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Langage de la danse chez les Dogons

De
170 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1995
Lecture(s) : 417
EAN13 : 9782296294660
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LANGAGE DE LA DANSE CHEZ LES DOGONS

@ L'Harmattan,

1995

ISBN: 2-7384-2809-6

Famedji-Koto Tchim.ou

LANGAGE DE LA DANSE CHEZ LES DOGONS

L'HARMATIAN
7, rue de l'Ecole Polytechnique -75005 PARIS

SODlDlaire 9
13

Pl'éface

. .. . . . . .. . . .. .. . . .. .. .. .. .. . . . . .. .. .. .. .. .. .. . . .. . . . . . . . . .. .. . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . .. . . . . .

Inttod.ucti

on

..................................................... .......................................

I

Les Dogon et leur religion A- Cadre géographique et environnement socio-culturel B- Le mythe de la création du monde C- Les rituels Analyse de déplacements d'ensemble et de mouvements de danseurs................................................... A- Inttod.uction.............................................................................. B- Schémas de parC01Jl'S ................................................................ C- Aérographies ............................................................................ D- Types gestuels.......................................................................... Liens entre schémas de parcours, types gestuels,
pein tures rupestres et statuaire

17 19 27 38

n

45 47 56 63 72 87 91 104 115 118
121
127

nI

........................ ...............

A- Peintures rupestres, signes graphiques et statuettes dans la signification de la danse ............... B- Types gestuels, peintures rupestres et statuaire ........................ C- Type kanaga et les signes graphiques...................................... D- Type sirigé et l'architecture dogon ........................................... IV Hypothèses sur les significations de danses au cours du Sigui et du Dama d'Ambara
A - Les différentes étapes du Sigui

B- Le Dama d'Ambara Dollo... Concl 'USion Notes
Bibliographie.
Ann.exe

135 143 .....................................................

149
.. 155
161

.................... ..........

..

....

..

..................

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

7

Préface
Un cri du cœur pour la danse, pour l'Afrique, pour la recherche sur la danse en Afrique.. .

La danse restera-t-elle le parent pauvre de la recherche? Alors que l'étbnomusicologie connaît aujourd'hui des jours heureux, on n'ose même pas encore prononcer en France le mot etbno-choréologie ou même choréo-etbnologie. Et pourtant, cet ouvrage de Famedji-Koto Tchimou nous montre enfin une étude sérieuse de la danse en Afrique digne de ce nom. n fallait donc qu'un Africain, imprégné par la richesse des documents audiovisuels sur les rituels dansés, projetés durant les séminaires de Jean Rouch, décide d'aller plus loin dans l'analyse des danses. Sans aucun doute sa formation de danseur, de notateur du mouvement et de cinéaste faisait de lui un observateur différent au regard averti. Et c'est d'abord à ce langage qu'est la danse qu'il nous initie en décrivant, à l'aide de nombreux graphiques, les schémas de parcours et types gestuels. n s'agit d'une étude ambitieuse puisque non seulement descriptive mais à visée interprétative. Décidément les Dogons du Mali, peuple de référence en etbnologie, sont cette fois le support d'un ouvrage de référence pour l'étude etbno-choréologique
de la danse en Afrique.

V éronique Duchesne.

9

«

En Griaule,

noulavonlperduunami,unfrère

».

Le Conseil des Anciens de Sanga (1956).

Introduction
il existe dans la littérature ethnographique sur l'Afrique Noire une multitude d'ouvrages sur les danses rituelles mais dans ces publicationsl, les danses sont citées ou présentées sous une forme narrative impuissante à rendre au lectem les mouvements et déplacements d'éléments pris isolément ou collectivement Ces publications2 réunissent ainsi des faits sous une forme abstraite et ne s'appuient sur aucun support visuel. Pourquoi une étude sur les danses chez les Dogons, alors que leur société est l'objet de tant d'écrits depuis déjà un demi-siècle? L'œuvre de Marcel Griaule comprend 78 titres auxquels il faut ajouter les ouvrages d'auteurs contemporains. il conviendrait également de ne pas omettre les films d'ethnologues-cinéastes, en particulier J. Rouch, auteur de plusieurs documents d'une grande richesse. Lors des séminaires de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes consacrés à l'étude cinématographique des rituels funéraires dogons et animés par G. Dieterlen et J. Rouch, je fus fasciné par la diversité chorégraphique et la complexité des rites. Depuis, je cherche à comprendre ce mode de « langage» qu'est la danse. Mais jusqu'alors les danses dogons n'ont fait l'objet d'aucune étude systématique. il est vrai que l'étude des danses en général a posé quelques problèmes aux ethnologues. Peu savent comment les regarder et encore moins comment les décrire de manière significative. Longtemps les chercheurs ont été contraints de se limiter à des descriptions schématiques, voire verbales, impuissantes à rendre compte des facteurs dynamiques du mouvement. A son époque, M. Griaule n'a pas négligé l'étude des danses, il leur consacre même un chapitre dans son ouvrage « Masqués dogons» tout en considérant que ce chapitre ne constitue à ses yeux qu'un simple travail préparatoire étant donné le peu de moyen cinématographique à sa disposition. La danse contrairement à certains objets ne peut pas être « décollée» du rituel. Sa place est imp:>rtante à tel point que par son absence le rituel s'écroule. Tel est le cas pour les danses dogons, sujet sur lequel une étude est immédiatement réalisable, tous les matériaux se trouvant réunis. Ce sont ces différentes raisons qui nous ont amené à faire le choix des Dogons.

Je souhaiterais ici remercier les nombreuses personnes qui m'ont accompagné, directement ou indirectement, dans la préparation de cet ouvrage: Geneviève Calame-Griaule, Jean Rouch, Germaine Dieterlen, YousSouf Cissé, Michel Cartry, Annie Comolli, Jacqueline Challet-Haas, ThielTY Fournier, Marion Bastien, VéroDique Duchesne, Corinne Vincent, Marylène, Lumo, Els Grelinger, Catherine Akrich, Evelyne Payen, Nathalie Bellaud et Ossagyefo Léo.

13

Sources filmiques
C'est l'ensemble des fIlms réalisés par J. Rouch, en pays dogon, qui a permis cette étude. n ne sera question que de danses d'hommes. En effet, J. Rouch a peu fIlmé les danses de femmes3. La liste ci-dessous présente, par ordre chronologique de réalisation, les sources audiovisuelles que nous allons utiliser. n s'agit de fùms 16 mm. J. Rouch avec la collaboration de G. Dieterlen - Fêtes soixantenaires du Sigui, 1966-1973 Sigui 66 : Année zéro, Sigui 67 : L'enclume de Yougo, Sigui 68 : Les dansems de Tyogou, Sigui 69 : La caverne de Bongo, Sigui 70 : Les clameurs d'Amani, Sigui 71 : La dune d'Idieli, Sigui 72 : Les pagnes de lamé, Sigui 73 : L'auvent de la circoncision, - Cérémonies funéraires , 1956-1974 1956: Funérailles dogons du Professeur Griaule, 1968 : Cimetière dans la falaise, 1971 : Funérailles du vieil Anaï à Bongo, 1972: Funérailles de femmes à Diamenina, 1973 : L'entelTement du hogon, 1974: Le Dama d'Ambara Dollo,

5Omn; 50mn ; SOmn ; 4Omn; 5Omn; 5Omn; 5Omn; 15Mn. 30 mn ; 30 mn ; 45 mn ; 20 mn ; 15 mn ; 40 Mn.

14

Problématique et méthode
Nous faisons l'hypothèse que les manifestations chorégraphiques peuvent être appréhendées comme un « langage» susceptible d'être « compriS» par tous les membres de l'ethnie. Nous essaierons de construire cette hypothèse dans la dernière partie de ce travail. Auparavant, nous devons nous attacher à montrer les éléments constitutifs de ce « langage». Nous utiliserons, comme données de départ, les danses sous leur aspect formel. Les nécessités de l'analyse nous conduirons à étudier séparément, d'une part, les mouvements d'ensemble que nous appellerons « schémas de parcours » et, d'autre part, les mouvements corporels isolés appelés par convention « types gestuels» . La danse, phénomène fugitif, nécessite une fixation écrite de son déroulement dans le temps et dans l'espace. Dans ce but, nous utiliserons la cinétographie laban4, notation symbolique conçue pour transcrire tous les mouvements simples ou complexes du corps humain. Elle permet de noter les mouvements d'ensemble aussi bien que les détails corporels. Cette technique est utilisée à des fins diverses. Celles qui nous intéressent sont: l'archivage des danses, l'analyse des mouvements d'ensemble et le discernement des types gestuels. Nous voulons montrer que la danse participe, au même titre que la statuaire et les signes graphiques déjà étudiés, au domaine de la pensée dogon. Dans la seconde phase de cette étude, nous mettrons en relation deux séries de données: d'une part, une série de danses considérées sous leur double aspect (schémas de parcours et types gestuels), d'autre part, des séries de formes ou de mouvements repérables dans la statuaire ainsi que dans certains signes graphiques. Nous terminerons notre étude par l'analyse des danses dans leur contexte ethnographique: un cycle de cérémonies du Sigui (1967-1974) et le Dama d'Amhara (1974). Nous développerons alors nos hypothèses et celles de spécialistes de la région.

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Chapitre I LES DOGONS ET LEUR RELIGION

A-

Cadre géographique et environnement socio-culturel

Les informations qui suivent sont extraites des nombreu~ ouvrages de M. Griaule. Nous n'avons, bien sûr, retenu que les seules données qui relèvent directement de notre champ de recherche. Les Dogons habitent le Mali. Cet état d'Afrique occidentale est limité au Sud par la Guinée, la Côte d'Ivoire et le Burkina- Fasso ~à l'Est par le Niger ~au Nord par l'Algérie et à l'Ouest par la Mauritanie et le Sénégal. Us occupent la partie méridionale, non loin de la frontière séparant ce pays du Burkina-Faso. Les habitants actuels du pays dogon, entre autres les Banama, les Bozo et les Marka, aff1IDlentêtre originaires du Mandé. Ce territoire, situé au Sud-Ouest de Bamako, constitua le cœur de l'empire du Mali, dominant une bonne partie de l'Ouest africain aux xmè et XIV è siècles. Des recherches ont montré l'existence de deux groupes de populations distincts dans cette région: les Tellems et les Dogons. Les premiers seraient les occupants que les migrants du Mandé ont rencontrés en s'aventurant dans la falaise de Bandiagara. Leur nom de Tellem ne fait référence ni à un lieu précis ni à une société particulière ~ce nom signifie en dogon: «Nous les avons trouvés ». Le pays dogon est axé sur le versant à pente raide de la région rocheuse appelée falaise de Bandiagara. Celle-ci s'étend sur près de deux mille kilomètres et dépasse par endroits des hauteurs de cent mètres, formant ainsi une barrière à la limite du plateau rocheux et de la vaste plaine de sable. Le pays habité par les Dogons se divise naturellement en un plateau, une falaise et la plaine. Le relief de ce plateau est tourmenté ~il est creusé de nombreuses vallées et torrents et est principalement constitué par des grès massifs. Sur la face de la falaise, les roches se détachent en masses importantes selon des cassures souvent verticales. La falaise subit une élévation progressive dans le sens Bandiagara-Hombori. Elle atteint 450 mètres d'altitude à Bandiagara. D'une façon générale, la partie supérieure du plateau se présente comme une immense surface rocheuse dont presque toutes les dépressions sont comblées de sable transporté de la plaine. Les cours d'eau des falaises ne sont pas permanents ~leur régime est irrégulier et, à la période humide, les vallées sont animées par des torrents violents. Dès la fin des pluies, l'eau ne séjourne plus que dans des trous de rochers formant, d'amont en aval, une suite ininterrompue de mares de toutes profondeurs, réservoirs naturels utilisés jusqu'à la dernière goutte. Les eaux jouent donc un rôle primordial dans l'établissement de ces populations sur les falaises de Bandiagara. L'esprit de l'eau, le Nommo, est l'une des puissances les plus importantes du panthéon dogon. 19