort prématurément à l’âge de
trenteni signes, à la manière de la fumée ». Les contours ne sont pas précis, sept ans, Raphaël était de caractère opposé à Michel-Ange. En premier
les couleurs sombres, exactement le contraire de la peinture de Michel- lieu, son amabilité et sa manière de peindre l’opposèrent en tous
Ange. Il suffit de regarder La Joconde (musée du Louvre de Paris) et le points à ce dernier. Lorsque Raphaël arriva à Florence, probablement
Tondo Doni (les Offices de Florence). Léonard était resté longtemps en 1504, après avoir acquis une solide formation dans l’atelier du
dans l’atelier de Verrocchio, tandis que Michel-Ange resta seulement un Pérugin, il se lia d’amitié avec de jeunes peintres, étudia les cartons
an auprès de Ghirlandaio, pour se rendre ensuite à l’atelier de Bertoldo : de Léonard et de Michel-Ange au Palazzo Vecchio, le Tondo Doni de
c’était la sculpture qui l’intéressait avant tout. ce dernier, apprécia les couleurs de Fra Bartolomeo, et fut également
Léonard fit un grand travail de recherche sur la vérité, et son influencé par Ghirlandaio. Après avoir réalisé quelques commandes
exigence fut essentielle. Michel-Ange est plus replié sur lui-même, plus privées, il se rendit à Rome, en 1508, la même année que Michel-Ange,
solitaire, s’interrogeant sur la signification de l’art, et ce durant toute sa pour y peindre les stanze des appartements de Jules II dans le palais
vie. Léonard et Michel-Ange ont tous les deux pratiqué l’anatomie, mais pontifical. En plus d’être un merveilleux coloriste, Raphaël rendit les
pas dans le même but. Léonard s’en servait pour traduire la vérité du drapés, le velours, le damas, la soie de telle façon qu’on peut aisément
geste dans les actions et les sentiments, tandis que Michel-Ange en avait voir le tissu lui-même devant soi : La Velata, exposée au palais Pitti,
besoin pour l’intérêt du nu qu’il avait de façon irrévocable. Le premier en est un bel exemple. La rivalité entre Michel-Ange et Raphaël était
n’a pas peint de nus, le second en a peints de façon pléthorique. Le certaine, mais elle n’était pas belliqueuse. Les deux hommes étaient
David de Michel-Ange placé dans un contrapposto vient de l’étude du tellement différents dans leur art et leur caractère. On peut aussi
fonctionnement du corps humain. En définitive, l’étude de l’anatomie ajouter que finalement la mort prématurée de Raphaël a laissé
Micheln’a pas eu du tout les mêmes conséquences sur les deux artistes. Ange sans ce rival de grand talent.
Un autre point de comparaison entre les deux rivaux est le non
finito. Celui de Léonard peut être considéré comme celui d’un travail 11. Rosso Fiorentino, Moïse défend les filles de Jéthro.
normal. On observe le non finito de Léonard dans la peinture, et celui Huile sur toile, 160 x 117 cm. Galerie des Offices, Florence.
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INTRODUCTION
Michel-Ange d’ailleurs ne s’y était pas trompé, puisqu’il a puisé
dans la peinture de Raphaël, une certaine douceur, le coloris de la
chair et le rendu des étoffes.
A partir de 1534, après les travaux inachevés de San Lorenzo,
Michel-Ange partit définitivement pour Rome où l’attendaient la
commande du Jugement dernier pour la chapelle Sixtine, ainsi que les
travaux de Saint-Pierre. C’est à cette époque qu’il rencontra Daniele da
Volterra, qui sera un fidèle disciple jusqu’à la fin de ses jours.
Dans le même temps que Michel-Ange et Raphaël, un autre courant,
dit maniériste, se développa à Florence. Ainsi, le Florentin Andrea del
Sarto réalisa des commandes, entre autres, pour l’ordre des Servi de la
Nunziata. Aujourd’hui, l’église de la Santissima Annunziata est une
exception dans le paysage pictural Renaissance de Florence. En effet, on
y trouve des œuvres de Sarto, de Pontormo et de Rosso Fiorentino,
peintes d’une autre manière, qui initièrent ce mouvement caractérisé
par une rupture de l’harmonie, un allongement des formes, des
ondulations des corps, des torsions et des couleurs parfois
dissonantes. Le style était en réaction contre le classicisme de l’Age
d’Or de la Renaissance. Les dernières œuvres picturales de Michel-Ange
(le Jugement dernier, la chapelle Pauline) reflètent parfaitement ce
nouvel art de peindre. Déjà dans le Tondo Doni, l’artiste laissait
apparaître une maniera originale de faire. Plus tard, le drame et la
fantaisie seront réunis dans la même peinture. En architecture,
MichelAnge a ouvert la voie à San Lorenzo (courbes, tensions). Les jardins de
ce temps sont également très représentatifs de cet art. Excentricités,
bizarreries, grottes, fontaines, statues d’animaux… peuplent les jardins
autour des villas : les jardins de Boboli du palais Pitti en sont un parfait caprices de ses commanditaires. Il consacra toute sa vie à exercer ses
exemple. Quant à la sculpture, Michel-Ange a, là aussi, donné de talents de sculpteur, de peintre, d’architecte et de poète, et produisit
précieuses indications pour ses successeurs. Ainsi Ammannati, voulant une œuvre immense.
copier le David de Michel-Ange, réalisa bien maladroitement la statue Dans son Histoire de l’art pendant la Renaissance, parue à la fin du
edu dieu de la mer (piazza della Signoria), tandis que Cellini exécuta un XIX siècle, Eugène Müntz livra une étude de Michel-Ange très complète.
magnifique Persée, exposé dans la loggia dei Lanzi. Enfin, Giambologna, Cependant, de nouvelles données, des changements de place de
originaire des Flandres, de son vrai nom Jean Bologne, fut un digne certaines œuvres, les découvertes de dessins, diverses remises en
successeur de Michel-Ange : toujours dans cette même loggia, question, des restaurations d’œuvres, une meilleure appréciation de la
l’Enlèvement d’une Sabine mérite toute notre attention. En cette période peinture italienne de cette époque et des siècles précédents rendent
du Cinquecento, les artistes majeurs quittèrent Florence. La ville nécessaires une actualisation du texte, mais par respect pour l’immense
s’essouffla artistiquement, le style maniériste se perdit dans les limbes travail de Müntz, son style clair et limpide n’a été retouché que lorsque
d’une peinture moins signifiante. L’art s’était déplacé à Rome. certaines tournures de phrases sont devenues trop obsolètes.
Pour en revenir à Sarto, celui-ci a été influencé par Michel-Ange,
Véronique Laflèche
déjà maniériste, et par Raphaël. Ce mouvement répondait au malaise
que connaissait l’Italie, avec la Réforme, mais aussi avec les
événements difficiles qu’avait vécus Florence ces dernières années. La 12. Vasari, Portrait de Laurent de Médicis, Huile sur bois, 90 x 72 cm.
peinture florentine quitta progressivement la Renaissance classique Galerie des Offices, Florence.
pour entrer dans la Fin de la Renaissance, aux alentours de 1520-1525. 13. Fra Bartolomeo, Portrait de Girolamo Savonarole, 1498.
Michel-Ange, artiste reconnu et surdoué, n’était pas à l’abri des Huile sur bois, 47 x 31 cm. Couvent San Marco, Florence.
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