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Kant et la musique

De
134 pages
Kant n'a jamais eu bonne presse dans l'histoire des théories musicales. La faute en revient sans doute à une trop grande attention portée à ses maigres propos musicaux, alors qu'il fallait simplement considérer d'un autre oeil des textes n'ayant en apparence aucun rapport avec l'art des sons. Par, là une voie s'est ouverte non seulement vers un Kant penseur de la musique, mais aussi vers un fondement secret du criticisme
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KANT ET LA MUSIQUE

Collection La Philosophie en commun dirigée par S. Douailler, J. Poulain et P. Vermeren
Nourrie trop exclusivement par la vie solitaire de la pensée, l'exercice de la réflexion a souvent voué les philosophes à un individualisme forcené, renforcé par le culte de l'écriture. Les querelles engendrées par l'adulation de l'originalité y ont trop aisément supplanté tout débat politique théorique. Notre siècle a découvert l'enracinement de la pensée dans le langage. S'invalidait et tombait du même coup en désuétude cet étrange usage du jugement où le désir de tout soumettre à la critique du vrai y soustrayait royalement ses propres résultats. Condamnées également à l'éclatement, les diverses traditions philosophiques se voyaient contraintes de franchir les frontières de langue et de culture qui les enserraient encore. La crise des fondements scientifiques, la falsification des divers régimes politiques, la neutralisation des sciences humaines et l'explosion technologique ont fait apparaître de leur côté leurs faillites, induisant à reporter leurs espoirs sur la philosophie, autorisant à attendre du partage critique de la vérité jusqu'à la satisfaction des exig~nces socialesJdejustice et de liberté. Le débat critique se reconnaissait être une forme de vie. Ce bouleversement en profondeur de la culture a ramené les philosophes à la pratique orale de l'argumentation, faisant surgir des institutions comme l'École de Korcula (Yougoslavie), le Collège de Philosophie (Paris) ou l'Institut de Philosophie (Madrid). L'objectif de cette collection est de rendre accessibles les fruits de ce partage en commun du jugement de vérité. II est d'affronter et de surmonter ce qui, dans la crise de civilisation que nous vivons tous, dérive de la dénégation et du refoulement de ce partage du jugement. Dernières parutions

Laurent FEDI (éd.), Les cigognes de la philosophie, études sur les migrations conceptuelles, 2002. John AGLO, La Vie et le vivre-ensemble, 2002. Jean-Marc LEVENT, Les ânes rouges, généalogie des figures critiques de l'institution philosophique en France, 2002. Charles RENOUVIER, Sur le peuple, ['Eglise et la République, 2002. Serge VALDINOCI, Merleau-Ponty dans l'invisible, l'œil et l'esprit au miroir du Visible et l'invisible, 2003. Hélène VAN CAMP, Auschwitz oblige encore, 2003. Suzanne MACÉ, Enjeu philosophique du conte romantique, 2003. William GONZALEZ, Généalogie et pragmatique: l'homme à l'épreuve de lui-même, 2003. Gladys OLIVERA GROTTI, Aux abords de l'identité latino-américaine, 2003.

Alain TIRZI

KANT ET LA MUSIQUE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan ItaIia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@

L'Harmattan, 2003

ISBN: 2-7475-5224-1

A quoi la musique fait appel en nous, il est difficile de le savoir,. ce qui est certain, c'est qu'elle touche une zone si profonde que la folie elle-même n'y saurait Pénétrer.

E.M. Cioran,

De l'inconvénient

d'être né

A Françoise DASTUR, et jean-Paul LARTHOMAS,
témoignage de ma profonde reconnaissance.

SOMMAIRE

AVANT-PROPOS.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p. Il

INTRODUCTION.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

P .13

Chapitre premier - LA MUSIQUE DANS SA RELATION AU SUBLIME ET AU GÉNIE p.17 1. Le Génie 2. La musique comme Art "non représentatif' Exemple Schumannien, Schubertien et Ravelien p. 17

p.25

Chapitre II - LES FIGURES MUSICALES EN RELATION AU PROBLÈME DE LA MUSIQUE CHEZ KANT p.35 1. Anton Webern et le sérialisme 2. Ludwig Van Beethoven 3. Jean Sébastien Bach 4. Génie, musique et "technique". Kant, le piano, le disque et l'enregistrement p.35 p.49 p.65

p.91

Chapitre III - MUSIQUE, SENS COMMUN ET BUT FINAL

p. 105

CONCLUSION

p.lll

DISCOGRAPHIE

p.115

BffiLIOGRAPHIE

p.121

INDEX DE,S NOMS DE PERSONNES

p.131

10

AVANT-PROPOS

A l'heure où l'obscurité, l'amphigouri et l'allégeance à la "scientificité" règnent en maître, nous revendiquons ouvertement le droit à une "subjectivité" réfléchie et cultivée, ainsi qu'à la clarté et à la simplicité, voire au simplisme. La "Communication", le calcul et l'efficacité régnant partout, peut-être est-il temps de se réfugier dans une transparence non appropriable par le "logique" et qui ne fait sans doute qu'un avec la musique. On pourra nous reprocher de ne pas avoir laissé de place à d'autres philosophies musicales. La raison en est simple: étant donné que l'existence de la théorie musicale de Kant fait déjà problème, nous avons évité d'embrouiller les choses en nous livrant à des études comparatives.

Il

INTRODUCTION

Pourquoi Kant ne figure-t-il pas en bonne place parmi les philosophes ayant pensé la musique? A cette question, on pourrait bien sûr répondre immédiatement qu'il ne l'a pas pensée ou qu'il l'a mal pensée. Mais cette évidence trop grossière est loin d'être satisfaisante, car peut-être ne faut-il pas aborder de front les textes de Kant explicitement consacrés à la musique. Il est en effet possible qu'une théorie kantienne de la musique et même sa promotion au sommet de la hiérarchie des beaux-arts soient présentes ailleurs (et pas seulement) que dans les propos strictement musicaux. Malgré cette mise au point, l'entreprise visant à découvrir une pensée musicale chez Kant ne laissera pas de sembler hautement paradoxale, une tradition insistante (frisant parfois le crétinisme), s'étant toujours acharnée à voir en lui le philosophe non-musicien par excellence atteint d'une surdité chronique à l'égard des sortilèges d'Orphée. Il y a certes un fond de vérité dans cette dernière position si l'on s'en tient au texte manifeste, mais il en va tout autrement si l'on tente d'en pénétrer l'aspect latent et impensé. Nous entendons par impensé ce qui, en l'occurrence dans un texte, est présent, mais sous une forme telle qu'une stratégie de montage, de mixage et de recoupement est nécessaire pour le mettre en lumière. Kant n'a pas eu conscience que ses considérations musicales, mises en relation avec l'Analytique du sublime, et en un second temps avec le système de la Critique en général, contenaient la pensée musicale la plus originale et la plus profonde. Nous verrons donc que c'est dans un 13